« l’Enfer est pavé de bonne intentions » dit-on (en allemand, à destination de J-M.Ayrault, éminent germanophone : « der Weg zur Hölle ist mit guten Vorsätzen gepflastert » ). En effet, ce n’est pas faute de dire et d’écrire de bonnes choses, dans les interviews, les attendus ou certaines mesures des projets de lois….., mais le gouvernement ne s’empêtre pas moins dans une logique contradictoire qui tourne au cercle vicieux : vouloir faire une politique de Gauche avec des recettes de Droite.
Souvenons-nous : réduction des déficits, réduction du nombre de fonctionnaires, appel au privé en remplacement des services publics, exonérations en faveur des entreprises censées relancer l’emploi et la croissance,….ces recettes n’étaient-elles pas le « credo » sarkozo-fillonien, et en continuant ce parallèle religieux, véritables dogmes de l’orthodoxie libérale ?
Je me contenterai, pour illustrer ma démonstration, d’exemples fragrants, symptomatiques des multiples valses hésitations gouvernementales, depuis le grand écart jusqu’au renoncement, laissant un arrière-goût d’inachevé, quand ce n’est pas carrément un relent de politique droitière
I- Le CRÉDIT D’IMPÔT COMPÉTITIVITÉ -EMPLOI (CICE)

Cette mesure, censée améliorer la compétitivité des entreprises industrielles françaises à l’exportation et éviter les délocalisations, va permettre de reverser 20 milliards € aux entreprises.
Problèmes, que l’on peut décrire sur le mode cinématographique :
1) le « remake » des « Misérables » : Sarkozy avait décidé une mesure similaire, mais sous forme d’exonération de charges sociales ; le manque à gagner pour l’Etat devant être compensé par une augmentation de la TVA, d’où le surnom de cette mesure injuste, « la TVA sociale ». Or le CICE, lui aussi cadeau royal, sera compensé par…….une hausse de la TVA, impôt, tout le monde le sait, le plus injuste qui soit (cf Widget "le Saviez-vous?")
2) « Prends l’Oseille & Tire-toi » : ce cadeau fiscal est dénué de toute condition d’octroi et de toute transparence quant à son utilisation, donc rien n’en garantira le contrôle, encore moins l’efficacité, en termes de création d’emploi, d’investissement, d’innovation, sans parler de formation et de salaires
3) « L’Aveu » : l’institut Rexecode, proche du patronat, a publié une étude dubitative quant aux résultats probables au regard de l’objectif affiché : sur les 20 milliards, seuls 4 milliards bénéficieront à l’industrie, alors que ce seront les sociétés du secteur tertiaire, positionnées sur des secteurs non délocalisables et peu concurrentiels qui en profiteront, en termes de baisse du coût du travail
II- Les Questions de SANTÉ
1) Loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS 2013) : le Gouvernement étant resté sourd et aveugle aux propositions des sénateurs communistes, le projet de loi a été rejeté à la Haute Assemblée, mais le dernier mot revenant à l’Assemblée Nationale, il a finalement été adopté. Pourtant, il n’y a pas de quoi pavoiser quand on précise que le Gouvernement n’a aucunement supprimé les mesures prises antérieurement par la Droite, comme les franchises médicales ou la fiscalisation des indemnités d’accidents de travail
2) Loi HPST :
Justement, ces mesures d’injustice sociale en matière de santé et d’accès aux soins, sont issues de la Loi HPST dite Loi Bachelot, qui, de l’avis d’une grande partie du monde médical et médico-social (qui n’est pas totalement révolutionnaire), est un texte liberticide pour la santé comme droit commun à tous et pour tous. Ainsi, la Loi Bachelot, seule ou liée à d’autres « réformes » sarkosistes, c’est :
- la privatisation de l’hospitalisation : fermeture des établissements publics, cadeau aux cliniques privées et groupes financiers via les PPP
- la gestion de ces mêmes hôpitaux publics selon des critères de rentabilité : T2A, coupes budgétaires, ….
- la remise en cause de l’égalité d’accès aux soins mais également face à la maladie : déremboursements de médicaments, développement du secteur 2 (en « dépassement d’honoraires »)
3) La création des réseaux de soins : vient d’être votée une mesure qui sur le papier a tout l’air d’une vraie réforme de Gauche en facilitant l’accès aux soins, notamment ceux mal remboursés (dentaires et oculaires), via les mutuelles. Or, le Front de Gauche s’est cependant abstenu : pourquoi me direz-vous ? J.Fraysse, spécialiste des questions de santé et, par ailleurs, cardiologue, dénonce le « risque d’une prise en charge complémentaire à deux vitesses » et « un pas supplémentaire vers la privatisation rampante de la Sécurité sociale ». Ce vote des parlementaires Front de Gauche est renforcé par la critique de certains professionnels de santé qui craignent le développement d’un système de soins à bas coût.
III- L’Affaire ARCELOR-MITTAL
Depuis la fameuse marche des sidérurgistes de 1979 et les restructurations par Fabius en 1986, la sidérurgie française fait les frais depuis plus de 30 ans d'une stratégie de fuite en avant des dirigeants économiques et politiques. Anciennement nationalisée, l'entreprise USINOR-SACILOR, a été reprivatisée et livrée aux appétits du financier indien Mittal. Refusant tout projet industriel, il déclare les sites lorrains non viables et après Grandrange, entend fermer Florange.
1) projet industriel:
-viabilité du site : les salariés ont travaillé avec des experts sur la reprise de la production dans le cadre d'un projet alternatif pertinent en terme de production et de développement durable. Ainsi, le projet ULCOS est de nature à maintenir et même à développer le site, donc à préserver et créer des emplois .
-filière acier en France : celle-ci est-elle vouée à disparaître alors que la consommation nationale est de 20 millions de tonnes et qu’on en importe 18 !
2) question juridique et enjeu financier :
Montebourg a dit un gros mot pour le PS : « nationalisation » . Car c’est de cela dont il s’agit, et pas seulement de la sidérurgie quand il est question de maîtriser une production, des coûts ou des prix, dans des secteurs industriels stratégiques (construction navale, pharmacie, aéronautique) ou pour de grands services publics de biens communs (eau, gaz, électricité)
Pour Florange, il n’était question que de « nationalisation temporaire ». Au delà des mots, c’est le contenu du concept qui importe et surtout les modes de gestion et de financement.
Que l’Etat prenne ses responsabilités, tout le monde en convient, même chez les socialistes (cf les élus lorrains) ! Or J-M.Ayrault a écarté cette option, reculant devant les exigences de Mittal.
Pourtant, une question me taraude. Si Mittal estime que le site n’est plus viable, en bonne logique libérale, cela signifie qu’il ne vaut plus rien : dans ces circonstances, qu’il le cède à l’€ symbolique aux salariés ou à l’Etat, eux ils seront à même de le faire fructifier, dans une autre logique, celle de favoriser l’emploi !