Le portail des blogs Elunet

Mot clé - crise économique

Fil des billets - Fil des commentaires

L’austérité pour les nuls ou le FMI au piquet, par Jack Dion

AAAFMIloup.jpg
Dialogue clichois propose cette réflexion bien vue de Jack Dion, lue sur le site de Marianne.
Il paraît que l’austérité est aussi nécessaire au redressement de l’économie que le sang au corps humain.
Le FMI (Fonds Monétaire International) nous explique la chose chaque matin que font les Dieux de l’économie.
La Commission de Bruxelles, cet aréopage de gens n’ayant de comptes à rendre qu’à eux-mêmes, en a fait le premier de ses dix commandements, ceux-là même qu’il fait appliquer à la schlague en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie (liste non définitive).
Il s’est même formé une « Troïka », composée du FMI, de la Commission, et de l’inénarrable Banque Centrale Européenne (BCE).
Cette « Troïka » surveille l’application à la lettre du principe de base de l’austérité qui veut que plus on étrangle le malade et plus il a de chances de s’en sortir un jour, à une date incertaine, mais de s’en sortir, car il est impossible de faire autrement que d’en passer par là.
Comme dit l’autre, il n’y a pas le choix. Margaret Thatcher l’expliquait déjà en son temps, de même que Ronald Reagan.
Le tout puissant gourou du forum de Davos, Klaus Schwab, en a remis une louche voici peu dans les colonnes du Monde : « Il n’y a pas d’alternative au capitalisme ». Et le capitalisme, c’est l’austérité. CQFD.
Or qu’apprend-on, de la bouche même de deux des principaux économistes du FMI ? Qu’ils se sont plantés sur toute la ligne.
A en croire les deux têtes chercheuses concernées, Olivier Blanchard et Daniel Leigh, l’austérité à tout crin était une erreur.
Lors d’un colloque, l’un et l’autre ont reconnu qu’il y avait un bug dans leur logique intellectuelle, et que le modèle informatique gitait tellement qu’il était tombé à l’eau.
L’explication du bouillon idéologique ? On vous la donne en mille : les « experts » du FMI n’avaient pas prévu les effets en chaine de l’austérité.
Excusez, mais si un gamin disait pareille ânerie, on serait tenté de lui donner une taloche en lui demandant de réfléchir une seconde.
Avec tout le respect que l’on doit à Olivier Blanchard, formé à l’école DSK (on ne parle ici que d’économie, pas de mélange des genres) et à Daniel Leigh, à leurs titres respectifs, et à leur statut de premiers collaborateurs de Christine Lagarde, garde chiourme en chef du FMI, on se doit de leur rappeler, fort modestement, qu’ils découvrent la lune.
Voilà des mois et des mois que l’on explique, ici et là, que l’austérité n’est pas la solution, ni en Grèce ni ailleurs.
On répète qu’étouffer la consommation va tuer la croissance et donc assécher les rentrées fiscales qu’elle génère. Il n’est pas besoin d’avoir fait une thèse pour comprendre çà, ni d’être un accro de la psychologie collective et individuelle. Il suffit de faire fonctionner ses neurones cinq minutes et de constater ce qui se passe à Athènes, à Madrid, et à Lisbonne.
On aurait pu croire que l’histoire serait méditée par tous ceux qui se sont transformés, dans cette bonne terre de France, en docteurs de la potion amère. On aurait pu espérer que les adeptes de la purge réviseraient un peu leurs classiques et qu’ils s’interrogeraient sur des médications qui sont à l’économie ce que la saignée des médecins de Molière était à la santé.
Il n’en est rien.
A preuve ce que les stars de la cour médiatique expliquent à propos de la négociation dite sociale entre le Medef et les syndicats. Tous vantent les mérites de la « flexibilité », autrement dit de la précarisation aggravée du salariat, fidèles en cela aux vieilles lunes idéologiques de la « Troïka ».
Ainsi va la vie intellectuelle en ces temps de (non) débat.
On ne change pas une équipe qui perd et encore moins une technique qui rate.

 

"Faudrait nationaliser, non ?" ( jeanne Moreau)

AAAnatbanqdrap.jpg
Contrairement à ce que prône le patronat, ce ne sont ni le coût du travail (salaires, protection sociale) ni la" rigidité" du marché du travail (code du travail, acquis sociaux) qui plombent la compétitivité des entreprises.
Ce n’est pas le travail qui coûte cher mais la rémunération du capital.
Ce sont les salariés par leur travail qui créent les richesses.
Sans salariés, pas de créations de richesses....
Un enjeu important porte donc sur la répartition des richesses produites, la valeur ajoutée, entre le capital et le travail :
- Ce qui va aux salariés sous une forme ou sur une autre : le salaire, et les cotisations sociales (part salarié et employeur)
- Le reste étant réparti entre les impôts des entreprises, les investissements et les dividendes aux actionnaires.
Depuis que le capitalisme existe, c'est un enjeu de la lutte de classe !
Aujourd’hui, la part des salaires dans les richesses créées est plus faible qu’à la sortie de la guerre. Voici un tableau portant sur les dernières décennies qui ont vu le chômage exploser .
AAAcrobeco.jpg
Diviser par deux les dividendes libérerait 120 milliards d’euros pour les investissements productifs, créerait de l’emploi, permettrait de financer la protection sociale et de diminuer le déficit de l’état.
Alors que la rentabilité financière des entreprises est en hausse, le chômage explose et le pouvoir d’achat baisse freinant ainsi la relance économique.
La politique visant à réduire les « couts salariaux », - bas salaires, précarité, CDD, exonération des charges patronales, cadeaux fiscaux aux entreprises – pour soit disant améliorer la compétitivité et relancer l’emploi est injuste évidemment, mais en plus économiquement inefficace.
Pour favoriser l’emploi, il faut relancer les débouchés donc la consommation populaire en haussant les salaires. Voilà qui boosterait réellement la croissance!
La population, mais aussi les entreprises et l'économie ont besoin de l'épanouissement des services publics : école, formation, santé, transports, équipements de haut niveau....et non de la mise à mort des services publics découlant de la baisse des budgets publics.
L’amélioration de la productivité passe par une meilleure formation et qualification des salariés et par la baisse des couts du capital : la ponction stérile des dividendes et les intérêts exorbitants des emprunts des entreprises, versés aux banques et aux marchés financiers.
Une maitrise publique du crédit, résultant d’une nationalisation du système bancaire permettrait de prêter à faible cout aux entreprises – voir à taux nul – dès lors qu’il s’agirait d’investir, de mieux former et d’embaucher.
Cela permettrait de diriger la création monétaire (le crédit) vers la création d'emploi, les services publics, l'amélioration de l'environnement et de couper le robinet de la spéculation.
Après tout comme le soulignait l’actrice Jeanne Moreau à la Télé : l’argent des banques, c’est notre argent: « Faudrait nationaliser, non ? », suggérait l'actrice au larbin de service interloqué qui présentait le journal télévisé, l'autre soir.
C’est précisément ce que propose le PCF.

 

P. Le Hyaric (PCF) : Qu'y a-t-il derrière la carrure d'Obélix ?

AAA-deparbel.jpg
Quel fracas autour de l’installation en Belgique de cet acteur connu et reconnu, devenu homme d’affaires !
Le cimetière des invectives stériles s’est encore agrandi et a caché le grand fatras d’informations pourtant si importantes pour la vie quotidienne, telles que la hausse des carburants, du gaz et de l’électricité, des impôts locaux, de la TVA pour payer un cadeau de 20 milliards d’impôt aux sociétés, les fermetures de lignes secondaires de train et un nouveau projet de réduction des services publics.
Tout ceci se fait en application des critères du traité européen d’austérité.
Bref, grâce à une nouvelle potion magique, Obélix, rebaptisé « Echappofisc » réduirait tous ces choix politiques décidés par un gouvernement -dont on est en droit d’attendre tout autre chose- au rang de questions de second ordre, alors qu’ils nous concernent au plus haut point.
D’ailleurs, s’il y a moins de trains, d’hôpitaux, de postes, d’écoles, d’activités culturelles, de tribunaux, de gendarmeries, insuffisamment de maisons de retraite, n’est-ce pas dû au fait qu’il y a moins de recettes pour l’Etat, résultat des cadeaux faits ces dernières années aux plus fortunés et d’un chômage en hausse constante qui handicape l’activité et donc les ressources de la Nation et des organismes sociaux ?
Et ceci n’a-t-il rien à voir à ce que donne chacune et chacun au bien collectif, selon ses capacités contributives ?
Voici un bon débat. M. Depardieu n’est pas à plaindre.
S’il est vrai qu’il a payé 145 millions d’impôt comme il l’a écrit dans une lettre au Premier ministre, cela veut dire qu’il gagne à peu près 6000 euros par jour.
Qu’il ne dise pas que c’est le matraquage fiscal de la gauche qui le gêne puisque cela fait plus de dix ans qu’il s’acquitte sans dire mot des impôts fixés par les budgets votés par la droite.
Dans ces conditions, notre grand acteur ne s’est-il pas placé, peut-être malgré lui, au centre d’un débat politique ou plutôt politicien ?
La droite s’est saisie de l’occasion pour défendre les plus fortunés et le Premier ministre a pu ainsi faire croire qu’il les attaquait au nom du chantier de la justice fiscale, alors que les impôts indirects et l’impôt sur le revenu des catégories modestes va augmenter, grâce au gel des barèmes, certes décidé sous M. Sarkozy mais maintenu par ses successeurs.

Il est vrai que le défunt bouclier fiscal avantageait M. Depardieu et Mme Bettencourt contre le paysan qui gagne à peine le SMIC, la femme retraitée qui n’a que 700 euros par mois ou le smicard, qui eux paient à jets continus, c’est-à-dire chaque fois qu’ils font leurs courses ou leur plein d’essence, les impôts les plus injustes qui soient, la TVA et la taxe sur les carburants.
Les débats enflammés de ces derniers jours permettent de cacher ces enjeux fondamentaux. Ceux de la justice fiscale et la nécessité d’une profonde réforme pour y parvenir.
Tenter de se soustraire, d’échapper à l’impôt comme le font les plus fortunés, c’est faire le choix du chacun pour soi contre la communauté des êtres humains, faisant société ensemble.
Les portes de la jungle s’ouvrent avec un Etat affaibli parce que privé d’écoles, de laboratoires de recherche, d’hôpitaux, de moyens de transports ou encore de communes rurales en bonne santé au service de toutes et de tous. Le pays devient dès lors, comme la Grèce, une proie facile pour les rapaces de la finance et les institutions européennes.
Nul ne conteste le droit de s’enrichir, mais il y a des richesses accumulées qui n’ont été possibles que grâce à la collectivité. Parmi les films dans lesquels Gérard Depardieu a brillé, nombre d’entre eux n’ont pu être réalisés que grâce à un système d’aide à la production cinématographique, soutenu par la puissance publique, que beaucoup de pays nous envient. Ce système n’existe que parce que nos concitoyens paient l’impôt et la TVA et parmi eux, ceux qui chaque mois calculent à 10 euros près.
De ce débat pourraient, devraient pourtant jaillir deux axes de réformes fondamentales. D’abord pour progresser vers la justice fiscale qui voudrait que chacune et chacun contribue en fonction de ses possibilités, avec un système d’impôt sur le revenu progressif, comportant de nouvelles tranches, notamment entre les 45% et les 75% de prélèvements.
Rappelons qu’en Belgique, l’impôt sur le revenu est plus élevé qu’en France. En même temps, l’impôt sur la fortune doit être renforcé. La fiscalité locale doit aussi être transformée pour tenir compte des revenus réels et les impôts indirects abaissés.
Quant à l’impôt sur le capital, il doit être incitatif pour la création d’emplois et l’investissement productif, et dissuasif pour toutes les formes de spéculation financière. L’autre volet concerne la nécessité d’une harmonisation de la fiscalité européenne selon des principes de justice.
Ce sont les différences d’imposition au sein d’une même zone ayant la même monnaie qui favorisent cette concurrence fiscale entre Etats et entre richissimes citoyens.
Les plus modestes, eux, n’ont pas les moyens de changer de pays. Dans un premier temps, comme aux Etats-Unis, chaque citoyen qui s’expatrie paierait l’impôt dans son pays d’origine.
Au lieu de choyer les banques, les oligarchies et les marchés financiers, l’Union européenne devrait placer au cœur de son action des logiques citoyennes et solidaires. Il n’y aura pas d’Europe commune sans solidarité sociale et vie démocratique qui implique les populations du continent dans les décisions qui les concernent.
L’harmonisation fiscale en est une. Qu’Obélix, à son corps défendant, ait contribué à en faire grandir l’exigence constituerait un juste retour des choses.

 

Le gouvernement pas assez de gauche selon des sondages

AAAAyrflor.jpg
Selon un sondage BVA, le plan pauvreté présenté cette semaine par le Premier ministre n'a pas convaincu.
Y compris à gauche, puisque les sympathisants socialistes sont maintenant une majorité à trouver Hollande « pas assez à gauche ».
En cause aussi, la non nationalisation de Florange.
Car 3 Français sur 4 sont favorables à une intervention de l'Etat pour empêcher la fermeture des entreprises.
Ce sondage, réalisé pour i<télé et diffusé ce vendredi soir, montre qu'une majorité des Français, 52 %, reste sceptique sur le contenu du plan pauvreté présenté par Jean-Marc Ayrault cette semaine.
Ce plan propose entre autres une légère augmentation du RSA, 8000 places d'hébergement d'urgence supplémentaires, une allocation pour les moins de 25 ans en difficulté, un registre pour éviter le surendettement, l’extension de la CMU et un plan distinct pour l'Outre-mer. Lire RSA, hébergement d'urgence, CMU... Les mesures Ayrault contre la pauvreté paraissent bien maigre et pas à la hauteur.
Ce plan crée certes de très forts clivages politiques : 78% de soutien à gauche, 17% à droite.
Mais les Français interrogés sont de plus en plus nombreux, près d'un tiers, à ne pas trouver le gouvernement assez à gauche, soit + 6 % en un mois.
Autre signe, plus de la moitié des Français se disant de gauche, trouvent que François Hollande n'est pas assez à gauche, en hausse de 11 %. Les femmes sont 78% à penser que l'Etat et les pouvoirs publics sont dans leur rôle quand ils tentent d'empêcher la fermeture d'entreprises, contre 72% pour les hommes. Par catégorie d'âge, ce sont les 35-49 ans qui partagent le plus ce jugement, à 80%, tout comme les catégories dites populaires (82%) et les peu ou pas diplômés (83%). Traduisant l'inquiétude et le mécontentement des électeurs et de nombreux militants socialistes, des voix s’élèvent au sein même du PS. Outre la sénatrice M.N. Lienemann et E. Maurel, représentant de l'aile gauche du PS, d'autres se font entendre.
A Clichy même, plusieurs élus socialistes -dont des maires-adjoints- s’inquiètent des coupes sombres prévues dans le budget d'austérité envisagé par le maire socialiste G. Catoire.
Une quinzaine de députés et élus socialistes viennent ainsi d'écrire au président François Hollande pour lui demander de modifier son cap afin de répondre à «l’aspiration légitime des salariés et des ouvriers modestes à améliorer leurs conditions de vie matérielles». «Il est urgent de remettre l’agenda économique et social en tête des priorités de l’action gouvernementale», écrivent ils.
Même préoccupation chez P. Laurent (PCF) qui incite Hollande" a changer de cap". L'appel pour l'instant, reste sans écho : ainsi aucun coup de pouce n'est prévu pour le SMIC au 1er janvier.
D'évidence, la mobilisation des salariés doit gagner en ampleur pour pouvoir peser davantage face au forcing du MEDEF qui garde l'oreille du gouvernement.

 

Pourquoi le social-libéralisme est dans l'impasse

AAAPinchar.jpg
Voici un point de vue des sociologues Pinçon Charlot, spécialistse des Beaux Quartiers et des relations entre le Pouvoir et l'argent, sur la situation politique, paru sur le site de Marianne.
François Hollande n'aurait pu être élu président de la République sans l'apport des voix du Front de gauche, ce qui l'a obligé à des promesses de campagne pour une meilleure répartition des richesses entre le capital et le travail.
Mais les promesses, une fois de plus, ne valent que pour ceux qui veulent bien y croire. Après cinq ans d'un «président des riches» qui a comblé les plus fortunés de nombreux cadeaux fiscaux, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n'a augmenté le taux horaire du Smic, hors inflation, que de 18 centimes d'euros (brut) !
Le mépris pour les millions de Français dont les salaires sont au-dessous du revenu médian, qui s'établit à 1 676 € net par mois, ne va pas les inciter à participer davantage à la vie politique.
L'abstention a battu des records pour les élections législatives de juin 2012 : 44,6 % des électeurs inscrits ne sont pas allés voter au second tour.
C'est le taux le plus élevé pour des élections législatives depuis 1958, date à laquelle il fut de 25,2 %.
De 1958 à 1978, l'abstention a régulièrement reculé.
Elle n'atteignait que 15,1 % en 1978. Puis elle a augmenté de 1981 à 2012. Cette concomitance avec les élections de deux présidents socialistes démontre que la duperie de la fausse alternative déroute massivement l'électorat notamment populaire.

Au premier tour de l'élection présidentielle, le candidat François Hollande a recueilli 10 272 705 suffrages, ce qui représente 22,3 % des 46 066 307 inscrits.
Le chef de l'Etat était donc minoritaire dans les souhaits des électeurs. Ce que soulignent aujourd'hui les réticences des écologistes, pourtant membres du gouvernement, et le peu d'empressement à le soutenir des élus et militants du Front de gauche. Il y a là une faiblesse de la base sociale susceptible de se mobiliser pour soutenir l'action gouvernementale.
Un soutien aussi faible du peuple français a ses raisons.
On peut faire l'hypothèse du souvenir amer laissé par les années mitterrandiennes : ce fut l'époque où la dérégulation du système financier a triomphé, soutenue par un ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Bérégovoy, qui a laissé de bons souvenirs dans les beaux quartiers. Le pacte budgétaire et sa «règle d'or», dont la remise en cause et la renégociation avaient été imprudemment mises en avant par le candidat Hollande, sont des signes avant-coureurs des renoncements à venir.
Les choix budgétaires de la France sont donc désormais sous le contrôle des experts européens.
Le président a, très «normalement», envoyé un message politique clair aux marchés financiers.
Le nouveau pouvoir socialiste va bel et bien continuer à appliquer les directives du néolibéralisme et mettre en œuvre une politique d'austérité à perpétuité pour les peuples. Cette reprise à son compte du drapeau de la «compétitivité» va se traduire pour les travailleurs par de nouveaux sacrifices pour les seuls bénéfices du capital et de ses actionnaires.
Un régime censitaire
Les manipulations idéologiques et linguistiques ont été reprises par l'Elysée et l'Assemblée nationale, pour continuer à faire croire, dans une inversion totale des valeurs morales et économiques, que le travail coûte trop cher à ces riches et généreux investisseurs qui créent des emplois.
Les politiciens du Parti socialiste poursuivent la mise en scène de la défense de l'emploi en France, alors qu'ils savent très bien qu'ils appliquent la politique néolibérale qui a instauré dans les moindres détails du droit français et européen la liberté totale du capital pour délocaliser les emplois ouvriers et de service dans les pays les plus pauvres où la main-d'œuvre est payée au tarif local, celui de la misère.
Comment croire que les socialistes pourraient mener une politique plus douce à l'égard des travailleurs, alors qu'ils sont formés dans les mêmes grandes écoles que les patrons et les politiciens de droite : ENA, Sciences-Po, HEC et, bien entendu, Harvard ?
Coupés du peuple avec le cumul des mandats - sur les 297 députés du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, on compte 207 cumulards -, les élus socialistes, dans le souci de faire progresser leur carrière en politique, ont rejoint les intérêts de la classe dominante dont ils sont devenus les alliés objectifs.
Tous d'accord pour que, au nom de la «démocratie» et des «droits de l'homme», la vie politique française soit gérée dans un régime, en réalité censitaire, où les élites sociales qui composent l'essentiel des chambres vont promulguer les lois les plus favorables à leurs intérêts et à ceux qu'ils représentent.
Comment se fait-il que les ouvriers et les employés, qui sont 52 % de la population active, ne soient présents ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat, ou si peu ? Cette absence explique le désintérêt pour la politique que traduit le succès remarquable du parti des abstentionnistes.
Dans la phase néolibérale d'un système capitaliste financiarisé, hautement spéculatif à l'échelle du monde, il n'y a pas d'accommodement possible comme ce fut le cas pendant les Trente Glorieuses où la croissance et un Etat-providence fort autorisaient la redistribution.
L'avenir de la présence de l'homme sur la Terre est menacé. Seule une opposition claire à cette économie destructrice rendra possible la construction et la mise en œuvre d'une société ou l'humain détrônerait à tout jamais l'argent sans foi ni loi.
Tags : crise, gauche, hollande, social-libéralisme, socialisme

 

Le chômage explose en octobre

AAbabchom.jpg
Le chômage a de nouveau explosé en octobre.
Selon les statistiques de Pôle emploi, le nombre de demandeurs d'emploi (en catégorie A) a augmenté de 46 500 personnes. En septembre, il avait déjà bondi de près de 47 000 personnes et atteint désormais 3,3 millions.
Mais si l’on considère les demandeurs d’emplois de catégorie B et C, la France compte 4 870 800 personnes inscrites à Pôle emploi.
Notons que 70 000 couples comptent deux chômeurs et sont ainsi dans une situation dramatique.
Les derniers chiffres de Pôle emploi révèlent une nouvelle flambée du chômage des seniors. Près d’un million d’hommes et de femmes de plus de 55 ans sont touchés.
De son côté, le Prisme (organisme patronal), indique que les chiffres de l'emploi intérimaire au mois d'octobre sont en contraction de 15% sur un an.
Depuis l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, près de 230 000 personnes supplémentaires se sont ainsi inscrites à Pôle emploi.
Parce qu'elle se plie aux desiderata du MEDEF et des marchés financiers, la politique de F. Hollande et du gouvernement va dans le mur.
Pour le PCF, il est temps de sécuriser l’emploi.
Le PCF propose un moratoire sur les licenciements, une loi contre les licenciements boursiers la et suppression des niches fiscales et sociales.
Il faut emprunter une autre voie que l’austérité qui ruine la croissance et en finir avec l’allègement des charges sociales des entreprises qui n’enraye en rien la montée du chômage et coute cher à l’Etat et aux salariés.
Le PCF, par la voix de P. Laurent, en appelle au « redéploiement des grandes filières? industrielles » et à «?un coup d’arrêt immédiat aux prédateurs?» comme Mittal.
Au-delà, c’est un modèle de «?coopération?» et de «?partage?» qui place «?l’humain d’abord?» que les communistes entendent opposer à celui de la concurrence et du profit.
«?Nouveaux droits et pouvoirs aux salariés?», «?système de sécurisation de l’emploi et de la formation?», protection «?des savoirs et savoir-faire de toute privatisation?», «?constitution de pôles publics industriels à l’échelle de l’Europe?», «?protection intelligente?» contre le dumping social, «?effort de recherche?»… ne sont que quelques-unes des pistes, appuyées sur une autre utilisation de l’argent

 

Les dévots de la pensée mythique, par Jack Dion

AApensun.jpg
Dialogue Clichois vous propose cet excellent article de J. Dion, vu sur le site du journal Marianne, fustigeant la pensée unique qui s'étale dans les médias, à longueur d'émission.
Quel est le point commun à ces éminences du clergé médiatique que sont Christophe Barbier, Nicolas Beytout, Dominique Seux, François Lenglet, Jean- Marc Vittori, Franz-Olivier Giesbert, Erik Izraelewicz, Eric Le Boucher, Yves de Kerdrel et consorts ?
Nonobstant leurs différences, ils ont fait du « coût du travail » leur cible unique.
Nos Excellences ne prennent du rapport Gallois que ce qui les intéresse pour fonder le raisonnement suivant : si la France va mal (et c’est le cas), si son industrie s’est rabougrie (et c’est la réalité), si elle exporte moins (et cela ne se discute pas), c’est parce que le travail coûte trop cher.
En vertu de quoi, une économie massive sur les « charges » (qui sont la partie du salaire consacrée aux cotisations sociales ) devrait remettre la machine en marche et la faire repartir comme par miracle. Amen.
On entend cette petite musique du matin au soir, sans que personne parmi les membres du chœur susdit s’interroge le moins du monde sur les carences d’un tel raisonnement.
S’il suffisait de baisser les charges pour relancer les investissements industriels, cela se saurait puisque c’est déjà le système en vogue pour les bas salaires.

Si la compétitivité était indexée sur le faible niveau des salaires, la Grèce, l’Espagne et le Portugal devraient figurer dans le top du top. Si les cadeaux aux entreprises sans contre partie permettaient de stimuler le made in France, Arnaud Montebourg serait le premier à brûler un cierge pour fêter l’événement.
Les hauts dignitaires de l’Eglise médiatique ne rentrent pas dans ce genre de considérations. Le coût du travail est leur nouveau mantra, et nul ne les fera dévier de leur mission évangélisatrice.
Habitués à se tromper, ils persistent et signent. Tout comme ils étaient pour le traité de Maastricht en 1992, pour le traité européen en 2005, pour le nouveau traité européen signé par François Hollande, ils sont pour la version « coût du travail » du choc de compétitivité, notion imposée dans le débat public par les tenants de l’orthodoxie néolibérale grâce aux tergiversations d’un PS qui ne sait plus sur quel pied idéologique danser.
Les maîtres à (bien) penser ne parlent jamais du coût du capital, du coût des dividendes, du coût de la rente, du coût des délocalisations, du coût des fuites de capitaux, du coût des placements financiers, ou même du coût de la niche fiscale dont ils bénéficient en tant que journalistes.
En revanche, le coût du travail salarié, cela les révulse au plus haut point, et ils n’hésitent pas à monter en prêche pour appeler les malheureux à se sacrifier en place publique.
Au passage, ils en oublient les voix iconoclastes faisant remarquer qu’il ne faut pas mettre dans le même panier grandes et petites entreprises, et que la compétitivité dépend aussi de l’effort de recherche, de l’innovation, du financement des banques ou du patriotisme industriel, sans lequel nul ne peut résister aux conséquences de la mondialisation sauvage.
Pour la nouvelle cléricature, ces considérations impies sont vouées au grand bûcher de l’Inquisition.
Quelqu’un a dit : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. »
Il s’appelait Keynes. Encore un hérétique.

 

P. Le Hyaric (PCF): Le compromis voulu par le Gouvernement ne profiterait qu'aux puissances d'argent"

AALHYAR.jpg
Le compromis historique voulu par le Gouvernement ne profiterait qu'aux puissances d'argent, telle est l'opinion développée par P. Le Hyaric . Extraits de son blog...
Le rouleau compresseur de l’anti-changement à gauche tourne à plein régime.
Face à lui, le gouvernement n’est pas clair. Il est hésitant.
On le sent traversé par des courants divers et comme à la recherche d’un impossible consensus entre ceux qui portent la responsabilité de la crise et ceux qui en sont les victimes.
Les premiers ont été choyés par l’ancien pouvoir que les seconds ont chassé par soif de changement et de justice.
Faire droit à leurs exigences appelle non pas de simples adaptations mais des réformes structurelles qui fassent passer les intérêts du monde du travail et de la culture, ceux du pays et de son redressement avant ceux de la finance et du MEDEF.
La recherche d’un compromis historique initié par l’actuel pouvoir ne profiterait qu’aux puissances d’argent.
Il validerait l’idée de la fatalité de la crise.
Il dégraderait encore le rapport de forces contre les travailleurs.

Nous ne perdons pas de vue que la défaite de Nicolas Sarkozy fut plus serrée que d’aucuns ne l’annonçaient, après une campagne au cours de laquelle le président sortant a droitisé sans cesse ses actes et ses discours, courant après l’extrême-droite tout en validant ses choix dangereux dans une crise profonde et globale du système capitaliste, doublée d’une crise de la politique.
Nous mesurons mieux aujourd’hui la fragilité d’un rapport des forces que la campagne du candidat socialiste n’a pas contribué à améliorer sur la question centrale des causes de la crise et des solutions à lui apporter. A privilégier le rejet du monarque en place et les mécanismes institutionnels de l’élection présidentielle, nos concitoyens n’ont pas été mobilisés sur l’essentiel : les objectifs de leur propre intervention pour que les changements espérés entrent dans leurs vies et s’imposent en dépit des obstacles dressés par les puissants et les forces politiques qui les soutiennent.
(…) « Couacs», « erreurs de communication », « amateurisme », que de fausses « bonnes» pistes livrées à la légitime impatience populaire dans l’espoir que nos concitoyens ne chercheront pas à se faire entendre sur la question des questions, celle des actes à produire qui améliorent le sort du plus grand nombre, redonnent confiance et espoir en mettant sur la défensive les forces qui veulent que tout continue comme avant.
Ce n’est pas le cas puisque tous les débats ou presque, dans tous les médias, sont conduits à partir des exigences du grand patronat et de la droite. Tout se passe comme si c’étaient eux qui avaient gagné les dernières élections !
Ils les ont perdues et nos concitoyens peuvent leur faire entendre raison en réclamant, avec la force et l’unité nécessaires, un nouveau partage des richesses, une nouvelle manière de les produire, accompagnés de l’ambition de donner un autre sens à la construction européenne telle que l’expriment les luttes dans les pays voisins.
Qu’attendent le gouvernement et le Président pour redonner vie à cette idée chère à la gauche de toujours selon laquelle le progrès social, démocratique et culturel est nécessaire pour atteindre une nouvelle efficacité économique et écologique ?
Qu’attendent-ils pour en appeler à l’intervention des salariés et des citoyens ? Pour faire voter une loi pour l’amnistie des syndicalistes inquiétés, sur de nouveaux droits pour les salariés et l’interdiction des licenciements boursiers ?
L’écoute, la concertation, la négociation avec les organisations syndicales, la consultation de toutes les expertises et expériences sont indispensables tant les problèmes à résoudre sont complexes mais si cela devait, comme aujourd’hui, laisser le champ libre à l’expression de tout ce qui favorise le capital au détriment du travail, alors c’est le changement progressiste, dans toutes ses dimensions, qui serait le grand perdant.
De «choc de compétitivité » en «baisse des charges patronales » et « hausse de la CSG ou de la TVA », il n’est question, sur tous les tons que de nouveaux cadeaux pour l’oligarchie, financés par de nouvelles difficultés pour celles et ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre.
En ouvrant un débat, sans même en préciser les tenants et les aboutissants, sur la compétitivité dès le 9 juillet dernier, et en confiant un rapport sur ce thème à M. Louis Gallois, qui deux jours avant, soit le 7 juillet, avait produit un exposé devant le cénacle libéral du cercle des économistes dans lequel il préconisait un « choc de compétitivité » visant à transférer de « 30 à 50 milliards d’euros » de cotisations dues par les grandes entreprises sur les salaires avec la CSG et sur les consommateurs avec la TVA, le nouveau pouvoir a instillé l’idée que le problème était le niveau des salaires et de la protection sociale.
Il a eu beau ensuite répéter que tout ne venait pas de là, le mal était fait.
Le MEDEF, les pigeons et d’autres volatiles, au profil de rapaces, soutenus par les leaders de l’UMP se sont engouffrés dans la brèche. Bonjour les dégâts ! Et l’adoption, avec la droite, du traité budgétaire n’a rien arrangé.
Souvent sont évoqués les choix de l’ancien chancelier social-démocrate allemand, M. Schröder proposé comme modèle à F. Hollande qui ne le récuse pas, bien qu’il ait considérablement dévalué le travail et les salaires. Rappelons qu’il a été battu aux élections suivantes.
Ceux qui à droite, à grands cris, pressent le gouvernement et le président d’avoir « du courage », ne le font que pour obtenir que les marchés financiers soient satisfaits en permanence. Leur « économie compétitive » n’est qu’un autre monde devenu une jungle. Le concept d’un socialisme de production dans le cadre d’un nouveau compromis historique « capital-travail » revient à s’éloigner du socialisme qui est par nature « redistributeur », « porteur de partage des richesses, des savoirs et des pouvoirs ».
Tout ce que la droite et le capital veulent empêcher.
(…)Cela reviendrait à faire accepter la crise et son cortège de souffrances comme des fatalités qui s’imposeraient aux individus, indépendamment de leur volonté.
Du pain béni pour la droite et l’extrême droite.
Refuser un tel scénario, continuer de chercher à rassembler sur des valeurs de solidarité, d’égalité, de coopération, de justice et de liberté, en proposant des solutions qui toujours s’en inspirent, continue à nos yeux d’être le chemin le plus sûr, le plus efficace, le plus unitaire pour sortir de la crise.
Il n’est pas trop tard pour que des actes clairs en faveur de celles et ceux qui ont mis beaucoup d’espoir dans le changement en mai et juin derniers, contribuent à leur donner la force et la confiance nécessaires pour l’emporter dans l’affrontement de classes que connaissent l’Europe et le monde.

 

Le Gouvernement reprend le rapport Gallois taillé sur mesure pour le patronat

AAdimcou.jpg
Au nom de la compétitivité, le travail de Louis Gallois satisfait largement aux attentes du Medef, préconisant surtout une baisse sans précédent des cotisations sociales, compensée par une hausse de la CSG et de la TVA.
Ce rapport dont les grandes lignes sont reprises par le Gouvernement vise à transférer les charges patronales sur le dos des salariés et des retraités.
Applaudissements à droite et au MEDEF, vives critiques à gauche parmi les syndicalistes et les communistes.
Les députés socialistes en acceptant la hausse de la TVA, recette sarkozyste qu'ils dénonçaient durant la campagne électorale - avalent leur chapeau et se renient une fois de plus.
Pour l'économiste Yves Dimicoli, membre de l'exécutif du PCF, qui répond aux questions de l'Humanité, "la baisse des cotisations entraînerait une hausse des impôts des salariés".
En rendant son rapport ?sur la compétitivité ?de l’économie française, ?Louis Gallois a confirmé la piste pressentie d’une baisse massive des cotisations sociales patronales. Est-ce une solution juste et efficace pour sortir de la crise??
Yves Dimicoli. Le rapport Gallois insiste sur le besoin d’abaisser ?les cotisations sociales patronales, tout en prétendant qu’il y a d’autres éléments que le coût ?du travail sur lesquels on peut agir pour relancer la compétitivité des entreprises. Cette baisse des cotisations aurait pour contrepartie une hausse ?des impôts et des contributions, contre le pouvoir d’achat des salariés et de leurs familles.

Quant aux mesures proposées pour améliorer la «?compétitivité hors coût du travail?», elles reviendraient à favoriser les profits des entreprises en situation d’exporter, d’innover, de consentir un effort de recherche, au lieu ?de développer l’emploi, ?la formation, les qualifications et ?les salaires avec les investissements nécessaires dans tout le système productif français.
Mais ce «?choc de compétitivité?» est présenté comme profitable, ?à terme, tant aux employeurs ?qu’aux salariés. Qu’en pensez-vous??
Yves Dimicoli. Le pacte de compétitivité ainsi proposé ?aux Français, au nom du prétendu «?patriotisme économique?», ?ne ferait qu’accentuer l’insuffisance de demande et de qualifications.
Il aggraverait la croissance financière et la spéculation contre le redressement national, avec un bond en avant dans la guerre économique intra-européenne.
Enfin, le rapport Gallois, qui ne dit rien à propos de la Banque centrale européenne (BCE), s’inscrit pleinement ?dans le cadre d’un rationnement du financement des services publics avec le respect de ?la contrainte folle de ramener ?à 3?% du PIB le déficit public ?en 2013.
Ce faisant, les mesures qu’il propose contribueraient à mettre en cause des facteurs décisifs de soutien de la demande et d’efficacité de la production comme l’éducation, la santé, ?la recherche, les transports, ?le logement…
Quels autres choix ?préconisez-vous??
Yves Dimicoli. Il y a une alternative possible?: la baisse des prélèvements financiers qui asphyxient les entreprises avec les intérêts payés aux banques, les dividendes versés aux actionnaires.
Ce sont eux qui minent en profondeur l’efficacité de notre système productif.
En 2011, selon les comptes de la nation (Insee), les charges d’intérêts payés aux banques par les sociétés non financières totalisaient 309?milliards d’euros, alors que les cotisations sociales, qui, en finançant la protection sociale, sont un facteur essentiel de productivité, ne coûtaient que 145?milliards d’euros?!
Il est possible d’alléger massivement ?ces prélèvements financiers avec ?la mise en œuvre d’un nouveau crédit bancaire pour les investissements matériels et de recherche de toutes les entreprises.
Le taux d’intérêt de ce crédit serait d’autant plus allégé, jusqu’à être nul, voire négatif (avec une diminution des remboursements), que les investissements programmeraient plus d’emplois et de formations.
Un pôle bancaire public serait chargé de développer ce nouveau crédit, au lieu du quasi-subventionnement des entreprises les plus profitables qui caractérisera les aides de la Banque publique d’investissement (BPI). Quant à la BCE, il faudrait qu’elle finance massivement, ?par création monétaire, une grande expansion des services publics en Europe et que le taux d’intérêt du refinancement dont elle fait bénéficier les banques soit d’autant plus abaissé que leurs crédits aux entreprises servent à des investissements programmant plus d’emplois et de formations.
Entretien réalisé par Sébastien Crépel

 

Rapport Gallois : Un choc contre le Travail

AAgalrap.jpg
La mise en œuvre d’un «?choc de compétitivité?» par une baisse massive de cotisations sociales serait une impasse économique.
Le but véritable ?de l’opération?? ?Réduire la masse salariale pour mieux servir le capital. ?La crise appelle ?un nouveau mode de développement.
Décryptage avec l’économiste Nasser Mansouri.
À qui profite la compétitivité ?
N. M.« La crise systémique en cours doit nous faire réfléchir. Pour reprendre une formule d’Einstein, on ne peut résoudre les problèmes avec les modèles de pensée qui les ont engendrés.
Nous sommes dans un monde mondialisé où, sous la pression du capital et des firmes multinationales, l’élément essentiel est devenu la mise en concurrence des travailleurs et des systèmes socioproductifs, des régimes de protection sociale, au bénéfice des firmes multinationales.
La compétitivité renvoie à cette conception?: il faut être plus fort par rapport aux autres.
Mais qui va être gagnant, qui sera perdant??
En regardant ce qui s’est passé au cours des trente dernières années, on voit que les gagnants sont les détenteurs de capitaux et la partie la plus riche de la population partout dans le monde. Et les perdants, les salariés, les sans-emploi, les retraités.

Une régression, dans la mesure où les richesses créées par le travail sont de plus en plus accaparées par les détenteurs de capitaux. Si on veut sortir de cette crise, ce qui est en jeu, c’est de dépasser cette mise en concurrence des travailleurs et des systèmes socioproductifs, et d’établir des coopérations permettant le développement et le progrès social partout dans le monde.
Plutôt qu’en termes de compétitivité, mieux vaudrait donc poser la question?: quelle performance globale, ou quelle efficacité économique et sociale pour répondre aux besoins qui s’expriment dans nos sociétés, en France, en Europe ou dans le monde ? »
Capital, travail, qu’est-ce qui coûte vraiment à l’économie française ?
N. M.« Les déterminants de la compétitivité sont de deux ressorts?: compétitivité coût et compétitivité hors coût. Bizarrement, lorsqu’on parle de compétitivité coût, le débat est focalisé sur le coût du travail.
Or, il y a deux facteurs de production?: le travail et le capital.
Qu’est-ce qui coûte vraiment à l’économie française?? Si on prend le cas des entreprises non financières (industrielles et de services), leur masse salariale a été multipliée par 3,6 depuis une trentaine d’années. Pendant ce temps, la somme des dividendes versés aux actionnaires a été multipliée par 20.
Si le travail était vraiment l’élément de blocage de l’économie, il aurait fallu que le rapport soit inverse.
Non, ce qui a coûté pendant ces trente années, c’est le capital qui s’est accumulé et dont le coût s’est renchéri.
Si on prend en compte les revenus de propriété versés aux propriétaires, dont les dividendes, ainsi que les charges d’intérêts des entreprises, on voit la même chose?: ces charges augmentent beaucoup plus vite que les autres postes dans les comptes des sociétés.
Et cela a un impact négatif sur l’emploi et l’investissement?: depuis 2003, le montant des dividendes dépasse les investissements réalisés dans les entreprises.
Quant à la compétitivité hors coût, donc tout ce qui a trait à la qualification des travailleurs, à la recherche et développement, à l’innovation, en France, ce sont des éléments de faiblesse.
Par exemple, les dépenses de R&D représentent 2,21?% du PIB, contre 2,8?% en Allemagne, 3,4?% en Suède, 3,9?% en Finlande, près de 3?% aux États-Unis et 3,5?% au Japon. Rappelons que l’objectif de Lisbonne était de 3 %. »
Un choc contre la rémunération du travail ?
N.M. « Les cotisations sociales, c’est du salaire socialisé. Quand le patronat demande un choc de compétitivité en baissant de 40?milliards les cotisations, cela signifie concrètement qu’il demande une baisse de salaires, de la masse salariale, d’autant.
Le coût sera reporté sur les ménages, avec tous les effets négatifs que cela induit sur la consommation, la demande intérieure, et in fine la croissance économique.
On nous dit qu’il faut le faire pour affronter la concurrence. Mais cette baisse de cotisations, le patronat la demande pour toutes les entreprises, tous les secteurs, même ceux qui ne sont pas exportateurs et ne sont pas menacés par des concurrents qui viendraient de l’extérieur.
La concurrence est un prétexte?: l’enjeu, en vérité, c’est moins pour le travail, plus pour le capital. Admettons qu’on baisse de 5 points par exemple les cotisations.
Dans le secteur de l’automobile, devenu déficitaire en quelques années, pour une voiture vendue 10?000?euros, cela permettrait de baisser le prix de 60?euros.
Pense-t-on vraiment qu’on va résoudre comme cela notre déficit commercial?? On cherche en réalité à éviter ce constat?: les constructeurs n’ont pas eu une stratégie de développement sur le long terme, la politique de délocalisation a été désastreuse.
Et derrière cela, il y a la question fondamentale de la conception du travail?: est-ce un coût à réduire, ou bien un atout pour la société qu’il faut valoriser?? »
Le rôle clé de l’investissement public?
N.M. « L’appel lancé récemment par 98 patrons dit?: “L’État doit dépenser moins.” Mais ils ne précisent pas quelles dépenses…
L’investissement public joue un rôle déterminant pour l’environnement des entreprises, les infrastructures. Aujourd’hui, les deux tiers des investissements publics sont réalisés par les collectivités locales, lesquelles sont confrontées au problème de financement et ont du mal à avoir accès au crédit bancaire.
Par ailleurs, la puissance publique, État et collectivités, accorde chaque année quelque 170?milliards d’euros aux entreprises sous forme d’aides, abattements, exonérations.
Pour quelle efficacité?? Mais quand le patronat parle de diminuer les dépenses publiques, il ne parle pas de celles-là.
Dans la mesure où ils veulent payer moins d’impôts, et ne veulent pas remettre en cause ce genre de dépenses, l’économie porterait sur les dépenses socialement et économiquement utiles. »
Le contre-exemple de l’Allemagne ?
N.M. «?Derrière la compétitivité, l’idée c’est que le salut viendrait essentiellement des exportations, qu’on aurait besoin d’une stratégie axée sur les exportations.
Or, historiquement on le voit, une telle stratégie ne permet pas d’avoir un développement équilibré. Les pays exportateurs de pétrole en fournissent un exemple caricatural.
L’essentiel du commerce extérieur des pays européens se réalise en Europe. Qu’est-ce que cela signifie?? Si tous les pays européens voulaient exporter, cela conduirait à une stratégie d’appauvrissement des voisins.
Chacun voulant augmenter sa part sur un marché qui est limité et qui se rétrécit avec la généralisation de l’austérité, tout le monde ne peut gagner.
On l’a vu en Allemagne avec la stratégie non coopérative mise en œuvre dans les années 2000. En exerçant une forte pression sur les salaires, l’Allemagne a augmenté ses ?exportations, mais au détriment des autres pays de l’UE, y compris la France.
Et cela a été aussi catastrophique pour les travailleurs allemands?: il y a eu affaiblissement de la consommation des ménages, donc de la demande, et au final une récession plus forte outre-Rhin qu’en France, et la précarité et la pauvreté se sont développées, avec, notamment, les “emplois à deux euros”.
On n’a pas besoin d’un “choc” de ce genre, mais d’un nouveau mode de développement répondant aux besoins sociaux.?»
Il faut changer de mode de développement ?
N.M. «?Pour sortir de la crise, il faut changer de mode de développement. Plusieurs leviers pour cela. Si on pense que la crise résulte de la dévalorisation du travail, la clé pour en sortir est de revaloriser le travail.
Cela revêt plusieurs dimensions?: l’emploi, et l’emploi qualifié en particulier, les salaires, les conditions et le contenu du travail.
Pourquoi toujours chercher de la flexibilité du côté du travail ? La rentabilité exigée par les marchés financiers est considérée comme intouchable, et il faudrait moduler le social en fonction de cette exigence?: voilà ce qu’il faut inverser.
Deuxième levier?: la promotion de l’investissement productif, pris au sens large,– les équipements mais aussi l’immatériel, la R&D, la qualification des salariés.
Pour ces deux objectifs, il faut se poser la question du financement?: comment changer la logique de l’intervention des banques, qui doit être la promotion de l’investissement productif, de l’emploi qualifié, de la recherche?? On voit l’importance d’avoir un pôle financier public.
Le taux de change de l’euro est également un facteur important. Toutes ces questions renvoient aussi aux objectifs et au fonctionnement de la Banque centrale européenne.
Il faut aussi réformer la fiscalité, en sorte que l’impôt sur les sociétés pénalise les entreprises qui privilégient le versement de dividendes, plutôt que l’investissement productif. Ici aussi des coordinations sont indispensables au niveau européen.
Enfin, si la politique économique peut créer un cadre favorable, la stratégie des entreprises compte autant. Il est donc important que les travailleurs puissent intervenir sur les choix de gestion des entreprises afin qu’elles répondent aux exigences de la société. »

 

Joseph Stiglitz : "Notre système de marché ne fonctionne pas"

Ajostig.jpg
Prix Nobel d’économie en 2001, Joseph Stiglitz fustige le comportement d'un B. Arnault, première fortune de France voulant s'exiler pour payer moins d’impôts et dénonce une démocratie au service des plus riches (1?%), où le principe d’un citoyen-une voix s’est transformé en un dollar-une voix, creusant de plus en plus les inégalités et affaiblissant la croissance. Dans cet entretien avec P. Ivorra, il montre aussi la stupidité sur le plan économique des politiques d'austérité.

Vous venez d’arriver en France en pleine polémique autour de l’affaire Bernard Arnault. Qu’en pensez-vous??
Joseph Stiglitz. C’est une expression très étonnante d’un manque de solidarité sociale. Quelqu’un comme lui a bénéficié de la communauté française, de la législation française pour réaliser tous ces bénéfices. Maintenant qu’il en a fait son bien, il s’en va.
Dans votre essai, vous dénoncez les dégâts sociaux causés par la crise financière aux États-Unis.Vous écrivez, notamment: «?C’est donc désormais près d’un Américain sur six qui se trouve en situation de pauvreté.?» Pouvez-vous illustrer rapidement cette réalité??
Joseph Stiglitz. Un Américain sur sept perçoit une aide sociale. En dépit de cette aide, 14?% d’entre eux se couchent en ayant faim au moins une fois par mois. Non pas parce qu’ils font un régime, mais parce qu’ils ne peuvent pas se permettre d’avoir suffisamment de nourriture.
Pour les pauvres, l’insécurité est énorme. Ne disposant pas de réserves, ils sont constamment au bord du précipice. Une voiture qui tombe en panne, la nounou qui tombe malade sont autant d’imprévus qui peuvent leur coûter leur emploi.

Vous insistez également sur la perte de richesse des classes moyennes avec la crise…
Joseph Stiglitz.La plus grande partie de leurs biens étant constituée de leur habitation, avec la chute des prix de l’immobilier, la classe moyenne américaine a énormément perdu. De telle sorte que le niveau de richesse des familles est aujourd’hui le même qu’au début des années 1990.
Durant les deux dernières décennies, toutes les augmentations de richesse sont allées tout en haut de l’échelle sociale.
Vous dénoncez les politiques qui ont été conduites depuis les années 1980, y compris celles d’Obama.'' Vous leur reprochez de privilégier les plus riches (1?%) et d’avoir conduit à la grande récession. Est-ce votre manière d’intervenir dans la campagne??''
Joseph Stiglitz. Le choix est très réduit aux États-Unis. Même ceux qui critiquent Obama qui pensent qu’il aurait dû faire plus pour stimuler l’économie ou être plus dur avec les banques, n’ont d’autres choix que de le soutenir. Romney (le candidat républicain – NDLR) est le candidat du 1?%, insensible aux problèmes de société.
Le milliardaire Warren Buffett déclarait vouloir payer au moins autant d’impôts que sa secrétaire. Romney ne dit rien de tel. Pis, la réforme fiscale qu’il propose consiste à diminuer davantage les impôts des plus riches (1?%).
Dans mon livre, je montre que la richesse de ces derniers ne vient pas de leur contribution à la société, mais de la rente qu’ils prélèvent sur les classes les plus pauvres. Ils n’ont pas inventé le transistor ou le laser, mais pris l’argent des autres.
Romney reflète les abus et les excès de cette classe dirigeante.
Vous affirmez que l’inégalité coûte très cher et qu’elle rend nos économies inefficaces, pourquoi??
Joseph Stiglitz. Premièrement, aux États-Unis, il n’y a pas d’égalité des chances. Les enfants pauvres ne peuvent pas exprimer leur potentiel, ce qui représente une perte de ressources humaines.
Deuxièmement, le haut de l’échelle sociale dépense moins que ceux qui sont en dessous. Avec la crise et la chute du pouvoir d’achat des classes moyennes, la demande baisse.
Le taux de chômage augmente, les salaires diminuent et les inégalités augmentent.
Troisièmement, une grande partie des inégalités aux États-Unis et dans d’autres pays provient de la recherche de la rente.
Les plus riches cherchent à faire de l’argent non pas en augmentant la taille du gâteau, mais en utilisant leur énergie pour avoir une part plus importante du gâteau.
Les banques qui se sont mis à faire des prêts prédateurs ont affaibli l’économie en prenant l’argent en bas de l’échelle sociale pour le mettre en haut. Quatrièmement, une société qui fonctionne correctement doit réaliser des investissements, développer ses infrastructures, dépenser en recherche… Mais, lorsqu’il y a beaucoup d’inégalités, le gouvernement ne fait pas ces investissements. Les riches n’ont pas besoin de transports en commun, ni de jardins publics, par exemple.
Vous accusez fortement les banques et les banquiers d’être responsables de la crise, comment les ramener à la raison??
Joseph Stiglitz. La seule façon est de les réguler pour qu’ils reviennent à leur métier. Une banque n’est pas un casino de Las Vegas?!
Le métier d’une banque est de prendre l’épargne des citoyens et de la traduire en investissements qui vont créer de l’emploi et améliorer la situation économique.
Aujourd’hui, il est toujours trop facile pour les banques, malgré les nouvelles réglementations, de faire de l’argent grâce à la spéculation ou par la manipulation des marchés, comme dans le cas du Libor.
Avec ce scandale, les banquiers ont créé un marché de 350?millions de milliards de dollars fondé sur des chiffres complètement faux, et on ne le sait que maintenant.
''Les banques centrales, écrivez-vous, sont actuellement le bras armé des financiers. Pourquoi les politiques monétaires sont-elles si importantes??''
Joseph Stiglitz. Les marchés ne se régulent pas d’eux-mêmes. Parfois, ils ne produisent pas assez, ou il y a trop de demande, ce qui provoque de l’inflation, c’est pour cela qu’il faut réguler le niveau d’activité économique.
Et l’un des instruments que nous avons, ce sont les politiques monétaires au travers des banques centrales. En cas de surplus de la demande, les banques centrales réduisent les flux du crédit ou augmentent les taux d’intérêt.
À l’inverse, lorsque la demande est insuffisante, elles baissent les taux d’intérêt et tentent de fournir davantage de crédits. En Europe, lorsque l’euro été créé, une grave erreur a été commise concernant le rôle de la Banque centrale.
Il a été indiqué qu’elle ne devait s’occuper que de l’inflation. Aux États-Unis, la FED, la banque centrale, se concentre sur l’inflation mais aussi sur l’emploi, la croissance et la stabilité financière.
La BCE se concentre sur un objectif extrêmement restreint, c’est pour cela qu’elle n’arrive pas à stabiliser l’économie européenne.
Comment expliquer l’acharnement à imposer des politiques d’austérité un peu partout, alors qu’elles sont injustifiables économiquement??
Joseph Stiglitz. C’est pour moi un véritable mystère. Nous avons expérimenté de telles politiques d’austérité des dizaines de fois et, à chaque fois, cela a été un échec.
En 1929, cela a été le cas avec le président des États-Unis, Herbert Hoover, qui a transformé l’effondrement de la Bourse en une grande dépression.
Plus récemment, le FMI a fait pareil dans le Sud-Est asiatique et en Argentine, et cela a été un désastre.
La plupart des pays européens qui ont engagé des politiques d’austérité sont maintenant en récession?; l’Espagne, la Grèce sont en dépression.
Compte tenu de toutes ces expériences, la possibilité pour les politiques d’austérité de réussir paraît minime. La plus forte probabilité est que l’économie cesse de croître, les recettes fiscales cessent d’augmenter, les dépenses sociales et le chômage continuent de croître et que, au final, les améliorations budgétaires espérées ne soient pas au rendez-vous.
Quels leviers permettraient de relancer l’économie mondiale??
Joseph Stiglitz. Plusieurs choses pourraient y aider. Les pays qui ont une grande marge budgétaire, comme les États-Unis et l’Allemagne, pourraient stimuler davantage leur économie.
L’accroissement de leurs importations, en retour, pourrait avoir un effet d’entraînement sur les autres pays. En ce qui concerne les États-Unis, d’autres facteurs peuvent intervenir. Nous devons, par exemple, nous occuper des problèmes du logement.
La deuxième chose qui pourrait jouer serait de fixer un prix élevé pour les énergies fossiles. Cela pousserait les entreprises à investir pour rééquiper l’économie afin de faire face au problème du réchauffement planétaire.
En ce domaine, les besoins d’investissement sont énormes. Pour moi, l’ironie de l’histoire est qu’on sous-utilise nos ressources. Il y a, d’un côté, des gens qui veulent travailler, du capital qui ne produit rien et, de l’autre, ces besoins énormes en matière d’environnement, de développement, de lutte contre la pauvreté.
Cette réalité est la preuve que notre système de marché et notre système politique ne fonctionnent pas.
Ce que vous appelez la «?grande récession?» ne témoigne-t-il pas du fait que le libéralisme est entré en crise??
Joseph Stiglitz. Clairement, la crise montre que l’idéologie de la dérégulation est erronée. Elle n’a pas été efficace économiquement, elle a provoqué un gâchis considérable des ressources, et son échec a coûté énormément à la société.
La liberté laissée aux banquiers a obligé le reste de la société à payer leurs erreurs.
De ce fait, ils ont rogné la liberté des autres. C’est une réalité qu’on a tendance à oublier?: la liberté de quelqu’un peut être la non-liberté de quelqu’un d’autre.
''Vous évoquez différentes formes d’inégalité?: de revenus, de patrimoine, de formation…'' Mais n’y a-t-il pas une autre forme d’inégalité particulièrement importante, l’inégalité de pouvoir, celle du citoyen mais aussi celle du salarié à l’entreprise, par rapport aux dirigeantsts et aux gros actionnaires?? Peut-on laisser les choix d’investissement des grands groupes au bon vouloir de ces derniers ou même de l’État??
Joseph Stiglitz. Vous avez raison, l’inégalité économique n’est qu’une des dimensions de l’inégalité. Une des thèses de mon livre est que l’inégalité économique provient de l’inégalité politique, qui elle-même renforce l’inégalité économique.
Cette inégalité économique et politique se manifeste dans beaucoup d’autres domaines de la société, dans la nature des investissements, des entreprises. Vous avez des compagnies pétrolières qui font des investissements sans s’occuper des coûts qu’ils vont imposer au reste de la société, que ce soit par le réchauffement durable ou, dans le cas de BP, par la pollution de la mer.
Elles ont utilisé leur pouvoir politique pour bénéficier d’une immunité judiciaire. L’une des remarques critiques que je fais, c’est que la forme de capitalisme que nous connaissons aujourd’hui ne maximise pas le bien-être des gens.
Les PDG s’occupent plus de leur bien-être que de celui des actionnaires. Ils font tout pour que les prix des actions monte parce qu’ils sont payés en stock-options. Ils manipulent les comptes. Par ailleurs, nombre d’actionnaires ont une pensée à court terme. Ils font tout pour maximiser le plus vite possible leurs bénéfices, plutôt que d’envisager une croissance à long terme.
C’est aussi dû au fait que les marchés eux-mêmes fonctionnent davantage à court terme. Troisièmement, nous savons que, même lorsque les dirigeants maximisent les bénéfices des actionnaires à long terme, cela ne veut pas dire que cela soit profitable pour le reste de la société
Suffit-il qu’il y ait un «?bon État?» pour sortir de la crise??
Joseph Stiglitz. C’est complexe car qu’entendez-vous par un «?bon État?»?? On peut avoir un État bien intentionné qui ne comprend rien à l’économie ou qui croit que l’austérité, ça fonctionne.
Mais s’il met en œuvre une politique d’austérité, aussi bien intentionné soit-il, il est probable que le résultat ne sera pas bon.
D’un autre côté, si vous avez un État qui reflète l’intérêt des banquiers, on peut être certains qu’il sera incapable de sortir de la crise d’une manière qui serait profitable à la plupart des citoyens.
Êtes-vous solidaire des forces progressistes qui se battent contre l’adoption d’un pacte budgétaire dans les pays de la zone euro??
Jospeh Stiglitz. Je pense qu’il y a un diagnostic totalement erroné du problème européen.
L’attention est concentrée sur la Grèce. Celle-ci a trop dépensé. L’Espagne, l’Irlande avaient des surplus avant la crise et même si ces pays n’avaient pas de déficit, cela n’aurait pas réglé les problèmes de l’Europe.
Si celle-ci en a, c’est parce que les banques n’étaient pas et ne sont pas suffisamment régulées.
L’Europe a créé un système instable. C’est un des exemples de l’erreur fondamentale du système européen et ce n’est pas le pacte budgétaire qui résoudra les problèmes.
Dans le contexte actuel, ce pacte imposerait plus d’autorité, une moindre croissance. Les dirigeants européens disent?: «?il faut restaurer la confiance?», mais ils ne comprennent pas que le problème sous-jacent, auquel l’Europe fait face, c’est qu’eux-mêmes torpillent la confiance.
Source l'humanité

 

Entretien avec André Chassaigne

AAchass.jpg
A. Chassaigne est président du groupe des députés communistes et du Front de gauche à l'Assemblée nationale.
COMMENT APPRÉCIER LA SITUATION DU PAYS ?
A. Chassaigne : Je crois d’abord qu’il faut bien mesurer l’ampleur des effets de la cure d’austérité appliquée à toute l’Europe, malgré le cataclysme grec.
Toutes les économies de la zone euro sont entrées en récession, avec une explosion du nombre de chômeurs et de la précarité. Le constat est accablant pour les pompiers-pyromanes de la crise.
Face à cette situation, plus que jamais la gauche est placée devant ses nouvelles responsabilités. Elle doit relever la tête pour engager le redressement du pays, en rompant avec la ligne de « l’austérité-autoritaire ».
SUR QUELLES BASES ?
A. Chassaigne. : Je vois pour ma part trois enjeux politiques déterminants qui se dessinent pour le pays et qui nécessitent de mettre toutes les forces progressistes, et celles du Front de gauche, au service d’un vrai changement.
Le premier, c’est celui du traité européen et de sa règle d’or. Ce « coup d’Etat à froid », décrypté par Patrick Le Hyaric dans son dernier ouvrage L’Europe des peuples nous appelle !, est le véritable cheval de Troie de l’austérité généralisée.
Il nous faut mobiliser sur le contenu de ce texte, sur ses implications dramatiques pour la vie future des Européens. Nous avons besoin d’expliquer le plus clairement possible la contradiction totale entre ce qui figure dans ce texte, c’est-à-dire le corset budgétaire à durée indéterminée imposé par la Commission européenne aux Etats, et la volonté affichée par les différents gouvernements européens de relancer la croissance et l’emploi.
De la rue jusqu’au Parlement, cherchons avec le Front de gauche le rassemblement le plus large des citoyens, avec comme première exigence la tenue d’un référendum.

Le deuxième, c’est celui de l’emploi, avec le besoin de réponses urgentes face au chantage des responsables des grands groupes, de leurs actionnaires et des marchés financiers. Poussons très loin l’exigence de mesures législatives sur l’interdiction des licenciements boursiers, en faveur de nouveaux droits pour les salariés et de nouveaux outils financiers de développement.
Nos députés et sénateurs du Front de gauche ont déjà travaillé sur plusieurs textes avec des mesures immédiatement applicables. Cherchons des majorités populaires et politiques pour avancer dans ce sens dans les semaines et mois à venir.
Le troisième, c’est celui de la relance budgétaire et de la refonte fiscale, avec le débat à venir sur le projet de loi de finances pour 2013, en cherchant à aller beaucoup plus loin que les premières intentions du Président de la République.
MAIS SUR CES TROIS ENJEUX, ON VOIT BIEN QUE LA MAJORITÉ AU POUVOIR SE RÉSIGNE?
A. Chassaigne. : Je crois que les millions de voix du Front de gauche à la présidentielle et aux législatives, que les Françaises et les Français qui souhaitent le changement n’attendent pas de nous d’être des spectateurs impuissants, voire des tireurs isolés, face à la ligne sociale-libérale qu’adopterait un gouvernement de gauche.
Nous n’avons aucune raison valable de renoncer à porter nos exigences dans le débat public, dans le mouvement social comme dans les institutions.
Au contraire, je crois que la situation nous impose un double effort politique : poursuivre et amplifier, avec les citoyens, avec le mouvement social, la dynamique d’appropriation de nos propositions face à l’austérité généralisée ; et user dans le même temps de tous les moyens pour être utile, pour faire avancer des mesures concrètes pour changer la vie dès maintenant.
N’EST-CE PAS UN COMBAT PERDU D’AVANCE ?
A. Chassaigne. : Quand le MEDEF et les privilégiés de la fortune mènent un lobbying intense pour affaiblir toute dynamique de progrès social, je suis convaincu que notre travail de fond devient une condition essentielle pour modifier les rapports de force.
Je l’ai déjà dit lors de mes dernières interventions, ne nous en tenons pas à commenter « la chronique d’un échec annoncé », qui ne servirait d’ailleurs qu’à dédouaner un gouvernement qui ne rêve que d’être totalement libre de ses mouvements. C’est un front politique durable qu’il nous faut édifier pour redresser le pays, en imposant par notre action collective « la chronique d’un échec refusé ».
Propos recueillis par Gérard Streiff pour l'Humanité

 

Non à l’austérité permanente: Refusons le Pacte budgétaire, ouvrons le débat en Europe !

Achanmot.jpg
Le mouvement social et ses organisations se mobilisent contre le Traité de pacte Budgétaire. voici un appel en cours, très pluraliste dans ses signataires.
Le président de la République veut faire ratifier au plus vite par le Parlement le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro, plus connu sous l’intitulé de « Pacte budgétaire », tel qu’il a été signé par Nicolas Sarkozy le 25 mars dernier.
Pourtant, les faibles mesures « de croissance » annoncées le 29 mai dernier ne constituent en rien la « renégociation » promise par le candidat François Hollande d’un traité qui « ajoute l’austérité à l’austérité ».
Ce Pacte budgétaire aggrave les politiques néolibérales prônées depuis des années et qui ont mené aux problèmes actuels de la zone euro. Il représente d’abord une absurdité économique. En imposant que le « déficit structurel » d’un État soit inférieur à 0,5 %, il va obliger à des coupes drastiques dans les dépenses publiques.
Il va priver la puissance publique de moyens indispensables pour mener des politiques permettant d’engager la transition sociale et écologique. Or nous avons besoin au contraire de développer et de rénover les services publics et la protection sociale pour répondre aux nombreux besoins non satisfaits, réduire les inégalités sociales et réaliser l’égalité entre les femmes et les hommes.
Nous avons besoin d’investissements publics considérables pour financer la transition énergétique, réduire les pollutions, assurer la reconversion écologique des modes de production et de consommation, créer des millions d’emplois.
L’obligation d’équilibre budgétaire permanent sera un frein majeur pour s’attaquer à la crise sociale et écologique.

Dans une Europe où les clients des uns sont les fournisseurs des autres, cette orientation engagée depuis deux ans amène aujourd’hui la récession généralisée.
Les difficultés de PSA et d’autres entreprises découlent directement de l’effondrement de la demande en Europe du Sud. Aujourd’hui le pouvoir d’achat stagne ou régresse, les entreprises et les collectivités locales réduisent leurs investissements : dans ce contexte couper dans les dépenses publiques ne fera qu’aggraver le chômage.
Dès 2013, selon une étude du FMI lui-même, ramener le déficit de la France à l’objectif de 3% du PIB affiché par le gouvernement créera automatiquement 300 000 chômeurs de plus. La réduction des recettes fiscales qui en résultera rendra encore plus difficile la réduction des déficits, que l'austérité était censée favoriser, « justifiant » ainsi un nouveau tour de vis, etc.
Économiquement stupide, ce Pacte budgétaire est socialement insupportable car les « programmes d’ajustement structurel » aujourd’hui imposés à la Grèce et aux autres pays en difficulté réduisent les protections, accroissent les inégalités et touchent le plus durement les populations les plus précaires - femmes, jeunes, ouvriers, immigré-es. Loin d’éviter aux pays du Nord de l’Europe de subir le sort de ceux du Sud, ce Pacte entraîne toute l’Union dans une spirale dépressive qui risque de généraliser la pauvreté.
Ce serait un recul sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.
Enfin, ce Pacte budgétaire représente un déni démocratique. Non seulement il prévoit des sanctions quasi automatiques en cas de non-respect, mais il marginalise les Parlements nationaux et européen, et fait de la Commission et de la Cour européenne de justice, organismes non élus, les juges des budgets nationaux.
Il installe un fédéralisme autoritaire niant la souveraineté populaire. Il place l’économie en pilotage automatique, soumise à des normes destinées à rassurer des marchés financiers dont la puissance n’est pas remise en cause. Nous ne l’acceptons pas.
Les crises sociale, écologique et financière mondiales s’aggravent. Elles sont lourdes de dangers comme le montre le renforcement des extrêmes droites xénophobes et nationalistes.
Ces crises nécessitent une mobilisation de l’Europe, mais d’une Europe fondée sur la solidarité et la démocratie, d’une Europe qui se dégage de l’emprise des marchés financiers.
Or le Pacte budgétaire va au contraire renforcer les contradictions internes à la zone euro et pourrait mener à son éclatement. Le refus de la France de ratifier ce traité serait un signal fort envoyé aux autres peuples européens afin d’ouvrir le débat sur la construction d’une autre Europe.
C’est pourquoi, nous, les organisations signataires de ce texte refusons ce Pacte budgétaire qui engage l’avenir. Nous demandons qu’un large débat démocratique ait lieu afin que les citoyen-es puissent s’emparer de ce sujet décisif et se prononcer à son propos. Nous voulons mettre le Président de la République, son gouvernement, les parlementaires devant leurs responsabilités.
Pour créer ce débat démocratique, nous appelons à renforcer les collectifs locaux déjà existants - notamment ceux pour l’audit citoyen de la dette publique -, à en créer de nouveaux le cas échéant ; nous organiserons ensemble une série de débats publics dans toute la France ; nous nous adresserons et inviterons les citoyens à s'adresser à chaque député et sénateur de la majorité parlementaire, et nous organiserons des manifestations dont une grande manifestation unitaire à Paris le dimanche 30 septembre. Un comité d’organisation se met immédiatement en place pour assurer le succès de ces initiatives.
Premiers signataires : Aitec-IPAM, AC !, ANECR, Attac, CADTM, Cedetim-IPAM, CDDSP, CNDF, Les Économistes Atterrés, Fondation Copernic, Front de gauche - Parti communiste français - Parti de gauche - Gauche unitaire - FASE - République et Socialisme - PCOF - Convergence et Alternative - Gauche anticapitaliste, Les Alternatifs, Marches Européennes, NPA, Résistance Sociale, Solidaires, Sud BPCE.

 

Pas de réorientation européenne possible si la France accepte le Traité Merkel-Sarkozy

Arefnon.jpg
L’expérience des autres pays européens montre à quel point des changements de gouvernements n’ont pas répondu aux espoirs placés en eux par les électeurs, favorisant ainsi la montée des nationalismes et des extrémismes.
Or, voici que plusieurs économistes démontrent depuis une semaine, que l’application des règles du nouveau traité européen obligerait à des réductions d’investissements sociaux et publics non plus de 33 milliards d’euros, comme annoncé fin juin, mais de 44 milliards d’euros.
C’est comme si on décidait de supprimer le budget de l’Éducation nationale.
Rien ne contraint F. Hollande et J.M. Ayrault à imposer ce traité qui n’est pas le leur, mais celui de leurs prédécesseurs.
Un traité dont la renégociation était un des engagements majeurs du candidat socialiste. Dans la gauche et chez les écologistes, aux yeux de beaucoup, elle reste à obtenir pour engager “la réorientation de la construction européenne”.
F. Hollande en avait affirmé la volonté.
Nous la partageons et nous apporterions notre contribution à la mise en œuvre d’un projet de changement de l’Europe. Ceci nécessiterait de ne pas ficeler le débat sur le traité au Parlement, début octobre.
Mais de quelle réorientation parle-t-on si son acte fondateur est un traité austéritaire ?
La vérité, c’est qu’il n’y aura pas de réorientation de la construction européenne si on accepte le traité de M. Sarkozy et Mme Merkel.

Et J.M. Ayrault n’a pas raison de dire que les parlementaires qui n’acceptent pas ce texte, marqueront de la défiance vis-à-vis de F. Hollande ou l’affaibliront.
Non ! Ceux, qui, comme nous, refusent ce texte, le font au nom de la réussite du changement.
Mieux, un débat public, tout le mois de septembre, sur ce traité, comme nous y inviterons à la Fête de l’Humanité, sanctionné par un référendum, donnerait un poids considérable à F. Hollande face aux institutions européennes et à Mme Merkel pour pousser l’idée de renégociation qui est l’engagement numéro onze du programme du Président de la République.
Ce n’est pas non plus affaiblir la France. Au contraire ! Soutenir le texte baptisé « Merkozy » revient à conforter la domination et les options des dirigeants allemands.
Nous savons que là encore la pression du capital européen est forte. Mme Parisot s’est réjouie que ce traité européen soit adopté rapidement et sans débats.
Elle sait que ce texte constituera pour ceux qu’elle représente, un puissant outil contre les droits économiques et sociaux des travailleurs et une nouvelle flèche contre l’État social.
La majorité des Français a choisi de changer de pouvoir pour une politique au service de l’intérêt général et non plus au service des puissants et de la finance.
Après le changement de pouvoir, le changement de politique reste un chantier qui concerne chacune et chacun.

 

P. Laurent (PCF) : L'agenda social oublié par le président

AFHolTF.jpg
Tout en prenant acte de l'impatience des Français qui après 10 ans de droite au pouvoir attendent une action gouvernementale à la hauteur des urgences et attentes sociales, le président de la République a fait un discours de la méthode qui au risque de se répéter sera très vite inopérant.
L'agenda qui fixe à deux ans "le rythme du redressement du pays" avant d'envisager "la construction d'une société de solidarités" semble remettre à plus tard le changement annoncé et surtout oublie complètement le changement social qui est bien à l'ordre du jour.
Ainsi, alors que c'est aujourd'hui qu'il faut un moratoire sur les plans de licenciements boursiers, et que les salariés menacés doivent sentir que le pouvoir est dans leur camp, ceux de PSA apprennent qu'ils seront "accompagnés" par l'État dans les plans de reconversion.
Au surplus, son silence absolu sur le Traité européen soumis à ratification alors qu'il n'a pas été renégocié d'une virgule est très préoccupant. Les Français ont droit à ce débat, ils ont le droit de décider.
L'austérité des comptes publics n'est pas la solution, elle est le problème. Et ce sont bien des ressources nouvelles qu'il faut dégager, à commencer par récupérer celles accaparées par les marchés.
Le PCF et le Front de gauche sont disponibles pour un tournant politique, celui de la justice sociale et de la relance économique et écologique.
Pierre Laurent, secrétaire national du PCF

 

Plans sociaux: Pas de moratoire en vue selon Ayrault ...

ababousegrobenef.jpg
Il faut faire vite contre les licenciements et ne pas se contenter de promesses : il faut immédiatement suspendre les licenciements en cours en imposant aux patrons un moratoire.
C'est du moins ce que veulent les communistes.
Le vote Front de gauche aux législatives servira aussi à marquer cette exigence.
Face à la multiplication des plans sociaux annoncés dans le pays, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Nicole Borvo et Roland Muzeau, respectivement Présidents des groupes communistes au Sénat et à l’Assemblée Nationale, ont adressé un courrier au Premier ministre pour exiger une action résolue du gouvernement contre cette vaste casse sociale.
Pour ces élus du PCF : " Passées sous silence au cours des dernières semaines de campagne de l’élection présidentielle, les menaces de plans sociaux drastiques se précisent et se multiplient aux quatre coins du pays.

3 000 emplois en ligne de mire à Air France, 3 000 également à PSA-Aulnay, 3 000 encore à Carrefour, 10 000 dans toute la filière de la grande distribution, des milliers encore à Fralib, Nouvelles Frontières, ArcelorMittal, Petroplus, SeaFrance, H2M ex-Québécor, Meryl Fiber, c’est une hécatombe annoncée.
Il nous paraît inacceptable que le gouvernement assiste impuissant à ces destructions massives de l’emploi industriel français alors que les Français ont exprimé avec force leur volonté de mettre un coup d’arrêt à ce gâchis et que votre gouvernement a affiché."
Le Premier ministre a répondu à la lettre ouverte de Pierre Laurent, sur la multiplication des plans sociaux. Jean-Marc Ayrault indique ses actions à venir et parlent de mesure contre les licenciements boursiers.
Le nouveau locataire de Matignon indique deux nouvelles possibilités de recours des salariés contre les plans de licenciements et les cessation d'activité. Mais il n'évoque pas la piste du moratoire sur les licenciements.
Le Parlement sera saisi "pour adopter rapidement un certain nombre de mesures précises sur les licenciements boursiers et sur l'obligation pour un groupe, de céder à un repreneur un site industriel rentable qu'il envisagerait de fermer".
Par ailleurs, Jean-Marc Ayrault souligne l'action du "Ministre du redressement productif" qui "s'est saisi dès son installation de l'ensemble des dossiers en cours". Vendredi, Arnaud Montebourg s'est rendu à Gémenos auprès des Fralib et a annoncé le retour d'Unilever à la table des négociations, qui voulait pourtant cesser toute activité sur ce site de production du thé l'Eléphant, ainsi que la nomination d'un médiateur.
"Chaque situation fait l'objet d'un examen et d'un suivi particuliers. Il est mobilisé avec le Ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social sur les plans sociaux en cours afin de trouver les meilleures solutions pour sauvegarder les emplois et préserver notre tissu industriel et notamment nos PME", e Il rappelle enfin aux élus communistes qui l'ont interpelé la tenue de la "conférence sociale qui se réunira d'ici le 14 juillet et dont j'engagerai mardi 29 mai prochain la préparation en recevant les organisations syndicales de salariés et les organisations d'employeurs".
Mais pour l'instant, pas question de moratoire.
L'absence d'engagement sur le moratoire inquiète les communistes.
Le vote Front de gauche sera aussi un vote pour pousser le gouvernement à décréter sans plus attendre un moratoire sur les licenciements en vue d’interdire les licenciements boursiers.

 

Nouvelles journées de grève générale au Portugal contre l’austérité imposée partout en Europe

avportu.jpg
Une grève générale contre les mesures d'austérité du gouvernement devrait faire tourner le Portugal au ralenti jeudi 22 mars. Le 29, ce sera au tour de l’Espagne de protester massivement.
D’importantes manifestations sont prévues jeudi tant à Lisbonne que dans les principales villes du Portugal.
Le pays sature, frappé par la récession et le chômage aggravés par l’austérité imposée par l’Europe et le FMI.
"Nous sommes convaincus que nous aurons un taux de participation significatif", a assuré récemment Arménio Carlos, leader de la principale confédération syndicale portugaise, la CGTP, la seule à avoir appelé à la grève.
La participation à cette grève générale apparaît comme un test pour la CGT, proche du Parti communiste, qui rassemble 350 000 adhérents et pourra ainsi mesurer son influence après avoir réussi, à la mi-février, à faire descendre dans les rues de Lisbonne quelque 300 000 personnes.

La CGT s’est éloignée de l’autre grosse centrale syndicale, l'UGT (proche du PS), car cette dernière avait accepté une reforme du code du travail.
Celle-ci prévoit notamment un assouplissement du marché du travail en matière d'horaires et de licenciements, ainsi que la suppression de jours fériés et de jours de congés.
Cette réforme est devenue la cible privilégiée de la CGTP dans ses critiques contre les mesures de rigueur du gouvernement de centre-droit.
Troisième pays de la zone euro, après la Grèce et l'Irlande, à obtenir une assistance financière internationale, le Portugal a reçu en mai 2011 un prêt de 78 milliards d'euros en échange de reformes, marqué par des mesures de rigueur sans précédent.
L'austérité a eu pour effet de ralentir l'économie portugaise qui, selon des prévisions officielles, devrait, cette année, se contracter de plus de 3% tandis que le taux de chômage, qui a atteint 14% fin 2011 et même 35% pour les jeunes de 15 à 24 ans, devrait s'établir à 14,5%.
Jeudi 29 mars, ce sera au tour de l’Espagne de protester. Plus d’un million d’Espagnols étaient descendus le dimanche 11 mars dans les rues des principales villes pour dénoncer les mesures d’austérité et la casse des services publics et du droit du travail.
Une grande répétition avant la grève appelée par les deux grands syndicats, UGT et CCOO.

 

300 000 manifestants à Lisbonne

Alisbonne.jpg
Alors que la contestation s'est poursuivie dimanche en Grèce contre les nouvelles mesures de rigueur pour la seconde journée consécutive, avec plus de 100 000 personnes dans les rues à Athènes et Salonique (nord), des dizaines de milliers de personnes venues de tout le Portugal ont manifesté samedi après-midi à Lisbonne contre les mesures d'austérité mises en œuvre par le gouvernement dans le cadre du prétendu plan d'assistance financière européen.
Selon la CGTP, la principale centrale syndicale du pays, qui avait organisé cette journée de mobilisation, ce sont quelque 300.000 personnes qui ont défilé dans la capitale portugaise.
"Il s'agit de la plus grande manifestation de ces 30 dernières années", a souligné Armenio Alves Carlos, secrétaire général de la CGTP, qui s'est adressé aux manifestants dans un discours à la fin de la manifestation, au cours duquel il a vivement critiqué les mesures du programme de prétendue assistance financière qui entraîne le pays, et surtout ses salariés, vers le gouffre.
En ligne de mire des manifestants, les mesures dites d'austérité proposées par le nouveau gouvernement de droite, avec l'accord du PS qui a mis en œuvre les quatre plans d'austérité précédents, et imposées par la « troïka » BCE/Union européenne/FMI.

La baisse des dépenses publiques et les hausses d'impôts imposées par le plan d'aide financière ont provoqué au Portugal la plus forte récession depuis le retour de la démocratie, en 1974. Le taux de chômage atteint les 13%. Le nouveau gouvernement a déjà fait passer fin 2011:
=> une nouvelle hausse de la TVA,
=> la suppression des treizièmes et quatorzième mois de salaire pour les fonctionnaires,
=> la concession de parts de l’État dans diverses entreprises publiques (électricité, caisse des dépôts)
=> et de nouvelles exonérations de cotisations patronales.
En ce début d'année 2012, il avait fait de l'augmentation du temps de travail d'une demi-heure par jour (soit trois heures par semaine) sa mesure phare. Confronté à une résistance de plus en plus forte dans les entreprises, matérialisée par la grève massivement suivie du 24 novembre 2011, le patronat a reculé sur cette mesure pour mieux avancer sur son agenda de casse sociale.
Ce plan "est un programme d'agression des travailleurs et de l'intérêt national", a déclaré Armenio Alves Carlos. "L'austérité ne crée pas de richesses. Or, le pays a besoin qu'on lui retire la corde du cou pour pouvoir respirer, vivre et travailler", a-t-il ajouté, plaidant pour une revalorisation du salaire minimum, actuellement de 485 euros brut.
"Le salaire (minimum) net s'élève à 432 euros, or le seuil de pauvreté est de 434 euros, ce qui concerne actuellement au Portugal "quelque 400.000 travailleurs", a-t-il affirmé.
Les manifestants arrivés à Lisbonne en début d'après-midi de tout le pays à bord de cars affrétés pour l'occasion s'étaient d'abord concentrés en divers endroits de la capitale avant de converger vers la place du Commerce, dans le centre historique.
"Non à l'exploitation, non aux inégalités, non à l'appauvrissement" ou encore "une autre politique est possible et nécessaire", pouvait-on lire sur les banderoles déployées par des manifestants qui scandaient : "la lutte continue !" ("A luta continua !").
Le responsable de la CGTP a averti que la vague de contestation se poursuivrait dans les prochaines semaines, annonçant d'ores et déjà l'organisation d'une nouvelle journée de manifestations dans tout le pays le 29 février prochain, dans le cadre de la journée européenne de lutte contre l'austérité lancée par les syndicats affiliés à la CES.

 

ÉLECTIONS 2012 : Le Secours Catholique en campagne pour les droits fondamentaux

Alarue.jpg
Le Secours Catholique a lancé le 31 janvier sa campagne d’interpellation des candidats à la présidentielle et législatives, et de l’opinion publique, sur des préoccupations majeures en résonance avec la devise républicaine : Liberté, Égalité, Fraternité.
L’Insee recense 133 000 personnes sans domicile en France.
Le Secours Catholique en rencontre 60 000 par an. Ces personnes doivent subvenir à leurs besoins vitaux et subissent des souffrances psychiques et une carence en relations humaines stables.
Le Secours Catholique milite pour l’élaboration d’un plan hors saisons structurel, reposant sur deux principes inscrits dans la loi : l’accueil inconditionnel de toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale ; le principe de continuité de la prise en charge.
Une table ronde s’est tenue au Palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris, lieu emblématique puisque la crise financière mondiale de 2008 a entraîné la crise économique que tous les pays, et la France en particulier, subissent depuis lors.

Étaient présents autour de cette table deux personnes accueillies par le Secours Catholique, Oumar Camar et Alain Kabeya, aux côtés de François Soulage, président national du Secours Catholique, ainsi que Patrick Doutreligne, Délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Chantal Richard, de la CFDT, et Étienne Pinte, député UMP et président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE).
Le logement d’abord
La thématique de l’accès au logement pour les plus précaires, jeunes, étudiants, sans emploi ou travailleurs pauvres a été largement abordée. Patrick Doutreligne a rappelé qu’il y a 800 000 logements manquants et 3,5 millions de personnes mal logées ou pas logées du tout.
Étienne Pinte a rappelé que « l’équilibre d’une société repose sur quatre piliers : le logement, la formation, l’entrée de la vie active et la santé. L’État régalien est là pour rétablir l’équilibre à chaque fois qu’il est rompu. »
Démocratie contre doxocratie
Pour Patrick Doutreligne, il faut garde en tête la différence essentielle entre démocratie et doxocratie, cette dernière étant "le pouvoir de ceux qui sont censés connaître l’opinion".
« Attention à ne pas revendiquer un droit pour les pauvres, car ce serait alors faire un “pauvre droit”, alors que ce qu’il faut c’est l’accès aux droits », a-t-il rappelé. Étienne Pinte a rebondit sur cette question, se félicitant de ce que, pour la première fois, on envisage de faire participer directement des citoyens à l’élaboration des politiques qui les concerne.
Ce sera le cas avec la création d’un “collège” au sein du CNLE.
Changer le regard
Alseny, salarié du Secours Catholique à la délégation du Val de Marne a insisté sur la nécessité de changer le regard sur le pauvre, l’étranger, le sans papier, qui n’est pas sans droit pourtant.
« C’est un message que porte le Secours catholique depuis des années », a renchéri François Soulage. Étienne Pinte a demandé à cet égard qu’un demandeur d’asile puisse recevoir une réponse au bout de six mois et non pas deux ans et demi, comme c’est souvent le cas.
Il a attiré l’attention sur le cas des enfants bulgares et roumains, qu’on scolarise mais dont les parents n’ont pas le droit de travailler. Hugo Tiffou, de Médecins du Monde, a dénoncé la récente décision de la France de prolonger jusqu’en 2013 les mesures transitoires d’intégration à l’Union européenne qui visent ces deux pays, alors que l’Italie par exemple y a mis fin.
Hausse des minima sociaux
Enfin, les intervenants sont tombés d’accord sur la nécessité de revaloriser le RSA de 25%, d’en faire bénéficier les 18-25 ans, et de rehausser le montant de l’aide personnalisée au logement.
La question du quotient familial a également été abordée. Étienne Pinte a estimé nécessaire de moduler le quotient en fonction des revenus du foyer.
500 000 logements sur 5 ans
Bernard Schricke, directeur de l’action France au Secours Catholique a redit les grands axes de revendications de l’association : pour une proportion de 25% de logements sociaux dans les communes (20% actuellement avec la loi SRU), pour un plan sur cinq ans de 500 000 logements supplémentaires par an, dont 150 000 logements sociaux, pour une simplification de l’accès aux droits sociaux et un changement de regard sur leurs bénéficiaires.

 

Urgence : utiliser l'argent et la monnaie au service du peuple

Abasfinance.jpg
La crise , loin d'être terminée, s'approfondit. Les difficultés s’aggravent pour les gens, les marchés et les banquiers obsédés par la rentabilité des capitaux et de leur rente, accentuent leur pression.
Et cette obsession met en lumière une question sur laquelle les communistes attirent depuis longtemps l’attention mais à propos de laquelle il faut faire plus encore : le besoin d’une relance de la croissance, une croissance saine et durable à partir de la création de richesses réelles et utiles et donc, la nécessité d’une autre utilisation de l’argent.
Le changement ne doit pas seulement être renvoyé en haut, du côté de l'Etat, ou attendu par une simple réforme de la fiscalité.
Il ne suffit pas de mieux partager les richesses, il faut produire autrement avec d'autres critères et des pouvoirs de décisions du côté des salariés. L'austérité renforcée ne mène à rien, sinon a enfermer la France et l'Europe dans un cercle vicieux.
C'est ce qu'explique à sa façon, le prix Nobel d'économie J. Stiglitz : "elle va exacerber le ralentissement économique. En l'absence de croissance, la crise de la dette et celle de l'euro s'aggraveront. Et la longue crise amorcée par l'éclatement de la bulle immobilière en 2007 et la récession qui a suivi va se prolonger".

L’agence de notation Standard & Poors, elle-même, écrit dans l’argumentaire du rapport proposant la dégradation de la note AAA de la France que : « un processus basé sur le seul pilier de l’austérité risque d’aller à l’encontre du but recherché à mesure que la demande diminue… ».
Tout ce petit monde capitaliste a donc parfaitement conscience qu’y compris la reproduction du taux de profit, ne peut se faire indéfiniment en dehors de toute production de richesses réelles, c’est-à-dire en dehors de tout investissement dans l’appareil productif et surtout en dehors de l’intervention de l’homme et de la mobilisation de ses capacités.
Mais pour les marchés, le seul moyen envisageable pour atteindre cet objectif, est de conduire les salariés à accepter de nouveaux sacrifices : baisse des salaires, des garanties de protection sociale, dégradation des conditions d’emplois.

Le credo capitaliste de la nécessité de baisser les charges sociales des patrons, via la TVA sociale ou en multipliant les exonérations ne mène à rien, si ce n'est à accroître les profits et a assécher le financement de la protection sociale. Cette illusion du bien fondé de la baisse du coût du travail qui a servi d'arrière fond au pseudo sommet social de Sarkozy, malgré le démenti des faits, est encore malheureusement partagée par le PS et F. Hollande.
En arrière-plan idéologique est le sempiternel et réactionnaire refrain de l’union sacrée : "tous unis, patrons, ouvriers, droite, gauche, contre la crise"...
Mais la crise ne tombe pas du ciel : elle vient du règne du capitalisme financier, qu'a part le PCF et le Front de gauche, personne ne veut sérieusement remettre en cause..
Se manifeste de façon éclatante à cette occasion la contradiction du système qui caractérise d’ailleurs la profondeur de sa crise et exige de la part des communistes, de porter des propositions à la hauteur et précises, pour un projet radical de construction alternative.
A sa manière, F. Hollande exprime la même contradiction avec ses propositions de suppression du quotient familial et de fusion de l’Impôt sur le Revenu et de la CSG.
Il faut de nouvelles recettes fiscales, mais il ne faudrait surtout pas toucher aux revenus des plus riches, des entreprises et du capital. Et en plus ces nouvelles recettes ne seraient destinées qu’à rembourser le déficit.
Pour mettre en phase la campagne électorale avec les nouvelles exigences politiques et sociales de la période, il convient de monter beaucoup plus haut la question d’une autre utilisation de l’argent ; c’est-à-dire : une autre politique du crédit par sa bonification, le rôle de l’Euro et de la BCE, une réforme de la fiscalité mais sans jouer au Monsieur Plus de la fiscalité.
Croire qu'une réforme de la fiscalité suffirait en soi à résoudre la crise, y compris celle de la dette, est encore une illusion. Il faut s'attaquer aux causes structurelles de la crise, à l'utilisation de l'argent dans notre pays et en Europe.
Ainsi, l'économiste et spécialiste de la fiscalité J.M. Durand estime : "A titre de comparaison une réforme fiscale pourrait rapporter jusqu’à 200 Milliards d’Euros, mais la création monétaire c’est beaucoup plus. Par exemple 1700 milliards d’Euros crées au niveau européen lors de la crise des « subprimes ».
On mesure les possibilités que ce levier de la création monétaire pourrait offrir en termes de réponses aux besoins sociaux et de développement des capacités humaines.
Il convient pour assurer une autre orientation du crédit de nationaliser le système bancaire et les assurances, institutions fortement intriquées pour créer un pôle public : BNP, Crédit Lyonnais, Société générale, CDC etc..
Et cette autre utilisation de l’argent serait pour l’emploi et les services publics avec de nouveaux critères de gestions et de nouveaux pouvoirs de décision pour les salariés. S’agissant du crédit, une précision. Le 8 décembre dernier, la BCE a autorisé les banques centrales des divers pays membres de la zone euro à décider de leur politique du crédit. Une bonne occasion pour commencer par leur imposer d’utiliser ce dernier pour favoriser les investissements créateurs de bons emplois.

- page 1 de 12