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Solidarité avec les populations victimes de la famine au Sahel – par Sokona Niakhaté

La crise alimentaire, que connaissent les pays du Sahel (Mauritanie, Niger, Burkina Faso, Mali, Gambie, Tchad, Sénégal), est d’une ampleur qui doit nous interpeller et nous amener à rejoindre un mouvement de solidarité internationale qui a besoin de plus de force. Nous proposerons en ce sens, le versement d’une subvention au prochain Conseil municipal. Le choix de « l’humain d’abord », nous permettra de faire face à cette situation dramatique.

Sokona NIAKHATEVous le savez c’est l’un des moteurs de mon action politique et de mon engagement associatif, moteur aussi dans la conception nouvelle que doit avoir la France avec le continent Africain pour que cesse enfin la politique néocolonialiste de la France-Afrique. Le seul choix qui permettra un processus d’émancipation à bâtir en commun afin d’en finir avec la surexploitation économique et l’obstruction politique. Pour que la France s’engage dans un partenariat d’égal à égal avec les pays africains, dans un développement centré sur le social et l’écologique, et la mise en place de conditions concrètes du fonctionnement démocratique.

C’est pourquoi, dans le cadre de ma délégation j’ai proposé que notre commune participe à ce nécessaire élan de solidarité internationale au travers d’une aide financière versée aux acteurs de la solidarité. Les prochains mois seront cruciaux pour la région.

A cause de la sécheresse (la troisième en 10 ans), le faible taux de récolte menace de la famine près de 16 millions de personnes. D’ores et déjà de 1 à 1,5 million d’enfants souffrent de malnutrition sévère. La crise s’est accélérée depuis mars et un nombre croissant de déplacés et réfugiés provoque une forte augmentation des besoins en termes d’accès à l’eau, à la nourriture et à la santé.

L’appel aux dons lancé par un grand nombre d’ONG internationales n’a recueilli pour le moment qu’un tiers des objectifs fixés pour endiguer cette catastrophe, c’est pourquoi la municipalité devra décider lors du prochain Conseil municipal d’une aide exceptionnelle d’urgence de 3000 euros, à destination de l’ONG Action contre la Faim. Action contre la Faim qui est présente sur place et très active auprès des populations victimes de la famine pour lui permettre de mener à bien ses programmes.

Cette famine nous interroge aussi fortement sur la nécessité, dans le respect des souverainetés, de la création d’un marché africain protégé qui permette un développement auto-centré et des échanges équilibrés avec le marché mondial et sortir par ce moyen de l’économie de rente et de pillage, de la dépendance aux exportations de productions industrielles des pays du Nord.

 

PÉNURIE ALIMENTAIRE - Nous accusons le capitalisme

Les causes de l’effroyable tragédie de la famine qui touche un milliard d’individus sur notre planète ne sont pas techniques.

Elles sont avant tout politiques. C’est parce que, dans ce monde capitaliste, on a fait passer le droit de faire des affaires, le droit commercial avant le droit de manger à sa faim, que nous en sommes là. Telle est la question fondamentale. Ne pas l’aborder, c’est laisser perpétrer ce crime quotidien contre l’humanité. Un certain nombre de ceux qui ont commencé à déverser un flot de bonnes paroles avec des trémolos dans la voix à la conférence mondiale pour l’alimenta­tion sont directement responsables de la montée du fléau de la famine. Nous les accusons d’avoir sciemment organisé la pénurie alimentaire pour les besoins de la spéculation et pour permettre aux États Unis de détenir l’arme alimentaire.

La mise en friche de bonnes terres, les réductions de productions, les destruc­tions orchestrées de stocks alimentaires ont bien été décidées par les instances de l’Union Européenne, de concert avec les dirigeants nord-américains et les institu­tions internationales. En même temps, ils ont obligé les paysans des pays du Sud à abandonner leur agriculture vivrière pour produire des cultures d’exporta­tion afin que leur pays puisse rembour­ser leur dette toujours grossie de taux d’intérêt exorbitants. Non contents d’organiser cette pénurie relative, les requins de la finance, échaudés par la crise du marché immobilier, se sont jetés dans la spéculation sur les denrées ali­mentaires et toutes les matières premiè­res. C’est cela qui conduit à l’actuelle flambée des prix.

Pour aboutir à des engagements précis et un calendrier pour résorber la famine, il faudrait dire sans ambiguïté que la fonc­tion de production des denrées ali­mentaires est une mission d’intérêt public. Elle ne peut donc être inscrite dans les tables de la loi du marché capi­taliste. Elle doit reconnaître l’indispen­sable souveraineté alimentaire des peu­ples. La conclusion logique d’une telle orientation serait la sortie de l’agricul­ture et de l’alimentation des obscurs marchandages internationaux de l’Orga­nisation mondiale du commerce.

Dans le même mouvement, la politique agricole européenne devrait être totale­ment refondée sur la base d’une rénova­tion du principe de préférence commu­nautaire agricole, combinée avec le lan­cement d’un vaste programme de coo­pération avec les pays du Sud pour les aider à acquérir leur autonomie agricole et alimentaire. Elle pourrait être le fer de lance d’une révolution agricole mon­diale. L’annulation de la dette des pays en difficulté, l’interdiction de la spécula­tion sur les matières premières agricoles sont impératives. Sarkozy propose le contraire. Pire : il appelle les “ fonds souverains ” à investir dans l’agriculture parce qu’ils y trouveraient selon lui “ un intérêt financier ” !

Au même moment, on apprend que le Congrès américain adopte une nouvelle loi agricole portant les subventions publiques aux grands fermiers US à 290 milliards de dollars. Il faudrait 30 mil­liards de dollars par an pour éradiquer la famine. La guerre en Irak va coûter 3 000 milliards. Il faut maintenant dire : ça suffit, et engager une vaste mobilisa­tion mondiale pour faire vivre un vérita­ble droit à l’alimentation pour toutes et tous.

Un tel objectif va de pair avec de nou­velles initiatives internationales, auda­cieuses, pour la préservation de la pla­nète et du climat. Ne pas le faire revien­drait à placer le monde et le genre humain dans une situation dangereuse.