A quelques mois du 36ème congrès du PCF (7 au 10
février 2013), le PCF a ouvert ses portes aujourd'hui à ses nouveaux adhérents.
Plusieurs centaines de personnes étaient présentes aux côtés de Pierre Laurent,
secrétaire national du PCF.
Vous trouverez ci-dessous l'intervention de Pierre
Laurent lors de cet échange.

"Chers amis, chers camarades,
J’ai lu dans la presse que nous voulions mettre en
avant nos nouvelles adhérentes et nouveaux adhérents.
C’est vrai. Car vous êtes de plus en plus nombreux et, oui, nous en sommes
fiers. Il existe une nouvelle génération de communistes. Vous êtes cette
nouvelle génération de communistes.
Mais il y a une raison plus profonde à l'évènement qui
nous rassemble aujourd'hui : la naissance et l'affirmation d'un communisme
de nouvelle génération.
***
Oui, un communisme de nouvelle génération. Car le
grand défi de notre temps, le grand enjeu d’avenir est celui du partage.
L’humanité affronte deux grandes dynamiques
contradictoires.
La première est celle d'une révolution
informationnelle qui bouleverse tout, la production, le travail, les rapports
sociaux, les relations humaines, les représentations, les consciences. On la
résume souvent à Internet. C’est une réduction simpliste.
La révolution informationnelle est ce mouvement dont
la tendance majeure est la diffusion et la mise en commun des connaissances,
des compétences, des idées, des créations. Elle met à l'ordre du jour de façon
inédite l'ambition du partage, le partage de tout par toutes et tous.
Toutes nos frontières physiques et intellectuelles en
sont bousculées, redéfinies, redessinées.
C’est une révolution de l’ordre économique, industriel
et scientifique. C’est une révolution également de l’ordre des consciences.
Pour la première fois dans l’histoire de l'humanité,
nous avons la possibilité de hisser notre niveau de coopération et d'échange à
l’échelle de l'espèce tout entière. Mais le défi du siècle est celui de la
maîtrise démocratique, consciente et commune de ce potentiel inédit.
Nous vivons le temps où s’accélère la possibilité d’un
partage à l'échelle de la planète. Ce possible peut aussi être confisqué pour
le pire parce qu'une deuxième dynamique à l'oeuvre l'entrave systématiquement.
C'est la dynamique qui a dominé ces dernières
décennies : la volonté farouche des forces du capital d’emprisonner la
révolution informationnelle et tous les progrès de l'humanité dans la seule
logique du profit immédiat, sa volonté farouche d'asservir son utilisation aux
seules valeurs du marché et de la concurrence.
A mesure que les progrès humains ont accru la
population mondiale et ses besoins sociaux, le capital, déjà entré en crise à
l'aube de cette révolution dans le dernier quart du XXe siècle n'y a vu
qu'« opportunités », que « marchés », que « conquêtes »
et dominations nouvelles pour étendre son hégémonie et accroître ses profits.
Le temps était venu du partage, de la coopération et
du service public. Le capital a choisi une nouvelle guerre économique
mondialisée.
Le capital a choisi le culte de la rentabilité, de la
profitabilité, le culte de l'urgence, le culte du chef, le culte de
l'individualisme, de la compétition à mort et l'apologie du cynisme. Alors que
le monde est pluriel, il le réduit à un uniforme, et les femmes et les hommes à
des automates avec de faibles « temps de cerveau disponibles ».
Maintenant que son système de domination et
d'exploitation est désormais entré dans une crise historique, il est bien
incapable de faire face aux besoins inédits d'un développement humain durable.
Il fait même peser un risque mortel à l’espèce
humaine, à sa niche écologique, aux générations futures.
La contradiction que nous affrontons est donc
simplissime : le capital empêche l’avènement d’un nouvel ordre économique et
civilisationnel basé sur le partage et la coopération qui frappent à notre
porte.
Cette entrave du capital est potentiellement
destructrice tandis que résoudre les grands défis énergétique, alimentaire ou
scientifique par et pour un développement humain durable nécessite des ruptures
avec l'ordre établi en appelant à tirer parti du meilleur de nous-mêmes.
Résoudre cette contradiction est le défi de notre
génération et de celles qui suivront.
La question de notre époque est de lever le mouvement
d'action qui permettra de libérer les potentiels et les forces d'émancipation
qui grandissent dans nos sociétés et que le système emprisonne, bride et
maintient sous domination.
En vous engageant au Parti communiste français, vous
avez décidé d'entrer dans ce mouvement de libération. Vous êtes entrés dans ce
parti de l'action et de l'émancipation. Action, imagination et créativité,
libération de tous par l'émancipation de chacun, mouvement pour le partage et
pour le développement humain durable, voilà les axes cardinaux de notre combat.
Nous ne sommes pas des observateurs ou commentateurs
critiques du capitalisme, nous sommes les combattants de son dépassement. Nous
sommes de ces combattants du monde nouveau en devenir.
Le capitalisme libéral n'est évidemment pas la
solution. Il prétend sans cesse se réinventer. Aujourd'hui, mondialisé, il
consiste à donner toujours plus de pouvoir à des shootés de stock-options et de
dividendes. Nous n'en voulons plus. Mais pour le remplacer, aucune des solutions
passées ne nous apporte les réponses. Ni le communisme autoritaire qui annihile
les forces créatrices, ni le compromis social-démocrate qui n'est rien d'autre
qu'un pistolet à bouchons face une meute de loups.
Nous sommes fidèles à l'anticipation communiste qui,
au cœur du développement du capitalisme, a compris et mis au jour, dès le
départ, la nécessité de son dépassement.
Le XXe siècle nous a enseigné l'impasse dramatique du
déni démocratique. Et surtout, nous avons conscience de la nouveauté radicale
du monde qui est le nôtre et qui nous oblige à penser, dans l'action, les
développements nouveaux indispensables de cette pensée. Nous voulons inventer,
imaginer, rêver, oser, expérimenter.
Nous vivons dans le monde où seul un effort de
renaissance philosophique, intellectuelle, économique et politique sauvera
l'humanité. Oui, un effort de renaissance. Et nous voulons être l’une des
forces de la renaissance, d’un nouvel âge de la pensée et de l'action politique.
Aux sceptiques que j'entends déjà nous dire « ce
n'est pas possible », je veux répondre par avance.
Regardons l’Union européenne. Nous vivons actuellement
une dérive autoritaire. Les fondamentaux de notre politique commune n’ont fait
l’objet d’aucune décision démocratique, d’aucune délibération parlementaire,
des gouvernements nationaux sont tombés par la volonté des marchés et des
puissances de la finance, et d'institutions non élues comme la BCE. Cette Union
européenne n'a pas d'avenir. L'Europe du partage et de la solidarité, si
nécessaire, est à refonder.
Regardons le monde. C'est l'Amérique latine et
centrale, la Chine, le monde arabe, l'Afrique. Le monde sous domination
occidentale se meurt, l'Europe atlantique, adossée à l'OTAN et au dollar, c'est
l'Europe qui retarde sur son temps. Nous ne voulons pas décliner avec ce monde
vieillissant mais inventer les nouvelles frontières du partage. La France que
nous aimons sait parler au monde. Et le monde aime la France qui parle le
langage de la solidarité, notre langage.
Regardons le travail, dans lequel nous voulons créer,
partager, coopérer, être utiles, échanger, respirer. Parce que travailler
mieux, autrement, plus intelligemment, nous savons le faire. Et la révolution
informationnelle nous le permet. Le débat actuel sur la compétitivité, qui est
le nouveau consensus à la mode, nous rabâche que la réduction des
salaires et des droits sociaux est la seule voie de sortie de crise. Ils nous
veulent à la tâche quand le monde qui frappe à la porte est celui du travail
libéré.
Regardons la démocratie. Ils en ont plein la bouche
mais ils la confisquent, ils la défigurent tous les jours. Ils votent des
traités pour l'encadrer. Ils préfèrent le pouvoir concentré dans quelques
cercles fermés, les consciences manipulées par des conglomérats mondiaux de
l'information et des réseaux.
Mais le monde qui grandit, ce sont les réseaux
citoyens acteurs du débat et de l'action politique. Le pouvoir renouvelé des
citoyens à tous les niveaux est la clé de l'avenir. Notre nation, la France,
peut comme elle le fit en concevant et adoptant une déclaration universelle des
droits de l'homme et du citoyen il y a deux cent vingt trois ans, inventer,
entreprendre les prémices de ce nouvel âge démocratique. Pour cela, il faut
compter sur l'intelligence que recèlent le peuple et la société, il faut
compter sur l'imagination et la force du partage.
Permettez-moi un clin d'œil historique. La découverte
de l’ampoule électrique illustre assez bien le problème posé. Et le
gouvernement, et la gauche plus largement, gagneraient à méditer cette petite
histoire que je vous livre en trois phrases.
Longtemps, la recherche d’une meilleure production de lumière a consisté en la
recherche du meilleur combustible et de la meilleure mèche possibles. Pendant
des centaines d’années, les hommes se sont ainsi acharnés à créer la meilleure
lampe à huile... Jusqu’au jour où l’un d’eux imagina de porter à incandescence
un filament de tungstène. L’ampoule moderne était née.
L’ordre économique et politique est aux prises avec ce
même problème. Le vieux monde cherche à sauver son empire par des solutions
épuisées. Notre problème est de pousser en avant un nouvel âge économique,
écologique, démocratique.
Les âges anciens sont ceux de la dynamique de
concurrence. Efficace à bien des égards. Le capitalisme est une force de
création destructrice. L’âge nouveau qui cherche son chemin est celui du
partage comme source nouvelle d’efficacité sociale et économique.
Cela vaut mille fois pour la question démocratique. La
République, elle aussi, doit entrer dans une nouvelle époque. Les pratiques
politiques actuelles ne correspondent pas à la nécessaire démocratisation de la
société. Le gouvernement gouverne avec les habits de la Ve République, point
barre.
La démocratie est l’un des grands enjeux d’un nouveau
siècle humaniste. Aujourd'hui, les institutions congèlent les forces
citoyennes. Or, c’est dans leur mobilisation, dans des pratiques politiques
nouvelles, que se trouvent les ferments d’une civilisation plus pacifique, moins
violente, plus harmonieuse.
Quand, par exemple, plus de 309 milliards d'euros sont
prélevés sur les richesses créées dans les entreprises pour payer les
dividendes et les intérêts aux banques contre à peine 145 milliards versés aux
cotisations de protection sociale, qui peut encore soutenir avec sérieux que le
verrouillage de l’économie vient du travail, et pas des actionnaires et de la
finance ?
Nous appelons à un nouvel âge de la démocratie
économique permettant aux citoyens-travailleurs-usagers de décider de
l’orientation des produits de l’activité économique.
De la même manière, quand aujourd’hui une chercheuse
en cancérologie quitte la recherche publique, puis la recherche privée car les
laboratoires sont devenus, selon elle, des lieux de concurrence entre
chercheurs et de course aux financements, qu’en conclure ? Qu’en conclure
sinon que la guerre pour la propriété des découvertes est devenue un obstacle à
la découverte elle-même ?
Lorsque des professionnels du bâtiment affirment que
les projets de rénovation thermique, alors que le bâtiment est le principal
poste de gâchis énergétique, ne sont pas financés car, disent-ils, personne ne
sait financer la réduction des coûts, c’est-à-dire personne ne sait financer la
gratuité, comment agir si l’on reste engoncé dans le système actuel ?
Lorsque, années après années, on fabrique en masse du
matériel informatique, ultra-polluant, irréparable, obsolète à très court
terme, comment ne pas voir que la maîtrise des conditions de fabrication, de
réparation et de recyclage n’est pas un problème sectoriel mais bien le
problème de la société tout entière ?
Avec ces exemples, je veux souligner combien notre
ambition communiste s'inscrit dans une visée d’avenir.
Si la démocratie a longtemps été vécue comme un frein
à l’activité économique, elle est aujourd’hui le moteur qui permettra de
reconnecter le système économique avec une ambition de civilisation.
Nous vivons dans la civilisation du marché. Nous
vivons dans la civilisation du gâchis permanent.
Nous proposons un nouveau paradigme, une nouvelle base
solide : le partage.
Il faut que l’esprit collaboratif le plus avancé de la
sphère informationnelle envahisse la sphère publique et la sphère économique.
Les services publics, la grande production privée, la
politique industrielle, la politique agricole, les politiques d’échanges
doivent s’ouvrir à une maîtrise sociale étendue pour être plus efficaces, plus
écologiques, plus civilisés.
La démocratie a longtemps été, du point de vue du
mouvement ouvrier, un moyen de modifier les rapports de forces des hiérarchies
sociales et économiques installées. Dans les luttes de classes d'aujourd'hui,
le problème de l’avenir sera aussi de dépasser les structures hiérarchiques,
d’en finir avec le temps des hiérarchies pour penser l’âge de la collaboration
ouverte.
***
Amis journalistes,
Vous l'avez compris, nous avions envie de vous parler
d'avenir. Nous vous avons invités, de manière un peu potache, à enterrer
l’enterrement du Parti communiste français.
Je persiste et je signe.
Je m’adresse particulièrement à vous qui m'interrogez
souvent sur la santé, la mort clinique ou l'état de survie de notre parti.
Oubliez tout ce que vous pensez savoir. Vos grilles de
lectures sont périmées. Nous ne sommes pas un parti défensif, qui cherche à
sauver son pré carré. Ne vous attendez pas à nous voir pleurnicher sur le
passé. Notre seule préoccupation est l’avenir.
Le Parti communiste français achève sa mue : nous
sommes passés en dynamique offensive. Notre problème n’est pas de tenir, de
sauver ou de conserver, notre ambition est de bâtir, inventer, créer une
nouvelle gauche, un communisme de nouvelle génération.
La social-démocratie est à court d'idées, essoufflée
par le souffle toujours plus chaud du capital sur sa nuque...
Pas nous. Nous débordons d'idées, d'envie d'agir.
Nous n’avons pas peur de notre passé. Nous l’assumons.
Nous assumons les grandeurs des combats menés par nos aînés. Nous analysons,
sans détourner le regard car c'est indispensable pour comprendre et réinventer
ce qui doit l'être, les graves erreurs commises. Nous les assumons car l’avenir
s’écrit sur la lucidité et l’honnêteté.
Nous n’avons pas peur du passé, nous qui sortons de
vingt années de travail critique sur nous-mêmes. Et qui, faisant le choix de
poursuivre la route, conscients de l'immense travail de refondation qui nous
attendait et qui est encore devant nous, avons mis le cap sur notre propre
transformation.
Le passé est à présent à sa place et il est temps pour
vous, chers amis journalistes, de prêter attention à ce que nous sommes
réellement aujourd'hui et à ce que nous disons pour l’avenir.
Ce que je vous dis, je le dis aussi à l'adresse de
toutes celles et de tous ceux qui, à gauche, enfourchent parfois les mêmes
poncifs à notre égard.
Je leur dis, attention à ne pas retarder sur
l'histoire. Le temps est venu d'une réinvention profonde des chemins de la
transformation du monde. Ne vous endormez pas sur des certitudes dépassées.
Travaillez avec nous à ce nouveau monde.
Nous engageons donc, avec le 36e Congrès du PCF, d'un
même mouvement, et le processus d’unification dans un communisme de nouvelle
génération de la pensée écologique, économique et démocratique autour du
principe d’une société du partage ; et le processus d'amplification du
rassemblement engagé avec le Front de gauche, et qui vise désormais à
rassembler toutes les forces sociales, citoyennes, communistes, socialistes,
écologistes disponibles pour refonder les chemins de la transformation de notre
société.
Notre passion du rassemblement, vous l'avez compris,
demeure entière. Car l'intelligence est dans la société.
Nous voulons être utiles, toujours, à l'encourager, à
la mettre en mouvement, à la rassembler, à la dynamiser.
Alors oui, chers invités, nous ne vous avons pas
conviés à un numéro de claquettes bien rôdé où l’on fait applaudir les
« djeun's »... Les premiers rangs des meetings politiques où ça
applaudit sur commande vous ennuient ? Nous aussi.
Nous vous avons invités car, du dialogue avec les
nouveaux adhérents communistes, est apparu un fait frappant : ils sont nés à la
fois dans le monde de l’explosion des capacités de partage et dans le monde du
chaos social et écologique. Cette nouvelle génération est née dans le monde
d’une promesse contredite immédiatement par le rouleau-compresseur du marché.
Et c’est ainsi, dans cette contradiction, que chemine
un communisme de nouvelle génération.
L'utopie communiste est de retour, elle est en marche – ce n'est pas de la
nostalgie passéiste mais un tout autre mouvement : celui de l'envie d'agir,
ensemble, pour bâtir, pour ouvrir le chemin de l'avenir. Une utopie forte de
l'expérience que le rêve pour devenir réalité doit renforcer son humanité, et
non la brider.
***
Je veux conclure en vous présentant notre nouvelle
campagne d’adhésions.
C’est une campagne d’affirmation positive. Oui, je
suis communiste et ça fait du bien. Ça fait du bien de partager. Ça fait du
bien d’échapper à l’assignation d'être des vainqueurs, des agressifs, des
égoïstes. Nous ne voulons pas être des gagneurs, nous voulons partager, nous ne
voulons pas des profiteurs, nous voulons travailler, nous voulons le pouvoir...
pour le rendre.
Oui, c’est une campagne d’affirmation positive. Nous
combattons pour le droit à la tendresse, à l'amour, au secours, au travail
libre, à l’éducation, à l’empathie...
On nous présente l’homme comme un loup... Cela
contredit toute l’histoire de l’humanité... On ne retient que la guerre mais le
principal n’est pas là : le principal est que le développement de l’humanité,
c’est le développement de la capacité de millions d’êtres humains de travailler
ensemble, de protéger les faibles, de secourir les plus âgés, d’éduquer leurs
enfants.
Toute l’histoire de l’humanité est en réalité un
développement des capacités empathiques de notre espèce, des capacités de
coopérer. Alors, pourquoi s’arrêter à l’âge du capital ? Pourquoi s’arrêter à
l’âge du capital, qui est un nouvel âge de bronze ?
Nous sommes le parti de l’âge du partage, l'âge à
venir. Et oui, ça fait du bien de ne pas être une brute.
Je suis communiste, nous sommes communistes, et ça fait du bien.
Du bien à la France, à notre société, du bien dans ce
monde brutal, du bien à l’avenir.
Merci."
Bureau de presse du PCF,
Paris, le 10 novembre 2012.