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“Initiative citoyenne”: Pourquoi Bruxelles dit NON ! - par Francis Wurtz

hausse-du-chomage-inside.jpgFaut-il avoir peur de la démocratie citoyenne pour prendre une décision pareille! La Commission européenne vient d’informer les sept protagonistes d’une “Initiative citoyenne européenne” (projet de collecte d’un million de signatures dans l’UE -en l’occurrence en faveur de la création d’une “banque publique européenne axée sur le développement social, écologique et solidaire”) qu’elle “se doit de refuser l’enregistrement de cette proposition d’initiative”! Les sept personnes en question sont Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et président du Parti de la gauche européenne; Alexis Tsipras, leader de la coalition de gauche grecque Syrisa; Marta Sanz-Pastor, écrivaine espagnole; Nico Cué, responsable syndical belge; Lydia Menaplace, présidente de l’Union des Partisans d’Italie; Heinz Birnbaum, responsable syndical allemand ;et Judit Morva, intellectuelle progressiste hongroise.

Rappelons d’un mot que l’”initiative citoyenne européenne” est une disposition des traités de l’UE qui prévoit qu’une proposition soutenue par un million de citoyens peut donner lieu à un “acte juridique” de la Commission de Bruxelles et à un débat au Parlement de Strasbourg, dès lors qu’elle répond à certaines conditions et notamment à celle de se référer à un article pertinent des traités. Les “7? avaient décidé de se saisir de cette mesure pour promouvoir une idée, certes, à contre-courant de la politique européenne actuelle, mais en respectant les règles prévues pour une telle initiative. Ils avaient, en particulier, fondé leur demande sur un article du traité de Lisbonne consacré aux “objectifs de l’UE”. Cet article précise, en effet, que l’Union européenne…”combat l’exclusion sociale(…), prône la justice et la protection sociales (et) la solidarité entre les Etats membres.” (Article 3, alinéa 3 du TUE) Or, que répond la Commission?”Il faut clairement noter que cette disposition légale, en elle-même, ne confère pas de pouvoirs aux institutions pour adopter des actes juridiques”. Autrement dit: le traité européen affiche des “objectifs de l’UE” apparemment louables, mais prive les institutions des moyens de les réaliser. Quel aveu!

L’exécutif bruxellois va même plus loin en révélant involontairement combien une démarche sociale et solidaire est étrangère à la doctrine officielle de l’actuelle UE. Qu’on en juge: “L’objectif principal de l’initiative que vous avez proposée -écrit la Commission- est la création d’une banque qui faciliterait les dépenses publiques dans certains domaines, en permettant aux Etats membres d’emprunter les fonds nécessaires à des taux très bas. La proposition envisage également comme but -poursuit le courrier bruxellois- “de faire vivre une logique de solidarité envers les pays en difficultés” et de permettre ainsi aux Etats concernés “de ne pas avoir à se soumettre aux exigences de rentabilité des marchés”. En effet, tel est bien l’esprit de notre proposition. Eh bien: «Après examen approfondi (…) la Commission considère qu’il n’y a pas de base juridique dans les traités qui permette de présenter une proposition établissant un tel organisme”! Pour l’initiative envisagée, c’est donc NON. En clair: la démocratie citoyenne n’est bienvenue que si elle exprime les positions officielles. De quoi faire réfléchir aux “réorientations” nécessaires…

Dans l’immédiat, on conseillera vivement aux parlementaires de gauche appelés à ratifier le traité de discipline budgétaire de relire cette missive avant de choisir entre les touches “STOP” ou “ENCORE”! Quant aux citoyens décidés à ne pas se laisser marginaliser, sans attendre, organisons ensemble la ferme riposte qu’appelle cette provocation!

 

Chypre une présidence atypique de l’UE- par Francis Wurtz

Libreuro.jpgLe 1er juillet prochain,celui qui deviendra pour six mois le “Président du Conseil européen”, Demetris Christofias,Chef de l’État chypriote,n’est autre que la principale figure communiste de l’île.Ce fait -inédit!- suffirait à faire de ce second semestre 2012 celui d’une présidence atypique de l’Union européenne. De là à rêver d’une période de mutation progressiste accélérée de la construction européenne,il y a un pas qu’il serait déraisonnable de franchir.

D’abord,parce que Chypre,dont le poids tant démographique qu’économique est très relatif,ne peut prétendre bousculer les rapports de force qui régissent les institutions européennes actuelles.Ensuite,du fait que ce pays souffre d’un double handicap que les plus puissants des “27? ne se priveront pas,le cas échéant,d’exploiter à leur profit: l’occupation de toute la partie nord de l’île par la Turquie (un Etat qui compte dans la région!) et une situation financière critique due à une très forte exposition du secteur bancaire chypriote à la dette du voisin grec.Enfin,parce que l’accès à la présidence tournante du Conseil européen n’est pas la prise du Palais d’hiver! Le pays concerné peut imprimer sa marque,pas “renverser la table”.Pour changer l’Europe,il n’y a ni miracle ni raccourci. C’est d’abord un combat politique constant des peuples et des citoyens,relayé par des élus -et si possible des gouvernements, notamment des pays les plus influents- décidés à prendre le taureau par les cornes.

Pour autant,cette “présidence chypriote” n’est pas banale et appelle toute notre attention.Voilà,en effet,un pays qui cumule plus de spécificités géographiques,culturelles,historiques et politiques que tout autre pays membre et dont le sort devrait à ce titre beaucoup plus fortement impliquer l’UE. Qu’on en juge:c’est une île située à un jet de pierre de…Beyrouth,donc au coeur de la Méditerrannée -aujourd’hui zone de crise aigüe,mais potentiellement,demain,espace de coopération exceptionnel entre l’UE et le Moyen Orient.C’est aussi l’un des rares pays de l’UE non membres de l’OTAN dans une région où les armes s’accumulent dangereusement (y compris des éléments du “bouclier antimissile” que l’OTAN,y compris la France,vient d’approuver).

Par ailleurs,la population de Chypre est composée de communautés très diverses,en particulier gréco-chypriote et turco-chypriote: créer les conditions d’un “vivre ensemble” durable et de leur égalité de droits est une exigence fondamentale.Elle se heurte pourtant à l’obstacle crucial que l’on sait:l’île est divisée depuis 38 ans,sa partie septentrionale (où vit l’essentiel de la communauté turco-chypriote) est occupée par 40 000 soldats turcs.Ankara y entretient une “république” d’opérette qu’il est seul à reconnaitre.Les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sont foulées au pied. On imagine les plaies vives que représentent les problèmes liés à cette tragédie.Un terrain fertile pour le nationalisme et le populisme,qui plus est par ces temps de crise…

Dans ce contexte,l’existence d’un parti démocratique et responsable comme AKEL (communiste),profondément ancré dans le peuple,et qui doit son autorité à son engagement constant aussi bien contre le nationalisme grec que l’occupation turque et pour la réunification de l’île,est une grande chance pour ce pays et pour l’Europe. Puisse la visibilité qu’offre cette présidence de l’UE aux enjeux chypriotes contribuer à leur solution!

 

Changer l’Europe, c’est un combat

MESlhumanitedimanche-couv_2.jpg“La méthode dont nous sommes convenus consiste à mettre toutes les idées,toutes les propositions sur la table et à voir ensuite quelles sont les traductions juridiques pour les mettre en forme” a déclaré François Hollande à l’issue de son premier entretien avec Angela Merkel.En attendant, on fait quoi?Disons-le tout de go: sans un sacré bouger du rapport des forces d’ici au Conseil européen de la fin juin,il n’y a aucune chance que l’on débouche sur la “réorientation” des politiques européennes dont le nouveau Président a suscité l’espoir en France comme chez nos voisins, notamment du Sud de l’Europe. Et ce pour au moins trois raisons.

D’abord,pour positives que soient plusieurs des idées reprises par François Hollande pour stimuler la “croissance”, celles-ci ne sont pas du tout à la hauteur des transformations qu’exige la crise de loin la plus grave que l’UE ait jamais connue ( 25 millions de chômeurs, 115 millions de pauvres, la zone euro en récession, des pays pris à la gorge par les marchés financiers…)

Ensuite,parmi “toutes les propositions sur la table” figurent celles de 12 chefs de gouvernement connus pour leur obsession libérale. Pour eux, les chemins vers la “croissance” passent par “l’assouplissement du marché du travail”(faciliter les licenciements);”l’ouverture des marchés”(davantage de concurrence);ou la “simplification des lois”(moins de contraintes pour les employeurs)… Aller dans leur sens ne conduirait pas vers une “réorientation” des politiques européennes mais vers leur accentuation . Enfin,François Hollande ,rappelons-le, ne remet pas en cause le “Pacte budgétaire”lui-même,pas plus que les directives et règlements exprimant la même logique (“sixpack”).

Alors,que faire d’ici fin juin pour contribuer à ce que les décisions du Conseil européen soient prises dans un rapport des forces plus favorable aux transformations nécessaires? Pour le nouveau Premier Ministre,Jean-Marc Ayrault,”plus l’appui des citoyens sera fort aux législatives,plus nous pourrons agir”.Mais” l’appui “à quoi? A la non-remise en cause du Pacte budgétaire, simplement “complété” par des mesures notablement insuffisantes et qui risquent d’être mâtinées d’autres,franchement libérales?

Non. Il faut être clair: changer l’Europe est un combat! Les elections législatives doivent permettre de progresser dans ce combat. Elles doivent exprimer des exigences réellement transformatrices dont le Président pourra -devra- être le porteur dans les négociations impitoyables à venir! En particulier les exigences qui touchent aux missions et aux statuts de la Banque centrale européenne,seul levier nous permettant de nous libérer de la toute-puissance malfaisante des marchés financiers. Ces élections doivent aussi exprimer une franche solidarité avec les forces sociales et politiques qui résistent en Europe à la politique que nous voulons enrayer puis inverser.Je pense en premier lieu à la Grèce, aujourd’hui menacée d’exclusion de la zone euro et d’abandon si ses citoyens donnaient , le 17 juin prochain, la majorité à une gauche favorable à l’euro mais opposée à l’austérité et à la descente aux enfers du pays. Sur ce double plan,dans les positions actuelles de François Hollande, le compte n’y est pas! C’est au Front de Gauche qu’il appartient , sur ce plan aussi, de faire réussir la gauche!

 

La gauche face à la déconstruction européenne - par Francis Wurtz

il-7-europe_2.jpgLa zone euro peut supporter une sortie de la Grèce. Voilà,en substance,le message lancé le 11 mai dernier par Wolfgang Schauble, ministre allemand des finances.”Nous avons beaucoup appris ces deux dernières années et construit des mécanismes de protection” a précisé le possible futur président de l’Eurogroupe. Il faisait allusion à la fois au traité de discipline budgétaire et au Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à emprunter des fonds sur le marché financier ( à la place des Etats membres qui en sont de fait exclus ) moyennant des plans d’austérité draconiens,des “réformes structurelles” ultralibérales,et une quasi-mise sous tutelle des institutions des pays “assistés”.

La veille,un député allemand du parti libéral, au nom prédestiné,Otto Fricke,avait fait le même constat en termes encore plus cyniques:”un défaut désordonné de la Grèce ne fait plus peur à personne,car les États de la zone euro n’ont rien fait d’autre ,ces derniers mois,que de prendre des précautions pour une telle éventualité.” Bref, peu nous importe le sort de 10 millions de Grecs ( puis d’autres, le cas échéant)dès lors que le “noyau dur” de la zone euro (l’expression est de Monsieur Schauble en 1994 !) est préservé…

Cette dé-construction européenne appelle une vive réaction de la gauche européenne.Certes, les promesses lyriques du traité de Lisbonne, annonçant dès son article 1 notre entrée dans “une nouvelle étape du processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe” ne nous avaient jamais arraché de larmes d’émotion, tant elles manquent de crédibilité. Madame Merkel n’avait-elle pas lancé,dès mars 2010,un pavé dans la marre ,au tout début de la crise grecque, en affirmant tout de go:” Une manifestation de solidarité rapide ne peut pas être la bonne réponse” A ses yeux, la priorité était de “mettre de l’ordre dans tout cela”, estimant (déjà) qu’il fallait pouvoir exclure “en dernier recours” un pays de la zone euro. Le véritable état d’esprit de la classe dirigeante allemande (et partiellement européenne) nous était donc connu depuis belle lurette.

Ce qui est nouveau dans les dernières déclarations allemandes, c’est qu’en haut lieu on considère que ce qui était un souhait de la Chancelière en 2010 est devenu réalité en 2012, grâce aux “mécanismes” élaborés entretemps: le traité Merkozy et le MES. Quelles conséquences la gauche européenne tire-t-elle de cet aveu aussi scandaleux qu’irresponsable?

Cela devrait être de témoigner de façon visible et claire toute sa solidarité avec le peuple grec . Accepter de voir imposer à un pays membre de telles régressions, soumissions,humiliations et finalement une expulsion de la zone euro reviendrait à signer l’arrêt de mort de l’idée même d’ “Union” européenne. Honte à ceux qui osent faire l’amalgame à cet égard entre nos amis de Syrisa qui sont au coeur d’une insurrection démocratique et salutaire et les nazillons héritiers des colonels!

Toute la gauche gagnerait à mesurer l’urgence à s’engager dans une action sans précédent par son ambition et son ampleur pour une refondation de la construction européenne autrement plus exigeante qu’un protocole additionnel au traité Merkozy ! Au centre des négociations, mais aussi des luttes, des débats …et des votes, la transformation des missions de la Banque centrale européenne doit en particulier trouver toute sa place . Avec un objectif désormais vital: donner aux Européens les moyens de se libérer de la dictature des marchés financiers pour pouvoir donner souverainement à leur Union un nouveau cap: l’ “humain d’abord”.

 

UE : Que voulons-nous faire ensemble?? Interview de Francis Wurtz

francis-wurtz.jpgInterview paru le 9 décembre 2011 dans l’Humanité Francis Wurtz, ancien président du groupe de la Gauche unitaire européenne à Strasbourg, estime qu’une refondation de la construction européenne passe par l’intervention citoyenne et par un changement des finalités de l’UE.

Francis Wurtz. Une démocratisation de l’UE passe par une refondation de la construction actuelle. Car celle-ci est conçue précisément pour dépolitiser les choix stratégiques, qui sont sortis du champ de la délibération démocratique. La doctrine libérale est ainsi imposée comme étant une loi naturelle. C’est la raison pour laquelle la Banque centrale européenne n’a le droit de recevoir aucune consigne émanant des institutions publiques –c’est-à-dire des citoyens– en matière de politique monétaire. C’est aussi pour cela que, selon les traités, la Commission européenne est toute-puissante sur les règles de concurrence. La Cour de justice, elle, a, par sa jurisprudence, mis en cause un certain nombre d’acquis majeurs du droit du travail, au nom de la libre circulation des capitaux et des services. Autrement dit, il y a un vice de construction dans ce modèle, qui exclut la possibilité d’une démocratie citoyenne moderne.

La démocratisation de l’UE est inséparable d’un changement de finalité de la construction européenne afin que les citoyens aient à la fois l’envie et les moyens de s’impliquer dans les affaires européennes. Cette finalité nouvelle passe par trois choses. Premièrement, la promotion d’un modèle social avancé. Deuxièmement, l’aide au rattrapage de la productivité des pays en difficulté?; cela passe par la solidarité. Troisièmement, le jeu du poids de cette communauté pour faire émerger d’autres règles dans les relations internationales.

Mais comment parvenir à de tels changements??

Francis Wurtz. Trois exigences fondamentales sont exprimées, qui reviennent dans tous les pays?: le refus de la régression sociale, la volonté d’être libérés de la soumission aux marchés financiers, la soif de démocratie. Il faut faire converger le maximum de forces en Europe autour de ces exigences. Pour l’heure, si les dirigeants européens continuent d’exercer leur leadership, c’est qu’ils ont réussi à laisser en dehors de la délibération démocratique les grands choix stratégiques. En France, nous pouvons nous appuyer sur la mémoire collective de la période?2003 et?2005, celle de la bataille pour le référendum sur le traité constitutionnel européen. On trouve, dans le programme populaire partagé du Front de gauche, la proposition d’organiser des états généraux de la refondation européenne en cas de victoire en France d’une gauche portée par un mouvement populaire exigeant. Seraient conviés toutes les organisations syndicales, tous les mouvements associatifs qui le souhaitent et qui s’exprimeraient sur ce qu’ils ne veulent plus, et ce qu’ils souhaitent. Cela peut ouvrir une brèche, favoriser l’implication citoyenne, changer le rapport de forces.

Au niveau institutionnel, ?quels changements doit-il y avoir??

Francis Wurtz. Le rapport de forces est la condition pour créer des ruptures économiques et politiques. Sur le plan économique, tout ce qui vise, dans les traités actuels, à transformer les règles libérales en règles naturelles intangibles doit changer. Sur le plan politique, la pyramide actuelle doit être inversée. Les citoyens doivent participer à l’élaboration des politiques avant que les décisions ne soient prises au niveau des institutions européennes. Ils doivent participer au contrôle de leur application, à l’évaluation de leurs effets. Mais la condition pour cela est que l’exercice en commun de certaines responsabilités au sein d’institutions communes, telles que le Parlement européen, réponde à une envie, et non pas à quelque chose de contraint. Il faut créer une volonté commune des peuples de s’associer entre Européens. Cela dépend largement de l’ambition que l’on fixe à la construction européenne. Une question doit être posée, qui ne l’est jamais par les dirigeants européens?: que voulons-nous faire ensemble??

Le rapport des mouvements sociaux à l’UE a-t-il changé ces dernières années??

Francis Wurtz. Le mouvement syndical a fait d’énormes progrès dans le sens d’actions communes à l’échelle de l’Europe. C’est aussi vrai d’autres mouvements sociaux moins structurés, tel que celui des altermondialistes. Les jeunes générations sont nées avec la mondialisation, l’Internet, l’explosion des moyens de communication. Le risque est grand d’une immense déception, d’une tentation de repli. Il nous faut cultiver l’esprit d’ouverture aux autres, l’interaction entre les cultures. L’ambition commune aux Européens doit être tentante, répondre aux aspirations. Là est le noyau même du défi que nous avons à relever.

 

Une Europe démocratique est-elle possible ? par Francis Wurtz

francis-wurtz.jpgUn quarteron de puissants s’attribuant le droit d’humilier toute une nation,de placer sous tutelle ses institutions,de sommer son peuple de « choisir » entre la soumission et l’exclusion : le spectacle hideux qu’offre l’ « Union » européenne,aux prises avec la plus grave crise de son histoire,met une fois encore,et plus vivement que jamais,à l’ordre du jour la question de sa légitimité démocratique.

Mais qui donc dirige aujourd’hui l’ « Europe »?

Le Conseil européen des Chefs d’Etat et de gouvernement? Ce serait en soi le fruit d’une super-délégation de pouvoir fort contestable. Mais tel n’est même pas le cas! En réalité,les rênes sont tenus par la dirigeante de l’économie la plus riche -cautionnée par le soutien inconditionnel de son fidèle allié, flatté de jouer ainsi dans la cour des grands- auxquels s’ajoutent le président « indépendant » de la Banque centrale et le coordinateur des ministres des finances de la zone euro. Le fait que la seule évocation d’un référendum mette ce petit monde en transe en dit long sur une pierre angulaire de leur construction: la peur des peuples. Ce n’est pas chose nouvelle. Depuis qu’ont été posés les premiers jalons de ce projet, les affaires de l’Europe ont été jugées trop sérieuses pour être confiées aux Européens. Ceux-ci sont traités en « consommateurs » et, le moment venu, en électeurs,bien plus qu’en citoyens. La « méthode Monnet » (du nom du principal « père de l’Europe ») consistait dès le début à éluder tout débat politique,à tenir les peuples à l’écart des choix cruciaux,à mettre en place un « engrenage » (spill over) conduisant subrepticement d’une étape à l’autre,le tout étant gravé dans le marbre de traités réputés intangibles…

Alors,une Europe démocratique est-elle possible et à quelles conditions ?En accordant plus de prérogatives au Parlement européen? Il est déjà co-législateur et peut utilement voir encore élargir ses compétences.Mais il ne saurait à lui seul combler la carence rhédibitoire de cette construction en matière de démocratie, d’autant qu’il est tenu de respecter les traités… En impliquant effectivement et non symboliquement les parlements nationaux dans les décisions essentielles? C’est indispensable mais tout aussi insuffisant pour changer la donne en profondeur.

Le maillon manquant, ce sont les citoyens eux-mêmes, et il est décisif. La rupture radicale à opérer est bien de créer les conditions de leur intervention politique éclairée, comme en 2005,en France, mais de façon durable et non limitée à un seul pays. La profondeur de la crise du modèle libéral européen et la force des aspirations au changement dans toute l’Europe donnent à cette perspective une crédibilité absolument sans précédent. La question est:d’où peut partir l’impulsion d’un tel mouvement? Un gouvernement clairement de gauche, en France en 2012,pourrait prendre l’initiative de réunir des « Etats généraux de la refondation européenne » en y invitant toutes les forces politiques, syndicales et associatives disponibles en Europe pour dégager les axes majeurs d’un nouveau cours européen. Cette idée, familière aux lecteurs de cette chronique est désormais une proposition officielle du Front de gauche. Et un espoir de renouveau démocratique pour l’Europe.

 

Taxe ur les transactions financières: Manuel BARROSO passe du lyrisme…aux aveux - par Francis Wurtz

francis-wurtz.jpgLe Président de la Commission européenne, M. Barroso, n’a pas la réputation d’être un grand poète. Il s’est pourtant essayé au lyrisme, le 28 septembre dernier, au Parlement de Strasbourg, en prononçant son désormais rituel « Discours sur l’Etat de l’Union ». J’ai ainsi compté pas moins de sept références à la dernière des valeurs auxquelles on pense en ce moment à propos de l’Union européenne: la fierté! « La fierté d’être Européen, ce n’est pas seulement notre grande culture, notre grande civilisation, tout ce que nous avons créé dans le monde » s’est écrié ce champion de l’Europe des marchands et de la finance, avec la modestie d’une grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf. « Ce n’est pas seulement la fierté du passé. C’est la fierté de notre avenir » a-t-il poursuivi. « C’est cette confiance-là qu’il nous faut récréer entre nous. »

Pourquoi, subitement, cet exercice un peu laborieux de méthode Coué? C’est qu’en haut lieu, on est à présent conscient de la profondeur de la « crise de confiance », reconnait M. Barroso, « tant à l’égard de nos dirigeants en général, de l’Europe elle-même, que de notre capacité à trouver des solutions. » On peut le dire, en effet! « Nos concitoyens (sic) nous observent et se demandent: sommes-nous vraiment une Union? » confesse même le président de la Commission, en tirant de ce sévère constat la conclusion qu’il faut « un renouveau européen ». Diable! La grâce aurait-elle touché l’exécutif bruxellois? Trois fois hélas, la suite fut plus prosaïque et moins inattendue dans sa bouche. D’abord, il s’est félicité du soutien majoritaire des parlementaires européens à son projet de réforme du pacte de stabilité, renforçant la « discipline » budgétaire et étendant la « surveillance » aux politiques économiques des gouvernements. Ensuite, il a annoncé que « nous devons aller plus loin » dans le sens d’une « intégration » permettant de « réaliser pleinement les objectifs convenus à Maastricht » – une intégration que « pas seulement les fédéralistes réclament, mais aussi les marchés. » C’est donc cela, le « renouveau »!

Sans attendre, M. Barroso situe les urgences notamment dans « une véritable libéralisation des services en Europe » ainsi que dans « les réformes à mettre en œuvre sur nos marchés du travail, dans nos finances publiques et nos régimes de retraite » – réformes dont il ne doute pas qu’elles « appellent des efforts considérables de chaque composante de la société ». Et n’allez pas dire que la Commission est indifférente au fait qu’ « un jeune sur cinq ne trouve pas de travail ». La preuve: M. Barroso « appelle nos entreprises (à) leur offrir des stages ou des possibilités d’apprentissage »…

C’est dans ce contexte, à l’évidence explosif, que M. Barroso, après Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, s’est senti obligé de lâcher du lest sur une revendication emblématique de la gauche (pourtant réputée « utopique », car, nous répétait-on depuis une bonne décennie, « totalement irréalisable autrement qu’à l’échelle du monde ») en se disant « très fier (encore) d’annoncer que la Commission a (ce jour même) adopté une proposition…de taxe sur les transactions financières. » Voilà un aveu involontaire de taille: dans le contexte actuel, des idées alternatives, dès lors qu’elles sont massivement portées par les citoyens et les mouvements sociaux, peuvent devenir incontournables. Une leçon à méditer! Nelson Mandela (que M. Barroso s’est sur un autre sujet, aventuré à citer) a décidément raison: « It always seems impossible, until it is done. Let’s do it ».

 

Quelle Europe ?

Quelle Europe, quelles solutions ? Des propositions à gauche

Sortie du traité de Lisbonne, modification des objectifs et des statuts de la Banque centrale européenne et rachat des titres de dette, taxation des transactions financières, démocratisation… En pleine crise européenne, les propositions pour sortir de l’ornière des formations du Front de Gauche

"Racheter les titres de dette", Francis Wurtz, ancien eurodéputé, dirigeant du PCF

« Il faut tout d’abord combattre vigoureusement les faux remèdes actuels qui sont insupportables socialement, improductifs économiquement et dangereux politiquement. Ce qui se passe dans les pays directement touchés est appelé à être généralisé et si la voie démocratique est bouchée, toute dérive devient possible. Notre principe est de rendre les États, les investissements publics et les services publics beaucoup moins dépendants des marchés financiers, et nous pensons que la Banque centrale européenne peut y contribuer. D’abord, en rachetant des titres de dette publique, c’est-à-dire en libérant les pays les plus endettés d’une charge qui paralyse tout développement. Puis, en fournissant des crédits à destination exclusive d’investissements publics de dimension sociale en faveur de l’emploi, de l’écologie, de la promotion des capacités humaines. Nous préconisons une modification de l’accès au crédit selon la destination des investissements concernés. Ceux qui vont dans le sens du développement effectif du pays doivent être favorisés par des taux extrêmement faibles à long terme. Contrairement aux opérations financières qui doivent passer par des taux extrêmement dissuasifs. Enfin, nous souhaitons interdire toutes pratiques purement spéculatives et déstabilisatrices. Une telle politique n’est possible qu’en renforçant le système bancaire public afin de maîtriser l’utilisation de l’argent.»

"Sortir du traité de Lisbonne…", Éric Coquerel, secrétaire national ?du Parti de gauche

« Ceux qui traitaient les adversaires du traité constitutionnel, en 2005, d’anti-Européens ont bonne mine. C’est cette construction où le marché est libre, où les banques font ce qu’elles veulent, où la spéculation bat son plein qui est en crise. Alors que les banques se sont vu accorder, hier, pour sortir de la crise, des prêts à 1 % par l’Europe et les États, elles font aujourd’hui des profits record et ce sont les peuples qui paient et sont acculés à des risques de faillite. Ce système transfère les pertes du capital sur les États, sur les peuples. L’urgence, c’est d’imposer à la Banque centrale européenne de prêter aux États au même taux qu’hier pour les banques, soit 1 %, et non, comme pour la Grèce, à des taux exorbitants. Sinon, le risque est réel que la crise ne se propage à toute l’Europe. C’est le meilleur moyen d’étouffer la spéculation financière, qui se nourrit des difficultés que rencontre tel ou tel pays. L’austérité comprime l’économie et ne permet pas de sortir de la crise. D’où la nécessité de refuser la “règle d’or” de Nicolas Sarkozy constitutionnalisant l’austérité. Nous refusons la règle des 3 % et la réduction de la moitié des déficits, d’ici à 2013, qui empêchent toute politique progressiste. Nous voulons que la France et l’Europe retrouvent la souveraineté sur les banques et le crédit. Enfin, il faut sortir du traité de Lisbonne et fonder la construction européenne sur le progrès social et économique. »

Entretiens parus dans l'Humanité

 

Gauche unitaire européenne : Un riche bilan

wurtz200.jpg Président de la « Gauche unitaire européenne » au Parlement européen, Francis Wurtz revient sur « la marque de fabrique », les propositions et la singularité de ce groupe auquel avec l'autre député européen sortant communiste Jacky Hénin, il appartient .
On se souvient de la formidable bataille du Non et de la mobilisation réussie contre la circulaire Bolkestein que Francis Wurtz avait animée jusqu'au retrait de ce projet de directive visant à livrer les services à la concurrence....

« Gauche unitaire européenne » se caractérise sans doute d’abord par ses rapports avec le mouvement social ?
Francis Wurtz: La récente mise en échec du projet de directive visant à généraliser la possibilité pour tout Etat de l’Union européenne de recourir à la semaine de 65 heures a rappelé à qui l’avait oublié que le Parlement européen a des pouvoirs, pour peu qu’une majorité de parlementaires ait la volonté politique de s’en servir à bon escient.
(lire la suite de l'entretien avec Francis Wurtz)

Dans le cas présent, notre groupe avait, dès le début du processus, proposé le rejet du texte. Il n’avait, alors, pas été suivi. La sensibilisation des opinions publiques à cet enjeu de société, ainsi que... la proximité des élections, ont fini par conduire au résultat souhaité. Même la droite n’a pas osé soutenir la position du Conseil (les gouvernements) ! Entretenir en permanence - et pas seulement la veille d’un scrutin - des liens de coopération avec le mouvement syndical et déployer des efforts systématiques d’information et de sensibilisation de nos concitoyens, c’est la « marque de fabrique » de notre groupe de la « Gauche unitaire européenne » et, en son sein, des élus communistes français.

En même temps, le groupe n’a cessé d’avancer des propositions alternatives ?

FW : Nous ne nous contentons pas de tenter de parer aux « mauvais coups ». Nous avons l’ambition de faire vivre une autre vision de l’Europe. Certaines de ces options alternatives sont en train d’acquérir - avec la terrible « leçon de choses » de la crise du capitalisme (et du modèle libéral européen) - une crédibilité sans précédent depuis la création de la Communauté européenne.
Je pense, par exemple, au « crédit sélectif », c’est-à-dire offert à des conditions favorables aux investissements créateurs d’emplois et très dissuasives lorsqu’il s’agit d’opérations spéculatives. C’est le moment de pousser ce type d’exigences en rupture avec les règles libérales en vigueur.

Les autres points forts de Gauche unitaire européenne ?

FW : Je crois pouvoir dire que nous avons également gagné une reconnaissance très large dans bien d’autres domaines : le féminisme (notamment avec le réseau européen IFE ainsi que « Que choisir » de Gisèle Halimi) ; l’environnement (sur le climat, l’eau, la protection contre les produits chimiques dangereux...) ; la défense de l’agriculture paysanne et de la souveraineté alimentaire ; la solidarité avec les migrants (par exemple, dans le cadre de la formidable mobilisation contre la "Directive de la honte").
Nous sommes incontestablement le groupe de référence sur la défense des droits fondamentaux du peuple palestinien ; la solidarité avec l’Afrique et les nouvelles démocraties d’Amérique latine, ou encore l’opposition à la guerre et à la militarisation de l’Union européenne.

Gauche unitaire européenne a aussi incarné l’opposition au libéralisme ?

FW : L’opposition de gauche aux traités libéraux européens est franchement l’apanage exclusif de notre groupe ! Hier, cela nous valait parfois le quolibet de « mouton noir ». Aujourd’hui, on nous invite à de passionnants « face à face » avec des experts financiers de renom beaucoup moins « sûrs d’eux et dominateurs » que naguère... Puissent les gens qui aspirent à « changer d’Europe » mesurer combien c’est le moment de renforcer le courant que nous représentons !

(Source: Communiste)

 

L'Union européenne va-t-elle libéraliser les services sociaux à la personne ?

La campagne électorale en vue des élections européennes du 7 juin prochain doit être l'occasion de poser toutes les questions, et si possible, d'obtenir...toutes les réponses. drapeau_europ_en.jpgOn sait qu'en France, tout ce qui est public est désormais menacé. Le Front de Gauche a dénoncé la menace qui pèse dans l'Union europénne sur les Services Sociaux d'Intérêt Général (SSIG) à la personne.

(Communiqué AFP). Les SSIG (logement social, aide à l'enfance, aide aux personnes en difficulté) sont sous la menace d'une bombe à retardement car ils pourraient être soumis aux mêmes règles de concurrence que n'importe quelle entreprise privée, a affirmé lors d'une conférence de presse Francis Wurtz, eurodéputé et président du groupe GUE/GNL au Parlement européen.

Selon M. Wurtz, depuis trois ans, la Commission européenne refuse de répondre à la demande d'une directive permettant de mettre ces services à l'abri des règles du marché.

Le moment nous semble approprié pour ouvrir ce débat publiquement, a-t-il déclaré, en raison de la proximité des élections européennes et dans la perspective de la transposition dans le droit français de la directive Bolkestein (sur la libéralisation des services dans l'Union européenne).

Insécurité juridique.PENTAX Image

L'eurodéputé a rappelé qu'un amendement permettant l'exclusion de ces services sociaux de la directive Bolkestein avait été voté en février 2006 par les parlementaires européens.

Mais une insécurité juridique menace ces services qui peuvent être remis en cause par le biais du droit communautaire, selon lui.

En période de crise il est légitime de se demander s'il fallait laisser chacun face à une paupérisation ou ne pas plutôt relancer les services de protection sociaux, a estimé Raquel Garrido (PG), tête de liste du Front de Gauche en Ile-de-France pour les européennes.

Sur ces questions comme sur tous les sujets concernant l'Europe, n'hésitez-pas à réagir, sur le lien les élections vues par les blogueurs

 

Commission européenne Tout le pacte, rien que le Pacte

obj00292.jpg Francis WURTZ, Président du groupe GUE-NGL au Parlement européen, à propos du « Plan de relance » présenté par la Commission européenne, le 26 novembre :

« Nous avons exclu tout plan de relance européen » : ainsi parlait Monsieur Jean-Claude Junker, Président de l’Eurogroupe, le 14 septembre dernier - ajoutant même avec une singulière désinvolture qu’après la mobilisation de 2000 milliards d’euros pour soutenir les banques, il n’y avait plus d’argent ! Cette position intenable vient de craquer, avec l’annonce, par la Commission européenne, d’un plan de relance de 200 milliards d’euros.

A la même époque, le ton était tout aussi comminatoire au sujet du Pacte de stabilité : tout le pacte, rien que le pacte ! Ce tabou-là vient également de sauter. Le principe de réalité s’est imposé aux gardiens des dogmes. Pendant deux ans, la règle abstraite des 3% sera, de fait, suspendue, même si les intégristes de l’exécutif communautaire s’en défendent et continuent d’exiger que, parallèlement au plan de relance, les « réformes » visant à « assainir » les finances publiques, se poursuivent. Quant au sacro-saint régime des « aides d’Etat » - pilier de la politique de concurrence de la Commission - il vient, lui aussi, d’être assoupli.

C’est là que réside la nouveauté du « Plan » de Bruxelles. Car, concernant le choix des mesures et leur mode de financement, la Commission européenne se contente, pour l’essentiel, de s’en remettre aux Etats-membres - qui, la plupart du temps, ne l’ont d’ailleurs pas attendu pour agir. Aucune directive n’est donnée, ni même aucune recommandation n’est faite aux Etats de veiller à ce que l’argent mobilisé serve bien l’emploi et le pouvoir d’achat des Européens - ce qui supposerait l’institution d’un droit d’intervention des salariés dans le suivi concret de la mise en œuvre de ce plan.

Le seul instrument européen sollicité - en dehors de l’utilisation d’un reliquat budgétaire représentant nettement moins de 10% de l’enveloppe globale - est la Banque européenne d’investissements (BEI) qui devra mettre un peu plus tôt que prévu 15 milliards d’euros de crédits à la disposition des PME, sur deux années. Cet aspect du plan méritera une attention particulière.

Il existe, en effet, un précédent intéressant qui mériterait d’être renouvelé. En 1992-93, la BEI fut exceptionnellement autorisée à financer des baisses de taux d’intérêt permettant de soulager les PME du poids insupportable des charges financières liées au crédit - et ce en fonction du nombre d’emplois créés.

Un contrôle accompagnait ce dispositif financier afin de s’assurer de la création effective de ces emplois. Le résultat fut concluant. Tout plaide donc pour le renouvellement d’une telle démarche.

Aucun effort ne doit être épargné face aux très graves dangers que la récession fait planer sur l’emploi. A commencer par les secteurs les plus touchés, comme l’automobile ou le bâtiment. Le dernier mot reviendra au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement qui clôturera la présidence française de l’Union européenne, à la mi-décembre. D’ici-là, le débat peut donc s’engager.

Section communiste du PCF Avion