Depuis 6 mois et l’arrivée des Socialistes au pouvoir, l’UMP, occupée à sa guerre de succession, s’est faite doublée, comme adversaire du gouvernement par tout ce que le patronat compte d’organisations, de ‘think-tanks’, voire même d’initiatives pseudo-spontanées .
De démarches volatiles (au double sens du terme : rappelez-vous les « Geonspi », groupuscule disparu aussi vite qu’il était apparu, une fois, c’est vrai, qu’il eut obtenu satisfaction) en martelage du MEDEF, l’on n'entend plus qu’un mot en ce moment : « COMPÉTITIVITÉ » remis au goût du jour par Mme Parisot.
Ce sont Mme Parisot et le MEDEF qui se réjouissent ! Une fois encore, le Gouvernement, écoutant les sirènes patronales, a donc diligenté un ‘expert’, soi-disant patron de Gauche, L.Gallois, dirigeant d’EADS, pour produire un rapport sur la compétitivité des entreprises françaises qui en manqueraient farouchement.
C’EST QUOI UN PATRON DE GAUCHE ?

Ce rapport préconisait d’économiser 60 milliards sur 5 ans : certes, mais où les trouver ? D’autant que parallèlement, il réclamait un « choc fiscal » de nature à rendre les produits et services des entreprises françaises plus ‘vendables’ à l’étranger. Comment ? Simplement en leur appliquant une baisse (sèche) d’impôt de 20 milliards et en instaurant un crédit d’impôt (une baisse déguisée) !
Voilà pour le budget de l’Etat. Passons à celui de la protection sociale. Ce n’est guère mieux, sinon pire !
Pour « boucher le trou de la Sécu » quoi de mieux que d’augmenter les impôts, et bien sûr ceux que tout le monde paie, même les plus injustes ! Lisez plutôt :
- Baisse générale des cotisations sociales des entreprises (dont une partie est la part salariale, donc partie intégrante du salaire)
- 20 à 22 milliards d’augmentation de la CSG (idée piquée à Sarkozy, la « CSG sociale »)
- 5 ou 6 milliards en augmentant le taux réduit de TVA, c’est-à-dire celui qui s’applique aux produits de première nécessité (eau, énergie, produits alimentaires)
- 2 ou 3 milliards en instaurant une fiscalité anti-pollution

Certes le Gouvernement n’a pas repris l’ensemble des préconisations du rapport Gallois, notamment dans ses aspects les plus injustes socialement. Donc, il a choisi, entre autres mesures pertinentes :
- Pas de baisse des cotisations sociales, donc pas de remise en cause de notre système de financement par solidarité de la protection sociale
- Réduction de 5,5% à 5% du taux de TVA sur les produits de première nécessité (bon, çà fera 0,2 centime de moins pour une baguette !)
(On pourra cependant ajouter que le gouvernement a fait siennes 2 propositions du rapport qui ne sont pas nouvelles puisque l’une est une récurrente revendication des syndicats soutenue par le Front de Gauche et que l’autre était inscrite dans le programme de F.Hollande, version édulcorée d’une proposition du PCF et du candidat J-L.Mélenchon :
- Sièges réservés aux représentants des salariés au sein des Conseils d’administration des entreprises
- Création de la Banque publique d’investissement
Pour autant le compte n’y est pas et de loin, et c’est la raison pour laquelle les parlementaires communistes ont voté contre le projet de budget
C’EST QUOI UN GOUVERNEMENT DE GAUCHE ?
Parler de « pacte de compétitivité » ne change rien à l’affaire, sinon à arborer un faux-nez
1) Une fiscalité à géométrie variable :le gouvernement se trompe d’assiette d’imposition, puisqu’il prend dans celle du pauvre !
- Le taux de TVA à 19,6% va être relevé à 20%, celui-ci de la TVA pour les travaux de rénovation passera de 7% à 10%, ce qui devrait rapporter 10 milliards en 3 ans, augmentation « assumée » par le Chef de l’Etat
« On n’ajoute pas à la pression fiscale sur les ménages en 2013. On rassure les marchés en réduisant les dépenses de l’Etat de 10 milliards, on stimule la consommation en annonçant une hausse de TVA en 2014 qui va amener les consommateurs à anticiper » : effictevement les ménages, surtout les plus modestes, vont acheter aujourd’hui ce dont il aura besoin demain !
- Le vrai « choc fiscal » : une baisse d’impôts, pour les entreprises, de 20 milliards par an à partir de 2015 (« seulement » 10 milliards en 2013 & 15 milliards en 2014), et tout ce pactole, dans condition, ni contrepartie demandée
- Un crédit d’impôt basé sur la seule masse salariale, ce qui profitera en premier lieu aux grande entreprises, aux sociétés de services et aux banques
2) Un financement libéral de l’économie
- La BPI, certes, serait doté de 42 milliards mais :
-quid du rôle des banques dans le financement de l’économie ?
-quid des critères d’attribution (demandera-t-elle aux entreprises de justifier de créations d’emplois, d’investissements d’innovation ou dans le développement durable ?)
- La création d’une Bourse des PME pour leur faciliter l’accès aux marchés de capitaux poussera à la financiarisation et les fera dépendre du b on vouloir de leurs actionnaires, surtout s’il s’agit de fonds de pension et autres LBO

C’EST QUOI UNE POLITIQUE DE GAUCHE ?
Devant un tel programme économique, la Droite ne trouve rien à redire, si ce n’est une timide critique sur la méthode (laquelle ? reprendre des recettes sarkozistes ?)
J’entendais l’autre matin un économiste, prof dans une école de commerce (sûrement un gauchiste !) affirmer que la précédente majorité, celle du couple Sarkozy-Fillon, aurait très bien pu la mettre en œuvre…….si elle était restée au pouvoir au printemps dernier. Effectivement, si aujourd’hui, un Président & un Gouvernement de Droite proposaient un tel projet, que n’entendrions-nous pas le Parti socialiste dénoncer « un budget d’austérité » !
Sinon (tout) le PS (cf les déclarations d’Harlem Désir), du moins le Gouvernement, cornaqué par le Président de la République, a ouvertement fait le choix du « tournant de la rigueur », du « virage libéral ».
Peu importe de quand date ce mouvement latéral vers dextre, que ce soit la conférence de presse de F.Hollande, les mesures Ayrault , le rapport Gallois, les premiers reculs de l’été, voire, et certains analystes s’y risquent, la campagne électorale elle-même, au cours de laquelle F.Hollande s’est refusé à inscrire dans son programme des propositions à contre-courant des recettes libérales.
« On fera les réformes nécessaires » , oui, mais lesquelles, et devant la pression (pour ne pas dire l’ingérence) de l’Allemagne, mieux vaut rappeler que les Lois Hartz, prises par le Chancelier Schröder, socialiste, ont précarisé des milliers de salariés d’Outre-Rhin, tiré les salaires vers le bas et fragilisé les chômeurs et les ayant-droits à la retraite (repoussée à 67 ans)
C’EST QUOI (FINALEMENT) ÊTRE DE GAUCHE ?
Aujourd’hui, les Socialistes tournent le dos aux propositions & objectifs qui les a menés au pouvoir : résoudre la crise, améliorer la situation des plus fragiles, rendre la fiscalité plus juste pour un plus grand nombre, bref : rompre avec le sarkozisme.
De plus en plus de voix s élèvent, et pas seulement sur les bancs du PCF dans les hémicycles parlementaires : le monde social (la CSE, Syndicat des syndicats européens) et économique (cf le prix Nobel J.Stiglitz) crie que l’on va dans le mur, psychologues et sociologues dénoncent les ravages de la crise sur les populations, les salariés et les personnes fragilisées.
Où est passé la verte harangue du meeting du Bourget, au début de la campagne présidentielle : « Mon adversaire, c’est la finance » ?
Bouclons la boucle.
- Qui a dit : « Le pacte de compétitivité est une révolution copernicienne pour la Gauche » ? P.Moscovici, ci-devant Ministre de l’Economie !
- Qui a dit : « Le pacte social de 1946 est à bout de souffle, il faut le renouveler » ? L.Gallois, l’expert-rapporteur-patron-de-Gauche (en passant, il édulcore à peine la déclaration d’un dirigeant du MEDEF qui estimait naguère qu’il fallait en finir avec le programme du Conseil National de la Résistance, qui a permis, en 1946, grâce entre autres aux communistes, de mettre en place la Sécurité sociale et les comités d'entreprise)
« Compétitivité » , « Relance par l’offre » , « Pacte productif » : quand j’entends ces termes issus du vocabulaire de l’économie dite classique, c'est-à-dire libérale, que l’on nous enseigne (nous martèle serait plus juste) du lycée à l’université, je m’interroge sur mes motifs véritables lors de mes deux votes des 6 Mai & 17 Juin derniers : « A quoi bon avoir viré la Droite ? »