
J.L. Mélenchon vient d'annoncer sa candidature à l'élection présidentielle.
Ce n'est pas une surprise, venant de cet homme, ancien ministre de J. Jospin et formé par Mitterrand, que les médias et le bocal politicien ambiant verraient volontiers comme chef de file du Front de Gauche.
Mais pour battre Sarkozy et ancrer la gauche vraiment à gauche, le Front de Gauche n'a pas besoin d'idées simplistes, de propos populistes, ou de moulinets avec des sabres de bois.
Son programme ? "Salaire maximum" et "partager les richesses".
C'est un peu court!
Ce n'est pas seulement son manque de clairvoyance politique- J.L. Mélenchon avait voté oui à Maastricht , estimant que c'était un bon compromis !- qui pose problème, mais l'absence d'idées novatrices et la faiblesse de son programme, très éloigné de ce qu'il faut pour s'attaquer à la crise.
Il faut des propositions alternatives à la hauteur des défis de la crise et avancer des mesures radicales et précises pour museler les marchés financiers. C'est ce qu'est prêt à porter André Chassaigne.
Les communistes clichois sont engagés dans la promotion de la candidature d'André Chassaigne , ils regrettent d'ailleurs que le groupe dirigeant du PCF et celui de la FD 92 ne soient pas dans cette disposition combative et offensive .
Dialogue clichois publie aujourd'hui les propos de l'économiste et dirigeant communiste Yves Dimicoli...
Je veux d'abord insister sur l'extrême profondeur de la crise européenne avec la fuite en avant des gouvernements de l'Union dans la logique de Maastricht, super-austérité et privatisations redoublées à l'appui, pour rassurer les créanciers des États sur-endettés sur les marchés financiers, en brisant les modèles sociaux.
Cela casse la croissance de l'Europe, devenue « l'homme malade » du monde, et y accentue le chômage et la précarité, en même temps que s'y creusent de très graves dissymétries.
On trouve en effet l'Allemagne en tête, loin devant, suivie par ses satellites de l'ex-zone mark. Puis, loin derrière, les pays « périphériques » comme la Grèce ou le Portugal et l'Espagne, crucifiés; puis, dans un entre-deux, quelques rares pays dont, principalement, la France.
D'où, l'importance de ce qui va se passer en France dans les mois et les années qui viennent...
- Soit, nous nous rapprochons des exigences et des luttes des peuples d'Europe du sud, et ,au-delà, de ceux de notre « Sud », comme la Tunisie ou l'Algérie qui connaissent aujourd'hui de grands mouvements sociaux, pour la défense et la promotion du modèle social avec, pour cela, la nécessite d'une autre construction européenne;
- Soit, les yeux vrillés sur le verdict des agences de notation financière, nous nous alignons dans la marche vers une « Europe allemande », au service de la domination de la Finance.
Ces enjeux vont peser très lourdement pour 2011 et 2012. Ce qui va se jouer, en effet, c'est la suite de la bataille engagée contre le traité de Lisbonne et pour une autre Europe.
On se tromperait, me semble-t-il, si on tentait de répliquer, purement et simplement, la bataille de 2005, avec un Front de gauche qui serait dépourvu de l'ambition de faire avancer l'exigence précise d'une autre construction européenne avec un nouveau traité.
En effet, si on veut une alternative majoritaire en 2012, il faudra arriver à bousculer le PS sur son ancrage à la logique de Maastricht. Cela exige d'engager, sans attendre, et tout le long de l'année 2011, une très grande campagne du PCF sur ses positions novatrices, et de tout faire pour donner une vraie chance à une candidature communiste du Front de gauche en 2012 avec André Chassaigne.
Pourquoi? Mais parce qu'il faut déjouer le piège qui se met déjà en place dans le débat franco-européen en perspective de l'élection présidentielle. Tout est fait, en effet, pour enfermer le débat dans une fausse alternative:
- Le premier terme consiste à affirmer qu'il faut rester dans l'euro et, pour cela, défendre et renforcer la logique de Maastricht. On y trouve aussi bien la droite que les dirigeants actuels du PS, d'accord sur le pacte de stabilité et une BCE « indépendante » au service de la domination des marchés financiers, d'accord aussi sur les « partenariats public-privé » conçus pour une nouvelle vague de privatisations, d'accord enfin sur la « flexisécurité » et la promesse illusoire du retour au « plein emploi ». Et, sur ce socle commun considérable, la droite parle « efficacité et responsabilité », tandis que le PS parle « égalité » et « partage des richesses ».
- Le second terme consiste à prôner une « sortie de l'euro ». C'est une illusion mortifère avec la perspective d'une dévaluation violente du franc, l'accentuation des pressions du marché financier, l'explosion de l'Europe et la mise en concurrence à mort entre européens, la consolidation de l'hégémonie du dollar!
Face à cette fausse alternative, le mot d'ordre de Mélenchon, « sortir du Traité de Lisbonne », pose problème à un double titre:
- Il entretient une confusion politicienne avec l'idée de sortir de l'euro;
- Il ne fait guère le poids pour arriver arracher le PS à son ancrage pro-Maastricht.
D'où l'importance et la nécessité des propositions communistes pour changer l'utilisation de l'euro et l'orientation de la BCE en avançant sur deux grandes exigences:
- Une promotion massive des services publics en Europe, au lieu des privatisations, et, pour la financer, la mise en œuvre d'un Fonds social de développement européen, en lieu et place du Fonds de stabilisation financière lancé en mai dernier. Il serait alimenté par la création monétaire de la BCE. Cette proposition, initialement portée par le PCF, est désormais aussi une proposition du PGE, c'est dire s'il faut la mettre en avant;
- L'avancée vers une sécurité d'emploi ou de formation commune aux Européens, au lieu de la « flexisécurité », en vue d'une éradication progressive du chômage, au lieu de la promesse illusoire du « plein emploi » qui maintiendrait un volant de chômeurs. Et, pour la financer, un autre utilisation de la BCE impulsant un nouveau crédit sélectif pour l'emploi et la formation, avec des pôles financiers publics requérant des nationalisations de banques et des Fonds publics régionaux.
Cela permettrait de casser la spéculation.
Popularisons massivement ces options, au lieu de les refouler et de faire le dos rond pendant que Mélenchon sur-occupe les médias, que le Parti de gauche diffuse massivement son propre programme et que Chassaigne rame en solo comme il peut!
A ce propos, je veux dire mon désaccord avec une façon de faire dans nos rangs qui consiste à faire silence sur les différences entre nos propositions et celles de Mélenchon.
C'est le contraire-même de ce qu'il faut faire pour avancer vers un programme qui soit à la fois populaire et partagé. Pire, cela contribue gravement à laisser s'installer l'idée que Mélenchon serait le bon candidat « incontournable », « naturel », parce qu'il est le plus médiatisé, parce qu'on aurait les mêmes idées que lui mais qu'il pourrait mieux les porter car il apparaît neuf, moderne, alors que nous nous serions vécus « comme une force du passé»!
C'est là, typiquement, pour moi de la capitulation matinée de désinformation des communistes. Car, en fait, il y a avec Mélenchon de grandes différences, à côté de points communs:
- Sur les objectifs du Front de gauche dont Mélenchon dit qu'il doit constituer une « étape intermédiaire » vers la création d'une « nouvelle force de gauche » après un « nouveau congrès de Tours »...Bref, la disparition du PCF;
- Sur le fond de la politique alternative à proposer au Français, comme je l'ai montré pour l'Europe.
A vrai dire, le réformisme de Mélenchon n'est guère plus audacieux que celui de la social-démocratie traditionnelle. Mélenchon est un « socialiste », c'est même cette évidence que, dans une récente tribune à l'Huma, un adhérent du Parti de gauche a mis en avant comme un atout essentiel.
Alors, est-il vraiment raisonnable d'avoir deux candidats socialistes pour l'élection présidentielle, l'un qui se revendique du PS et l'autre qui se revendiquerait du Front de gauche?...