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Congrès du NPA en pleine crise de décroissance

Le parti né de l’ex-LCR tient son 2e congrès, à Saint-Denis, dans un contexte d’hémorragie de ses militants vers le Front de gauche.

Qu’elle semble déjà loin, la fondation du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), en 2009, sur les restes de l’ex-Ligue communiste révolutionnaire (LCR). À l’époque, porté par l’élan de sa figure de proue et candidat à l’élection présidentielle de 2007, Olivier Besancenot (4,08?%), le NPA se fixait pour ambition de rassembler l’ensemble des anticapitalistes dans un même parti. Quatre ans plus tard, le NPA n’est pas parvenu à transformer l’essai.

Au contraire, après l’effacement de son médiatique porte-parole au profit de la candidature d’un historique de la LCR issu des rangs ouvriers, Philippe Poutou, les délégués qui se réunissent de vendredi à dimanche à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), pour le 2e congrès de leur formation, héritent d’un parti profondément en crise et en perte de vitesse électorale et militante.

Les effectifs ont fondu : de près de 10 000 en 2009, ce chiffre est aujourd’hui divisé par quatre, tout comme le score à la présidentielle (1,15 % en 2012). Quant à la crise, elle couve en interne depuis les débuts. Principal point d’achoppement : l’isolement du NPA, fruit de son refus d’envisager des alliances avec d’autres formations à gauche qui n’auraient pas, au préalable, rompu tout lien avec le PS. Lassée, une fraction importante de ses militants, réunis dans la Gauche anticapitaliste (GA), a depuis rejoint le Front de gauche.

Si cette crise est, pour la figure historique du parti, Alain Krivine, un « paradoxe, en pleine crise du capitalisme », la majorité du NPA (51 % dans les votes internes) réunie autour, entre autres, de Philippe Poutou, Olivier Besancenot et de la porte-parole Christine Poupin, propose de serrer les rangs : « Répondre à la crise du NPA, c’est, à cette étape, rassembler tous ceux qui n’ont pas abdiqué de construire un parti indépendant des réformistes. » Comprendre, dans le langage du NPA : indépendant du PS comme du Front de gauche, dont les élus siègent dans des majorités régionales.

La majorité du NPA n’entend cependant pas se contenter d’« une simple proclamation révolutionnaire », au moment où la crise et le mécontentement social et politique s’aggravent, ni ne veut couper les ponts avec les électeurs de gauche et ses anciens militants qui se tournent vers le Front de gauche. Elle propose ainsi de s’adresser « sans aucune exclusive, à toutes les organisations politiques qui ne participent pas au gouvernement, aux syndicats » sans « autre condition » que la « commune volonté d’agir ensemble », le NPA défendant pour sa part la « perspective d’un gouvernement anti-?austérité ».

Sébastien Crépel

 

Le sabre et le goupillon contre le Mariage Pour Tous

Cactus. Sur les 5?367 amendements au projet de loi sur le mariage pour les personnes de même sexe, dont l’essentiel vient?des opposants de droite, il y a quelques perles qui dénotent le caractère profondément réactionnaire de leurs auteurs.

De l’obscurantisme à la ­bêtise, certains opposants au ­mariage pour les personnes de même sexe n’y vont pas de main morte. Qu’il y ait des désaccords au nom d’une conception surannée de la famille, qu’il y ait des interrogations sur les évolutions de la ­société, sur la place des enfants dans ces nouveaux couples, on peut comprendre. Cela ne saurait justifier les assauts à coups de sabre et de ­goupillon contre ce projet qui constitue aux yeux de ses auteurs une avancée de civilisation, un égal accès aux droits pour tous de se marier.

Ainsi, et alors que s’ouvrait avant-hier le débat à l’Assemblée nationale sur ce projet de loi, l’institut Civitas, groupe de pression catholique nationaliste proche des intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, séparé de Rome depuis cinquante ans, organisait une prière de rue (!!!) aux abords du Palais-Bourbon pour obtenir l’intercession de la Vierge Marie pour «?changer l’attitude des parlementaires favorables au projet?».

Son président, Alain Escada, précisait?: «?En tant que catholiques, il est essentiel pour nous de recourir à des manifestations et encore plus à des moyens surnaturels, comme la prière, afin que Dieu nous préserve de cette loi inique.?» Heureusement l’Inquisition et ses bûchers n’existent plus. Nombre de catholiques, pour qui l’amour du prochain est une valeur fondatrice, auront du mal à se retrouver dans ces diatribes que l’on a parfois aussi entendues lors des manifestations du 13?janvier contre le mariage pour tous. Voilà pour le goupillon et l’obscurantisme.

Pour le sabre et la bêtise, c’est du même ­tonneau. L’opposition de droite a déposé un peu plus de 5?000 amendements au projet de loi. En soi, rien de surprenant, c’est l’exercice normal du travail parlementaire. Même s’il faut noter que nombre de ces amendements sont identiques, au mot près, histoire pour l’UMP, notamment, de faire durer le débat. Mais certains de ces amendements donnent à voir le degré de subtilité de leurs auteurs et les dérapages auxquels ils conduisent. Ainsi les 32 amendements signés par Jacques Bompard, député d’extrême droite (non inscrit), pour tenter de démontrer l’absurdité du projet de loi, expliquent que celui-ci pourrait, «?pour supprimer toute forme de discrimination, être étendu à toutes les formes de familles sans ­distinction de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine, de nombre ou de lien de parenté?». Donc la ­polygamie, le mariage avec des ­mineurs, entre oncles et tantes... absurde. De même celui qu’il signe avec le lepéniste Gilbert Collard (Lire : L'UMP flirte avec le FN à l'Assemblée) de supprimer l’article 15 qui permet à un homosexuel de se marier avec un ressortissant étranger «?au risque d’ouvrir la voie à une immigration nuptiale?». Perpétuelle obsession de la peur de l’autre partagée par les députés UMP Luc ­Chatel et Henri Guaino, ancienne plume de Nicolas Sarkozy craignant «?un flux d’étrangers?» sur le territoire national. Ou enfin l’UMP Thierry Mariani qui s’émeut dans son amendement (2597) de la transmission du nom de famille car le projet prévoit qu’il n’y a pas de «?présomption de nom paternel pour l’enfant?» car le nom de celui-ci ne sera plus, par principe, le premier. Ce ne sont là que quelques-uns des amendements déposés par la droite. Il est probable que les débats, qui dureront jusqu’au 12?février pour un vote en première lecture par l’Assemblée, nous réservent encore d’autres diatribes de cette eau (bénite?? pas sûr).

Alors viennent en mémoire les propos de la garde des Sceaux, Christiane Taubira, en ouverture des débats mardi à l’Assemblée?­nationale?: «?Depuis deux siècles, l’évolution du mariage va vers l’égalité, et ­aujourd’hui, nous ­parachevons l’égalité.?»

Lire aussi :

Mariage pour tous : le discours sans faute de Taubira
Mariage gay: pour Jean-Paul Cluzel, «la droite a perdu de vue le respect de l’individu»

"Le modèle “père, mère, enfant” est bien une construction culturelle"

Max Staat

 

La malédiction du Gaz de Schistes

Le documentaire diffusé par ARTE et qui fait débat autant par ses détracteurs que par ses contempteurs... 

 

La nouvelle arnaque moderne pour gogos : le réseau 4 G pour téléphones "intelligents"

Les opérateurs téléphoniques jurent sur tous les tons qu’il vont bientôt offrir un plus haut débit aux doudous intelligents, ces petits engins appelé autrefois téléphone et que leurs détenteurs caressent dans leurs poches ou avec lesquels ils jouent en permanence pour se rassurer, pour vérifier qu’ils existent toujours, qu’ils sont en phase instantané avec le monde.

Les médias, presse écrite et presse audiovisuelle confondues, font chorus et pression pour que France Télécom, SFR et les autres se dépêchent de nous permettent d’avoir accès à ce progrès. On n’en peut plus d’attendre ! Un jeu de rôle fascinant derrière lequel il y a la crainte de ne pas apparaître « moderne » et qui fait de la presse la complice des opérateurs prétendant nous faciliter la vie grâce à ce nouveau progrès.

Fantastique le progrès, hallucinant, on ne comprend pas comment nous avons pu patienter sans descendre dans le rue aussi longtemps, tenaillés par le désir de ce nouveau point G. Pensez donc : actuellement, sur les doudous classiques reliés à une réseau minable et ancien, il faut 10 secondes pour télécharger une photo. Insupportable : avec le progrès promis, il n’en faudra plus que deux. Pour obtenir une de ces applications dont l’utilité reste souvent à démontrer, nous allons gagner quatorze secondes et pour un morceau de musique, le gain sera de 20 secondes. Ce qui me fait penser à cette histoire du Touareg auquel son ami et visiteur occidental expliquait à quel point il gagnait du temps grâce aux TGV et aux avions, et qui répondait....

Et tu en fais quoi ?

Tous ces débat et ces promesses à reculons relèvent d’une fantastique opération de communication de la part des opérateurs. « Il faut créer le besoin avant de le vendre, explique un communiquant de France Télécom qui vient de démissionner, il faut persuader la France qui a les moyens et même celle qui ne les a pas, que nous ne pouvons pas vivre sans ce réseau 4G et qu’il est le stade ultime de la modernité. Toute cette campagne de teasing est préparée depuis plus d’un an ». Ce n’est pas la première fois que des entreprises créent un besoin qu’il ne leur reste plus ensuite qu’à satisfaire. Pour leurs plus grands profits.

Car, bien sur, dés que la 4G sera opérationnelle, les gogos à doudou, se verront facturer le progrès. Même si elle ne fonctionne pas sur tout le territoire. Pensez donc, des fois que l’heureux propriétaire traverse une zone couverte ! De plus, les fabricants se réjouissent, car tous les téléphones intelligents ne pourront pas capter le nouveau réseau. Donc les clients moins intelligents que leurs téléphones devront en racheter un.

Quand aux medias, s’ils participent à cette opération, c’est un peu pour avoir l’air moderne et beaucoup parce que le lancement de la 4G sera l’occasion de publier de belles et trébuchantes pages de publicité pour célébrer l’évènement qui nous fera vraiment entrer dans une nouvelle ère« en perdant moins de temps »

 

LU POUR VOUS: La nouvelle PAC adoptée oublie le bio et la petite agriculture familiale... In Politis.fr!

Les 55 milliards d’euros distribués par la Politique agricole commune bénéficient essentiellement à 15 % des agriculteurs.

Mercredi 23 janvier, la Commission de l’agriculture du Parlement européen a adopté les textes qui devraient régir la nouvelle PAC (Politique Agricole Commune) pour les sept années à venir.

Les parlementaires ont examiné 7400 amendements provenant essentiellement des Verts et des partis conservateurs.

Les premiers souhaitaient modifier profondément un système qui pénalise la petite agriculture et l’agriculture biologique tandis que les seconds veulent prolonger la politique actuelle qui distribuent 80 % des aides à 15 % des agriculteurs européens.

Les fonds européens sont essentiellement perçues en France par les céréaliers, les élevages hors-sol et les grandes exploitations intensives dont le « revenu » peut être parfois alimenté à hauteur de 50 % par une aide européenne.

Après des mois de discussions les conservateurs et les socialistes ont voté en faveur de cette nouvelle PAC. Elle doit être encore approuvée en séance plénière du Parlement européen à Strasbourg au mois de mars. Après avoir été éventuellement modifiée par la Commission de Bruxelles, elle devra être ratifiée par le Conseil des ministres européens qui se prononcera définitivement au mois de juin. Commentaire des socialistes européens : « Ce n’est probablement pas une réforme parfaite mais sans doute la meilleure possible dans une Europe encore largement dominée par des forces conservatrices. »

Aucune aide supplémentaire pour l’agriculture bio ou de proximité

C’est le moins que l’on puisse dire puisque les parlementaires écologistes, minoritaires, n’ont pas réussi à obtenir une modification substantielle du système « qui ne fait qu’entériner, dit José Bové, vice-président de la Commission agricole, « le maintien des avantages acquis ». La proposition de développer la rotation des cultures pour réduire le recours aux pesticides et aux engrais de synthèse et donc limiter la rotation des cultures, a été écartée. Les agriculteurs bio et ceux qui veulent se reconvertir ne bénéficieront d’aucune aide supplémentaire qui pourrait faciliter le développement d’une agriculture de proximité, notamment près des grandes villes.

Les Verts avaient également proposé qu’une grande exploitation ne puisse pas bénéficier d’une aide annuelle de plus de 100 000 euros mais la majorité a décidé de fixer ce maximum à 300 000 euros. Or, explique José Bové, « une telle réduction aurait entraîné une économie annuelle de 7 milliards d’euros qui aurait pu servir à aider, en France et ailleurs, la petite agriculture familiale ». Tout comme elle aurait contribué à enfin inciter à une réduction de la pollution des terres et des nappes souterraines avec la diminution de l’épandage des lisiers nitratés et des pesticides promise par le Grenelle de l’Environnement.

Au demeurant, cette nouvelle PAC reste parfaitement virtuelle puisque les 27 pays de l’Europe ne se sont pas encore parvenus à se mettre d’accord sur le budget européen pour la période 2014-2020. Ils devraient faire une nouvelle tentative lors du sommet des 7 et 8 février prochain, de nombreux pays insistant pour réduire le montant de la Politique agricole commune qui représente 40 % de ce budget...

 

Lu POUR VOUS: Le gaspillage de gaz (de schistes) brûlé par les compagnies pétrolières vu du ciel ... In Le Monde.fr!

Image des Etats-Unis la nuit, diffusée par la NASA le 5 décembre. (AFP PHOTO / NASA Earth Observatory/NOAA NGDC)

En décembre, la NASA diffusait des images de la Terre plongée dans la nuit et constellée de points lumineux – traces des foyers de population parsemés sur la planète. Parmi tous ces îlots de lumière toutefois, l'un n'a pas manqué d'attirer l'attention aux Etats-Unis. Une large tache diffuse, située tout au nord, au milieu d'une zone sombre au centre du pays, que l'on peut voir aussi dans cette image du site Earth Observatory de la NASA, ou entourée dans cet article du média américain NPR. Pourtant, point de métropole ici. Simplement du gaz qui brûle.

Lire : La NASA dévoile des clichés de la Terre illuminée dans la nuit

Dans cet Etat du Dakota du Nord, "les compagnies pétrolières, situées au cœur du boom du gaz de schiste aux Etats-Unis, brûlent assez de gaz pour alimenter tous les foyers de Chicago et Washington", fait remarquer le Financial Times. Selon le quotidien économique, le volume de gaz brûlé a augmenté de 50 % l'année dernière dans cet Etat, où l'exploitation du gaz de schiste et du pétrole a pris, depuis peu, des allures de "ruée vers l'or noir" (selon les termes du Figaro et d'Atlantico). 

Au Texas, autre région pionnière dans l'exploitation du gaz de schiste, les permis de "torchage" – cette pratique qui consiste à brûler dans des torchères le gaz issu de l'extraction du pétrole – ont été multipliés par six entre 2010 et 2012, d'après le Financial Times. Selon la banque mondiale enfin, le volume de gaz brûlé ainsi aux Etats-Unis a triplé en cinq ans, hissant le pays au cinquième rang des Etats les plus "torcheurs" de la planète, derrière la Russie, le Nigeria, l'Iran et l'Irak.

PLUS RENTABLE DE LE BRÛLER

Si le gaz naturel part ainsi en fumée, c'est que, du fait de son bas prix, il revient moins cher de le brûler que de construire les infrastructures nécessaires à son acheminement et à sa commercialisation. Malgré ce que cette pratique implique en termes de pollution atmosphérique ou encore d'émissions de gaz à effet de serre : dans le Dakota du Nord, elle augmenterait de 20 % les émissions issues de l'exploitation de pétrole et de gaz de schiste, toujours selon le Financial Times.

Selon le Global Gas Flaring Reduction – qui regroupe les principales compagnies pétrolières et une vingtaine de pays en vue de réduire le "torchage" –, les émissions de CO2 provoquées par la combustion du gaz totalisent ainsi près de 1,5 % des émissions mondiales totales. Ces dernières années, entre 130 et 150 milliards de mètres cubes de gaz naturel ont été brûlés par an. Soit le tiers de la consommation de gaz de l'Union européenne, et près du quart de celle des Etats-Unis.

Lire : Le grand gâchis du 'torchage' des pétroliers (édition Abonnés) 

UN GASPILLAGE COÛTEUX

Le torchage constitue aussi un vaste gaspillage d'une énergie fossile non renouvelable. Une donnée que l'on peut mettre en parallèle avec un rapport publié en janvier par le World Future Council, et repéré par un article du Guardian intitulé "Quand arrêterons-nous de gâcher les énergies fossiles en les brûlant ?"

Ce rapport (PDF) tente de chiffrer le coût de ce gaspillage des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon), dont on sera tributaire dans le futur non seulement pour nos besoins énergétiques, mais aussi pour de nombreuses applications industrielles – produits chimiques, engrais, médicaments, plastique, énumère le Guardian.

Résultat : les pertes causées par la consommation actuelle des énergies fossiles – et qui ne seront donc plus disponibles à l'avenir – s'élèveraient de 3 200 à 3 400 milliards de dollars par an, estime le World Future Council. Un coût qui n'apparaît pas, souligne-t-il, dans les chiffres avancés pour comparer la rentabilité de ces énergies fossiles avec les énergies renouvelables, généralement jugées moins compétitives.

 

Alain Chouet: "L’émirat récolte ce qu’il a semé" au Nord-Mali

Envoyé spécial. Alain Chouet, spécialiste reconnu du monde?musulman, était jusqu’en 2002 chef du service de renseignement de sécurité à la DGSE. Il nous renseigne sur le rôle du Qatar au Mali.


Y a-t-il selon vous des preuves convaincantes d’un soutien?du Qatar aux groupes islamistes qui sévissent au nord du Mali??

Alain Chouet. Il n’y a pas de preuve d’un soutien militaire opérationnel. De toute façon le Qatar n’en a pas les moyens ni les capacités?: il n’a pas l’armée et les cadres pour mener ce genre d’action. En revanche, l’émirat a apporté un soutien politique, religieux et très certainement financier aux groupes islamistes du Mali. J’ajoute qu’à travers cette mise en accusation, le Qatar récolte aussi ce qu’il a semé en soutenant des groupes armés en Libye ou en Syrie.

La couverture humanitaire pour financer des groupes islamiques spécialisés dans l’action violente ne serait pas vraiment un phénomène nouveau…

Alain Chouet. Oui, mais, en général, ça ne passe pas par le Croissant-Rouge. Historiquement, les canaux se situent surtout au niveau d’organisations saoudiennes comme la Ligue islamique mondiale, le Secours islamique ou l’Organisation mondiale de la jeunesse islamique. En même temps, il n’y a pas longtemps que le Qatar intervient dans ce genre d’action humanitaire. Peut-être qu’ils sont encore en phase d’apprentissage.

Comment analysez-vous les déclarations du premier ministre qatari, qui explique qu’il n’y a pas de solution militaire au problème du nord du Mali, et qui a appelé, comme le prêcheur Yusuf Al Qaradawi, à des négociations?avec les groupes islamistes??

Alain Chouet. Ce n’est certainement pas pour plaire à leur opinion publique, puisque les Qataris se foutent éperdument des Maliens. Pour la plupart d’entre eux, les Noirs sont juste des esclaves. Leur souci, c’est de savoir qui contrôle l’islam?: l’Iran, les Saoudiens, ou eux. En réalité, ils savent très bien que, si l’opération militaire se poursuit, les islamistes vont être écrasés. On est ni en Afghanistan, ni au Vietnam, ni en Irak. Le terrain leur est défavorable en raison de la situation géographique du Sahel, où ils sont à la merci des drones et des satellites d’observation, dans une région où la population ne leur est absolument pas favorable.

L’Algérie se sent-elle menacée?par l’activisme du Qatar dans son environnement immédiat,?que ce soit au Mali, au Maroc,?en Libye et en Tunisie??

Alain Chouet. Je ne pense pas. Le problème des Algériens, c’est qu’ils sont tétanisés par leurs problèmes intérieurs. Ils n’ont pratiquement plus de diplomatie au niveau du Sahel. La prise d’otages d’In Amenas doit être comprise dans le cadre d’une lutte d’influence au sein d’éléments issus d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), et n’a pas grand-chose à voir avec l’intervention française au Mali.


Retrouvez dans l'Humanité de ce lundi notre enquête : Djihadisme, le jeu trouble du Qatar

Entretien réalisé par M. d. M.

 

Une tête de veau pour contrer les nostalgiques monarchistes (Vidéo)

Face aux nostalgiques de l'ancien régime très actifs cette semaine, des républicains fervents ont organisé des rassemblements autour d'une tête de veau. Comme ici à Orléans, ce samedi. Reportage vidéo...

Vidéo l'Humanité.fr: tête de veau à Orléans

Chaque année, aux alentours du 21 janvier, date anniversaire de la décapitation de Louis XVI (1793), des républicains se rassemblent autour d'une tête de veau pour célébrer dignement l’abolition de la monarchie de droit divin. A Villeneuve-le-Roi, Nantes, Arles, Paris ou, comme ici depuis plus de dix ans, à Orléans. Comme l’explique Rémi Pernette, l’un des initiateurs du rendez-vous qui a réuni une trentaine de convives ce samedi soir dans un restaurant de la ville, au-delà du seul aspect festif, ce banquet permet d’amorcer une réflexion autour des luttes passées et présentes.

Boutin, Ménard...

Ces rassemblements ont pris cette année une tonalité particulière, alors que les nostalgiques de l'ancien régime ont mené campagne sur les réseaux sociaux et ailleurs. Pour preuve cette longue liste de messes dites "Louis XVI" célébrées toute cette semaine.

Christine Boutin y est, elle, allée de son petit twitte d'hommage à Louis XVI. La député qui pourfend le mariage pour tous a ajouté à son message un lien vers Boulevard Voltaire, qui a publié le testament de Louis XVI. Ce site a été fondé par le chroniqueur très droitier Robert Ménard, éconduit de I-Télé il y a six mois, avec les encouragements de Gilbert Collard, député FN.

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Boutin, cinquante nuance de gris

Civitas, des intégristes qui ratissent large

Vidéo Joseph Korda

 

Yann Le Pollotec : "Un Fab-Lab est un vecteur de réindustrialisation par le bas"

NDLR: Merci Yann et la municipalité de Blanc-Mesnil!

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Yann Le Pollotec

Yann Le Pollotec est conseiller municipal PCF du Blanc Mesnil. Il prépare l’établissement d’un Fab-Lab dans sa ville, comme outil de créativité, de développement local, de résistance à l’aliénation et de mixité sociale. Bref, comme un lieu de politisation au sens noble du terme. Entretien.

Pourriez-vous nous expliquer ce qu’est un Fab-Lab

Yann Le Pollotec : A l’origine, c’est une usinette de quartier dont le principe est de donner à tous, gratuitement, l’accès à des machines-outils et de conception. Le principe est de faire soi-même (Do it Yourself – DiY). Le tout dans une démarche ouverte, de réseaux coopératifs, où l’éducation se fait par les paires. Tout ce qui fait le savoir-faire est partagé. On est vraiment dans de la valeur d’usage, plutôt que de la valeur d’échange.
On applique à du matériel, la manière de produire les choses du logiciel libre. On crée, plutôt que consommer. Les produits créés sont en circuits courts, sans obsolescence programmée, et tout est recyclable. Enfin il n’y a pas de production de masse, pas d’uniformisation. Ca c’est un peu  la « charte » des Fab-Labs. Aujourd’hui, ces endroits sont aussi des vecteurs de ré-industrialisation par le bas. De bons moyens de renouer avec une culture de la production et de la technique ; c’est une réappropriation des savoir-faire, donc un facteur d’émancipation.

Plus concrètement, que va apporter un Fab-Lab au Blanc-Mesnil ?

Déjà, cela nous permettra de créer du lien social, de la démocratie locale. On veut aussi créer une mixité générationnelle pour permettre la transmission du savoir. Le Blanc-Mesnil a des atouts : une jeunesse nombreuse et une forte culture et histoire ouvrière. Le Fab-Lab sera le lieu de rassemblement où se fera la transmission de la maitrise technique et de la production. Et puis pouvoir fabriquer des choses gratuitement peut répondre à un besoin social, surtout en cette période de crise.
Le Fab-Lab devrait être aussi un facteur de développement local, en associant notamment les petites entreprises de la ville et la future résidence universitaire. La coopération et l’appropriation sociale de la technologie pourra profiter à notre réseau de PME.
Enfin on croit qu’un Fab-Lab au Blanc-Mesnil pourra aussi bénéficier à la ville de Debré Berhan, en, Ethiopie, avec qui on est jumelé. Pour comprendre l’intérêt, je donne toujours l’exemple d’un Fab-Lab à Amsterdam qui a développé et créé des prothèses de jambes à base de bambou d’un coût de production de 10 dollars, alors qu’une prothèse occidentale se vend 40 000 dollars.

Certains vont jusqu’à avancer que les Fab-Labs et le Do it Yourself représentent une nouvelle révolution industrielle. Comment voyez-vous ce phénomène ?

C’est un prolongement de la révolution informationnelle, du numérique, dans le matériel. Cela répond à un besoin de ne pas être aliéné par la technologie et la technique, mais au contraire d’être dans sa maîtrise. C’est aussi une lutte contre l’uniformisation du consumérisme et des marques. Plus profondément c’est aussi une lutte contre la concentration du capital. A tel point que la propriété privée et intellectuelle devient contreproductive, le réseau libre et coopératif est bien plus créatif, innovant. Alors ce n’est pas avec un Fab-Lab qu’on va faire la révolution, mais cela permet de montrer à nouveau que l’idée de Marx d’un revenu universel déconnecté du travail et de fait, la fin du salariat, reste vraiment pertinente.  

Propos recueillis par Pierric Marissal

 

LGV: Pépy met les pieds dans les factures

Par J-P. Damaggio

Cet article de Sud-Ouest est à lire impérativement. Il confirme ce que nous disons depuis longtemps et nous savons que cette explosion du prix de Tours Bordeaux pourtant négocié pendant QUATRE ANS est totalement réelle.

L’info a été distillée par Pépy dans le cadre d’un bras de fer au sommet de l’Etat entre ceux qui veulent foncer « car ça doit passer » et ceux qui tirent la sonnette d’alarme. Depuis le début, Sud-Ouest joue son rôle, car il sait d’une part que le thème fait vendre et que d’autre part la réalisation concrète de Tours-Bordeaux met tout le monde sur les dents.

Il y a 3 milliards de plus à payer mais ne vous inquiétez pas, ils vont tomber du ciel ! Je remarque d’ailleurs que pour ceux qui ne paient pas, on cite toujours le Gers (qui avait décidé de payer à l’unanimité sauf 1 et qui huit mois après a décidé de ne plus payer) alors que tous les autres départements de Midi-Pyrénées ont refusé d’entrée, sauf le 31, où Izard se pose des questions. Bref, vous pouvez encadrer chez vous cet article qui dit bien la situation.

P.S. Ceux qui iront sur le site auront droit en plus aux commentaires juteux.

P.S. Ceux qui iront sur le site auront droit en plus aux commentaires juteux.

http://www.sudouest.fr/2013/01/16/turbulences-financieres-sur-tours-bordeaux-935598-757.php

LGV : turbulences financières sur Tours-Bordeaux

Le coût du chantier dépasserait le budget. L'impact serait nul pour les collectivités, qui veulent renégocier à la baisse leur contribution.

Estimé à 7 milliards d'euros en juin 2011, le coût de la LGV Tours-Bordeaux pourrait atteindre 10 milliards.

Vendredi 14 décembre, dans les salons d'honneur de la Chambre de commerce et d'industrie de Bordeaux, Guillaume Pepy fait son travail. Le PDG de la SNCF plaide devant une poignée d'élus girondins pour la modernisation du réseau, fait un point sur le rapprochement entre la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) et évoque le risque pour les prix des billets Paris-Bordeaux à grande vitesse qu'entraînerait une augmentation des péages.

2013 : année critique

Une rencontre classique pour ce PDG aguerri, toujours aussi à l'aise au contact des élus qu'efficace dans les cabinets ministériels. Mais, en aparté, Guillaume Pepy est plus alarmiste. Il indique à quelques-uns de ses voisins de table que le coût d'objectif de la construction du tronçon de la LGV Tours-Bordeaux, estimé à 7 milliards, le 16 juin 2011, lors de la signature du contrat de concession entre RFF et Vinci, serait à la hausse, au point d'atteindre 10 milliards d'euros en 2017.

Info ou intox ? Il faut savoir que ce grand chantier est soumis à une actualisation indiciaire de l'ordre de 3,2 % par an. Celle-ci est contractuelle. Et s'applique à tous les financiers publics du projet. Avec ce surdoué du lobbying, l'information est toutefois à prendre avec précaution. Car, si elle se confirmait, le trouble serait général sur cette première concession ferroviaire de grande ampleur. Et la bataille fait rage à Paris entre les projets de lignes nouvelles, aujourd'hui soumis à l'arbitrage de la commission Mobilité 21, qui doit proposer en avril des priorités au gouvernement.

La SNCF a aussi intérêt à ce que les crédits publics limités qui seront investis dans le ferroviaire, ces prochaines années, n'oublient pas la modernisation des lignes existantes. Guillaume Pepy martèle ce message depuis des mois. Il sait qu'il fera mouche en Gironde, car c'est en cette année 2013 que l'appel de fonds auprès des collectivités locales qui cofinancent la ligne Tours-Bordeaux est le plus fort. Et il sait aussi que, devant l'énormité des budgets (12 milliards d'euros), les élus aquitains doutent de leur capacité à payer pour des prolongements ultérieurs vers Toulouse ou Hendaye. Le front des soutiens se lézarde.

La clé du péage

Impossible d'obtenir confirmation auprès des filiales de Vinci à Poitiers, plus promptes à communiquer au sujet de l'impact du chantier sur l'économie locale. « Le surcoût du chantier n'est pas un sujet », indique tout de même le patron de Cosea, après huit jours de silence. Même son de cloche à RFF. Tout juste admet-on à la direction de la communication de Lisea, la société concessionnaire, « que les exigences environnementales plus fortes qu'estimé initialement auront un impact financier non établi à ce jour ».

Pourtant, selon plusieurs autres sources, Lisea mènerait à Paris un lobbying appuyé pour obtenir une plus grande fréquence de trains sur la future ligne nouvelle Paris-Bordeaux. Car la clé du contrat de concession est le péage, qui est bloqué tel un verrou. La grille tarifaire est compliquée comme un manuel de sécurité ferroviaire, mais on peut estimer que le tarif qui sera payé par la SNCF à RFF jusqu'à Tours, puis entre Tours et Bordeaux à Vinci pendant cinquante ans, est de l'ordre de 20 euros du kilomètre par train. Ce qui rend la concession très rentable, de l'ordre de 15 % au final pour le concessionnaire. Pourquoi Vinci demanderait-il déjà, à peine quelques mois après le début des travaux, une augmentation des cadences ? Il est important de dire que, quelle que soit la dérive financière du projet, « elle n'aurait pas d'impact sur les contributions des élus », indique-t-on chez RFF, à Paris. Les élus et les finances locales sont protégés. Jusqu'à quand ?

 

Mali: les militaires maliens et français entrent dans Diabali

Un légionnaire français engagé au Mali photographié par l'AFP avec un masque de mort non-réglementaire provenant du jeu Call of duty

Bamako (Mali), envoyé spécial. Annoncée comme « reprise » le 18 janvier, cette localité n’est passée sous contrôle des soldats français et maliens que trois jours plus tard. Informer sur la situation dans le nord du pays demeure extrêmement difficile. 

«Diabali est libérée, les islamistes sont partis, les militaires français et maliens sont entrés dans la ville?!?» déclaraient une élue de cette ville (située à 400?km au nord-ouest de?Bamako) ainsi qu’une «?source sécuritaire régionale?» à l’Agence France Presse, le 18?janvier dernier. Ce n’est en réalité que trois jours plus tard qu’une colonne de véhicules blindés est entrée dans la localité, annoncée comme «?conquise?» par les islamistes le 14?janvier dernier. Un communiqué signé par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, publié hier matin, ajoutait à la reprise de Diabali, la prise de contrôle de Douentza (au nord-est, sur la route de Gao) «?par les forces armées du Mali?», avec le soutien des forces françaises «?basées à Niono et à Mopti-Sévaré?».

Déficit de renseignement

Donner des informations fiables dans un pays en guerre relève toujours de la gageure, et le conflit malien n’échappe pas à la règle. Les élus locaux qui communiquent avec les journalistes ne sont pas toujours sur place, l’armée malienne souffre d’une désorganisation manifeste et d’un déficit de renseignement chronique qui se sont aggravés depuis le coup d’État du capitaine Sanogo. Les témoignages recueillis par téléphone, en dépit des confirmations des autorités, doivent également être appréciés au conditionnel, comme l’illustrent les affrontements signalés samedi 19?janvier à Gao.

Dans cette ville coupée du monde, administrée par les islamistes du Mujao, l’assassinat d’Abdoul Kader Touré, journaliste d’une radio locale (battu à mort ou tué par balles, au gré des versions), avait été confirmé par un adjoint au maire de Gao, le directeur d’une autre station privée, ainsi que par le gouvernement malien. Avant que celui-ci ne fasse machine arrière quelques heures plus tard, qualifiant les informations qu’il avait lui-même communiquées «?d’erronées?». L’Humanité avait, par exemple, recueilli le témoignage d’un chauffeur de car faisant la navette avec la frontière nigérienne, et assurant avoir assisté à l’exécution de Kader Touré à la gare routière de Gao…

Enlisement

Plusieurs facteurs permettent sans doute d’expliquer la confusion régnant autour de la progression des troupes françaises et maliennes, de même que les informations contradictoires en provenance du nord du pays, où très peu de journalistes ont pour l’instant réussi à pénétrer. L’état-major de l’opération Serval manifeste une volonté évidente à présenter son allié malien comme un acteur important voire décisif des opérations, ce qui est certainement exagéré. La reconquête du Nord sera longue, l’arrivée de troupes significatives de la Cedeao n’est pas pour demain (seuls, par exemple, 60 soldats du contingent sénégalais sont arrivés sur place), il est donc tentant de scénariser les conquêtes de l’armée et retarder ainsi les inévitables polémiques sur l’enlisement français.

Quant aux possibles manipulations autour des exactions commises par les islamistes, elles ne peuvent qu’accroître la haine qu’ils suscitent déjà au sein de la population.

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La France fait face à une fraude fiscale massive

Finances Documents à télécharger : Rapport du syndicat national Solidaires Finances Publiques Evasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal -

Entre 60 et 80 milliards d'euros,  c'est le montant de la fraude fiscale en France tel que le chiffre le syndicat Solidaires-Finances publiques dans un rapport rendu public ce mardi.

Dans un précédent rapport remontant à 2007, le syndicat chiffrait le montant dans une fourchette de 42 à 51 milliards d'euros. "La fraude a toujours un temps d'avance", explique à l'AFP Vincent Drezet, le secrétaire général de l'ex-Snui. "Par extrapolation des résultats du contrôle fiscal et consolidation des travaux existants, il est aujourd'hui possible d'estimer que le montant des pertes fiscales découlant des différentes formes d'évitements illégaux de l'impôt est compris entre 60 et 80 milliards d'euros", assure-t-il désormais.

Ce que représente cette fraude:

  • Ce montant représente entre 16,7 et 22,3% des recettes fiscales brutes de l'Etat, voire plus "si l'on pouvait analyser la réalité des manipulations de prix de transfert et des diverses transactions pratiquées au sein des grands groupes", explique Vincent Drezet.
  • Il représente le double des économies budgétaire inscrites dans la loi de Finances 2013. Dit autrement, si les 60 à 80 milliards d'euros étaient vraiment versés dans les caisses de l'Etat, la logique austéritaire pronée par le gouvernement en prendrait un sacré coup.

Les lieux de fraude:

Pour Vincent Drezet, l'étude démontre que la France dispose "d'un contrôle fiscal qui est bien armé et bien positionné pour certains types de fraude, mais qui l'est moins pour d'autres en dépit de certains aménagements juridiques". C'est le cas pour:

  • le commerce électronique. D'où la volonté du gouvernement français de se pencher sur la question de la fiscalité numérique. "Dans le commerce électronique, il est très difficile d'évaluer la fraude et ce qu'elle représente, car il y a des montages particulièrement complexes", reconnaît Vincent Drezet.
  • la TVA. S'appuyant sur des chiffres de la Cour des comptes, le rapport juge également la fraude à la TVA "particulièrement importante" et la situe dans une fourchette de 10 à 11 milliards par an.
  • évasion fiscale. Quant aux Français qui vont s'installer à l'étranger pour éviter les impôts, Vincent Drezet souligne que la tâche de Bercy est de repérer ceux qui n'ont pas vraiment quitté le territoire français. "Il y a des fausses expatriations. Nous identifions chaque année entre 150 et 200 personnes qui se déclarent à l'étranger, mais qui continuent à vivre en France. Ce qui veut dire que la fraude est plus importante, parce qu'on ne la détecte pas toute", affirme le délégué syndical.

600 milliards à l'étranger. Au sujet des avoirs français à l'étrangers, le rapport note: "Les avoirs placés en Suisse par les résidents français avoisineraient les 90 milliards d'euros. Plus largement, les avoirs non déclarés des résidents fiscaux français atteindraient selon les estimations 274 à 600 milliards d’euros, une base fiscale colossale qui ne concerne de surcroît que les personnes physiques.

Les faibles moyens anti-fraude:

Pour faire face au problème de l'évasion, M. Drezet souligne "un problème d'accès à l'information et de moyens humains. C'est vrai que, de ce point de vue-là, ça reste insuffisant", dit-il. "A l'évidence, le contrôle a besoin d'agents", signale le rapport, qui affirme que la Direction générale des finances publiques (DGFiP) "aura perdu 18% de ses effectifs entre 2002 et fin 2013, soit 26.000 emplois".

Par ailleurs, le syndicat recommande de "mener au plan national et européen, un plan d'action beaucoup plus vaste". En 2011, le contrôle fiscal a permis à l'Etat de redresser 13,48 milliards d'euros de droits nets, auxquels se sont ajoutés 2,92 milliards d'euros de pénalités, souligne le rapport.

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S.G.

Documents à télécharger: 

Rapport du syndicat national Solidaires Finances Publiques Evasions et fraudes fiscales, contrôle fiscal

 

Europe: la taxe sur les transactions financières attendue en 2014

L'Allemagne, la France et neuf autres pays de la zone euro ont obtenu ce mardi le feu vert de l'Union européenne à la mise en œuvre d'une taxe sur les transactions financières. Problème: on ne sait toujours pas à quoi va servir l'argent récolté.

La majorité des ministres des Finances de l'Union européenne ont donné leur accord lors de leur réunion mensuelle à Bruxelles. Les 11 pays concernés (Allemagne, France, Italie, Espagne, Autriche, Portugal, Belgique, Estonie, Grèce, Slovaquie et Slovénie) peuvent désormais lancer le projet sans la participation des 16 autres, comme le prévoient les règles de fonctionnement de l'UE.

Un frein à la spéculation...

"Il s'agit d'une étape majeure dans l'histoire de la fiscalité", a déclaré le commissaire européen en charge de la Fiscalité, Algirdas Semeta, à l'issue du vote. Les promoteurs du projet, parmi lesquels le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, estiment que le dispositif peut freiner les activités hautement spéculatives telles que le "trading à haute fréquence", qui consiste à réaliser en un temps très court des quantités massives de transactions pour profiter des moindres variations de cours.

... incomplet

Attac soulignait cependant, dès l'annonce de cette taxe européenne, que "l’ampleur de la proposition est malheureusement limitée par l’exclusion de la taxation des transactions sur le marché des changes (entre l'euro et d'autres devises ) car ce marché pèse 4.000 milliards de dollars par jour, soit près de la moitié des transactions financières dans le monde.

Où doit aller l'argent?

La taxe pourrait entrer en vigueur dès janvier 2014 si le dossier progresse rapidement, a-t-il ajouté. Pour cela, il faudra que cette taxe franchisse trois écueils:

  1. Celui de la Commission européenne. Le dossier va maintenant passer entre ses mains de la Commission européenne afin que celle-ci précise le projet. Une fois ses propositions définitives présentées, quelques mois pourraient suffire avant l'application de la taxe si tous les pays concernés sont d'accord.
  2. L'exécutif communautaire pourrait proposer de taxer les transactions sur actions et obligations à hauteur de 0,1% et celles sur les produits dérivés financiers à 0,01%.
  3. Reste à savoir ensuite où le produit de cette taxe ira. Certains pays s'attendent déjà à ce que la taxe génère des recettes supplémentaires dès l'an prochain, recettes qui pourraient atteindre 35 milliards d'euros selon un responsable de l'Union. Ces recettes seront-elles destinées à financer des projets en faveur de la solidarité et des services publics européens ou resteront-elles prisonnières des critères dominants? L’enjeu n’est pas mince car le caractère redistributif de la taxe pourrait être annulé, voire totalement retourné si l’on se réfère aux principes de gestion de commissaires qui n’y voient déjà qu’une aubaine pour se doter d’outils supplémentaires de... coercition et de surveillance de la bonne application des politiques austéritaires.

Trop peu, trop tard, disait Attac dès 2011.

"Cette taxe – et seulement en 2014 – c'est trop peu, trop tard, expliquait l'organisation dans un communiqué. Trop peu car le désarmement des marchés financiers, nous l'avons toujours dit, ne peut se limiter à une taxe: il faut aussi des réglementations énergiques (démantèlement des banques "trop grosses pour faire faillite", contrôle de flux des capitaux, interdictions des transactions de gré à gré, stricte limitation des marchés de produits dérivés, surtout sur les marchés de produits alimentaires...). Trop tard, car la crise financière provoquée par trente années de laxisme prend aujourd'hui des dimensions dramatiques. Des solutions radicales deviennent désormais incontournables, comme la socialisation du secteur bancaire et sa mise sous contrôle de la société; l'audit des dettes publiques et la répudiation de leur part illégitime; la réforme de la Banque centrale européenne pour qu'elle puisse financer directement les États... Nous avions raison sur la taxe Tobin; souhaitons qu'il ne faille pas encore dix ans et une crise cataclysmique pour que nos propositions actuelles soient elles aussi prises au sérieux.

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S.G.

 

Europe: la taxe sur les transactions financières attendue en 2014

L'Allemagne, la France et neuf autres pays de la zone euro ont obtenu ce mardi le feu vert de l'Union européenne à la mise en œuvre d'une taxe sur les transactions financières. Problème: on ne sait toujours pas à quoi va servir l'argent récolté.

La majorité des ministres des Finances de l'Union européenne ont donné leur accord lors de leur réunion mensuelle à Bruxelles. Les 11 pays concernés (Allemagne, France, Italie, Espagne, Autriche, Portugal, Belgique, Estonie, Grèce, Slovaquie et Slovénie) peuvent désormais lancer le projet sans la participation des 16 autres, comme le prévoient les règles de fonctionnement de l'UE.

Un frein à la spéculation...

"Il s'agit d'une étape majeure dans l'histoire de la fiscalité", a déclaré le commissaire européen en charge de la Fiscalité, Algirdas Semeta, à l'issue du vote. Les promoteurs du projet, parmi lesquels le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, estiment que le dispositif peut freiner les activités hautement spéculatives telles que le "trading à haute fréquence", qui consiste à réaliser en un temps très court des quantités massives de transactions pour profiter des moindres variations de cours.

... incomplet

Attac soulignait cependant, dès l'annonce de cette taxe européenne, que "l’ampleur de la proposition est malheureusement limitée par l’exclusion de la taxation des transactions sur le marché des changes (entre l'euro et d'autres devises ) car ce marché pèse 4.000 milliards de dollars par jour, soit près de la moitié des transactions financières dans le monde.

Où doit aller l'argent?

La taxe pourrait entrer en vigueur dès janvier 2014 si le dossier progresse rapidement, a-t-il ajouté. Pour cela, il faudra que cette taxe franchisse trois écueils:

  1. Celui de la Commission européenne. Le dossier va maintenant passer entre ses mains de la Commission européenne afin que celle-ci précise le projet. Une fois ses propositions définitives présentées, quelques mois pourraient suffire avant l'application de la taxe si tous les pays concernés sont d'accord.
  2. L'exécutif communautaire pourrait proposer de taxer les transactions sur actions et obligations à hauteur de 0,1% et celles sur les produits dérivés financiers à 0,01%.
  3. Reste à savoir ensuite où le produit de cette taxe ira. Certains pays s'attendent déjà à ce que la taxe génère des recettes supplémentaires dès l'an prochain, recettes qui pourraient atteindre 35 milliards d'euros selon un responsable de l'Union. Ces recettes seront-elles destinées à financer des projets en faveur de la solidarité et des services publics européens ou resteront-elles prisonnières des critères dominants? L’enjeu n’est pas mince car le caractère redistributif de la taxe pourrait être annulé, voire totalement retourné si l’on se réfère aux principes de gestion de commissaires qui n’y voient déjà qu’une aubaine pour se doter d’outils supplémentaires de... coercition et de surveillance de la bonne application des politiques austéritaires.

Trop peu, trop tard, disait Attac dès 2011.

"Cette taxe – et seulement en 2014 – c'est trop peu, trop tard, expliquait l'organisation dans un communiqué. Trop peu car le désarmement des marchés financiers, nous l'avons toujours dit, ne peut se limiter à une taxe: il faut aussi des réglementations énergiques (démantèlement des banques "trop grosses pour faire faillite", contrôle de flux des capitaux, interdictions des transactions de gré à gré, stricte limitation des marchés de produits dérivés, surtout sur les marchés de produits alimentaires...). Trop tard, car la crise financière provoquée par trente années de laxisme prend aujourd'hui des dimensions dramatiques. Des solutions radicales deviennent désormais incontournables, comme la socialisation du secteur bancaire et sa mise sous contrôle de la société; l'audit des dettes publiques et la répudiation de leur part illégitime; la réforme de la Banque centrale européenne pour qu'elle puisse financer directement les États... Nous avions raison sur la taxe Tobin; souhaitons qu'il ne faille pas encore dix ans et une crise cataclysmique pour que nos propositions actuelles soient elles aussi prises au sérieux.

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S.G.

 

L’insupportable hold-up sur la relation franco-allemande

A l'heure où les gouvernements et parlementaires des deux pays sont réunis à Berlin pour fêter le cinquantième anniversaire du Traité de l'Elysée, le constat est sévère: le rapport privilégié entre Paris et Berlin se construit d’en haut et laisse au mieux les citoyens des deux pays conviés au rôle de spectateurs.

Paris-Berlin

Il y va de la relation franco-allemande comme de la construction européenne. L’une comme l’autre correspondaient à des défis incontournables. Après les combats contre le nazisme, l’heure était à la coopération et surtout pas au retour de ces dangereux replis nationaux qui ont ensanglanté le XXe?siècle. Cet enjeu-là demeure plus que jamais dans le contexte mondialisé du début de ce XXIe. Le problème c’est le trop fameux déficit démocratique. Au plan européen comme dans la relation franco-allemande, les peuples sont au mieux conviés en spectateurs, l’approfondissement de la relation s’est élaboré exclusivement au plan institutionnel, confisquant aux citoyens l’accès à un réel pilotage.

Moins envie de se parler

Interrogé sur la santé du «?couple franco-allemand?», le premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, professeur d’allemand comme on le sait, regrettait lui-même «?le recul très net de l’enseignement de la langue de l’autre?» dans chacun des deux pays. Il y a forcément un malaise au sein d’un couple qui a moins envie de se parler, de se comprendre. Même les structures les plus remarquables mises en place au fil des ans, comme dans l’aéronautique (Ariane ou Airbus), l’audiovisuel (Arte) ou l’éducation (échanges franco-allemands pour la jeunesse), sont de plus en plus lourdement affectées par ce terrible défaut de naissance.

Dans le schéma qui s’est imposé pour la construction européenne conjuguant libéralisme et compromis entre puissances, Berlin et le capital allemand dominent. Et Paris choisit de les seconder. Il entend ainsi faire appliquer à la lettre, le traité Merkozy auquel François Hollande s’est finalement rallié, en dépit des engagements pris devant les électeurs français. Cette soumission récurrente de Paris est fondée sur l’espoir que l’alignement sur les normes du plus fort, celles des marchés financiers, vaudrait aux groupes de l’Hexagone d’en récupérer quelques dividendes.

Noces d'or sur fond d'austérité

Le contraste saisissant entre les pompes des noces d’or du couple institutionnel et ce qu’endurent aujourd’hui les peuples français et allemand appelle d’en finir avec ce hold-up sur la relation franco-allemande. D’autant que le besoin d’alternative n’a probablement jamais été aussi fort alors que le modèle, rattrapé par la crise, se révèle comme un poison pour l’Allemagne et l’Europe (voir ci-contre).

En Allemagne, la confédération des syndicats (DGB) vient de lancer un appel en faveur d’un plan Marshall pour l’Europe (voir notre édition du 9?janvier) qui prend le contre-pied des politiques restrictives imposées par la chancelière. Et preuve que les dirigeants de Die Linke ne sont pas si isolés quand ils dénoncent l’impasse du schröderisme, un débat surgit en ce moment même sur «?l’impérieuse nécessité?» d’augmenter très sensiblement les salaires. Des syndicalistes mais aussi, chose nouvelle, des économistes font valoir le besoin de prendre congé de la «?modération salariale?». Ils considèrent même cela comme un «?antidote clé à la crise?». Pour remédier à une injustice sociale «?exacerbée?» mais aussi, précisent-ils, pour «?sauver l’Europe?» confrontée à des déséquilibres qui ne cessent de se creuser et deviennent «?intenables?». Tous ceux qui résistent à l’austérité, à la précarité, aux contre-réformes sociales et des marchés du travail de part et d’autre du Rhin peuvent ainsi se retrouver. Ce sont eux les acteurs de la relation franco-allemande, la vraie?: européenne et solidaire.

 

Le Front de gauche et Die Linke pour une voie au couple franco-allemand

En parallèle aux célébrations officielles du 50ème anniversaire du Traité de l'Elysée scellant la réconciliation franco-allemande, Die Linke et le Front de gauche s'associent ce mardi pour faire entendre une autre conception de l'Europe qui rompt avec l'austérité. Thomas Nord, député allemand Die Linke, fait le point pour l'Humanité.fr.

Quel est le sens de cette célébration des 50 ans du Traité de l’Elysée pour Die Linke?

Thomas Nord. Cet anniversaire sera célébré dans un cadre institutionnel, notamment entre les assemblées – Assemblée nationale et Bundestag. La Gauche en Allemagne et celle en France souhaitent aussi participer à ce 50ème anniversaire. Cependant, nous ne voulons pas nous limiter à une célébration historique. Il y a ce mardi, particulièrement avec la crise de l’euro, un certain nombre de problèmes qui inquiètent Die Linke et le Front de Gauche. C’est pourquoi, pour nous, il s’agit avant tout de mettre en place une stratégie pour organiser les coopérations entre la Gauche en France et en Allemagne. Car en réalité, de notre capacité à nous entendre, dépendra la capacité de la Gauche à agir en faveur de ceux qui sont touchés socialement, dans cette crise de l’euro, non seulement en France et en Allemagne mais aussi dans le reste de l’Europe.

Mais la gauche en Allemagne a connu des reculs électoraux. En France, le Front de gauche a 15 députés à l’Assemblée. N’est-ce pas difficile pour ces deux « petits » partis de changer quelque chose dans la politique des pays?

T.N. Tout d’abord, même les grandes choses ont commencé petites! En ce sens, le poids n’est pas forcément la bonne valeur. Elle est plutôt l’influence que nous pouvons avoir dans la confrontation politique. Et si nous nous emparons des thèmes importants, alors, nous pouvons aussi grandir en tant que force politique à la fois en dehors des enceintes parlementaires et dans celles-ci. Nos collaborations peuvent, je crois, renforcer notre poids. En outre, nous ne devons pas chercher des solutions uniquement nationales mais européennes. Et si nous arrivons à établir des déclarations communes, il est aussi fort possible que des forces d’autres pays nous rejoignent.

Vous avez mis justement en place différentes initiatives communes comme la participation réciproque aux différentes campagnes nationales. Mais le franco-allemand n’est-il pas dépassé quand nous vivons dans une Europe qui compte 27 Etats-membres ?

T.N. Nous ne voulons penser ni uniquement français ou allemand, ni franco-allemand, mais bien européen. Les impacts de la politique d’austérité menée par les gouvernements français et allemand ne se font pas sentir seulement sur la France ou sur l’Allemagne mais sur la plupart des pays européens ; nous voulons donc partager nos expériences. Nous sur les lois Hartz, les français sur le rapport Gallois. Et nous voulons voir ensemble comment résister à ces attaques, élaborer des propositions et ainsi, nous voulons mettre en place des expériences qui peuvent devenir des exemples pour d’autres pays.

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Entretien réalisé par Fabien Perrier

 

Le Reborn navigue dans des eaux bien troubles

Cactus. Chronique de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon. Pour son Noël 2012, Bernard Tapie s’est offert la?Provence, quotidien du midi. Tel le Phénix qui renaît de ses cendres, le nouveau patron de presse reprend pied à Marseille, dans l’objectif supposé d’une candidature, en 2014, au poste de maire de la deuxième ville de France. Il y fut le roi du football, il pourrait bien être prince de la Canebière.

C’est donc tout naturellement que Bernard Tapie a demandé à la municipalité de Marseille une place dans le Vieux-Port pour y amarrer son yacht. Celui-ci, délicieusement rebaptisé Reborn, c’est-à-dire renaissance en anglais, mesure 70 mètres de long et occupe le 97e rang du palmarès mondial des yachts de luxe. C’est certainement pour gagner quelques places dans ce classement que Bernard Tapie l’a fait rallonger de 5 mètres. Acheté 60?millions d’euros, en 2010, ce palace des mers a été entièrement rénové avec une piste d’hélicoptère, une piscine à contre-courant, un jardin tropical et huit cabines. Il peut être loué, avec ses 25 membres d’équipage, 600?000?euros la semaine. Il peut accueillir 12 hôtes.

Bernard Tapie a pu acquérir ce magnifique bateau grâce à la générosité involontaire des contribuables. 220?millions d’euros (nets d’impôt) lui ont été offerts par un tribunal arbitral, donc hors du cadre juridique stricto sensu, en 2008. Ce joli chèque lui a été remis en dédommagement des pertes subies en février?1993 à l’occasion de la vente de l’entreprise Adidas par le Crédit lyonnais. Un pactole qui a contribué à ce renouveau du personnage pour lequel il n’y a pas de petits profits. Le Reborn navigue en effet sous pavillon de complaisance, localisé dans une île particulièrement recherchée pour cet usage, Man, située entre l’Écosse et l’Irlande?: la fiscalité y est au moins aussi douce que le climat.

Le libéralisme économique, qui ne doit connaître ni contraintes, ni frontières, ni lois, fait bon ménage avec le libéralisme psychique qui ne s’embarrasse plus de culpabilité mais affiche le cynisme, la décomplexion vis-à-vis des valeurs morales et de l’argent.

Le reste du magot perçu serait, sous le sigle GBT (Groupe Bernard Tapie), mis à l’abri dans cette société holding abritée en Belgique, où la fiscalité est tout aussi aimable que les taxes maritimes à Man. Bernard Tapie, le «?faiseur de fric?» sous François Mitterrand, qui l’a fait ministre de la Ville, a pu rebondir après un passage à la prison de la Santé, grâce à son engagement auprès de Nicolas Sarkozy. Cela valut quelques menaces à Christine Lagarde, qui était ministre de l’Économie et des Finances lors de la mise en place du tribunal arbitral, qui ne pouvait être constitué sans l’accord de l’administration. La saisine de la Cour de justice de la République par neuf députés socialistes, le 1er?avril 2011, n’a pas empêché l’ex-ministre des Finances d’être nommée, le 30?juin?2011, directrice générale du FMI, en remplacement de Dominique Strauss-Kahn, favori pour la présidentielle de 2012, mais déchu brutalement de toutes ses fonctions et aspirations. Bien que, le 4?août?2011, la commission des requêtes de la Cour de justice de la République se soit prononcée pour une saisine de sa commission d’instruction visant Christine Lagarde, celle-ci continue, comme si de rien n’était, à diriger les finances du monde libéral.

L’avidité d’un système capitaliste et sa vitalité, dans lequel la politique s’est fondue, se soumettant aux exigences de la finance et des affaires mondialisées, sont en harmonie avec la libération des pulsions et des désirs qui contribuent à la constitution d’une véritable anthropologie libérale. Dernier ouvrage paru?: l’Argent sans foi ni loi, conversation avec Régis Meyran, Paris, Textuel, 2012.

Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon


 

Algérie: la prise d'otages se dénoue "dans des conditions dramatiques" + articles sur le Mali

L'armée algérienne a bombardé puis a donné l'assaut ce jeudi au site gazier du centre-est de l'Algérie où un groupe islamiste retient encore de quelques otages. Si plusieurs d’entre eux sont parvenus à s’enfuir l’opération aurait fait des dizaines de victimes. De nombreux pays ont avoué être très inquiets du dénouement de l'opération.

Les chefs d'Etats américain, français, britannique et japonais ont fait part de leur vive inquiétude quant au sort des otages. Pour François Hollande, l'assaut "semble se dénouer dans des conditions dramatiques".  "Les autorités algériennes m'informent régulièrement de la situation, mais je ne dispose pas encore de suffisamment d'éléments pour en faire une évaluation". "Ce qui se passe en Algérie justifie encore davantage la décision que j'ai prise au nom de la France de venir en aide au Mali conformément à la Charte des Nations unies et à la demande du président de ce pays" a-t-il conclu.

Le site a fait objet d'un bombardement de la part d'un avion militaire, avant d'être pris d'assaut par l'armée algérienne. Si l'agence de presse algérienne met en avant la libération par l'armée de 600 otages, des travailleurs algériens, qui étaient présents sur le site, le reste de l'opération s'est vraissemblablement mal passé. La frappe aérienne aurait fait 40 à 50 victimes selon les sources (principalement les agences mauritaniennes Nouakchott information et Alakhbar qui ont eu des preneurs d'otages au téléphone). 25 à 35 morts parmi les otages, occidentaux comme algériens, et 15 dans le camp des assaillants. Le chef du commando, Abou Al-Baraa, aurait été abattu.
Les islamistes avaient essayé "de transporter une partie des otages vers un lieu plus sûr à bord de véhicules" quand l'armée algérienne est intervenue par voie aérienne, "tuant en même temps otages et ravisseurs", sans en préciser le nombre.
Sept otages occidentaux, "trois Belges, deux Américains, un Japonais et un Britannique ont survécu au raid des avions algériens contre leur lieu de détention" et seraient encore aux mains des ravisseurs.

En fin de matinée. Selon la chaîne de télévision algérienne Ennrhar, quinze otages étrangers, dont un couple de Français, auraient réussi à s'échapper. Ils étaient parmi les 41 personnes retenues par les combattants islamistes dans le complexe gazier dans l'est de l'Algérie. Le groupe exige toujours la libération de 100 prisonniers islamistes et l'arrêt des opérations françaises au Mali.

Ce jeudi matin, d’autres otages, un Britannique, un Irlandais et un Japonais se sont relayés sur la chaîne de télévision Al-Jazeera pour réclamer le retrait des militaires algériens qui encerclent le site gazier où ils sont détenus. Les trois hommes, qui se sont exprimés au téléphone et dont aucune image n'a été montrée, ont tour à tour insisté pour que les militaires cessent les tirs contre leur lieu de détention pour préserver leur vie et favoriser la négociation.

Revendications des islamistes

Les ravisseurs réclament la libération de 100 terroristes détenus en Algérie pour relâcher leurs otages. Les ravisseurs expliquent dans un communiqué que l'Algérie a été choisie comme cible car les jihadistes n'acceptent pas "l'humiliation de l'honneur du peuple algérien", avec la décision du président Abdelaziz Bouteflika d'autoriser les avions français en route pour le Mali à traverser l'espace aérien algérien. Les ravisseurs exigent également l’arrêt de l’agression française au Mali. "Nous rendons l'Algérie, et les pays des otages, responsables devant tout retard dans l'accomplissement de nos conditions dont la première est l'arrêt de cette agression contre les nôtres au Mali" expliquent les islamistes dans leur communiqué. Pour eux cette prise d’otage "s'inscrit aussi dans une campagne mondiale de lutte contre les juifs et les croisés."

Le gouvernement algérien de son côté se fait fort de ne jamais négocier avec les terroristes. Le ministre algérien de l'Intérieur, Dahou Ould Kablia, a à nouveau exclu toute négociation avec les ravisseurs. Les forces de l'ordre encerclent le site gazier dans le centre-est de l'Algérie, les islamistes qui se réclament d’Al-Qaïda sont enfermés avec leurs otages depuis mercredi. Les preneurs d’otages menacent de faire sauter le site en cas d’intervention de l’armée.

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Restructurations: pour Michel Sapin, ça se passe mieux chez Renault que chez PSA

Renault Flins

Pour le ministre du Travail Michel Sapin, le plan de restructuration de Renault (8260 emplois supprimés) est mieux gérer que celui de PSA Peugeot-Citroën (11.000 postes en moins) car il évite les licenciements et les fermetures de site.

"Je vois que ça se passe mieux d'un certain point de vue chez Renault que chez PSA puisque chez Renault, on n'annonce pas de licenciement, alors que chez PSA on a annoncé trop de licenciements", a commenté Michel Sapin sur France Info, qui fait ainsi écho aux déclarations de son collègue au Redressement productif, Arnaud Montebourg, mercredi. "On voit la différence entre ceux qui veulent prendre les devants pour éviter une catastrophe sociale et ceux qui n'ont pas suffisamment anticipé et qui doivent traiter des situations sociales extrêmement difficiles."

catastrophe sociale

"Une suppression d'emploi, ce n'est pas un licenciement, c'est un outil industriel", a ajouté M. Sapin. "Il y a des outils industriels qui peuvent être à la baisse, seulement il faut le faire le plus tôt possible et de la manière la plus négociée possible avec les partenaires sociaux pour éviter la catastrophe sociale; il peut y avoir d'autres outils qui sont à la hausse", a poursuivi le ministre

Michel Sapin a ensuite insisté sur la nécessite de négocier dans les entreprises, et critiqué à nouveau la méthode PSA, estimant qu'il faut "anticiper les évolutions, informer les représentants des salariés" et "négocier". Le ministre de l'EMploi se garde bien de préciser la nature des négociations direction-syndicats chez Renault. Des discussions dites "compétitivité-emploi" qui ne sont rien qu'un chantage à l'emploi pour faire baisser les rémunérations et flexibiliser le temps de travail.

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S.G.

 

Démographie: l'Insee balaie les clichés sur la France

Avec désormais 65,8 millions d'habitants, la France a enregistré la croissance démographique la plus faible de ces dix dernières années. C'est l'un des enseignements de l'étude que l'Insee publie ce mardi sur la démographie française. Voilà ce qu'il faut en retenir

  • Les naissances stagnent

Au sein de l'Union européenne, la France conserve la deuxième place de la fécondité, avec 2,01 enfants par femme, derrière l'Irlande, championne avec 2,05 enfants par femme en 2011. Passé ce cocorico souvent ressassé, on s'aperçoit que les naissances ont un peu diminué l'an dernier, un léger recul qui s'explique par la baisse du nombre de femmes en âge de procréer et une stabilité de la fécondité. Par ailleurs, la France n'atteint toutefois pas le seuil de renouvellement des générations, qui est de 2,1, et sa croissance démographique s'explique surtout par son histoire.

Aujourd'hui, "les générations en âge d'avoir des enfants sont relativement nombreuses car leurs parents appartenaient aux classes nombreuses du baby-boom", nées après la guerre, souligne Pascale Breuil, chef de l'unité des études démographiques et sociales de l'Insee. En conséquence, l'âge moyen à l'accouchement a continué d'augmenter pour atteindre 30,1 ans.

  • Les décès en hausse

Mais "le fait majeur de 2012, c'est le nombre de décès important", relève Pascale Breuil. Ils ont même atteint leur niveau le plus élevé depuis 2000, en raison d'une vague de froid exceptionnelle et de plusieurs épidémies (grippe, gastro-entérites...) qui ont frappé la France au cours de l'hiver, explique l'Insee. En plus de leur effet direct sur la mortalité, ces épidémies ont pu entraîner une vulnérabilité des personnes déjà fragiles, souligne l'Institut. Ce haut niveau de décès explique que le "solde naturel", soit la différence entre le nombre de naissances (822.000 en 2012) et le nombre de décès (571.000), soit "parmi les plus bas de la décennie".

  • L'espérance de vie stagne

Ce grand nombre de décès explique qu'en 2012, l'espérance de vie a stagné pour les hommes (78,4 ans) et même diminué de deux mois pour les femmes (84,8 ans). "Comme avec la canicule en 2003, c'est un accident, pas une rupture de tendance", assure toutefois Pascale Breuil. En revanche, le vieillissement des classes nombreuses du baby-boom devrait mécaniquement augmenter le nombre de décès et ralentir la croissance démographique à l'avenir.

Au 1er janvier 2013, la France comptait 17,5% d'habitants âgés d'au moins 65 ans et près d'un habitant sur dix avait au moins 75 ans.

  • Le mariage a le vent en poupe

2012 a aussi marqué le retour en force des mariages, qui après une baisse quasi continue depuis 2000, ont vu leur nombre augmenter l'an dernier. Quelque 241.000 mariages ont été célébrés, soit environ 4.000 de plus qu'en 2011, une hausse "significative" pour cette institution bientôt ouverte aux couples homosexuels.

 

  • Tout petit solde migratoire

Voilà qui contrarie les thèses du Front national. En 2012, le "solde migratoire", c'est-à-dire la différence entre le nombre des personnes entrées et sorties du territoire, est resté relativement faible: +54.000, soit 0,08% de la population française.

  • A consulter:

l'étude de l'Insee

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S.G.

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