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Moissac Au Coeur, 5 ans déjà.....

Et il nous reste tant à faire...

A nos Rêves-lutions à venir!

 

CFDT: Laurent Berger règle ses comptes avec la CGT

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a estimé vendredi sur LCI que la CGT porte une responsabilité dans le projet de fermeture du site de Goodyear à Amiens Nord, faute d'avoir négocié un accord pour sauver l'emploi. Ce reproche de Laurent Berger met en exergue les différences d'appréciations des deux centrales concernant l'accord sur la sécurisation de l'emploi que la CFDT a signé, non la CGT.

"La direction et l'organisation syndicale majoritaire (la CGT, ndlr) portent une responsabilité dans ce qui se passe, (...) à part égale", a déclaré Laurent Berger, qui reproche à la CGT une "position dogmatique. On voit bien que, quand il y a des dogmes, et pas de volonté de sauver l'emploi, on va dans le mur."

Le successeur de François Chérèque fait référence aux accords conclus entre syndicats et direction qui avaient permis le maintien du site voisin d'Amiens Sud, où travaille un millier de salariés. En revanche, la direction de Goodyear France a annoncé jeudi son projet de fermer son site d'Amiens Nord (1200 emplois), où les salariés ont rejeté le chantage à l'emploi exercé sur eux depuis 5 ans.

Accord du 11 janvier

Plus globalement, Laurent Berger justifie la signature par sa centrale syndicale de l'accord dit de sécurisation de l'emploi, dont le principe est d'échanger localement de la flexibilité en temps de travail et salarial au profit de la direction, contre la promesse faite aux salariés de maintenir l'emploi. Le leader de la CFDT appuie d'autant plus cet accord signé avec le patronat, la CFTC et la CFE-CGC, mais rejeté par la CGT et FO, que, selon lui, il permet de renchérir le coût des plans sociaux qui ne seraient décidés que pour des raisons de gains financiers.

Pour l'instant, cet accord ne stipule aucunement que les plans sociaux dits boursiers puissent être renchéris. Mais la CFDT a bon espoir que le gouvernement, chargé de rédiger le projet de loi, ou les parlementaires, qui le voteront, ajouteront des dispositions afin de permettre la sanction de ces licenciements dits abusifs. Le texte ne prévoit pour l'instant qu'un contrôle formel du respect des procédures (calendrier des réunions avec les représentants du personnel, etc.) De même, la CFDT espère que la loi sur les cessions de sites rentables, qui sera débattue au printemps, pourrait aussi introduire des mesures permettant de renchérir le coût des licenciements dits boursiers.

Les "méthodes" de la CGT à PSA Aulnay.

Laurent Berger a rappelé vendredi que son organisation n'avait pas appelé à la grève sur le site PSA d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et a regretté les recours à la menace sur les personnes et les biens. "Ce sont des méthodes que je ne partage pas", a-t-il dit, dans une allusion aux récents mouvements de grève et occupation du site lancés par la CGT minoritaire.

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S.G.

 

Notre dû... L'éditorial de Jean-Emmanuel Ducoin

À chaque moment de l’histoire, ses combats.

Et son dû.

Ces temps-ci, dit-on assez à quel point les salariés de la fonction publique sont au bout du rouleau, confrontés aux sous-effectifs, à la multiplication des CDD, à la flexibilité toujours accrue, aux contraintes de la sacro-sainte «?rentabilité?», avec son cortège de dépressions et de suicides, sans parler de tous les secteurs concernés par les «?privatisations rampantes?»??

Victimes du talon de fer austéritaire du quinquennat sarkozyste et de sa meurtrière RGPP, les fonctionnaires espéraient du changement. Huit mois après l’élection de François Hollande, ils attendent. Ce jeudi, ils exprimeront donc leurs revendications à l’occasion d’une journée d’action nationale. Les motifs ne manquent pas. Jour de carence en cas d’arrêt maladie?; salaires?; indices?; précarités?; statuts menacés, etc. Pour les fonctionnaires aussi, ça craque?!

Originellement, la notion même de service public constitue l’un des remparts essentiels de la République contre le chacun pour soi, les inégalités, les divisions. Pilier de la cohésion sociale, les services publics ont même servi d’amortisseur «?spécifiquement français?» depuis le début de la crise. Paradoxe. Alors que la paupérisation de la population augmente à une vitesse exponentielle et que la fonction publique, au sens large, devrait se renforcer pour réduire les fractures béantes d’un pacte social en voie d’atomisation, c’est le contraire qui se produit. Au royaume globalisé de la prospérité pour les financiers et de la rigueur pour les salariés, les valeurs du bien commun sont-elles encore une priorité?? Le gouvernement va devoir répondre. Car nous ne sommes pas là pour remâcher ou ruminer une fable pour quelques vétustes, avec la honte d’être arrivés trop tard dans un pays trop vieux qui a dérogé à l’un de ses invariants historiques?: les nouvelles générations ne vivent plus forcément mieux que les précédentes. Non, nous sommes là parce que nous savons que les Français sont inquiets pour leur avenir, hantés par la perspective de leur déclassement, et parce que nous n’oublions pas que la notion d’intérêt général se trouve plus affectée en période de crise, au profit d’objectifs individuels et nihilistes. Or, qui parle le mieux de l’intérêt général, sinon les agents de la fonction publique??

Dans les conditions du libéralisme idéologique dominant, il était sans doute inévitable que soit contesté au cœur de la société même le rôle de la fonction publique, historiquement fondé et solidement ancré dans l’ADN de notre État depuis le Conseil national de la Résistance. Les libéraux, quels qu’ils soient, souhaitent la banalisation de la situation des agents publics, considérant ce qu’ils appellent une «?particularité?» comme une anomalie. Nous pensons tout le contraire?! Face à la dégradation de la situation salariale, qui procède d’une «?dé-collectivisation?» achevant d’isoler les individus, il convient d’imaginer un renforcement de l’intervention publique, avec, à la clef, un «?nouveau compromis social?» ayant peu de choses à voir avec l’accord de compétitivité signé récemment par le Medef et quelques syndicats…

La République que nous voulons s’inscrit résolument dans une redéfinition de la cohésion sociale, réaffirmant ses valeurs universelles?: les services publics en sont constitutifs. Mais, qu’on se le dise, par les temps qui courent, rien n’est jamais acquis qui ne se passe des combats. À chaque moment de l’histoire, son dû.

La République que nous voulons s’inscrit résolument dans une redéfinition de la cohésion sociale?: les services publics en sont constitutifs…

Jean-Emmanuel Ducoin

 

Accord MEDEF-syndicats minoritaires: une duperie... (Vidéo)

Par Danielle Simonnet


Alternative Front de Gauche par Danielle_Simonnet
 

C’est l’euphorie, l'éditorial de Claude Cabanes

Les indices des Bourses vont de record en record ;?le monde de?la finance est en pleine euphorie.?Le chômage et?la pauvreté sont en pleine croissance.

Vous n’avez pas de compte à?la banque américaine Goldman Sachs??

Moi non plus. Pourtant, ni vous ni moi n’avons oublié le nom de cette forteresse financière?: elle a provoqué, en 2008, la catastrophe mondiale générale…

Eh bien, son président, M. Blankfein, a annoncé hier?la bonne nouvelle à la terre entière?: «?Le pire est terminé?et c’est la première fois que je le dis.?» En général,?ces gens-là ne parlent pas ou parlent très peu. C’est dire l’événement. Il nous vient de Davos, où la crème des?2?500 maîtres du monde était réunie pendant quelques jours?: ils sont comme le banquier, envahis par un «?sentiment de délivrance?». D’ailleurs, certains banquiers, qui avaient emprunté début 2012 près de 1?000?milliards d’euros à la BCE (Banque centrale européenne), remboursent avant l’échéance?: c’est dire leur bonne santé. Mieux, comme l’écrit un quotidien, les patrons internationaux se sont séparés, «?le baume au cœur?». Mieux encore?: ces trois derniers mois, l’euphorie boursière les a comblés… Il y a donc, aujourd’hui,?à la surface du globe, un bonheur nouveau. Mais ce n’est pas le vôtre.

Le journal le Monde titre aujourd’hui?à la une?: «?Wall Street retrouve ses plus hauts niveaux historiques.?» Et là-bas, à New York, un rapport annuel a même cherché à définir les risques que?le monde de la finance en pleine exaltation pourrait éventuellement rencontrer (un ouragan malencontreux avait, en décembre dernier, paralysé les affaires). Il n’y en a pas beaucoup, mais tout de même, un des plus sérieux serait «?l’accroissement?des inégalités des revenus?»… Tiens, tiens…?! Mais cela n’empêche pas les places boursières – Francfort, Paris, Londres, Milan… – de voler de sommet en sommet… Alors?? Alors rien, ont conclu les puissantes puissances qui mènent la danse?; désormais, ce sera comme avant, pour les peuples?: «?Compétitivité, productivité, austérité.?» Tout le monde a compris.

Dans quel monde vivons-nous, où le capital financier connaît une considérable expansion nouvelle et où les hommes au travail – de PSA, par exemple – doivent lutter pied à pied pour leur avenir?? Où la grande finance internationale étale ses triomphes, quand le chômage, la pauvreté, l’inquiétude, parfois?la peur du lendemain ont envahi nos sociétés???Où les seigneurs de la Bourse sablent le champagne?et où les hommes d’État et de pouvoir organisent?la paupérisation générale…

Il ne fait aucun doute que cette contradiction, ou plutôt ce scandale, va faire bouger les lignes.?Les lignes de la lutte et les lignes de la conscience. PSA, Renault, Sanofi, Goodyear, Virgin, Fralib, etc.,?la chaîne se forme. Elle aurait pu être soutenue, stimulée, encouragée, par le pouvoir d’État issu des élections?de mai dernier. Elle ne l’est pas. Autrefois, un humoriste,?en notant que le ministre de la Guerre avait démissionné, avait conclu?: la guerre est supprimée. Aujourd’hui,?le ministre du Redressement productif a, en quelque sorte, et au sens figuré, démissionné?: le redressement productif est donc supprimé…?!

Le chef de l’État avait promis pendant?sa campagne une loi contre les licenciements boursiers.?On l’attend toujours. Ces licenciements, eux,?se multiplient, et ils sont comme une tâche honteuse?sur le visage de notre pays.

Par Claude Cabanes

 

Mariage pour tous: pour Jean-Paul Cluzel, «la droite a perdu de vue le respect de l’individu»

Jean-Paul Cluzel

L’ancien PDG de Radio France, Jean-Paul Cluzel, « catholique et gay », regrette les positions de sa famille politique, à l'heure où le projet de loi arrive ce mardi devant l'Assemblée nationale.

Ancien patron de Radio France, débarqué de son poste par?Nicolas Sarkozy en 2009, Jean-Paul Cluzel, proche d’Alain Juppé, dirige aujourd’hui la Réunion des musées nationaux.

Vous avez manifesté dimanche en faveur du mariage pour tous, alors que votre famille politique, la droite, s’y oppose globalement. Vous vous présentez aussi comme homosexuel, catholique et libéral. Pouvez-vous expliquer votre démarche??

Jean-Paul Cluzel. Quand je dis que je suis libéral, c’est dans l’affirmation des libertés individuelles. Quand la droite perd cette idée du respect de l’individu et de la primauté des libertés, et qu’elle veut, comme c’est le cas présent, imposer des règles collectives à l’individu, je crois qu’elle sort profondément de sa route. Ensuite, je suis gay, c’est un fait. La plupart des personnes homosexuelles ont comme ressenti qu’elles sont nées comme cela. J’ai soixante-cinq ans. Les seuls malheurs que je dois à mon homosexualité, c’est la réprobation qui a pu tomber sur moi, dans ma famille ou de la part de collègues professionnels. Mais vous n’avez pas en vous-même ce ressort du malheur. Ce n’est pas une invalidité. L’homosexualité est naturelle, ce n’est pas un choix, c’est quelque chose qui s’impose à vous comme une évidence. Ce sont les persécutions, l’oppression qui rendent malheureux. Enfin, je suis catholique. L’essence de notre société est basée sur la laïcité. Appliquer la Bible à la lettre pour en déduire une loi civile, j’appelle cela la charia. Si, dans des sociétés laïques, on applique une doctrine religieuse pour l’imposer à tous, c’est la négation même de nos sociétés occidentales.

 

Cette position est minoritaire à droite…

Jean-Paul Cluzel. Nous sommes en effet peu nombreux à le dire. Le député-maire?de Coulommiers (Seine-et-Marne),?Franck Riester, Bruno Le Maire (ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy),?Édouard Philippe, le maire du Havre.?D’autres s’interrogent sur la façon de faire bouger leur famille politique. Je sens?un reniement des fondamentaux de la droite libérale. S’opposer à une loi qui étend?les libertés est absolument contre l’essence?de cette famille de pensée libérale. C’est la première manifestation contre l’extension d’une liberté. Je voudrais le dire dans l’Humanité?: dans la Déclaration des droits de l’homme,?il est dit que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle d’autrui. En quoi le mariage homosexuel et l’adoption diminuent-ils la liberté des autres ? C’est un faux débat.?Notre forme d’amour, d’être ensemble, ne serait pas de la même qualité qu’entre un homme?et une femme ? Là, nous en revenons?au problème de l’égalité.

 

Vous semblez inquiet de la droitisation de l’UMP ?

Jean-Paul Cluzel. Ce qui se passe à droite, c’est une relève de génération, des trentenaires et des quadras qui sont divisés entre ceux qui adhèrent au courant libéral européen, et ceux, plus traditionalistes, prêts à pactiser avec le Front national. J’espère que le parti des libertés l’emportera.

 

Ces prises de position parfois violentes contre le mariage homosexuel réactivent un climat d’homophobie dont les jeunes homosexuels sont les premières victimes. Qu’en pensez-vous??

Jean-Paul Cluzel. La première souffrance?d’un homosexuel est celle que lui inflige sa famille. C’est d’autant plus pénible que cela vient des personnes qui vous ont engendrées et qui sont supposées vous aimer et vous protéger. Mon engagement vient du fait que, dans ma propre famille, ça n’a pas été simple. J’en ai souffert et mes parents aussi. C’est cela,?la stupidité?: tout le monde en souffre parce que notre mode de vie n’est pas considéré comme égal et digne. Au-delà de l’égalité des droits,?il s’agit aussi d’une question de dignité?et des valeurs de la personne humaine. Pour les jeunes homos, c’est au moment de la puberté et de la confrontation à la communauté du collège, à la famille, au moment de la socialisation, que l’on sait que l’on est différent. Et que le rejet peut apparaître. La communauté homosexuelle en a marre d’être considérée comme seulement admise. Nous voulons que notre forme d’existence soit considérée comme un mode de vie comme les autres, avec?ses valeurs et sa richesse.

 

Vous dénoncez également l’hypocrisie d’un milieu – le vôtre – où il n’est pas bon de dire que l’on est homo quand on dirige une grande entreprise…

Jean-Paul Cluzel. Certains agents de vedettes?de télévision ou de cinéma dissuadent ces dernières de dire qu’elles sont gays,?de peur qu’elles ne soient plus choisies pour travailler. Deux grands chefs de très grandes entreprises m’ont avoué ne pas dire qu’ils sont homos, de peur que leur vie privée fasse chanceler le cours de leur titre en Bourse, ou que le dialogue sociale en pâtisse. En substance, leur conseil d’administration leur dit?: «?Nous sommes contents de toi pour la gestion de l’entreprise, mais si tu fais ton coming out, ça va créer des troubles, notamment de la part des ouvriers qui vont moins se reconnaître en toi alors que tu as une bonne politique sociale. » C’est pour cela que cette loi sera utile, aussi bien pour le gosse de quatorze ans que pour le chef d’entreprise.

 

Mais aussi pour l’ouvrier dans son entreprise. Car l’homophobie transcende tous les milieux…

Jean-Paul Cluzel. Oui. J’ai eu, pendant deux ans, un ami qui était conducteur de benne?à ordures, il était délégué CGT. Il portait?des dents artificielles car il s’était fait briser les dents supérieures. Un jour, alors que je circulais dans une berline noire, une benne à ordures me fait des appels de phare. C’étaient les collègues de mon ami qui me saluaient. Cela a été une de mes plus belles récompenses. Et pour lui aussi.

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Mariage pour tous: le long périple d'un droit nouveau

Entretien réalisé par Maud Dugrand

 

Dans la norme.... L'éditorial de Paule Masson!

La famille homo?est entrée dans?la vie, avec?ou sans enfants,?il s’agit aujourd’hui de la faire entrer dans la norme. La France fut une des toutes premières nations au monde à dépénaliser la relation homosexuelle.

Mais si le pays des droits de l’homme a su avoir une longueur d’avance sur son temps en 1791, il a déjà un métro?de retard pour corriger cette inégalité qui interdit?aux couples homosexuels de se marier.

Les Pays-Bas furent les premiers à accorder ce droit en 2000. Depuis, dix pays l’ont déjà reconnu, dont l’Espagne?et le Portugal. La loi autorisant le mariage pour tous?en France ne fait qu’entériner une évolution des mœurs déjà largement entrée dans la vie.

L’opinion ne s’y trompe pas. En ces temps d’humeur sombre où le pays délivre d’inquiétants signes de repli, elle offre un bain de fraîcheur?sur la question. Selon l’Ifop, 63?% des Français?y sont favorables, soit 3 points de plus qu’en janvier.?La réalité s’impose à tous?: la famille homo, avec ou?sans enfants, est entrée dans la vie, il s’agit aujourd’hui?de la faire entrer dans la norme. La droite, l’extrême droite et les forces rétrogrades de l’Église?ont beau manifester, elles sont en retard?sur la société. L’UMP?le sait, tout comme elle sait qu’il lui serait impossible d’enclencher la marche arrière si elle revenait au pouvoir. Mais la campagne qu’elle mène n’en est pas moins dangereuse?car elle attise le poison de la division, de l’intolérance et du rejet d’autrui. Elle s’autorise même des arguments qu’on espérait rangés au rebut de l’histoire. Laurent Wauquiez n’a-t-il pas osé dire, lors de la convention?de l’UMP sur la famille, jeudi dernier?: «?Quand l’homme décide de s’émanciper totalement de la nature, il n’y a plus aucun point de repère.?»

Loin de cette campagne aux relents homophobes,?le projet de mariage pour tous, défendu dans la rue?hier par de nombreuses associations, presque tous?les syndicats – chaque jour confrontés au problème de l’homophobie au travail – et la gauche unie à cette occasion, promeut la famille comme une construction culturelle qui ne doit souffrir d’aucune discrimination.?La loi, qui arrive en débat à l’Assemblée nationale demain, fait sauter le verrou d’une insécurité et construit un nouvel étage de droits.

On aimerait que pareille logique soit à l’œuvre dans le domaine social. Hélas, il y a, dans l’élan positif du gouvernement, un calcul assez néfaste?: mettre en avant une grande réforme sociétale pour mieux masquer des mesures de régression sociale. Car le combat pour l’égalité peut-il s’arrêter aux portes de l’entreprise?? S’il était retranscrit tel quel dans la loi, l’accord sur l’emploi signé par le Medef, la CFDT, la CFTC?et la CFE-CGC (soit un regroupement syndical minoritaire) serait source de nouvelles insécurités sociales pour les salariés. Et que dire de l’austérité qui frappe?si fort les familles les plus modestes et alimente?un peu plus chaque jour le sentiment d’injustice??

Harlem Désir, le patron du PS, s’alarme?du ressentiment des Français à l’encontre des choix du gouvernement. Il appelle les militants à la rescousse pour faire le service après-vente des réformes et s’en prend maintenant aux partis qui composent le Front de gauche?pour avoir lancé une campagne nationale contre l’austérité.?

Décidément, la «?gauche du réel?» d’Harlem Désir,?c’est comme la «?révolution copernicienne?»?de Pierre Moscovici?: un monde qui tourne à l’envers.

Paule Masson

 

Mali: "L’aide au développement plutôt que les armes"... Par Michelle Demessine!

Comment aider efficacement le Mali à retrouver sa souveraineté??

Par Michelle Demessine, sénatrice du Nord (CRC), membre de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées.

Comment aider le Mali à retrouver sa souveraineté? Michelle Demessine, sénatrice du Nord (CRC), membre de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des forces armées, répond: "Il nous faut radicalement repenser, en fonction de nos intérêts mutuels, notre aide publique au développement pour le Mali et la région".

"Au treizième jour de l’opération militaire de notre pays au Mali, le débat sur la nécessité d’une intervention rapide n’a plus lieu d’être. Lors de la discussion de cette question en séance publique à l’Assemblée nationale et au Sénat, nos parlementaires l’ont approuvée sans ambiguïté. Mais sans naïveté non plus, et ils ont alors fait état de leurs interrogations sur les modalités, les objectifs et l’avenir de l’opération «?Serval?».

Face à la situation qui résultait de l’occupation du territoire, et de la terreur imposée depuis plusieurs mois aux populations de la moitié nord du Mali par des groupes fondamentalistes islamistes tirant leurs ressources du trafic d’armes et de drogue, de la prise d’otages ou du financement de certaines pétromonarchies de pays arabes, face à la demande d’assistance du président malien, fondée sur l’article 51 de la charte des Nations unies, et surtout face à l’offensive éclair de groupes armés menaçant à terme Bamako, il ne fallait pas laisser faire, il fallait réagir en urgence.

Il n’y avait pas d’alternative. En effet, la coalition de forces africaines qui, conformément à la résolution 2085 du Conseil de sécurité, devait être mise en œuvre par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) avec l’appui logistique de la France, et, dans une moindre mesure, de l’Union européenne, était encore virtuelle. À ce jour, seuls 1?000 soldats de la force africaine d’intervention (la Misma) sont arrivés sur place. Ceci étant, passé l’approbation initiale de tous les groupes parlementaires sur l’opération menée, des questions doivent maintenant être posées, et publiquement débattues.

Le président de la République et le gouvernement doivent désormais rapidement préciser l’ampleur et la durée de cette opération, expliquer les objectifs qu’ils se fixent, tout faire pour revenir dans un cadre international. Après avoir stoppé l’offensive de bandes armées djihadistes, s’agit-il de s’épuiser à les poursuivre sur leur terrain et de partir seuls, avec une fiction d’armée malienne, à la reconquête du Nord pour que le Mali recouvre son intégrité territoriale?? Si la vision politique du président et de son gouvernement, qui doit fonder une stratégie militaire adaptée, n’était pas rapidement présentée et débattue, notre pays risquerait d’être exposé aux dangers d’une aventure incontrôlable.

D’ores et déjà, avec plus de 3?000 hommes, la plus importante opération aéroterrestre engagée depuis l’Afghanistan, notre pays s’installe, de fait, seul dans une guerre longue aux scénarios incertains. Au plan diplomatique, pour renforcer notre légitimité et être soutenus, il nous faut impérativement œuvrer à replacer cette opération dans un cadre institutionnel international. Ce cadre doit être défini par l’ONU, l’Union africaine, la Cedeao, et l’Union européenne qui, au-delà de son soutien politique, devrait maintenant s’engager concrètement à nos côtés.

Les parlementaires communistes et du Front de gauche affirment fermement que la réponse au chaos et à la déstabilisation du Mali, et à celle des pays de la région, ne peut être militaire. Elle doit être politique, avec la mise en œuvre rapide d’un processus permettant au Mali de retrouver sa souveraineté et la démocratie, mais elle doit aussi être sociale et économique. Dans cette affaire, la vision de la France ne peut principalement se fonder, comme nous le craignons, sur la défense de nos intérêts économiques et stratégiques, sinon cette guerre sera un remède pire que le mal qu’elle prétend combattre.

Par ailleurs, il ne faudrait ni oublier ni occulter les relations qu’ont entretenues les précédents gouvernements avec le Mali. Ils ont une part de responsabilité dans la dislocation de la société et l’effondrement de l’État malien. Ils ont, par exemple, soutenu tous les programmes d’ajustement structurel imposés par le Fonds monétaire international qui ont détruit le système scolaire et la santé publique, laissant ainsi le terrain libre aux officines caritatives islamiques. Ils ont aussi approuvé la libéralisation de la filière coton préconisée par la Banque mondiale qui a accéléré l’exode rural, et l’émigration, tout en la bloquant, alors même que les sommes d’argent envoyées au Mali par les travailleurs immigrés sont plus élevées que l’aide publique que la France alloue à ce pays. Tout cela a aussi contribué à la chute de ce pays.

Pour retrouver la voie du développement dans la stabilité, le Mali, avec toutes ses populations, a d’abord besoin d’assurer sa souveraineté sur l’intégralité de son territoire. Mais il aura aussi besoin de refonder un État de droit et une véritable démocratie qui puissent mettre en œuvre une transformation politique économique et sociale en profondeur, seuls garants d’un juste partage des richesses potentielles de ce pays. Dans la stabilité retrouvée grâce à la France et à l’aide internationale, ce ne pourra être que l’œuvre des Maliens eux-mêmes. L’action de nos forces armées au Mali, et des troupes africaines qui devraient les rejoindre, ne peut avoir de sens que si elle ouvre la voie à un nouveau partage des richesses avec l’Afrique, que si elle met fin au pillage de celles-ci par des sociétés multinationales, et qu’elle permette le règlement de la dette qui étrangle ces pays.

Enfin, il nous faut radicalement repenser, en fonction de nos intérêts mutuels, notre aide publique au développement pour le Mali et la région. C’est dans cet esprit que l’Afrique subsaharienne devrait devenir une priorité de la prochaine loi de programmation sur le développement quand elle sera soumise au Parlement. C’est dans ce sens qu’agiront, à leur niveau et avec leurs moyens, les parlementaires communistes et du Front de gauche.

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Michelle Demessine

 

Moissac: L’ex Champion n’est plus en vitrine…

Il est troublant de constater que le bâtiment de l’ex-champion est laissé à l’abandon par son actuel propriétaire.

En effet, outre le fait que la sécurité d’Intermarché est obligé de se déplacer régulièrement chaque fois qu’il y a des intrusions et que l’alarme retentit, les murs sont devenus la cible de tags d’un gout douteux et certainement pas l’œuvre d’artistes en la matière. 

Le CHAMPION avant sa fermeture

Dégradations, verrue visuelle à l’entrée d’une ville d’Art et d’Histoire, jusqu’à quand ?

Mais qui est donc encore propriétaire des lieux ?

Il semblerait que cela soit la société financière des Mousquetaires qui le soit devenu depuis qu’elle a racheté à la société ALTIS feu le CARREFOUR, qui lui-même possédait le magasin Champion via sa filiale. Par ailleurs, nous savons depuis le 16 janvier dernier, que le groupe Immo–Mousquetaire a obtenu la possibilité d’ouvrir un nouvel espace commercial d’une surface de 3496 m² sur la zone du Luc. Pourquoi pas, mais alors quid du vieux Champion ?

Il est toujours étonnant de lire que certains se réjouissent de la décision de la CDAC, la commission ad hoc, en voulant tirer la couverture à eux alors que ce n’est finalement que la suite logique d’un rééquilibrage des zones de chalandise entre 2 villes de même importance. Pour autant, la dégradation du paysage urbain devrait faire réagir surtout s’il y a la possibilité de mettre les propriétaires devant leurs responsabilités. Si comme le souligne le groupe des Mousquetaires, la situation de l’Hypermarché est assainie, pourquoi rien n’est fait pour l’ancien Champion ?

Enfin, il convient de s’interroger sur le devenir de ce bâtiment industriel qui recèle encore des équipements tel que des chambres froides et autres dispositifs dont certains peuvent contenir des substances dangereuses voire de l’amiante.

On peut espérer en 2013 qu’une solution soit enfin trouvée pour une revitalisation de cet espace comprenant une station d’essence et un restaurant qui mérite un meilleur environnement.

Il est temps de remettre le Champion en vitrine….

 

 

Mariage pour tous : rien de naturel

Marié récemment, Cerises me commande l’édito sur le mariage pour tous.

Provoc ? Notre objectif n’est pas de procréer. C’est fait chacun de notre côté. Ni d’avoir  ’autorisation de forniquer.

C’était fait ! Nous avons voulu simplement créer un moment festif, de retrouvailles avec familles et amis… Un écho peut-être à cette ère qui invite à l’émotion partagée. Le mariage n’est plus moralement, dans notre société, l’institution du lien du couple.

Le mariage pour tous est dans le programme de Hollande. La loi devrait déjà être proposée au parlement. Ne soyons donc pas dupes sur l’utilisation politicienne camouflant les abandons à gauche.Les communistes ont évolué, depuis le « Allez vous faire soigner ! (…) Les hommes sont faits pour aimer les femmes » de Jacques Duclos en 1972, à l’action du même PCF pour demander en 1977 la suppression des alinéas anti-homosexuels du code pénal, à aujourd’hui où certains évoluent encore…

K. Marx et F. Engels donnaient pourtant quelques clés dans le Manifeste: « Mais nous brisons, dites-vous, les liens les plus sacrés, en substituant à l’éducation de la famille, l’éducation sociale. Et votre éducation à vous, n’est-elle pas, elle aussi, déterminée par la société ? Par les conditions sociales dans lesquelles vous élevez vos enfants, par l’intervention directe ou indirecte de la société, à l’aide des écoles, etc. ? »

Profitons de ce débat public sur l’élargissement du droit à être parents pour donner à voir et comprendre pourquoi la place de l’être humain est si décisive dans notre conception politique. La conception de la famille, de l’éducation des enfants, n’est pas le fruit de dame nature. C’est une construction culturelle et sociale. Pour Rousseau, c’est un sentiment moral qui ne se fait pas entendre par les voix du sang. L’anthropologie le démontre aussi. Le refus de l’adoption et du mariage pour tous au nom de la nature a surtout des fondements idéologiques ou obscurantistes.

Si le statut de parents ne va pas de soi dans la nature, si être parents est distingué du fait d’être géniteur, alors invitons chacun à réfléchir à son action éducative, à celle de la société : éduquons-nous un futur être de la façon la plus autonome possible ? Rendons visible une politique d’émancipation qui contribue à la formation du petit d’hommes à l’humanité.

Patrice Leclerc

Conseiller général des Hauts-de-Seine

Remerciement à Gérard Bras, président de l’Université populaire 92 qui m’a accordé un petit entretien sur le sujet.
 

L’acier au clair soleil de la Bourse... Par Patrick Apel-Muller

Les images sont fortes, presque violentes. Les ouvriers de l’acier qui tentent de s’enchaîner?aux grilles de Matignon et l’un de leurs leaders, le cédétiste Édouard Martin,?qui résume sa rencontre avec Harlem Désir par le PS?nous a «?servi de la langue de bois?». Hier, c’était aussi papier contre papier. 

Celui que 31?000 signatures ont noirci pour réclamer la nationalisation de Mittal –?elles ont été remises à un conseiller à l’Élysée?;?et celui des promesses envolées au bas des engagements paraphés par le maître des forges.

Le gouvernement l’avait promis?: si le géant de l’acier ne tenait pas?ses promesses, le projet de nationalisation temporaire?du site serait remis sur la table. Eh bien, nous y sommes déjà, ont montré les syndicalistes. Le 6?décembre,?le groupe s’est retiré de l’appel d’offres pour développer Ulcos, un projet qui devait relancer Florange?et qui figurait comme un engagement pour l’avenir. Maintien de l’emploi?? 629?postes doivent être supprimés à Florange, 1?500 au total avec les sous-traitants. Avec?les lueurs éteintes des hauts-fourneaux, ce sont les ambitions?d’une politique industrielle, d’un «?redressement productif?»,?nous disait-on, qui s’évanouiraient. Tant de secteurs dépendent de la force de la sidérurgie, tant d’usages s’offrent pour les aciers d’une qualité exceptionnelle?que produisent les laminoirs de la vallée des anges?!

C’est sur cette terre lorraine, ravagée par?les guerres successives et ranimée par le travail?de ses ouvriers, que le Front de gauche a lancé hier soir une campagne nationale contre l’austérité. Il ne s’agissait pas seulement de choisir un lieu symbolique mais?de contester une politique qui, en laissant la part belle au grand capital, sacrifie les conditions de vie du plus grand nombre et abdique toute responsabilité pour l’avenir en abandonnant les vertèbres industrielles qui font un pays.?Un autre meeting est prévu le 13?février à Rouen,?à deux pas de la raffinerie de Petroplus, non loin?de Sandouville ou de Cléon, deux sites majeurs?de l’automobile menacés par la direction de Renault?et sa stratégie de chantage?: la perte de salaire et des acquis sociaux, ou la porte et le licenciement. Ce qu’un ministre?juge loin du trait rouge à ne pas franchir... Hier, cependant,?la majorité de gauche à l’Assemblée a voté la proposition portée par le député communiste Alain Bocquet?d’une commission d’enquête sur la sidérurgie. Au terme de son examen des casses, des gâchis, des politiques?à courte vue, de bonnes décisions seront-elles prises???Il dépendra de la mobilisation des sidérurgistes français?et des citoyens qu’il n’y ait pas d’autre alternative.

S’il est un lieu où, hier, la sidérurgie avait pris de la valeur, c’est la Bourse de Paris. L’action ArcelorMittal a gagné 0,48?% à 13,52?euros parce que?la direction présentait lors d’un comité central d’entreprise extraordinaire son plan de compétitivité?qui sacrifie notamment Florange. On repense alors?aux mots d’Émile Zola, un autre «?J’accuse?»?: «?Toute une vie de vols effroyables, non plus à main armée comme?les nobles aventuriers de jadis, mais en correct bandit moderne, au clair soleil de la Bourse, dans la poche du pauvre?monde crédule, parmi les effondrements et la mort.?»

Par Patrick Apel-Muller

 

Révélations sur l'évasion fiscale d'Arnault: il fallait lire l'Humanité il y a 6 mois!

Dans son édition du 19 septembre dernier, l'Humanité révélait, chiffres à l'appui, la vaste opération d'évasion fiscale de Bernard Arnault en Belgique.

Des chiffres tus à l'époque, soudainement repris ce jeudi dans la presse sous forme de révélation.

  • A lire à ce sujet notre article du 20 septembre dernier:

Arnault: silence sur nos révélations

Remarquable discrétion des principaux médias, hier, sur l’enquête révélant l’ampleur des transferts financiers effectués par le patron de LVMH en Belgique.

Hier matin, à notre connaissance, à l’exception des revues de presse de France Inter, les principaux médias s’en sont tenus à la «?motus et bouche cousue attitude?» sur nos révélations concernant la délocalisation par Bernard Arnault d’une partie de son patrimoine en Belgique et la préparation, dans ce même pays, de sa propre succession à moindres frais.

Pourtant, notre journal a publié un communiqué envoyé à l’ensemble de la presse. Il y reprenait succinctement nos révélations. Il indiquait notamment que «?l’Humanité apporte dans son édition de mercredi de nouvelles révélations sur les transferts de fonds colossaux réalisés par le patron de LVMH vers des sociétés belges. De 2008 à 2010, l’actif des onze sociétés belges de l’empire Arnault – mais essentiellement LVMH Finance Belgique et Hanninvest – est passé de 2,2?milliards à 16,6?milliards d’euros. Celles-ci ont bénéficié des principales déductions offertes par la législation belge?! Résultat?: ces sociétés n’ont payé que 24?millions d’impôts sur un bénéfice de 630?millions, soit un taux d’imposition de 3,84 % ».

Chez LVMH, on n’est pas au courant...

Le communiqué informait en second lieu que notre journal révélait également «?les libertés prises?» par Bernard Arnault avec les obligations légales?: Pilinvest, la société mère de la fondation privée Protectinvest, destinée à préparer la succession de Bernard Arnault et à verser des rentes à ses héritiers, «?n’a pas publié de comptes annuels en 2010 et 2011, alors qu’elle a connu de gros transferts de fonds?».

Même l’Agence France-Presse a joué les filles de l’air de l’information. Pourtant, mardi, elle a publié une longue dépêche dans laquelle elle détaillait les révélations de l’agence financière américaine Bloomberg qui, pourtant, s’avèrent très partielles. C’est ainsi que Bloomberg affirmait de manière erronée que «?les douze sociétés ainsi qu’une fondation liées au numéro un mondial du luxe, LVMH, détiennent au total 4?milliards d’euros d’actifs en Belgique », alors que le magot s’élève au total à 16?milliards d’euros et a grimpé de 14?milliards depuis 2008.

Le Canard enchaîné, dans son édition d’hier, donnait de son côté les mêmes informations que nous concernant la fondation créée par Bernard Arnault en Belgique afin de préparer sa succession, mais il reprenait l’information inexacte de Bloomberg. N’en doutons pas, le palmipède corrigera sa copie la semaine prochaine. Pour sa part, le cabinet spécialisé dans la communication DGM, qui assure le service de presse de LVMH, lui aussi n’a rien vu. Il n’est pas au courant et va s’informer…

Pourtant, les documents qui nous ont été transmis par les militants du Parti du travail de Belgique sont irréfutables (voir les fac-similés publiés ci-dessus). Ils attestent de manière certaine que ce n’est pas la menace de la taxation à 75?% des revenus supérieurs à 1?million d’euros avancée par François Hollande qui explique la délocalisation progressive de la fortune de Bernard Arnault, puisque les transferts d’actifs et la mise sur pied de la fondation datent de 2008. C’est plutôt le dumping fiscal pratiqué par la Belgique à l’égard des multinationales et des grandes fortunes qui explique ce passage de frontière.

Affluence de Groupes Français en Belgique. Si les révélations du Parti du travail de Belgique (PTB) concernant les sociétés de Bernard Arnault ont relancé le débat sur la fiscalité?très favorable aux multinationales du pays,?le célèbre groupe de luxe est loin d’être le seul à en profiter. La presse belge s’est empressée de rappeler les noms d’autres sociétés tricolores ayant opté pour le très clément climat fiscal du Plat Pays. Auchan, EDF ou Lactalis figurent ainsi parmi la liste des Belges d’adoption. «?De plus en plus de multinationales utilisent la Belgique comme arrière-cour financière, dans laquelle elles peuvent déduire leurs bénéfices de quasi tout impôt?», a constaté Raoul Hedebouw,?porte-parole du PTB en citant notamment?le cas d’ArcelorMittal. La filiale financière?du groupe en Belgique n’aurait ainsi payé aucun impôt en 2011, malgré des profits atteignant 1,597 milliard d’euros. Premiers responsables?de cette situation, les «?intérêts notionnels?», une particularité fiscale qui permet aux sociétés de réaliser d’importantes déductions d’impôts.

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Pierre Ivora

 

Algérie, Mali: le tonnerre d’un monde éteint (édito)

"L’action des troupes françaises et des armées africaines, qui doivent les rejoindre, n’aura de sens que si elle est transcendée par l’investissement puissant dans un nouveau partage des richesses avec l’Afrique,?par la fin des pillages, et le règlement de cette dette?par une aide massive au développement, par le choix d’une Afrique libérée des boulets qui entravent?son essor et freinent sa jeunesse", affirme Patrick Apel-Muller dans l'éditorial de l'Humanité de ce vendredi 18 janvier.

L'Humanité

Editorial Par Patrick Apel-Muller

Qui dira plus que cette prise d’otages l’irréfutable faillite des politiques occidentales durant les dernières années? La brutalité de la mondialisation libérale a conduit le Mali à la faillite,?à la déréliction de son jeune État, et sa population, réduite à la misère, à douter de l’avenir de ce pays. L’OMC, le FMI et la Banque mondiale se sont comportés en huissiers saisissant les maigres ressources. Au Nord-Ouest, l’intervention française a ouvert les arsenaux de Kadhafi, a permis au Quatar d’armer des katibas de fous de Dieu et réalisé la jonction entre fanatiques islamistes. Le sinistre fantôme de la Françafrique a freiné la mobilisation du continent, inquiet de voir resurgir l’ancienne puissance coloniale. À ce tableau désolé, il faut ajouter les menées américaines qui ont favorisé, avec?le relais de leurs alliés du Golfe, les entreprises salafistes, préférant la terreur verte au péril rouge. Aujourd’hui,?on déplore l’oppression qui s’est abattue sur les habitants de Tombouctou ou de Gao, on s’inquiète pour les otages, on suit avec peine les opérations algériennes et les combats au Mali... Nous avons raison, mais quel gâchis?!

Ces soubresauts sanglants sont à ajouter?à l’acte d’accusation de l’ordre du monde.?Ils commandent aussi de ne pas en rester à la bonne conscience militaire face aux djihadistes ou au consensus apparent à l’ONU. Les risques d’enlisement sont sérieux?; le Nord Mali et la zone sahélienne peuvent constituer un abcès de plus menaçant la paix mondiale,?un alliage toxique?de grands inquisiteurs?et de maffieux. L’Algérie peut à nouveau être ensanglantée par les égorgeurs terroristes.?Dans les pays occidentaux, de nouveaux croisés?ne manqueront pas de brandir la perspective d’une nouvelle guerre des civilisations, également chère à al-Qaida.?Alors, ne nous enfermons pas dans les postures guerrières.

L’action des troupes françaises et des armées africaines, qui doivent les rejoindre, n’aura de sens que si elle est transcendée par l’investissement puissant dans un nouveau partage des richesses avec l’Afrique,?par la fin des pillages, et le règlement de cette dette?par une aide massive au développement, par le choix d’une Afrique libérée des boulets qui entravent?son essor et freinent sa jeunesse. C’est à cette seule condition qu’on pourra bientôt considérer le drame du complexe gazier de Tigantourine comme «?le tonnerre d’un monde éteint?», selon la formule du poète Jean Tardieu.

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Par Patrick Apel-Muller

 

Les garrots de l’austérité, l'éditorial de Patrick Apel-Muller

Nous nous y attendions. Dans un entretien publié hier par les Échos, Jérôme Cahuzac a reconnu que le déficit budgétaire 2012 serait plus important que prévu. Les recettes?de TVA s’affaissent en effet avec l’activité, étouffée par une austérité tous azimuts. Le ministre de Budget?n’a d’autres perspectives que le gel de 2?milliards d’euros supplémentaires et la désindexation des retraites sur?les prix.

Qui s’engage dans cette spirale ne parvient plus à s’en extraire. Huit pays européens en récession en font l’irréfutable démonstration. Les prévisions de l’Office français de la conjoncture économique (OFCE) sont accablantes?: les restrictions budgétaires planifiées,?qui s’élèvent à 2,5?% du PIB, entraîneront une baisse de ce produit intérieur de 3,6?%. L’effet boule de neige… Cela n’empêche pas de rouler à tombeau ouvert vers l’abîme. N’entend-on pas de beaux esprits affirmer que «?les licenciements d’aujourd’hui seront les emplois?de demain?» et que «?la précarisation des CDI sécurisera?les emplois?»?? L’accord sur la flexibilité, historique en?ce qu’il est dicté par?le Medef qui veut imposer le silence au Parlement, constitue une nouvelle menace sur le front?de l’emploi et des droits des salariés.

Après six mois de gouvernement sous?la houlette de François Hollande, la rupture avec la politique de la droite se fait attendre. On a plutôt l’impression d’un bégaiement. Le temps perdu joue pourtant contre la justice et le progrès social qui restent les valeurs cardinales de la gauche. Les électeurs qui?ont choisi de battre Nicolas Sarkozy et qui ont élu des députés de gauche passent de l’expectative au doute?et parfois au désarroi. L’austérité infligée au pays ferait à nouveau le lit de l’UMP et des ultralibéraux qui piaffent dans l’opposition. C’est dire combien il faut prendre le contre-pied des marchés financiers, choisir l’investissement dans les ressources humaines, dans un nouvel essor industriel appuyé sur une transition écologique, dans des services publics puissants assurant?le primat de l’intérêt général dans les secteurs stratégiques de la vie en société. Il n’y a pas d’austérité sociale, d’austérité rose ou verte. L’austérité est un garrot étouffant les capacités d’initiatives et d’innovation, une régression qui contredit les avancées de civilisation. Les Français le ressentent plus ou moins confusément, des peuples d’Europe le clament?; des résistances populaires émergent… elles sont la chance de la gauche?à l’échelle du continent.

De Florange à Virgin, des cheminots aux enseignants, des idées se font jour, des propositions s’élaborent. Leur convergence fera leur force, susceptible de lever les «?nein?» de ceux qui rêvent de salariés à genoux, et les «?non?» de ceux qui veulent verser?des dîmes toujours plus lourdes aux actionnaires?des grandes entreprises. Le Front de gauche?va y consacrer ses efforts. Ils doivent rencontrer?les préoccupations de tous ceux – syndicalistes, militants associatifs, socialistes, indignés de toutes sortes – qui rêvent d’une alternative à la loi de l’argent.

 

Le Medef revendique l’immunité judiciaire pour les entreprises?!

La signature du projet d’accord sur la sécurisation de l’emploi est-elle de bon augure??

Par Jean-Jacques Gandini, président du Syndicat des avocats de France (SAF), et Jean-Luc Wabant, Président de la commission emploi du SAF.

[Nous avions reçu ce texte à la veille de la signature par la CFDT, la CFTC et le Medef du projet d’accord sur la sécurisation de l’emploi. Il garde, hélas, toute son actualité. – NDLR]

Ce n’est pas de sécurisation de l’emploi dont il est question à chaque ligne du projet d’accord national interprofessionnel élaboré par le Medef. La sécurisation n’y est conçue qu’au profit des entreprises, pour se prémunir de toute obligation de transparence et de justification, et se constituer une véritable immunité judiciaire.

La revendication n’est pas neuve?; elle a déjà servi de fil rouge à l’ensemble des positions patronales des quinze dernières années et a connu déjà plusieurs succès, avec le mécanisme de la rupture conventionnelle obtenue des partenaires sociaux puis du législateur en 2008, ou la pratique des plans de départs volontaires qui se répand elle aussi sans aucun contrôle judiciaire possible.

Mais le Medef n’entend pas s’en contenter, et réclame désormais le droit?:

– de museler les représentants du personnel en leur imposant la confidentialité sur les informations qu’ils reçoivent, et des délais préfix pour entendre leur expert et rendre leur avis?;

– de subordonner le maintien du CDI à la réalisation d’un projet, transformant ainsi le CDI en CDD?;

– de licencier sans avoir à justifier d’un motif économique le salarié qui aura refusé une modification de son poste ou de son lieu de travail dans le cadre d’une réorganisation, et de s’exonérer par là même de toute mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi et des règles encadrant le licenciement économique?;

– de licencier sans contrôle les salariés refusant les modifications de leur rémunération ou de leur temps de travail issues des accords dits «?de maintien dans l’emploi?», en se libérant là aussi de toutes les règles propres au licenciement pour motif économique?;

– lorsque l’obligation de mettre en œuvre un plan de sauvegarde de l’emploi n’aura pu être contournée, de s’affranchir par accord collectif de toutes les règles encadrant sa présentation, ou de se prémunir de tout contrôle judiciaire sur ce plan par le jeu d’une homologation de l’administration du travail pouvant être simplement implicite?;

– de se prémunir de toute contestation quant à la validité ou la justification de leurs décisions, en tous domaines, en cas de violation des règles de procédure et de formalisme édictées par le Code du travail pour encadrer le pouvoir de décision des employeurs (exit la requalification de nombre de CDD pour absence de motif, exit la requalification des temps partiels pour absence de fixation de l’horaire, exit la nullité des licenciements économiques pour défaut de plan social, exit les garanties procédurales conventionnelles spécifiques, etc.)?;

– de compenser a posteriori l’indigence de la motivation des lettres de licenciement?;

– de plafonner le risque financier des litiges par une barémisation des indemnités en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse?;

– d’échapper encore et enfin à tout contrôle judiciaire et risque de sanction par des délais de prescription exceptionnellement brefs.

Il ne s’agit là que d’une brève synthèse des réformes réclamées par le Medef pour aboutir à une destruction majeure du droit des salariés au respect de leur contrat de travail et de leur droit à l’emploi, quitte à bafouer ouvertement les principes fondamentaux de la réparation intégrale des préjudices et de l’obligation de motivation des licenciements… Rien n’arrête le Medef dans ses prétentions à remettre en cause quarante ans d’évolutions législatives et surtout jurisprudentielles, résultat de combats judiciaires auxquels les avocats du SAF ont largement contribué, en s’assurant qu’à l’avenir les juges seront bien empêchés de venir rétablir les droits des salariés.

En guise de contreparties, le Medef ne propose aux syndicats que des mesures qui ont en réalité l’objectif de créer un véritable statut de la précarité, pour mieux développer ce marché du travail précaire qui désespère tant les salariés.

La véritable sécurité pour le salarié, c’est celle de conserver son emploi, ou d’en retrouver un, pérenne et digne, dans des délais très brefs, et non celle consistant à obtenir des droits sociaux maintenus en cas de perte d’emploi en contrepartie de la possibilité de perdre plus facilement celui-ci. Il paraît illusoire d’obtenir des droits nouveaux potentiels pour les salariés les plus précaires si cela se fait en contrepartie d’une précarisation générale de l’ensemble des salariés.

Quant au prétendu contrôle par la négociation collective dans les entreprises, il se limite, en l’état actuel de la représentation des salariés et du rapport de forces dans la majorité des entreprises, à un vœu que l’on peut partager mais qui ne sera d’aucune efficacité immédiate et ne bénéficiera pas d’une contribution loyale des entreprises au dialogue social dès lors que les employeurs se sauront à l’abri de tout contrôle effectif de leurs agissements.

Le Medef, qui pourfendait l’autorisation administrative de licenciement, dont il a obtenu la suppression en 1986, préconise désormais l’homologation des PSE par l’administration du travail, pour mieux mépriser les intérêts des salariés et le rôle des représentants du personnel, ce qui ne peut qu’alarmer lorsque l’on sait le peu de moyens dont dispose l’administration du travail, et les statistiques relatives à l’homologation des ruptures conventionnelles.

C’est dire s’il est temps de s’indigner et de résister. Les avocats du SAF ne peuvent que dénoncer avec force les desseins d’un patronat qui se revendique tout-puissant et seul juge dans son état. De telles perspectives de réforme doivent être très fermement bannies. Les entreprises sont des sujets de droit qui ne peuvent prétendre échapper à la démocratie du contrôle judiciaire et à l’exigence de la transparence.

Jean-Jacques Gandini, Jean-Luc Wabant

 

LU POUR VOUS: Emploi : à gauche du PS, l’accord syndical fait l’unanimité contre lui... In Politis.fr!

Les réactions se sont multipliées avec la même virulence, de l’aile gauche du Parti socialiste au Front de gauche, contre un accord « régressif » et « dangereux » pour les salariés. Synthèse.

Un accord « historique », une leçon de dialogue social, une première « bonne nouvelle » dans le début de quinquennat moribond de François Hollande : l’accord national interprofessionnel (ANI) conclu vendredi 11 janvier entre syndicats de patrons et de salariés sur la « sécurisation du travail » est censé faire l’unanimité.

Loin s’en faut. Avant d’être transposé dans la loi par la majorité, le texte devra même affronter une opposition politique qui s’est dessinée ce week-end de l’aile gauche du PS au Front de gauche.

Licenciements économiques et « compétitivité » : pire que la droite

Au Parti socialiste, Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, chefs de file du courant « Maintenant la gauche », ont pris position, dimanche 13 janvier, contre un texte qui « contient de nombreuses régressions sociales. » Ils saluent des « avancées non négligeables » pour les salariés, mais estiment l’accord déséquilibré en faveur du patronat.

Des avancées en trompe-l’oeil

Concernant les « droits nouveaux » censés contrebalancer les mesures obtenues par le Medef, les critiques sont nombreuses. « Il n’y a pas une seule avancée… sauf pour le patronat », tranche Gérard Filoche dans une analyse très critique qui fustige des « accords de Wagram », du nom de la rue où siège le Medef, là où le texte a été négocié. L’ancien inspecteur du travail s’attache à démonter une à une les mesures présentées par l’accord comme des gains pour les salariés. Selon lui, la hausse de la taxation des contrats courts est un leurre : son coût estimé à 110 millions d’euros est à retrancher aux 155 millions d’euros qui seront économisés avec la défiscalisation des embauches de jeunes de moins de 26 ans en CDI, escomptée « en échange » aux patrons, pendant trois mois. « La différence globale est de 45 millions entre cette prétendue taxation censée décourager les contrats courts et les exonérations accordées : ces 45 millions sont à l’avantage du patronat », estime le socialiste qui milite pour que les CDD de moins d’un mois redeviennent interdits.

Autre « avancée » jugée trompeuse, l’extension de la « couverture complémentaire santé pour tous » prévue par l’accord. En somme, critique Gérard Filoche, l’accord aboutit surtout à un don de « 4 milliards aux compagnies d’assurance en 2016 ».

Un accord illégitime

C’est enfin sur la forme que l’accord cristallise le plus de critiques. Les syndicats qui le refusent (dont la CGT et FO) « sont ensemble les plus représentatifs », avance le Front de gauche, qui sonne le tocsin en annonçant qu’il soutiendra les mobilisations contre le texte. Ce compromis intervient qui plus est « avant que ne soit connue courant 2013 la représentativité réelle des organisations syndicales au regard des votes des salariés dans les entreprises », ajoutent les porte-paroles de « Maintenant la gauche ».

Le courant « Un monde d’avance », situé à la gauche du Parti socialiste, appelle de son côté les parlementaires « à jouer pleinement leur rôle dans ce débat crucial ». Le dialogue social, ajoute le mouvement « Hamoniste » qui refuse pour le moment de se prononcer sur le fond de l’accord, « ne saurait impliquer la réduction de l’espace de débat légitime de la représentation nationale, ni sa transformation en une chambre d’enregistrement. » 

« Il ne peut être question, selon nos principes constitutionnels, de priver la représentation nationale de son droit de débattre », avertissent enfin Marie-Noëlle Lienemann, Jérome Guedj et Emmanuel Maurel, en prévision de la transposition législative de l’accord.

L’accord pour « un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi » devrait être signé par la CFDT, la CFTC, la CFE-CGC et trois organisations patronales. Il permettrait aux entreprises, en cas de « graves difficultés conjoncturelles », de baisser les salaires et le temps de travail pour une durée maximale de deux ans en s’engageant à ne pas licencier.

En « échange », plusieurs mesures ont été négociées : généralisation de la complémentaire santé, hausse de la taxation d’une partie des contrats courts (entre 0,5 et 3 points d’augmentation des cotisations d’assurance-chômage selon le type de CDD), encadrement du temps partiel, création systématique d’un compte individuel de formation pour les salariés, entrée (avec « voix délibératives ») de salariés dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 5 000 salariés.

Premier motif de grief, les accords dits de « maintien de l’emploi » qui autorisent les entreprises en cas de « graves difficultés conjoncturelles » à baisser les salaires et le temps de travail pour une durée maximale de deux ans. Ils sont la « copie conforme des accords “compétitivité-emploi” proposés par Sarkozy pendant la dernière campagne et auxquels la gauche s’était fortement opposée », regrettent les trois socialistes.

« Les salariés ne pourront plus refuser un avenant à leur contrat de travail si un accord d’entreprise le prévoit », dénonce le Front de gauche, qui — fait rare — a publié un communiqué commun contre l’ANI. Le mouvement unitaire dénonce un texte qui « sur bien des aspects, rompt avec notre modèle social et républicain ».

Les accords de « maintien de l’emploi » sont « pires que la loi Fillon du 4 mai 2004, s’inquiète à son tour Gérard Filoche, membre du Bureau national du Parti socialiste. Il n’avait pas osé imposer la loi à un salarié qui refusait individuellement la baisse de son salaire. Celui-ci restait dans ses droits ! Là, ce n’est plus le cas, il sera licencié avec une “cause réelle et sérieuse”. »

Les nouvelles règles de contestation des licenciements économiques sont aussi vivement critiquées (les plans sociaux seraient homologués par l’administration ou par un accord majoritaire et les contentieux seraient transférés au juge administratif). Elles « remettront frontalement en cause les droits des comités d’entreprise de contester en urgence devant le juge civil la régularité et la validité des PSE », s’inquiètent Marie-Noëlle Lienemann, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel.

 

Produire autrement

Dans une conférence organisée le 18 décembre dernier, le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a lancé l’idée d’un nouveau projet de « réorientation » des méthodes des productions agricoles, visant d’un même mouvement à plus d’efficacité économique et à plus d’efficacité environnementale.

ProduireAutrementAinsi, le projet « agriculture : produisons autrement » constitue une nouvelle impulsion intéressante visant à jeter les bases d’un nouvel avenir agro-écologique.

Le renchérissement des prix du pétrole et donc des intrants comme les engrais, les produits phytosanitaires, des carburants, doit amener à réfléchir sur la diminution de ces coûts de production par de nouvelles méthodes agroculturales. La santé des agriculteurs en dépend également.

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En même temps, la réduction de l’utilisation de ces intrants répond à un besoin de préservation et d’amélioration de la biodiversité et participe à la revitalisation des écosystèmes. De même, l’acte de production agricole qui, traditionnellement, participe à la régénération de la biodiversité doit pouvoir préserver toutes les ressources naturelles qui le rendent possible : la terre, l’eau, l’air, les paysages. Si le projet du ministre de l’agriculture permet une mobilisation en ce sens pour combiner production et réponses aux besoins alimentaires en qualité et en quantité, avec les nouvelles exigences environnementales et de santé, un pas serait franchi vers une économie plus respectueuse de l’environnement, de la santé humaine et la revitalisation de nos territoires.

EnteteLaTerre

Cependant, il reste deux lourdes questions sur lesquelles je débats avec le ministre. D’abord, comment vanter un possible nouveau modèle  agro-écologique français alors que les traités européens obligent à la liberté totale de circulation des marchandises, c’est-à-dire à l’augmentation d’importations de produits agricoles ?  Celles-ci sont produites à partir de destructions d’espaces naturels, pourtant vitaux pour l’humanité, en Asie ou en Amérique du Sud, transportées par avion ou bateau qui ont des effets négatifs pour l’environnement. D’autre part, arrivent sur nos territoires des denrées agricoles et alimentaires bourrées de pesticides divers ou autres médicaments pour les animaux. Autant de produits obtenus à partir de normes environnementales bien plus faibles que les nôtres. De surcroît, ils arrivent sur notre territoire souvent à des prix de braderie. Il est par exemple interdit de produire du maïs ou du soja génétiquement modifiés ici, alors que nous en importons à tout va. Ce qui rend la plupart du temps incompréhensibles les tracasseries faites ici aux producteurs. Il faudrait donc bien affronter ces enjeux, sans quoi tout effort fait ici sera annihilé par la loi de l’argent et de l’économie marchande capitaliste.

L’autre enjeu décisif, manquant dans le projet du ministre, est celui de l’être humain au travail et de la rémunération de celui-ci. Les travailleurs de l’agriculture souffrent aujourd’hui, à un point qu’on imagine peu. Ceci se passe dans un silence assourdissant. Si on consacrait autant de temps d’antenne aux souffrances des paysans, à la dureté de leur vie, qu’il y en a sur les frasques de M. Depardieu, cela provoquerait surement un sentiment de révolte.  La pression vient des banques, de la baisse des prix, de l’insécurité face à l’avenir, et encore plus de l’insécurité pour les enfants qui bien souvent ne pourront pas reprendre un capital accumulé par des générations de paysans, qui lui-même se dévalorise aujourd’hui. Voici une des questions essentielles qui devrait être à l’ordre du jour, dans le cadre de la réforme de la politique agricole commune en cours.

Celle-ci ne prévoit pas d’instrument de sécurisation de prix stable, garanti et rémunérateur du travail agricole. Le gouvernement, en lien avec le mouvement syndical et rural paysan doit agir avec plus de fermeté pour un projet nouveau de création de prix minimum, assurant un revenu pour une quantité moyenne de production et pour négocier de nouveaux systèmes de protection aux frontières, se combinant avec l’invention de nouveaux mécanismes de coopération internationale, respectueux de la possibilité pour tous les paysans et les peuples à produire pour se nourrir eux-mêmes. Ce sont sans doute des volets indispensables au projet « produisons autrement ».

 

Retour sur le défilé de la réaction la plus extrème! (images et impressions)


Les manifestants contre le mariage homosexuel, soutenus par l’Église à laquelle ont participé des cadres UMP et FN, se sont rassemblés, ce dimanche, à Paris, contre la promesse de François Hollande.

Le premier secrétaire du Parti socialiste, Harlem Désir, a affirmé la volonté du son parti d'aller "jusqu'au bout" pour l'instauration du mariage homosexuel, et ce malgré une manifestation "consistante" qui exprime "une sensibilité qui doit être respectée".

« Mon Dieu, faites que la police me compte cinq fois » (@zededalus)

- La réaction de l'Élysée alors que la manifestation touche à sa fin : "La manifestation, si l'on en croit les images et les chiffres qui doivent être confirmés, est consistante, elle exprime une sensibilité qui doit être respectée mais elle ne modifie pas la volonté du gouvernement d'avoir un débat au Parlement pour permettre le vote de la loi."

- "Le Parti socialiste ira jusqu'au bout de la grande réforme de progrès voulue par les Français", a indiqué Harlem Désir, ajoutant : "le droit à manifester est garanti dans notre pays, mais je tiens à rappeler l'entière détermination des socialistes à inscrire dans la loi le droit pour tous ceux qui s'aiment de se marier et d'adopter". Le premier secrétaire du PS a par ailleurs dénoncé le fait que, selon lui, "cette manifestation soit l'occasion pour la droite et l'extrême droite de réaliser une alliance de fait en se retrouvant sous un même mot d'ordre d'intolérance". "Il est inacceptable de voir des dirigeants de l'UMP, comme MM. Copé et Bertrand, dans la même manifestation que des représentants de l'extrême droite, comme Madame Maréchal-Le Pen, Monsieur Collard et le Bloc Identitaire et Civitas", s'est indigné Harlem Désir. "C'est la première fois depuis des décennies dans notre pays que la droite et l'extrême droite descendent ensemble dans la rue contre de nouveaux droits pour les Français" a-t-il souligné.

- le matin, devant les caméras de BFMTV, Xavier Bongibault, l'un des porte-paroles de la "Manif pour tous" et porte-parole du collectif et de l'association "Plus gay sans mariage" a une nouvelle fois comparé le président de la République François Hollande à Hitler, renouvelant une démonstration à laquelle il s'était déjà livré le 17 novembre dernier qu'il accuse d'être dans la droite ligne d'"un homme bien connu à partir de 1933". "On vous explique que les homosexuels sont pour ce projet de loi, parce qu'ils sont homosexuels. C'est une logique choquante et homophobe de la part de ce gouvernement", explique-t-il, "C'est dire que tous les homosexuels n'ont pour seul instinct sexuel leur orientation sexuelle : c'est la ligne défendue par un homme bien connu à partir de 1933 et c'est la ligne que défend aujourd'hui François Hollande".

- Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, a déclaré dimanche sur Canal+ qu'"il y a sans doute moins de manifestants dans la rue que ne l'espéraient les organisateurs" de la manifestationl. Alors que les opposants au mariage pour tous défilaient dimanche à Paris, la ministre, en charge de la famille, a ajouté qu'il fallait "entendre, écouter avec respect" l'opposition à ce projet de loi, qui sera examiné à compter du 29 janvier à l'Assemblée nationale.

 

 

  • 16h50. Un partisan du mariage homosexuel, alors que les opposants défilent sous sa fenêtre

  • 16h30. Act Up a déployer une banderole contre l'homophobie sur le pont des Invalides. (@)

  • 16h15. Harlem Désir condamne les propos de Bongibault qui compare Hollande à Hitler

  • 16h10. Des membres du mouvement "Chevaliers du Christ-Roi de l'Univers", dans le cortège parti de la place Pinel, où se trouve notamment les catholiques intégristes de Civitas.

  • 16 heures. Français, Françaises, la République est en danger! ()


  • 15h45. "Ils ont dit" durant ou en marge dans la manifestation contre le mariage homosexuel

- Frigide Barjot, principale porte-parole du collectif "La manif pour tous", au départ d'un des cortèges, place Denfert-Rochereau: "La manif sera réussie quand le président nous recevra. Il faut qu'il nous entende, qu'il suspende le projet de loi et ouvre des états généraux pour informer les Français du changement historique sur la filiation".

- Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, dans le cortège: "La manif, c'est une autre manière de s'exprimer, un peu plus rude mais démocratique (...) Ce parlement a décidé de changer le sens du mot mariage. C'est d'une grande violence pour le peuple que de changer le sens d'un mot"

- Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris, au Forum Radio J: "Je crois que Mgr André Vingt-Trois mène un combat douteux contre l'amour".

- Jean-François Copé, président de l'UMP, à son arrivée sur le Champs-de-Mars. "Je souhaite que François Hollande entende la clameur du peuple français", a-t-il déclaré à BFMTV après avoir expliqué : "Ce projet divise la société alors que le président de la République devrait la rassembler contre le chômage et le terrorisme".

- Henri Guaino, député UMP, dans la manifestation : "Moi je suis dans la rue aujourd'hui pour que la parole soit donnée au peuple (...) J'en attends que le président de la République comprenne que ce projet doit être soumis à référendum, il ne peut pas être adopté par le Parlement".

- Marine Le Pen, président du Front national, à Laboutarié (Tarn): "Moi j'ai voulu que mon absence soit symbolique (...) C'est le rôle d'un responsable politique que d'avoir le courage et la lucidité d'expliquer aux Français les pièges dans lesquels on cherche à les faire tomber et d'attirer leur attention sur la tentative de diversion que représente aujourd'hui le débat sur le mariage homosexuel".

- Claude Guéant (UMP), ancien ministre de l'Intérieur : "De cette mobilisation, j'attends l'expression forte d'une opposition d'une large partie des Français à un mauvais projet qui met en cause fondamentalement la structure de notre société, dont on ne sait pas où il nous mène, et qui nous trace la perspective de faire de l'enfant un objet, ce que je refuse absolument."

- Christian Jacob, chef de file des députés UMP : "Les députés sont très nombreux, il y a une écrasante majorité des députés qui sont là sur le groupe UMP (...) Les Français sont dans la rue, on est à leurs côtés pour qu'il y ait ce grand débat national et on peut l'avoir par un référendum."

 


  • 15h20 - Premiers chiffres de la participation

Selon la police, les manifestants sont entre 75.000 et 120.000. Les organisateurs revendiquent la présence de près de 500.000 personnes. Le 17 novembre, pour la précédente manifestation, 70 000 personnes avaient été recensées par la police à Paris, 100 000 dans toute la France.

  • 15h05. Brunch aux Buttes-Chaumont de 15 à 18 heures

Un groupe Facebook propose par exemple un brunch aux Buttes-Chaumont dans le XXème arrondissement de Paris. Et peu importe si l'on attend de la pluie neigeuse sur la capitale. "Je me suis dit plutôt que de rester chez soi à déprimer, pourquoi ne pas se réunir et passer un bon moment", explique à l'AFP l'initiatrice de ce brunch, Emilie Jouvet, réalisatrice de 36 ans et engagée dans la défense des droits des homosexuels. "Ce n'est pas du tout une contre-manif" puisque le rassemblement n'aura pas lieu sur le trajet des manifestants. L'idée c'est de se rassurer, d'être entre nous."

15h00. Le député européen du FN Bruno Gollnisch a "regretté" dimanche l'absence de Marine Le Pen à la manifestation parisienne contre le mariage homosexuel, et la députée FN Marion Maréchal-Le Pen a reconnu que son parti avait "ménagé la chèvre et le chou" sur ce point. Au micro de BFMTV, en fin de matinée, Bruno Gollnisch avait déclaré qu'"un enfant dans un couple homo, ça le transforme en objet ou en animal de compagnie".

  • 14h30. Rires...

Un message important de la Belgique à la France

  • 14h00. La métaphore animale, grand classique de l'homophobie... ()

  • 13h30. Tract du mouvement de la jeunesse catholique de France (@AudreySalor)

  • 13h00. Et pendant ce temps-là, le Figaro fait des affaires...

 

  • 13h15. Trouvé dans le métro...

 

  • 12h00. L'archevêque de Paris, Mgr André Vingt-Trois, s'est rendu dimanche en fin de matinée à Denfert-Rochereau pour manifester son "soutien" et ses encouragements aux organisateurs de la manifestation contre le mariage homosexuel. "Je veux manifester mon soutien et mes encouragements aux organisateurs et que les Francais puissent dire ce qu'ils pensent vraiment" du mariage homosexuel, a-t-il affirmé. "Le gouvernement a ses responsabilités", a ajouté le cardinal, souhaitant qu'il puisse "trouver d'autres formules".

  • 12 heures. L'UMP, en rang sérré, est bien là !
 

Solidaires du peuple malien, l'éditorial de Jean-Paul Piérot

Il y a urgence à passer au plus vite à une étape qui dépasse les rapports France-Afrique. L’engagement militaire de la France, qui a débuté vendredi sur décision de François Hollande, à la demande des autorités de Bamako, constitue-t-il la bonne méthode pour parvenir à la restauration de la souveraineté du Mali sur tout son territoire??

Telle est la première question que l’on doit se poser, qui doit primer sur toute autre préoccupation, pour juger d’une décision lourde de graves incertitudes. Les premiers affrontements avec les milices intégristes qui sévissent dans le nord du pays ont été, ce week-end, suffisamment meurtriers – une dizaine de soldats maliens, un officier français, une centaine d’islamistes armés et un nombre indéterminé de civils,?ces victimes «?collatérales?» qui semblent compter pour?si peu – pour qu’il soit permis d’applaudir indécemment au vol des Rafale.

Le peuple malien a durement payé les conséquences de l’aventure guerrière dans laquelle Nicolas Sarkozy a emmené la France contre la Libye, dont l’une des pires conséquences fut la mise en déshérence de milliers d’armes des arsenaux de Kadhafi. Ces armes qui sont passées dans les mains de groupuscules islamistes du Sahel et qui eurent raison d’un État malien affaibli par des années de saignées libérales imposées par le FMI. Le coup d’État qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, l’offensive conjointe des islamistes armés et des indépendantistes touareg, a non seulement abouti à la partition du pays, mais aussi à l’instauration d’un régime de terreur et d’obscurantisme contre les personnes et de destruction de l’héritage culturel et religieux dans le nord du Mali.

Bamako était en droit d’en appeler à la communauté internationale incarnée par l’ONU pour l’aider à mettre fin à la violation de son intégrité territoriale. Le Conseil de sécurité à l’unanimité a fait droit à la requête malienne et s’est prononcé en faveur de la mise sur pied d’une force africaine appuyée par l’ONU pour restaurer la légalité dans le Nord. Trop de mois se sont écoulés entre les résolutions et leur mise en œuvre, alors que les forces alliées à al-Qaida recevaient une aide soutenue – nous n’oserons pas dire «?humanitaire?» – en provenance des pétromonarchies du Golfe.

Si l’on peut admettre que l’offensive des milices djihadistes a sans doute précipité la décision de l’Élysée, dont se félicite, il est vrai, une partie non négligeable de l’opinion malienne et africaine, la France courrait de gros risques dans la poursuite d’un face-à-face avec les forces islamistes. Il y a urgence à passer au plus vite à une étape qui dépasse les rapports France-Afrique. Faute de quoi, ressurgirait dans l’opinion africaine le spectre de la Françafrique et du syndrome Foccart. Le gouvernement, qui doit a posteriori – on le regrette – s’exprimer aujourd’hui devant les parlementaires, est évidemment attendu sur les réponses qu’il y apportera. Les risques d’enlisement dans les sables du Sahel, le recours aux prises d’otages meurtrières, l’armement sophistiqué dont disposent les hommes liges des émirats… de nombreux indicateurs sont au rouge, qui laissent présager un combat difficile, qui devra impliquer toute la communauté internationale et ne se limitant pas au fracas des armes, mais incluant le développement. Sans jamais omettre l’essentiel?: la maîtrise, par le peuple malien, de son propre destin.

Jean-Paul Piérot

 

Négociations sur le travail: notre mise en garde (édito)

Editorial Par Jean-Emmanuel Ducoin

"Si François Hollande devait accepter un texte signé par le Medef et quelques syndicats seulement, l’histoire Antisociale avec un grand «?A?» serait au rendez-vous de ce gouvernement", estime Jean-Emmanuel Ducoin dans l'édito de l'Humanité de ce jeudi.

Il y a décidément quelque chose d’étrange dans la gestion économique et sociale de François Hollande. Peu importe le dossier. Que ce soit la volte-face à Florange ou le crédit d’impôt offert aux entreprises, la pseudo-réforme bancaire ou le fiasco de la «?supertaxe?» à 75?%, nous le constatons avec désolation: le pas en avant se transforme souvent en pas de côté, voire carrément en demi-tour assumé. Les exemples fourmillent tant et tant que le président donne maintenant le sentiment qu’il se trouve désarmé face aux manœuvres brutales des vautours de la finance?et qu’il écoute beaucoup plus les patrons de la haute?que les ouvriers ou les syndicalistes. Que deviennent?les combats fondamentaux pour lesquels il a été élu??

L’idéologie libérale est si prégnante qu’y accoler le mot «?social?» n’octroie pas un passeport de bonne gestion en direction des plus défavorisés. D’autant que les pressions ne manquent pas. Prenez le lourd dossier des négociations sur la «?sécurisation de l’emploi?». Voulu par le chef de l’État en personne et lancé en octobre, le chantier avait pour but que patronat et syndicats parviennent à un accord «?historique?». Seulement voilà. Jamais avare dans la définition mécanique des intérêts de sa caste, la patronne du Medef, Laurence Parisot, a quasiment bloqué toute discussion sur la base même du périmètre?de ladite négociation,?à savoir la «?sécurisation?de l’emploi?», qui?n’en a plus que le nom?ou presque, dévoyant son sens initial.

Dans leur guerre de classe menée?de longue date, mais qui, à la faveur de ces rencontres hebdomadaires, fut plus éclatante que jamais, les représentants du patronat ont en effet rabâché quelques principes jusqu’à épuisement des cerveaux?: flexibilité, flexibilité, flexibilité?! Mais aussi?: faciliter les licenciements! Et également: déréglementer le droit du travail dans son ensemble?! Et encore: mobilité imposée, possibilité de restructurations sans plan social,?fin du CDI. On en passe et des meilleurs…

Dans ce climat, il est difficile, sinon impossible, d’imaginer qu’un compromis «?le plus large possible?» soit signé – même si nous observerons avec attention l’attitude de la CFDT. Le ministre du Travail, Michel Sapin, a pourtant prévenu?: «?Un accord devra être trouvé d’ici vendredi.?» Mais quel accord?? Autant le dire. Si François Hollande devait accepter et transformer en projet de loi un texte signé par le Medef et quelques syndicats seulement, l’histoire Antisociale avec un grand «?A?» serait au rendez-vous de ce gouvernement. Cela signifierait une capitulation supplémentaire et non des moindres?! L’enjeu de cette négociation est considérable?: cette mise en garde n’a donc rien de formelle.

François Hollande saluant Laurence Parisot

François Hollande s’est engagé à inverser la courbe du chômage fin 2013. L’objectif paraît si irréel au regard de la politique qu’il conduit qu’un changement de cap sera tôt ou tard à l’ordre du jour. Or, il y a deux manières de sortir de cette négociation sur le travail. Par le bas: elle vise à faire supporter aux salariés les conséquences d’une compétition sauvage par une précarisation sans limites. Par le haut?: elle permet d’avancer sur le chemin d’une sécurité sociale professionnelle, avec une formation tout au long de la vie et le droit absolu de ne jamais être exclu de la solidarité financière. Autant d’idées économiquement possibles, socialement justes et humainement indispensables...

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Trois Français sur quatre hostiles à la suppression des CDI

Jean-Emmanuel Ducoin

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