Maires, conseillers municipaux, généraux, régionaux, parlementaires, nous sommes confrontés au quotidien aux difficultés des familles installées dans des campements de fortune, dans des conditions d’insalubrité qui mettent leur santé, parfois leur vie en péril.
Mais nous avons tous été extrêmement choqués par la réunion sur « les problèmes posés par les gens du voyage et les roms convoquée par le Président de la République le 28 juillet et suivie, deux jours plus tard, par son discours ultra-sécuritaire de Grenoble.
Ces initiatives odieuses, décidées pour détourner l'attention des Français des « scandales » gouvernementaux et du projet antisocial de réforme des retraites, ont été suivies par un durcissement de la répression envers les Roms, avec, dans des conditions inacceptables, le démantèlement des campements et des expulsions massives, dont les conséquences désastreuses pour les populations sont principalement gérées par les collectivités locales.
Nous ne pouvons accepter que des êtres humains subissent une telle violence.
Nous ne pouvons y voir qu’un signe supplémentaire de la volonté du gouvernement de ne traiter la situation des Roms que sous un angle sécuritaire et répressif, en refusant de réfléchir à toute forme de prise en charge sociale et humanitaire ainsi qu'à tout règlement diplomatique.
Cette posture politique porte atteinte aux principes fondateurs de notre République, « Liberté, égalité, Fraternité ». C’est aussi ce que vient de confirmer un vote au Parlement européen.
Le gouvernement a rejeté les demandes de dialogue avec les élus locaux, alors que, concernés en premier lieu dans nos communes et sur nos territoires par l’installation des campements Roms, nous menons des expériences novatrices auprès de ces populations en vue de leur intégration et de leur insertion professionnelle. Nous savons qu’avec une véritable solidarité régionale, nationale et européenne, il est tout à fait possible d’accueillir dignement ces femmes, hommes et enfants. Nous l'avons souvent démontré.
Au contraire expulser ces hommes, femmes et enfants vers un pays où ils n'ont souvent plus de liens ne conduit qu’à les jeter dans les mains de systèmes mafieux qui organisent les filières migratoires et prospèrent sur le dos des plus pauvres.
Nous protestons donc contre la stigmatisation des ces populations et ne tolérons pas que les politiques que nous menons soit qualifiées de « laxistes ».
Citoyens de l’Union européenne depuis 2007, les Bulgares et les Roumains sont aujourd’hui soumis à des mesures transitoires jusqu'au 1er janvier 2013 qui leur interdisent de fait l'accès au travail. Sans possibilité de ressources ils se trouvent en situation irrégulière au bout de trois mois.
Une des solutions consisterait à en finir dès maintenant avec ce « régime spécial » totalement discriminatoire.
Nous soutenons donc en ce sens les recommandations que la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (la Halde - délibération n°2009-372) a adressées au Gouvernement le 26 octobre 2009 qui, à ce jour, sont restées sans effet.
La France doit également en appeler à l’Union Européenne pour que des politiques efficaces de lutte contre les discriminations soient mises en œuvre dans les pays d’origine des populations Roms.
Nous demandons donc au gouvernement de cesser l’arbitraire des expulsions du territoire des familles Roms et de rechercher au niveau de chaque région, et sans exclusive de territoire et de ville, des solutions d’hébergement dignes avant l'entrée dans l'hiver.
Pour ce faire nous demandons la tenue de tables rondes au niveau de chaque région et la création d’une mission régionale de traitement socio-économique des campements Roms qui soit pilotée par l’État et à laquelle seraient associées les collectivités locales concernées et les associations qui agissent aux côtés des Rroms.
La France n’a rien à gagner en trahissant elle-même aux yeux du monde ce qu’elle devrait être : le pays des Droits de l’homme et des Lumières.
C’est bien le droit commun qui doit s’appliquer à chaque citoyen.
Pour s’associer à cet appel : anecr@elunet.org
