A Paris, à Gisors comme ailleurs en France, l'Hôpital est en danger. Le médecin urgentiste Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui était présent à Gisors en novembre 2006, lors de la coordination nationale, lance un appel à la grève dans le JDD du 28 décembre, en marge du tragique accident survenu à l'hôpital St-Vincent-de-Paul.
Il y a urgence aux urgences...
Patrick Pelloux appelle à la grève illimitée à partir de lundi 29 décembre
Pourquoi appelez-vous à la grève?
C'est une grève de ras-le-bol, une grève de désespérance. Cela fait dix ans que je fais du syndicalisme, je n'ai jamais vu une telle incohérence, une telle impolitesse et un tel mépris de la part du ministère de la Santé et de la direction des hôpitaux. En même temps, nous ne sommes pas les seuls à être traités de cette manière. Les syndicats de l'éducation, de la magistrature, de la police vivent la même chose. En janvier dernier, lors du précédent conflit, il avait été décidé d'entamer des discussions sur le temps de travail des médecins. On espérait aussi mettre fin à la spirale infernale de précarisation dans les hôpitaux. On a eu trois réunions où on s'est moqué de nous. Début novembre, j'ai à nouveau écrit à la ministre pour lui demander de réunir les praticiens hospitaliers autour d'une table pour parler du temps de travail. Elle n'a même pas pris la peine de nous répondre.
Pourquoi votre principale revendication concerne-t-elle le temps de travail?
Il faut définir ce qu'est le temps de travail minimum d'un médecin. On ne peut pas raisonner qu'avec des maximums. Actuellement, on ne doit pas travailler plus de 48 heures hebdomadaires en moyenne. Du coup, il y a des semaines où on bosse presque cent heures, ce n'est plus possible. Mais 48 heures, c'est déjà choquant par rapport aux 39 heures légales. On donne neuf heures à notre employeur chaque semaine. On ne demande pas des augmentations de salaires mais à être payés pour notre travail. Mais si on clarifie le temps de travail des médecins à l'hôpital, on va contre la réforme voulue par Roselyne Bachelot qui cherche à casser le statut de praticien hospitalier. (photo ci-dessous Patrick Pelloux et Roselyne Bachelot)
La corruption ne cesse de s'accroître
Le ministère dit que la situation s'améliore aux urgences grâce à des investissements massifs.
Les urgences sont-elles toujours en crise?
Les conditions de travail s'aggravent dans les services d'urgence. Il y a de moins en moins de places, de moins en moins de lits. Il y a de plus en plus de retard à la prise en charge de malades graves. Il nous arrive de chercher des places de réanimation, de neurochirurgie. Dans les salles d'attente des services d'urgence, on met désormais des vigiles chargés de faire taire les gens qui ne supportent plus de patienter.
Mais l'Etat a promis de vous payer les heures supplémentaires à partir de 48 heures travaillées...
Personnellement, j'ai refusé car l'hôpital est dans une telle merde financière que je préfère que l'argent aille où on en a encore plus besoin. Mais l'argent n'est pas arrivé dans tous les hôpitaux. Les hôpitaux sont déficitaires, on leur demande de faire des économies dans tous les coins.
Vous répétez dans votre nouveau livre, "Urgences pour l'hôpital" (Le Cherche Midi, 14 euros, en librairie le 4 décembre) que l'hôpital est malade...
La corruption ne cesse de s'accroître. Les dépassements d'honoraires pour exigences, les enveloppes réclamées en douce par des médecins se multiplient. Cette semaine, je participais à un débat sur la santé. Un vieux monsieur a levé la main en disant: "J'ai un cancer de la prostate. Je suis un retraité de La Poste. Quand j'ai voulu me faire opérer, le chirurgien m'a demandé 400 euros en liquide." Les gens ne se plaignent pas parce qu'ils veulent être soignés. On préfère payer qu'attendre quand on a un cancer.
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