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Solutions à la perte du AAA : maîtrise publique du crédit, nationalisation des banques, prêt de la BCE aux Etats à taux zéro

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Ainsi l'agence Standard & Poor's a décidé de dégrader la note souveraine de la France et de plusieurs pays de la zone euro. La France recule d'un cran. En revanche, l'Italie, l'Espagne et le Portugal sont rétrogradés de deux crans (BBB+).
Ces notes décernées par ces agences privées sont des indicateurs de confiance dans les capacités des pays, mais aussi des collectivités locales ou des entreprises, de rembourser leurs emprunts contractés auprès des marchés.
Pour Pierre Laurent (PCF) : "C'est le résultat de la nocivité d'une politique soumise à la finance, c'est un fiasco. Ce pouvoir n'a pas les compétences requises pour sortir la France de la crise puisqu'il obéit à la domination financière. Avec l'austérité, c'est la croissance réelle qui va baisser et diminuer les rentrées d'impôts et de cotisations."
Le secrétaire du PCF s'insurge : "La dégradation de la note de la France va contribuer directement à cet enrichissement monstrueux des grands actionnaires des banques du fait de l'alourdissement des prélèvements en intérêts sur ses ressources publiques. P. Laurent insiste sur l'urgence de rompre avec la soumission aux marchés financiers et aux agences de notation  : "Il faut immédiatement reprendre le contrôle public des banques françaises - c'est indispensable.(...) La BCE peut et doit s'engager à prêter à la France et aux États européens à taux zéro". Voici un décryptage de Pierre Ivorra, journaliste économique à l'Humanité.

Pourquoi maintenant?
Standard and Poor's avait déjà annoncé lors du sommet européen du 8 et 9 décembre dernier qu'elle évaluerait les effets des mesures prises à ce moment-là pour revoir ou non la note de la France. La décision d'aujourd'hui ne veut pas dire que ces mesures sont insuffisantes, mais que leurs effets ne sont peut-être pas assez immédiats.
A cela plusieurs raisons :
La zone euro s'enfonce un peu plus dans la récession. En Espagne, le déficit public se dégrade avec les mesures d'austérité qui contractent la dépense publique et instaure un peu plus la crise. Idem en Grèce.
Même des pays comme la Finlande sont touchés. L'Allemagne n'est pas non plus dans une situation brillante. Par ailleurs, les politiques de récession prônées par le duo Sarkozy-Merkel engendrent du chômage. Les dépenses sociales vont s'accroître.
Dans le même temps, la crise implique moins de rentrées fiscales, donc moins de cotisations. La dette publique augmente donc.
Enfin, malgré la baisse de son taux directeur et l'injection massive de liquidités dans les banques, celles-ci ne jouent pas le jeu et ne financent ni la dette publique, ni l'économie réelle. Les conditions de crédit se resserrent, particulièrement pour les PME.
Les conséquences?
Il est probable que la charge de la dette va s'alourdir, que les taux d'intérêt vont s'accroître et que le différentiel entre les taux d'emprunts de l'Allemagne et ceux de la France vont augmenter.
Ces répercussions techniques vont produire des effets en cascade pour l'économie réelle. En première ligne se trouvent les banques.
Celles-ci ont déjà annoncé qu'elles n'avaient pas vocation à acheter de la dette publique, donc à soutenir les Etats, comme le PDG de la Société Générale ce vendredi matin. Les compagnies d'assurance sont en deuxième ligne.
Celles-ci contrôlent une bonne part de la dette française via leurs contrats d'assurance vie. Mais les Français se détournent de ces produits et préfèrent des produits d'épargne comme le Livret A.
La France va avoir plus de mal à financer sa dette sur les marchés. Va-t-on vers un nouveau plan de rigueur pour contracter la dépense publique? Le cercle vicieux s'accélère.
Y a-t-il un plan B?
Doit-on rester sous la coupe des marchés, laisser notre sécurité sociale, nos emplois, nos salaires sous la contrainte du jugement des marchés? La question se pose un peu plus chaque jour.
La dégradation de la note française est un coup porté contre la politique du gouvernement. La droite porte une énorme responsabilité dans la situation actuelle car elle a placé le financement de la dette publique sous la coupe des marchés financiers et de fonds étrangers.
La solution passe par un changement de politique du crédit, avec la création d'un pôle public du crédit comme le propose la Front de gauche. Elle passe aussi par un changement d'orientation de la Banque centrale européenne (BCE).
Celle-ci finance les banques. Pourquoi privilégier le sort des banques plutôt que celui des Etats?
Il vaudrait mieux qu'elle finance directement un fonds de développement social et écologique, comme le propose encore le Front de gauche, afin de soutenir l'emploi dans le domaine public ou l'industrie.

 

CAC 40?: 80 milliards de profits se font la malle

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Groupes du CAC 40?: ce qui ne peut plus durer...Ils ont réalisé 80?milliards de profits, les multipliant par deux en 2010. Ils prospèrent alors qu’en France le chômage se maintient à un haut niveau et que la croissance se traîne. Enquête sur ce grand écart et sur les moyens d’y remédier.
Total, 5e groupe pétrolier mondial, qui affiche un bénéfice 2010 de 10?milliards d’euros, en hausse de 25?% sur 2009, claironne qu’il va en verser la moitié à ses actionnaires. Cela équivaut à un peu plus des trois quarts des dépenses de personnel du groupe en France et dans le monde. Le géant de l’or noir ne fait pas exception.
À quelques cas près, les groupes du CAC 40 montent tous au paradis. Bénéfice en hausse de 25?% pour L’Oréal, de 73?% pour LVMH, de 900?% pour Michelin… Et les dividendes sont au rendez-vous.
Cette envolée des profits nourrit les revendications des personnels.

Revendications salariales.
Chez Total, une augmentation des rémunérations de 10?% n’écornerait les dividendes que de 13?%. Revendications en matière d’emploi, de formation, quand on sait que les effectifs des groupes du CAC 40 ont en 2009 baissé de 60?000 postes.
Mais cette orgie de profits n’est pas sans poser de problèmes à l’ensemble de la société française. Comment accepter que ces 40 compères puissent avoir les joues roses alors que la croissance en France se traîne et que le chômage reste à un haut niveau?? Cela pose la question de la manière dont ils obtiennent ces profits et dont ils les utilisent.
Renault et Psa importateurs automobiles
L’exemple de l’automobile est édifiant. Les deux groupes, Renault et PSA, ont redressé leurs comptes en 2010 mais depuis plusieurs années, pour augmenter leur rentabilité, ils ont délocalisé une part de leurs productions.
Ainsi, si l’automobile rapportait 7?milliards d’euros par an à notre balance commerciale, depuis 2008, elle lui en coûte désormais autant. Qui sont les principaux importateurs?? Renault et PSA. Ils devancent même Volkswagen, qui pourtant n’a pas d’usine en France. Ils vendent sur le marché français des véhicules montés en Espagne, Slovénie, Roumanie, Portugal, Slovaquie, république Tchèque ou Turquie.
On touche là aux caractéristiques de nos grands groupes et de ce qu’un spécialiste qualifie d’«?hypertrophie des multinationales françaises?», n’hésitant pas à affirmer que si «?l’économie française ne peut s’enorgueillir ni de la puissance financière du Royaume-Uni, ni de la réussite industrielle de l’Allemagne, elle compte davantage de représentants parmi les grandes firmes mondiales?» (1).
Le classement est impressionnant?: onze groupes du CAC 40 sont les numéros 1 mondiaux dans leur secteur. Nos multinationales sont massivement implantées à l’étranger. Nous sommes ainsi les champions du monde de la délocalisation des capitaux et probablement des emplois.
Les actifs à l’étranger des entreprises françaises, c’est-à-dire les capitaux exportés pour prendre tout ou partie du capital de sociétés hors de l’Hexagone ou pour créer des filiales, sont équivalents en 2009 à 58,6?% du PIB français. L’Allemagne est loin derrière avec seulement l’équivalent de 39,3?% de son PIB. Les États-Unis et le Japon sont largement distancés. C’est une orientation qui a été ardemment soutenue par les gouvernements successifs.
Le CAC 40 alimente les files à Pôle emploi
La droite, le patronat et la plupart des médias cachent ces réalités. Ils pointent du doigt le coût du travail pour expliquer l’affaiblissement français afin de mieux dissimuler la responsabilité des «?cakes?» du CAC. Si la France exporte beaucoup moins que l’Allemagne et si elle importe de plus en plus, c’est parce qu’ils délocalisent davantage de capitaux.
Pour augmenter leurs profits, ils prennent le large, ferment des sites en France, délocalisent des productions, les réimportent en France. Ils alimentent ainsi les files à Pôle emploi.
Le développement à l’international correspond pourtant à une nécessité de l’époque mais il doit contribuer à l’essor des peuples et non à leur enfoncement. Cela suppose qu’il y ait une maîtrise démocratique de ce développement, que les choix d’investissement, leurs critères, aussi bien en France que dans les opérations à l’extérieur des groupes français ne soient pas l’apanage d’une petite caste d’administrateurs ou de responsables politiques. Ils doivent être largement débattus.
Les salariés des groupes concernés doivent avoir voix au chapitre, disposer de droits, de pouvoirs pour que la façon dont les ressources sont utilisées soit utile au pays, à l’emploi, au développement de tous. En France et dans ?le monde.

(1) « Les multinationales françaises, quelle force de frappe », Alexander Law, dans la France et ses multinationales, publié par l’Institut Xerfi, janvier 2011.
Pierre Ivorra

 

Les emprunts européens, est-ce la solution pour sortir des difficultés?? par P. Ivorra

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Un grand emprunt européen permettrait de sortir les pays de la crise, peut on lire un peu partout. Pierre Ivorra montre qu'il s'agit là d'une illusion....

Les prises de position se multiplient en faveur de mesures permettant de transférer au niveau européen une partie de la dette publique des différents pays et/ou de doter l’Union d’une capacité à emprunter directement sur les marchés financiers.
Martine Aubry vient de se déclarer favorable à l’émission d’emprunts européens afin «?de réduire les déficits?» et de «?relancer?» l’économie. Jacques Delors a lui aussi repris l’idée et préconise en outre la création d’une «?caisse européenne d’amortissement qui prendrait en charge une partie du déficit de chacun des Seize, une sorte de mutualisation partielle qui allégerait le poids de la dette pour chacun et dégagerait des marges pour le soutien de l’activité durant le processus d’assainissement des finances publiques et privées?».
La Confédération européenne des syndicats s’est déjà prononcée en faveur d’un dispositif similaire.

Les euro-bonds ou euro-obligations seraient des titres d’emprunts émis collectivement par les États de la zone euro sur les marchés financiers et qui pourraient être achetés par des investisseurs.
Certains, à gauche et dans le mouvement social, ont l’espoir que cela offrirait à la Grèce, l’Irlande, l’Espagne ou l’Italie l’opportunité de bénéficier du parapluie allemand et d’accéder ainsi à des financements meilleur marché.
Il y a là bien des illusions. Le transfert d’une partie des dettes et de la capacité d’endettement au niveau européen reviendrait à élargir et à renforcer la dépendance des politiques publiques à l’égard des marchés financiers. Par ailleurs, le mécanisme, loin de permettre une baisse des taux d’intérêt, risquerait au contraire de les pousser vers le haut.
En effet, alors que les États de la zone euro devraient lever pour environ 850?milliards d’euros en 2011, le besoin de refinancement des banques de la zone euro uniquement sur le marché obligataire devrait être supérieur à 1?300?milliards pour 2011 et 2012.
Il risque d’y avoir une compétition entre les États et les grands groupes pour capter les financements avec pour conséquence une hausse des taux. Cela d’autant que la concurrence est mondiale et qu’elle est particulièrement vive entre la zone euro et les États-Unis qui ont eux-mêmes un grand besoin de capitaux.
Il n’y a pas de recette miracle?: si l’on veut, comme l’indique la récente déclaration du Parti de la gauche européenne, «?réduire l’omnipotence des marchés?», il faut trouver d’autres sources de financement.
Et le PGE de pointer la taxation des transactions financières, la réforme du rôle de la BCE et une nouvelle politique du crédit pour irriguer ?le développement social du continent.
(source l'Humanité)

 

Prélèvements obligatoires : en finir avec les idées tartes à la crème

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Parmi les idées tartes à la crème de la droite qui font saliver médias et économistes bien pensants, celle d’un excès de prélèvements obligatoires en France par rapport aux autres pays développés tient une place de choix.
Les prélèvements obligatoires sont constitués par les impôts et l’ensemble des cotisations sociales à caractère obligatoire.

En 2009, ils ont représenté la coquette somme de 793 milliards d’euros. Le plus gros échoit aux administrations de sécurité sociale, avec 431 milliards, l’État vient en second avec 219,1milliards?; il est suivi par les administrations publiques locales avec 116,4 milliards, les Odac (organismes divers d’administration centrale comme Pôle emploi), avec 22,6 milliards.
En queue de peloton, il y a les prélèvements de l’Union européenne qui se montent à 3,8 milliards d’euros. Tout cet argent est prélevé sur les ménages et les entreprises.
Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le taux de prélèvements obligatoires est passé de 43,9 % en 2006 à 41,6 % en 2009. Mais cette baisse n’a bénéficié qu’aux entreprises et aux ménages fortunés.
En octobre 2009, celui qui était ?alors président de la Cour des comptes, ?Philippe Seguin, présentant un rapport consacré aux prélèvements sur les entreprises, notait ?la quasi-stabilisation de ces derniers depuis 1985 et l’importance des réductions réalisées depuis 2007.
Mais ce débat sur l’importance des prélèvements français est truqué. La différence entre ?les différents niveaux d’un pays à l’autre mérite d’être expliquée. Ainsi, les prélèvements obligatoires au titre de l’assurance maladie sont proportionnellement plus importants dans notre pays qu’aux États-Unis alors que les dépenses de santé par habitant y sont moins élevées. ?
Tout le monde reconnaît cependant que ?le système de soins est moins efficace pour la population de l’autre côté de l’Atlantique.
Comment expliquer cette contradiction?? Simplement par le fait que pour se soigner, le travailleur américain doit payer directement de sa poche, quand il le peut, et que cela lui coûte plus cher. Il subit de fait des prélèvements privés, plus coûteux. Aux États-Unis, la santé ?est en grande partie marchandisée?; en France, elle l’est beaucoup moins. Pour l’instant.
Justement l’une des clés de la sortie de crise, c’est la nécessité dans notre pays, et ailleurs également, de faire reculer les prélèvements privés et financiers en développant les prélèvements et les services publics.
Les revenus de la propriété versés par les entreprises (les charges financières.NDLR) représentaient 13,7% de la richesse créée ?par elles en 1980, cette part est montée ?à 24,2 % en 2000 et à 34,1% en 2009. ?
C’est cette ponction qu’il faut réduire, ?pas les prélèvements publics utiles.
Pierre Ivorra ( source l'Humanité)

 

"Il y a dans la retraite quelque chose d’insupportable pour les capitalistes", par Pierre Ivorra

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Faut-il, dans nos sociétés capitalistes développées, travailler plus et plus longtemps??
La réponse de la droite ?et du Medef ne souffre aucune ambiguïté?: l’humanité serait condamnée à rouler son rocher sans cesse plus loin et plus haut.
À gauche même, il en est qui cèdent aux faux arguments démographiques?: l’espérance de vie s’accroissant, il serait normal de travailler plus longtemps, au-delà de soixante ans et, en tout cas, de cotiser davantage.


Il est certes difficile aujourd’hui de nier la réalité du vieillissement.
Le nombre de personnes âgées de plus de soixante ans a doublé depuis l’après-guerre et l’espérance de vie a sensiblement augmenté, alors que la population active a augmenté moins vite.
Cette contradiction a été résolue dans un pays comme la France grâce à une progression considérable de la productivité totale du travail. Aujourd’hui, chaque actif produit 7,4 fois plus qu’en 1946 en euros constants (1).
Le problème est que le capital, par les prélèvements qu’il opère sous forme de revenus, d’intérêts et de dividendes, accapare de plus en plus les fruits de cette croissance de la productivité. Cela a pour conséquence d’accentuer le partage inégal de la valeur ajoutée au détriment du travail et par effet en cascade de dégrader la productivité dans sa globalité, celle du travail et celle du capital. Le process de production est moins efficace.
Cela appelle un développement d’un nouveau type de productivité associant création de richesses et d’emploi mais à un moindre coût en capital. Les économies ainsi réalisées doivent être disponibles pour assurer le développement ?de l’ensemble de la société et pour concevoir tout autrement, pour révolutionner, la sujétion des hommes au temps de travail.
Au-delà de cette dimension économique, ?la possibilité pour les travailleurs de vivre dans de bonnes conditions sans travailler à partir ?de soixante ans a pour les capitalistes quelque chose d’insupportable. Il y a, avec la retraite, un début de dépassement du statut de salarié, une mise entre parenthèses de la dépendance de l’employé à l’égard de l’employeur.
Il faut se rappeler que, pour Marx, «?l’émancipation définitive de la classe travailleuse?» passe par «?l’abolition définitive du salariat?» (2). Cette possibilité offerte au monde du travail, et gagnée de haute lutte, d’échapper à un rapport de subordination qui est la clé de voûte de nos sociétés annonce en effet un monde nouveau.

(1) Voir Frédéric Boccara?: «?Retraites, le défi démographique exige d’autres politiques d’emploi et gestions d’entreprises?», revue Économie et politique, mars-avril 2010.
(2) Karl Marx?: Salaire, prix et profit Éditions sociales, 1966.

 

Endettement public : "La « Moody’s attitude » des dirigeants vise à justifier l’abaissement social", par P. Ivorra

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La mise en garde adressée notamment à la France, il y a peu, par l’agence de notation Moody’s, qui soulignait le niveau excessif selon elle de l’endettement public dans notre pays et aussi aux États-Unis, en Allemagne et au Royaume-Uni, est pour nos gouvernants à double tranchant.
Les économistes dopés au CAC 40, les gens au pouvoir y voient une raison pour réduire les dépenses sociales utiles, reculer l’âge de la retraite.
À plusieurs reprises, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont justifié leur politique d’austérité en invoquant la nécessité de ne pas dégrader la note de la dette française.
C’est la «Moody’s attitude» qui vise à faire peur aux Français, à leur faire croire que le ciel va leur tomber sur la tête si jamais ils s’avisent de bouger ne serait-ce qu’un cil.

Dans une économie ouverte, nous dit-on, en tout cas ouverte aux capitaux à défaut de l’être aux hommes, les nations seraient contraintes de se soumettre. Le boulet de la dette publique menace effectivement de déstabiliser notre société.
En 2013, le paiement des seuls intérêts approchera les 60?milliards d’euros et représentera le premier poste budgétaire, devant celui de l’Éducation nationale. Il y a un vrai risque de nouveau krach, en France, mais pas seulement, également aux États-Unis, au Japon… La peur cependant n’évite pas le danger.
En même temps, une telle attitude de soumission est difficile à faire accepter à nos concitoyens. Rappelons-nous, c’est de Gaulle qui répondait, en octobre?1966, il y a donc plus de quarante ans de cela, à une question sur les marchés financiers?: «?La politique de la France ne se fait pas à la corbeille?», c’est-à-dire à la Bourse.
Nicolas Sarkozy a capté les suffrages des Français justement en les assurant que la politique pouvait en imposer aux marchés.
Pourtant, le mouvement populaire ?est souvent démuni face à la dialectique de?la résignation. Il sait qu’il ne peut pas prôner le repli en réponse à la globalisation et à la libre circulation des capitaux. Il ne voit pas suffisamment que la seule façon de regagner de la marge de manœuvre sur les marchés c’est de dégager des sources de financement alternatives. Cela suppose de commencer ?à sortir du marché.
Cela appelle, certes, une réforme des prélèvements obligatoires, mettant à contribution le capital.
Il est un autre moyen.
Actuellement, comme nous l’indiquions ?la semaine dernière, le crédit et la création monétaire des banques, et notamment de la Banque centrale européenne, sont cannibalisés par les marchés financiers.
Il faut les réorienter vers le social, au travers particulièrement d’un financement des services publics par la BCE.

Pierre Ivorra (source l'Humanité)

 

Une camisole pour imposer l'austérité aux peuples, par P. Ivorra

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En réclamant un droit de veto sur les budgets des pays membres, la Commission de Bruxelles met en cause la souveraineté des peuples et entend franchir un nouveau pas vers une politique autoritaire et ruineuse de superaustérité réclamée par Angela Merkel et soutenue par Nicolas Sarkozy.

Hier, dans plusieurs pays européens, des « fuites » ont été organisées dans la presse confirmant le durcissement des plans d’austérité des gouvernements.
Plusieurs quotidiens italiens ont révélé qu’un gel d’un an des salaires des fonctionnaires serait à l’étude. La presse espagnole a de son côté commenté les mesures d’austérité annoncées mercredi par le gouvernement : baisse des salaires pour les fonctionnaires, gel de la revalorisation de certaines retraites, suppression de projets d’investissement…
Au Portugal, les journaux ont annoncé le matin des mesures que le gouvernement a présentées l’après-midi et qui s’illustrent par une hausse généralisée des impôts.
Cette volonté de durcir les politiques publiques est aussi au cœur de la demande, mercredi, de la Commission de Bruxelles de pouvoir exercer un contrôle préalable des budgets des États.

Il s’agirait d’imposer que les projets de budgets nationaux soient chaque année d’abord soumis à la Commission, puis examinés par les ministres des Finances de la zone euro qui donneraient leur avis, avant qu’ils soient soumis aux parlements.
Pour la chancelière allemande, qui s’est exprimée mercredi, cette proposition constitue « un pas important dans la bonne direction ». La ministre française des Finances, Christine Lagarde, a pour sa part indiqué que la France est ouverte à un débat sur le sujet.
Il y a là beaucoup d’hypocrisie.
En effet, la demande de la Commission ne tombe pas du ciel, elle formalise une exigence avancée par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans leur lettre datée du 6 mai dernier adressée au président du Conseil européen et au président de la Commission à la veille du dernier sommet des pays de l’Union.
Dans ce texte, les deux dirigeants exigent « un renforcement de la surveillance budgétaire dans la zone euro comportant des sanctions plus efficaces pour les procédures de déficit public excessif et renforçant la cohérence entre les procédures budgétaires nationales et le pacte de stabilité et de croissance ».
Á l’issue d’ailleurs de ce conseil de l’Union européenne de vendredi dernier, 7 mai, les dirigeants de la zone euro précisaient dans leur déclaration qu’ils demandaient expressément « à la Commission et au Conseil » des ministres de l’économie et des Finances de veiller « à l’application rigoureuse des recommandations adressées aux États membres dans le cadre du pacte de stabilité » impliquant une « accélération » de « l’assainissement des finances publiques ».
Il apparaît bien que la Commission n’a fait que mettre en musique les exigences qui lui ont été adressées et qui mettent gravement en cause la souveraineté des peuples. Comment expliquer une telle fuite en avant autoritaire et antisociale ? La mise sur pied d’une union économique, financière et politique autour d’une monnaie unique destinée à soutenir les capitaux et les marchés financiers a abouti à un désastre économique et social.
Les traités européens se révèlent inadaptés pour faire face à la crise qui secoue l’Europe. Mais plutôt que d’en tirer les conséquences, les dirigeants européens, allemands et français particulièrement, veulent surenchérir, rajouter de l’austérité à l’austérité, renforcer le carcan institutionnel bureaucratique, antipopulaire qui a contribué à la crise et mis le feu à l’Europe.
Ils espèrent, en faisant payer aux peuples la crise et les spéculations des banques et de la finance, permettre à ces dernières de retrouver une forte rentabilité. La crainte d’une résistance populaire à cette politique explique aussi cette dérive autoritaire.
Cet acharnement met en cause le modèle social européen, il est dangereux pour la démocratie et les conditions de vie des Européens. Comme l’indiquent les résultats économiques du premier trimestre 2010 en France et en Europe, il ne permet pas d’assurer la reprise économique.
Au contraire, il étouffe la croissance, nourrit le chômage, met en cause les services publics, écrase les salaires. Il est pourtant nécessaire de réorienter vraiment la construction européenne.
Cela suppose une remise en question des traités et une réorientation en profondeur.
Seules une relance sociale et une démocratisation de l’Union peuvent permettre d’éviter l’implosion de l’Europe.
Cela suppose à cette fin de changer le rôle de l’euro et de la BCE. L’avenir de ce nouveau mariage entre l’économie, le social, le politique se joue dans les luttes populaires.

Pierre Ivorra(source l'Humanité)

 

Transformer l’euro de monnaie unique en monnaie commune

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En pleine tourmente, des esprits bien intentionnés peuvent être conduits à considérer que mieux vaudrait que l’euro s’effondre et que chaque État récupère son indépendance monétaire.
Angela Merkel veut chasser les mauvais élèves, alors pourquoi la majorité de la classe ne sortirait-elle pas?de la salle pour aller jouer dans la cour? ?
?En vérité, on mesure mal le désastre auquel cela nous conduirait.
La constitution d’une monnaie unique en Europe a correspondu pour partie?à un besoin de coopération.
?Et dans ce monde de brutes, pour exister,? il faut coopérer.

Le problème est que ce besoin?de travailler ensemble a été dévoyé à la fois?par la volonté de l’Allemagne et, secondairement, celle de la France de mener le bal, et par la soumission aux marchés financiers d’un édifice monétaire conçu comme une machine de guerre contre le travail et les droits sociaux.
La politique d’un euro fort a favorisé le chômage fort et les salaires faibles. Le mouvement a été amorcé avant même la monnaie unique.
Il faut se souvenir de la politique ruineuse conduite par les gouvernements de droite et socialistes qui ont arrimé le franc au mark afin d’attirer les capitaux sur la place financière de Paris.
Désireuse d’affirmer sa puissance en Europe et dans le monde, l’Allemagne a voulu que l’euro soit géré comme le mark.
Forte d’une productivité globale supérieure, elle a pu conquérir des parts de marché chez ses partenaires, prendre le contrôle de nombre ?de leurs entreprises. On n’échappera pas?à cette volonté de puissance en se réfugiant dans son coin.
Le seul atout dont disposent?les peuples face aux impérialismes, c’est celui de la coopération. Cela suppose, plutôt que d’abandonner l’euro,?de le transformer, de le faire passer du statut?de monnaie unique à celui de monnaie commune.
Cela nécessite de changer radicalement la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Cette dernière, par son uniformité, ses exigences, a favorisé une politique du crédit contre l’emploi et contribué?à accroître les inégalités de développement entre pays.
Il faut tourner le dos à cela, notamment en pratiquant une politique monétaire sélective, différenciée, favorable aux projets privés?et publics centrés sur le développement humain, à ceux permettant de rattraper les retards, rigoureuse à l’égard de la finance.
Ce n’est que dans la mesure où l’euro sera utilisé comme un outil au service d’une convergence sociale de progrès qu’il pourra fédérer les énergies et rapprocher les peuples.
À l’opposé, la convergence des plans d’austérité pour répondre aux exigences des marchés menace l’Europe?et l’euro d’une terrible implosion.
Pierre Ivorra, (source l'Humanité)

 

La crise de l’Euroland signe l’échec d’une certaine Europe, par Pierre Ivorra

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La crise actuelle de l’euro, les graves difficultés qui accablent particulièrement la Grèce, l’Espagne, le Portugal et demain, peut-être, l’Italie ou la France ne mettent pas seulement en cause les politiques économiques et sociales de chacun de ces pays.
C’est toute une manière de construire l’Europe, qui en porte la responsabilité. Dans les années 1990, ?il y avait l’idée, au sein des élites européennes de l’argent et du pouvoir, que la création ?de l’euro, la libéralisation des échanges ?et la prétendue « libre concurrence » ?leur permettraient de profiter du « parapluie » allemand.
L’arrimage au char de la Bundesbank et des grands groupes d’outre-Rhin, la création d’une monnaie au taux de change élevé devaient leur offrir à la fois stabilité et profitabilité.
Effectivement, la création de l’euro a permis aux banques et à quelques grandes entreprises dans une série de pays de l’Euroland de bénéficier de taux d’intérêt réels plus bas que par le passé et d’emprunter plus facilement à l’extérieur.
Mais à quoi ont servi ces disponibilités? ?

En Espagne, en Irlande, elles ont particulièrement été utilisées pour alimenter une spéculation immobilière du feu de Dieu et favoriser la pénétration ?des capitaux des États-Unis.
L’effet le plus direct de ce type de construction a été de permettre à l’Allemagne d’assurer son emprise économique et financière sur le continent. Certes, l’Espagne, la Grèce ou le Portugal ont profondément changé, mais les écarts entre ?le sud et le nord du continent ont globalement eu tendance à se creuser.
Entre 2001 et 2008, la part de l’Allemagne dans les exportations au sein des 27 pays européens est passée de 21,7 % à 23 %, alors que celle des pays du Sud a fortement régressé, l’Espagne passant de 5,2 % à 4,9 %, l’Italie de 8,9 % à 7,9 %, le Portugal de 1,2 % à 1 %. La Grèce est restée clouée à 0,4 %, tandis que la part des exportations françaises reculait de 12,4 % à 9,6 %.
D’autres indicateurs illustrent ce développement inégal. Le taux de chômage est aujourd’hui proche de 20 % en Espagne? ; il atteint ou dépasse ?les 10 % en France, en Irlande, au Portugal, ?contre 7,5 % en Allemagne.
Le risque de pauvreté plane sur 20 % des familles en Grèce, ?en Espagne? ; il concerne 19 % d’entre elles en Italie, 18 % au Portugal, contre 15 % en Allemagne, 13 % en France et 11 % aux Pays-Bas.
Dans la crise, tous les peuples de l’Euroland ?sont mis à mal par les politiques libérales ?mais il en est qui le sont plus que d’autres.
?Ces inégalités frappent particulièrement la jeunesse. 35,4 % des jeunes au Portugal, 31,9 % en Espagne quittent prématurément le système d’éducation, contre 11,8 % en Allemagne ?et en France.
L’Europe de Maastricht et de Lisbonne devait unifier le continent, elle le divise.

 

Europe: Le dollar tire l’euro vers le haut, par P. Ivorra, économiste

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Monnaie : Le gonflement de la dette publique américaine et la politique monétaire de la BCE renchérissent la devise européenne. L’euro a atteint ces jours-ci son plus haut depuis un an face au dollar. Jeudi soir, elle est montée à plus de 1,4740 dollar. Dans les faits, pour ce qui concerne les évolutions actuelles, il s’agit plutôt d’un mouvement de baisse de la devise américaine que de hausse de l’européenne vis-à-vis de la plupart des autres monnaies.
Comment expliquer ce reflux du billet vert et cet attrait de l’euro ?
Cela n’est pas dû à ce qui pourrait être une « sortie » de crise plus rapide sur le Vieux Continent. En juillet, la production industrielle de la zone euro a baissé de 0,3 %. Elle reste inférieure de 15 % à son niveau d’il y a un an.
1,4 million de personnes ont perdu leur emploi et le taux de chômage s’est établi à 9,5 %, contre 7,5 % en juillet 2008. Par ailleurs, l’excédent de la balance commerciale de la zone euro vis-à-vis des États-Unis a diminué de moitié en un an.
Au total, la situation reste très dégradée des deux côtés de l’Atlantique.
(lire les explications de P. Ivorra)

Côté européen, un phénomène donne une idée claire de l’origine de cette évolution. Il s’agit du regonflement rapide des marchés financiers depuis le début d’année. Les grands investisseurs internationaux sont revenus à Paris et Francfort pour acheter des titres.
En témoigne l’augmentation sensible du flux de capitaux étrangers vers les placements de portefeuille, c’est-à-dire les achats d’actions, d’obligations, des titres de dette publique, notamment des bons du Trésor, allemands particulièrement, français aussi, mais à un moindre degré.
Dans un premier temps on a assisté à une fuite vers l’Europe de capitaux qui s’étaient investis sur des titres de portefeuille de pays émergents, mais, depuis quelques mois, le mouvement de panique ayant cessé, il s’agit d’un afflux motivé par l’attrait. Avec la reprise des opérations financières (OPA de France Télécom au Royaume-Uni, par exemple) et le maintien par la Banque centrale européenne de taux d’intérêt plus élevés que ceux pratiqués par celle des États-Unis (Fed), les fonds d’investissement, les fonds de pension, les banques et les spéculateurs de tout poil achètent des titres en euros et contribuent ainsi à pousser à la hausse le taux de change de la devise.
Côté américain, la montée rapide de la dette publique des États-Unis, gonflée par les centaines de milliards de dollars émis en bons du Trésor afin de financer les plans de relance mis en oeuvre par l’administration Obama, exerce un effet inverse, elle tire le dollar vers le bas.
Cet affaiblissement du dollar fait craindre une déstabilisation du système monétaire et financier international. Après le krach enregistré sur les marchés de la dette privée (les banques), on s’inquiète d’un autre krach possible, et bien plus grave, sur les titres de dette publique. Des questions que le sommet du G20, à Pittsburg, la semaine prochaine, n’envisage pourtant pas de mettre à son ordre du jour.

Pierre Ivorra

 

Faut-il avoir peur de la chute du dollar?, par Pierre Ivorra

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Les mouvements qui depuis quelques années affectent la parité du dollar vis-à-vis des principales monnaies ont repris.
Tout semble militer pour une baisse durable du billet vert. La crise, qui secoue le monde, a eu pour effet d’augmenter très fortement le besoin des États-Unis de faire appel aux capitaux extérieurs afin de financer leurs gigantesques plans de sauvetage des banques, de grandes entreprises comme General Motors, et les mesures de relance.
En même temps, la montée de cet endettement extérieur a contribué à faire plonger le dollar, provoquant l’inquiétude des pays disposant d’importants avoirs dans cette monnaie. 62 % des réserves mondiales de change sont en dollar.

Les pays d’Asie particulièrement sont parmi les principaux détenteurs de réserves de change en dollars acquises grâce à leurs exportations. Les réserves de change sont des avoirs en devises étrangères détenues par une banque centrale.
Pour des raisons de sécurité, elles sont le plus souvent constituées de bons et obligations du Trésor d’États étrangers, ce qui permet en outre à ces réserves de rapporter un intérêt.
La Chine, premier créancier de l’empire américain avec 1 550 milliards de dollars en bons du Trésor, craint particulièrement de perdre gros en l’affaire. Si le dollar plonge, la valeur de ses actifs plongera aussi.



On comprend dès lors la réaction des autorités chinoises. Comme d’autres, elles aspirent à un rééquilibrage des relations économiques et financières internationales. C’est pour cette raison que juste avant le G20 de Londres, elles ont exprimé leur souhait d’un changement radical du système monétaire international mettant un terme à la domination dispendieuse du dollar, et se sont prononcées en faveur d’une nouvelle monnaie internationale de réserve.
Faute de pouvoir atteindre l’objectif immédiatement et directement, elles semblent avancer à la manière des crabes, par les côtés. La Chine tente de plus en plus d’établir des relations court-circuitant la devise états-unienne. Elle a ainsi autorisé les pays en déficit commercial avec elle à produire des obligations en yuans (et non en dollars) qu’elle souscrira. Après la Malaisie, la Corée du Sud, Hong Kong, la Biélorussie, l’Indonésie, l’Argentine vient de conclure un accord en ce sens.
La Chine et le Brésil se sont mis d’accord pour que les tarifs régissant leurs échanges commerciaux soient fixés dans leurs monnaies respectives. En Amérique latine, par ailleurs, plusieurs pays se concertent afin de créer une nouvelle monnaie qui leur soit commune.



Ces tentatives pour échapper à la tutelle impériale témoignent du besoin, dans la crise, d’engager des réformes radicales pour sortir de la crise, avec une prise de conscience, en Asie, en Amérique latine, plus fortement probablement qu’en Europe et en France, de l’importance de la question monétaire. Pourtant, après la Chine et le Japon, l’Union européenne est le 3e plus important détenteur de réserves en dollars.