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Précarité : un quart des étudiants touché

Selon une enquête de la Mutuelle des étudiants, les conditions de vie des étudiants se dégradent, un quart d'entre eux déclarant rencontrer des difficultés pour "joindre les deux bouts" pour leurs dépenses courantes et pour se soigner.

La précarité sociale des étudiants est aujourd'hui un véritable fait de société et la période des études n'est plus "une sorte de sas d'insouciance dorée entre l'adolescence et l'entrée dans la vie active", souligne Gabriel Szeftel, président de La Mutuelle des étudiants. Les étudiants sont 26% à déclarer avoir "rencontré de réelles difficultés pour faire face aux dépenses courantes": alimentation, loyer ou encore factures d'électricité. Ils dépendent dès lors beaucoup de leur famille puisque pour 73% des étudiants, celle-ci "constitue la principale source de revenus loin devant les aides sociales" dont bénéficient "seulement 38% des étudiants" (bourses sur critères sociaux, aide au logement, allocations familiales)". Le salariat étudiant "ne permet pas d'éviter la précarité" car près de la moitié des étudiants vit avec moins de 400 euros par mois.

En matière de santé, l'enquête témoigne d'un "accès aux soins des étudiants en recul et d'un niveau de protection sociale insuffisant": un étudiant sur cinq renonce à se soigner et de nombreux étudiants ne bénéficient pas d'un niveau de protection sociale suffisant. Seuls 32% des étudiants déclarent avoir bénéficié d'une visite médicale obligatoire, en recul puisqu'en 2008, ils étaient 59%. "Cet affaiblissement du suivi sanitaire à l'université se retrouve aussi dans l'enseignement secondaire".

Par ailleurs, près d'un tiers des étudiants montre des "signes de mal-être". Près de quatre étudiants sur 10 (38%) "ont ressenti un sentiment constant de tristesse ou de déprime dans les 12 derniers mois: perte d'intérêt pour tout, sentiment de tristesse durant toute la journée...

Enfin, près des trois quarts des étudiants ont "le sentiment d'être une génération sacrifiée". "Plus que leur propre regard sur la société, c'est bien le regard de la société sur les jeunes qui leur apparaît défavorable".

Cette troisième enquête nationale de la LMDE devait être présentée lors de son congrès qui se tient jusqu'à vendredi à Tours.

L'enquête conduite par l'Ifop a été menée auprès de 8.500 étudiants.

A lire :

--> Entretien avec Emmanuel Zemmour, président de l’Unef : « Les jeunes payent les politiques d’exclusion »

--> Ecole normale supérieure : C’est pas très Normale, ces CDD à répétition?!

 

A vos kiosques: L'Huma ce vendredi, un n° spécial contre le racisme + Appel RESF 82

Les membres du collectif antiraciste « D'ailleurs, nous sommes d'ici » sont les rédacteurs du numéro spécial de l'Humanité du vendredi 27 mai, à 24 heures de la grande manifestation du samedi 28 mai, contre le racisme, la politique migratoire du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers.

A 10 heures, ils étaient tous là pour la conférence de rédaction. Des membres de Solidaires, du collectif de sans papier de Vitry, des Amoureux au Ban Public… Une réunion chargée, propositions d’articles et de réactions furent malheureusement trop nombreuses pour les 32 pages de l’Huma du vendredi. Sans papiers, RSA, mariages gris, Guéant, éducation sans frontières… De nombreux thèmes seront abordés.

Olivier le Cour Grandmaison est enseignant chercheur en sciences politiques, est l’un des initiateur de l’appel contre le racisme, la politique d’immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers. Appel qui a donné naissance au collectif « D'ailleurs, nous sommes d'ici » rassemblant de nombreuses organisations associatives et syndicales. Tous appellent à manifester ce samedi 28 mai. A Paris, le départ est prévu à 14h à Barbès-Rochechouart. Voir la carte des autres mouvements en France.

Fannette Bonnaric et Pauline Raï font parti de l’association Amoureux au Ban Public, spécialisée dans la défense des couples franco-étrangers. Elles préparent un article sur les mariages blancs et gris.

Le collectif  « D'ailleurs, nous sommes d'ici » est également venu avec ses graphistes…

Rendez-vous dans l’Humanité de vendredi !




FÊTE DES VOISINS D’ICI ET D’AILLEURS


Ce vendredi 27 mai, participez au pique-nique dela fête des voisins d’ici et d’ailleurs


devant la Préfecture de Montauban, à partir de 18H30,

pour montrer clairement que nous sommes opposés à la politique nationale et locale menées envers les étrangers, les sans- papiers, demandeurs d'asile (cf ci-joint).

Quelques tables et chaises seront amenés. Prévoyez votre panier pour vous et pour partager repas et boisson avec nos voisins demandeurs d'asile. Amenez vos chaises....

On compte sur vous pour venir nombreux.

Amenez vendredi les pétitions que vous avez pu faire signer, il sera également  possible de signer sur place.

SUITE DE LA MOBILISATION:

Samedi 28 mai Manifestation à Toulouse 10H, place Jeanne d'Arc (cf ci-joint). Un covoiturage est prévu à 9H parking d'Eurythmie.

Mercredi 1er juin à 19h30, intervention sur le site du festival Alors Chante. Cette intervention est en cours de définition et sera mise en place en fonction du nombre de personnes sûres d'être présentes. Indiquer vendredi soir si vous êtes disponibles.

RESF 82



 

Mariage homosexuel: tollé après des propos de la députée UMP Brigitte Barèges...

La députée UMP Brigitte Barèges, membre de La Droite populaire, a provoqué un tollé mercredi en lançant, à propos d'un texte PS visant à autoriser le mariage homosexuel, "et pourquoi pas des unions avec des animaux?", avant de se rétracter, ont affirmé plusieurs de ses collègues.


  
Photographe : Eric Cabanis :: La députée UMP Brigitte Barèges à Montauban, le 14 mars 2010 photo : Eric Cabanis, AFP
Alors que la commission des Lois de l'Assemblée nationale examinait à huis clos une proposition de loi socialiste pour "ouvrir le mariage aux couples de même sexe", la députée-maire de Montauban s'est exclamée: "et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ou la polygamie ?".

Ces propos ont été entendus par plusieurs députés, comme Bruno Le Roux (PS) et George Pau-Langevin (PS), qui l'ont confirmé à l'AFP. Sollicitée par l'AFP, Mme Barèges n'avait pu être jointe en fin d'après-midi.

"Ce sont des propos honteux, ignobles, que je condamne fermement", a réagi dans la soirée le député UMP Franck Riester auprès de l'AFP.

Lors de la réunion, comme plusieurs de ses collègues PS protestaient, Mme Barèges a rétorqué qu'elle avait dit cela sur le "ton de la plaisanterie", qu'elle était personnellement "favorable à tous types de relations sexuelles entre adultes consentants" et que l'on "ne pouvait pas la suspecter d'être homophobe".

Gêné, le président de la commission des Lois Jean-Luc Warsmann (UMP) a alors suggéré de retirer les propos de la députée UMP du compte-rendu de la réunion.

La proposition de loi, qui sera discutée en séance publique à l'Assemblée nationale le 6 juin, a sans surprise été rejetée par la commission. Elle proposait que le mariage puisse être contracté "par deux personnes de sexes différents ou de même sexe".

"Un choix politique au sens le plus noble qui soit", a dit Patrick Bloche (PS) tandis que l'écologiste Noël Mamère lançait : "Ne soyez pas réactionnaires! La société est en avance par rapport au politique".

Le député UMP Etienne Blanc a pour sa part jugé qu'"avec le Pacs, de nouveaux droits ont été consentis" aux homosexuels et qu'"ils répondent suffisamment aux besoins".

 

Affaire DSK : Osez le féminisme dénonce les « idées reçues » sur le viol... In Politis!

Par Erwan Manac’h

Dans le torrent de réactions ayant suivi l’incarcération de Dominique Strauss-Kahn, l’association Osez le féminisme dénonce des déclarations « dangereuses » et de nombreuses « idées reçues ». Explications.

Dominique Strauss-Kahn, en détention provisoire et en attente de jugement, est présumé innocent. Tout le monde s’accorde à le dire, même si la tornade médiatique et politique provoquée par son interpellation, dans la nuit de samedi à dimanche, écorne forcément l’image de DSK.

 

Les vieilles recettes du FN pour relooker le capitalisme (Lu pour vous dans l'Humanité)

Par Nasser Mansouri-Guilani, responsable à la CGT des questions économiques.

Alors que le FN dévoile des éléments de politique économique, l’économiste Nasser Mansouri-Guilani montre en quoi le parti de Marine Le Pen surfe sur les peurs et prône des solutions qui remettent en question le modèle social français.

L’écart grandissant entre les promesses électorales de Nicolas Sarkozy et le bilan de son gouvernement, la dégradation de la situation du monde du travail, l’accumulation des difficultés pour la majorité des salariés, des privés d’emploi et des retraités, surtout après la crise économique et financière de 2008-2009, sont propices au développement des idées de l’extrême droite. Les propos scandaleux de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, concernant les bénéficiaires du RSA, dans la foulée de ceux de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, concernant, notamment, la présence des immigrés sur le territoire français, attestent de cette dérive dans le discours de l’extrême droite. Le Front national profite de ce contexte.

Tout en poursuivant la stratégie de son père, Marine Le Pen veut donner une image plus présentable de ce parti. Le FN cherche surtout à surfer sur les amertumes, les déceptions et les souffrances de nos concitoyens, particulièrement parmi les couches les plus défavorisées de la population. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’extrême droite procède ainsi. Et ce n’est pas la première fois non plus qu’une partie des couches sociales les plus défavorisées est séduite par des idées de l’extrême droite. À chaque fois, cette séduction a conduit au recul de la démocratie et à la régression sociale. La gestion des municipalités
par l’extrême droite en est la preuve la plus convaincante. Il est absolument nécessaire de dévoiler cette tentative de séduction du FN. L’enjeu est énorme pour les travailleurs et pour la démocratie.

  • Le FN, un parti traditionaliste?et ségrégationniste

Sur le fond, le FN demeure un parti conservateur, traditionaliste et ségrégationniste. Dans les médias, on fait beaucoup de bruits sur le «?changement d’orientation?» du FN après l’élection de Marine Le Pen à sa présidence. Mais on oublie très souvent de souligner que les fondements du programme du FN demeurent inchangés (1). ,En effet, le FN continue de penser que la «?cohésion de la nation?» repose sur quatre piliers?: la famille, l’école, l’armée et la religion. Le changement de présidence du FN n’a donc rien changé en la matière.

Par ailleurs, prétextant du «?caractère sacré de la vie?», le FN programme des reculs sociétaux importants et préconise, notamment, un référendum sur l’avortement. Rien, non plus, ne change en ce qui concerne l’approche ségrégationniste du parti d’extrême droite. Comme par le passé, le FN stigmatise les travailleurs immigrés et leur demande des efforts supplémentaires. Ainsi, le parti d’extrême droite revendique une majoration de 35?% des cotisations maladie et chômage des travailleurs immigrés. Comme par le passé, le FN mise sur les peurs?: peur des salariés?de perdre leur emploi, peur de se trouver et de rester en permanence dans la précarité ou dans le chômage, peur de l’étranger… Marine Le Pen reprend la stratégie initiée par ses prédécesseurs.

  • Des mots au gré?des circonstances

Marine Le Pen a fait beaucoup de bruits autour de son programme économique. En réalité, elle n’a pas fourni de programme digne de ce nom. Elle a simplement présenté quelques éléments au cours d’une «?conférence de presse?». Les éléments dévoilés montrent bien que Marine Le Pen poursuit totalement la démarche démagogique de son père, tant sur la forme que sur le contenu. L’agressivité verbale vis-à-vis des adversaires s’accompagne de promesses gratuites et d’une reprise plus prononcée des mots d’ordre des forces progressistes.

Comme son père, Marine Le Pen accuse indifféremment la gauche et la droite. En même temps, elle n’hésite pas à donner une «?tonalité sociale?» plus forte à ses propos, à reprendre des mots d’ordre développés et défendus par des organisations syndicales et des partis politiques de gauche, tout en s’opposant à eux. Par exemple, elle parle de la «?nationalisation de certaines banques?» sans poser aucunement la question fondamentale de la finalité des banques et celle des droits des salariés. Cela montre que le FN demeure le parti de la démagogie. Comme par le passé, ses pratiques font fi de toute honnêteté intellectuelle. Le changement de sa présidence ne modifie pas cette réalité.

Dans le discours du FN, les mots changent en fonction des circonstances, du climat politique et social, de l’audience, mais les idées demeurent inchangées. ,La reprise opportuniste des mots d’ordre des forces progressistes témoigne du fait que, dans la foulée de son père, Marine Le Pen veut profiter de la grande déception provoquée par les politiques désastreuses du gouvernement.

L’insistance sur les «?valeurs traditionnelles?» (famille, école, armée, religion, stigmatisation des immigrés, notamment d’origines africaine et asiatique…) et la reprise des mots d’ordre des forces progressistes donnent un caractère totalement incohérent et contradictoire au discours du FN.

Cela rend difficile, surtout pour le citoyen peu familier avec les mécanismes profonds du fonctionnement de l’économie, de se rendre compte des contradictions entre le discours du FN et son «?projet de société?».

  • La crise sociale?:?le terreau?de l’extrême droite

La reprise des idées et des mots d’ordre progressistes par l’extrême droite n’est pas un phénomène nouveau. Notre civilisation est en crise. Un aspect majeur de cette crise est bien l’accroissement des inégalités sociales et le développement de la précarité et de la pauvreté, y compris au sein du salariat (2). Aux yeux d’une partie de la population, particulièrement des plus défavorisés parmi lesquels un nombre croissant de travailleurs (salariés, privés d’emploi, retraités), les fortes mutations en cours provoquent un déracinement social, un désarroi devant un monde qui change trop vite, pour ainsi dire. ,Ce désarroi conduit dans certains cas à un rejet des valeurs démocratiques, à un déni de solidarités, à un repli sur soi, etc.

Ce contexte est très favorable au développement des idées de l’extrême droite, voire aux idées fascisantes. Il permet à l’extrême droite de récupérer des mots d’ordre développés par les forces progressistes. ,L’objectif de l’extrême droite est de gagner les voix des déçus, des «?laissés-pour-compte?», non pour résoudre leurs problèmes, mais pour abuser de leur confiance afin de renforcer le système d’exploitation capitaliste.

  • Le « nouveau discours social » du FN?n’est pas si nouveau

Contrairement à ce qui est souvent dit dans les médias, Marine Le Pen n’innove pas dans le domaine du discours social. En la matière, le changement de vocabulaire du FN a débuté dans les années 1990. Marine Le Pen lui donne un accent plus prononcé. Depuis pratiquement deux décennies, l’accent du FN est devenu de plus en plus «?socialisant?» au fur et à mesure que se développaient la précarité, les inégalités et l’insécurité sociale (3). Par-delà le vocabulaire, le FN ne veut pas d’une France plus solidaire?; il veut une France où les capitaux français auraient davantage de liberté pour exploiter les travailleurs français.

Jean-Richard Sulze, un théoricien de la doctrine économique du FN, par ailleurs conseiller régional du parti d’extrême droite dans le Nord-Pas-de-Calais, résume bien la philosophie du «?projet de société?» de ce parti. Ce «?projet?» demeure fondamentalement ancré dans le capitalisme national?: «?Liberté du commerce et de l’industrie à l’intérieur du pays, garantie par un État gendarme, qui lui-même sera plus protecteur vis-à-vis de l’extérieur.?» (4)

  • Un « État gendarme » pour mieux défendre?les intérêts des détenteurs de capitaux

La référence à l’«?État gendarme?» n’est pas fortuite. Il ne faut pas voir dans cette référence une quelconque rupture avec les traditions capitalistes. Contrairement aux idées reçues et largement propagées par les libéraux, le système capitaliste n’a jamais fonctionné sans État. L’intervention de l’État a toujours été indispensable pour le maintien et le développement du système capitaliste et de l’exploitation des travailleurs. Bien sûr, le contenu de l’intervention de l’État est conditionné par les luttes sociales et politiques. Ainsi, les luttes sociales en France ont donné lieu aux avancées sociales en faveur des travailleurs. Et c’est bien ces avancées-là qui sont aujourd’hui visées, tant par la droite que par le FN. En effet, le FN ne cache pas son hostilité à l’égard des forces de progrès, des forces sociales qui luttent pour défendre les intérêts des travailleurs et développer les droits sociaux. Cela explique, entre autres, l’opposition du FN au puissant mouvement social contre la réforme des retraites. Cela explique aussi et surtout son hostilité vis-à-vis de la CGT.

  • Des propositions dangereuses?pour les travailleurs

Le FN attribue, en dernière analyse, les difficultés de la France à deux facteurs principaux?: l’euro et les «?étrangers?» (soit les immigrés, soit les pays étrangers). En termes d’outil de politique économique, cette vision conduit le FN à proposer trois mesures principales?: sortie de l’euro, protectionnisme accru, préférence nationale. En attribuant les difficultés de la France à ces facteurs, le FN vise en fait à camoufler la vraie cause de nos difficultés, à savoir la stratégie de dévalorisation du travail au profit des détenteurs de capitaux.

Menée par les entreprises et soutenue par l’État, cette stratégie a surtout abouti à un développement sans précédent de la précarité et des bas salaires, à un accroissement des inégalités sociales. Elle a aussi conduit à un affaiblissement du potentiel productif du pays et au recul de la France sur la scène internationale (5).Les idées avancées par le FN ne permettent pas de remédier à ces difficultés. Au contraire, elles risquent de les aggraver.

Voyons pourquoi.

  • Sortir de l’euro,?pour mieux exploiter?les travailleurs français

La sortie de l’euro est présentée comme la pièce maîtresse des propositions économiques du FN?: l’euro sera remplacé par le franc?; un «?nouveau franc?» à parité avec l’euro serait rétabli (autrement dit, ce nouveau franc vaudrait 1?euro)?; ce franc serait ensuite dévalué de 20?% à 25?%. L’argument avancé pour défendre ces idées est la suivante?: «?Donner des marges de manœuvre au pays.?» Pour ne pas heurter les salariés qui sont constamment mis sous pression par le patronat avec l’argument de «?compétitivité?», le FN se garde bien d’utiliser cette expression. Mais en réalité, sa proposition correspond bien à la stratégie patronale de gains de compétitivité sur le dos des travailleurs.

La proposition du FN consiste bien à opérer une «?dévaluation compétitive?» avec comme seul objectif d’améliorer la «?compétitivité-prix?» des produits français. Le FN reprend donc à son compte, sans le dire explicitement, la vieille recette de dévaluation de la monnaie nationale au détriment des travailleurs.

Cette proposition provoque au moins trois effets pervers?:

1. La dévaluation signifie une dévalorisation de la valeur de la force de travail des salariés français.

Cette politique a été déjà expérimentée en France. Elle n’a jamais profité aux travailleurs. Son but principal a toujours consisté à permettre aux capitaux de préserver leurs intérêts au détriment des travailleurs.

Les dévaluations successives des années antérieures à l’introduction de l’euro n’ont pas empêché, par exemple, la hausse du chômage ni la fermeture des sites industriels.

2. La dévaluation conduit automatiquement à une hausse des prix, obérant surtout le pouvoir d’achat des salariés, des privés d’emploi et des retraités. Une dévaluation de 20?% à 25?% signifie une baisse d’au moins autant du pouvoir d’achat.

3. Enfin, la dévaluation alourdira le poids de la dette publique dont deux tiers sont détenus par les «?non-résidents?», c’est-à-dire par des sociétés et des individus installés juridiquement à l’étranger?; elle alourdira également les charges d’intérêt de la dette. Les seuls bénéficiaires seront les?détenteurs de capitaux financiers.

  • Un protectionnisme accru

Pour soi-disant mieux protéger l’intérêt national, le FN préconise, notamment, l’établissement de contingents d’importations et le rétablissement?de droits de douane. Ici aussi le FN fait fi des effets pervers d’une telle mesure?: représailles des autres pays, hausse des prix… Les exportations de la France comptent pour environ un quart de la production nationale. Inversement, un quart de ce qu’on consomme en France provient de l’étranger, soit pour la consommation directe des ménages, soit sous formes de matières premières et de produits intermédiaires utilisés par les entreprises. Il est fort possible que l’instauration des quotas d’importation conduise les autres pays à riposter.

En effet, on ne peut pas demander aux autres pays de continuer d’acheter des produits français et en même temps attendre d’eux de vendre moins de produits en France. Autrement dit, les prétendus et hypothétiques gains d’activité dus à l’instauration de quotas d’importations pourraient être annulés par les pertes potentielles d’activité liées à la baisse des exportations, qui pourrait résulter des mesures de représailles des autres pays.

De plus, l’instauration des droits de douane conduit généralement à la hausse des prix, ce qui obère le pouvoir d’achat des travailleurs.

  • Une préférence nationale?pour dédouaner?la stratégie patronale

C’est peut-être là le sommet du?cynisme et de la démagogie du FN. Selon le FN, la politique d’immigration française coûterait 40?milliards d’euros par an. Il suffirait, selon lui, de renvoyer les étrangers chez eux pour économiser cet argent et le dépenser «?utilement?». Selon Marine Le Pen, «?un étranger a vocation à rentrer chez lui s’il ne trouve pas d’emploi… Il faut réserver la protection sociale à certains, et notamment aux Français?». Cette vision cynique cherche en fait à blanchir la stratégie patronale de surexploitation des travailleurs immigrés. L’apport des travailleurs immigrés est indispensable au fonctionnement de l’économie française. De plus, les travailleurs immigrés rapportent plus aux caisses de l’État et de la Sécurité sociale qu’ils n’en reçoivent (voir la deuxième partie de la présente note).

  • Des propositions?qui remettent en cause notre « modèle social »

Les propositions du FN en matière fiscale demeurent pour l’instant trop vagues. Mais elles vont dans le sens d’une remise en cause de notre système social. Le FN évoque un système fiscal articulé autour de 5?axes?: impôts sur le revenu, sur les sociétés, sur le patrimoine, sur la consommation, droits de douane.

Ces axes ne sont pas détaillés. Dans l’état actuel des annonces, le FN viserait surtout à?:

– «?fusionner l’impôt sur le revenu, la CSG, la CRDS et les cotisations sociales salariales?». Ces impôts seraient prélevés à la source?;

– «?unifier la loi de finances et la loi de financement de la Sécurité sociale?». Il n’y aurait qu’une seule loi régissant le budget de l’État et celui de la Sécurité sociale.

Ces idées remettent en cause la logique de notre système de protection sociale.

Fusionner l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales conduit en fait à couper le lien entre le travail et la protection sociale, lien qui constitue le fondement de notre système de protection sociale. Le système de protection sociale se transformerait en système d’assistanat. De plus, une telle fusion mettra le système de protection sociale et sa gestion à la discrétion entière de l’État. Les travailleurs perdront toute possibilité d’intervention directe dans ce domaine. La protection sociale deviendra, encore plus, un facteur d’ajustement aux exigences des marchés financiers.

Les principaux bénéficiaires de telles idées sont des acteurs privés, notamment des compagnies d’assurance qui profitent déjà largement de la multiplication des restrictions budgétaires. Les principaux perdants seront donc les travailleurs, c’est-à-dire les salariés, les privés d’emploi et les retraités.

S’agissant du prélèvement à la source, il faut préciser que cette idée est défendue, notamment, par les libéraux depuis longtemps, libéraux que le FN prétend dénoncer. Le prélèvement à la source déséquilibrera davantage les rapports de forces entre l’employeur et les salariés, au détriment de ces derniers.

L’écart grandissant entre les promesses électorales de Nicolas Sarkozy et le bilan de son gouvernement, la dégradation de la situation du monde du travail, l’accumulation des difficultés pour la majorité des salariés, des privés d’emploi et des retraités, surtout après la crise économique et financière de 2008-2009, sont propices au développement des idées de l’extrême droite.

Les propos scandaleux de Laurent Wauquiez, ministre des Affaires européennes, concernant les bénéficiaires du RSA, dans la foulée de ceux de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, concernant, notamment, la présence des immigrés sur le territoire français, attestent de cette dérive dans le discours de l’extrême droite. Le Front national profite de ce contexte.

Tout en poursuivant la stratégie de son père, Marine Le Pen veut donner une image plus présentable de ce parti. Le FN cherche surtout à surfer sur les amertumes, les déceptions et les souffrances de nos concitoyens, particulièrement parmi les couches les plus défavorisées de la population. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’extrême droite procède ainsi. Et ce n’est pas la première fois non plus qu’une partie des couches sociales les plus défavorisées est séduite par des idées de l’extrême droite. À chaque fois, cette séduction a conduit au recul de la démocratie et à la régression sociale. La gestion des municipalités par l’extrême droite en est la preuve la plus convaincante.

Il est absolument nécessaire de dévoiler cette tentative de séduction du FN. L’enjeu est énorme pour les travailleurs et pour la démocratie.

NOTES

(1) Voir « Pourquoi la CGT combat l’extrême droite »,?Note économique, nº 108, mars 2007.

(2) Voir Note économique nº 131, mars-avril 2011.

(3) « Anti-utilitarisme et déterminisme identitaire »,?Sylvain Crépon, Revue du Mauss, nº 27, 2006.

(4) Revue Challenges, disponible sur?: http://www.challenges.fr/actualites/politique_economique/20110311.CHA402....

(5) Cf. « Récession sociale et récession économique?: quels liens?? Quelles réponses?? »,?Note économique, nº 120, septembre 2008.

Nasser Mansouri-Guilani

 

Résistance: l'appel de Thorens-Glières lancé

Ce week-end, des milliers de citoyens, venus de tout le pays, vont reprendre?le fameux maquis des Alpes. Rencontre avec quelques piliers du collectif Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, organisateur de ce rassemblement depuis 2007. Pour eux, il s’agit désormais de passer de l’indignation à l’alternative…(à lire: Les citoyens résistants ont rendez-vous au plateau des Glières)

Glières, 17h45. Devant la presse. Militant d’Attac Nantes, Luc Douillard avait participé à l’initiative lancée en 2004 par l’association altermondialiste afin de célébrer l’actualité, et l’avenir, du programme du Conseil national de la Résistance (CNR), à l’occasion de son 60e anniversaire. Invité par CRHA, il mesure le chemin parcouru depuis lors. « Il y a un germe qui a pris, le relais a été saisi par les Glières… On a beaucoup avancé, je me souviens qu’en 2004, la « presse nationale de qualité » comme Libération ou le Monde avait refusé de publier le texte, malgré les signatures prestigieuses [L’Humanité, en revanche, avait publié l’appel des résistants, NDLR]… Ce qui est intéressant avec le programme du CNR, c’est d’abord que c’est un programme qui a été appliqué ! Il y a aussi la méthode de délibération du CNR qui est intéressante pour la période, on devrait s’en souvenir plus : avec toutes les différences en son sein, le CNR n’est pas allé vers un affadissement, mais vers un approfondissement ! »

Thorens-Glières, 17 h30. Charles Paperon, résistant, co-président de l’ANACR Finistère qui a refusé le « diplôme d’honneur » donné par l’Elysée, tente de réconcilier tout le monde : « Au sein du CNR, nous avions des grosses différences, mais nous sommes parvenus à nous unir », rappelle-t-il.


Thorens-Glières, 17 heures. Devant la presse, les grands résistants, premiers signataires de l’appel de Thorens-Glières, brouillent un peu le message de leur affichage commun. Au cœur de la passe d’armes, «l’Europe», défendue comme horizon incontournable par Stéphane Hessel, et honnie en chœur par Léon Landini (résistant FTP-MOI à Lyon) et Pierre Pranchère (résistant FTP en Corrèze), dirigeants du Pôle de renaissance communiste en France (PRCF).

«Comme le disait de Gaulle, la France est un grand pays, il faut que nous décidions tous seuls », lance, par exemple, Léon Landini. «Vous avez tout à fait raison de dire que l’Europe telle qu’elle fonctionne va dans le mur, mais elle n’est pas la seule, toutes les sociétés vont dans le mur, répond Stéphane Hessel. Nous devons donc y résister, mais nous ne nous en sortirons pas seuls, c’est un succès de ne plus nous déchirer, mais cette Europe ainsi construite doit devenir un lieu où les valeurs du CNR ne soient plus bafouées, mais appliquées…»

 

Thorens-Glières, 15h30. Tour à tour, sur une tribune de fortune, devant une forêt de parapluies, les résistants d'hier et citoyens lisent un morceau chacun de l'appel de Thorens-Glières.

Thorens-Glières, 14h45. Débat sur les « résistances dans l’entreprise ». Après une intervention de Charles Piaget, un des leaders des « Lip », au cours de laquelle il identifie, au sein de la lutte entre l’individuel et le collectif, des représentations du « groupe » comme de la « grisaille uniforme qui fait ressortir l’originalité du héros individuel », Gérard Mordillat, écrivain et cinéaste, poursuit dans la même veine. « L’individualisme a été largement promu par les médias à partir de la fin des Trente Glorieuses. Le mentor de Thatcher disait : « La société n’existe pas, il n’y a que l’individu et sa famille. » On fait l’éloge de l’individu, mais dans le même temps, l’individu n’existe plus comme citoyen. Nous ne sommes ni en dictature ni théocratie. Mais nous ne sommes pas dans une démocratie, les voix des citoyens comptent pour quantité négligeable. L’oligarchie financière met en place quelque chose qui nous éloigne de la démocratie, et dans ce contexte, ce sont les luttes sociales qui nous parlent directement de l’organisation politique. »

  • A lire: l'appel de Thorens-Glières:

"Le 8 mars 2004, treize vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre lançaient un « Appel aux jeunes générations » dénonçant notamment « la remise en cause du socle des conquêtes sociales de la Libération ». Cette tendance régressive s’accélère dramatiquement. Nombre de citoyennes et citoyens s’en indignent. Partout la prise de conscience que les valeurs, toujours actuelles, incarnées en 1944 dans le programme du Conseil National de la Résistance (CNR), ouvrent l’espoir qu’un mieux-vivre ensemble est possible."

"Il est aujourd’hui concevable de définir un nouveau "programme de la Résistance" pour notre siècle. Au lieu de cela, le débat public qui s’annonce avec les élections de 2012 semble privilégier les manœuvres politiciennes au service d’intérêts particuliers sans traiter des causes politiques des injustices sociales, des raisons des dérégulations internationales, des origines des déséquilibres écologiques croissants. Comme en 2004, nous souhaitons que tous les citoyens, tous les partis, tous les syndicats, toutes les associations participent à l’élaboration d’un projet de société du 21e siècle en repartant du programme du CNR, Les jours heureux, adopté le 15 mars 1944. Ce programme politique constitue toujours un repère essentiel de l'identité républicaine française.

Avec l’association Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui (CRHA), nous appelons tous les partis politiques, toutes les candidates et candidats à un mandat public dans le cadre des élections présidentielle et législatives de 2012 à prendre trois engagements qui mettront réellement en application la devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité ». Lire ici la suite de l'appel de Thorens-Glières...

 

Thorens-Glières, samedi 11h30. Organisé par le collectif Citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, le week-end de débats et de prises de paroles commence dans quelques heures. Alors que, demain, c’est la montée sur le plateau des Glières, aujourd’hui, toutes les activités se déroulent à Thorens-Glières. Dans la petite ville de Haute-Savoie, les participants commencent à arriver, des quatre coins du pays. Jean-Yves, un paysan corse qui tente de créer une petite « poche de résistance » près de Vico, à l’instar de ce qui se fait aux Glières, raconte qu’il a passé la nuit à « refaire le monde » : « C’est sûr que nous, on ne risque pas de le défaire ! »

A la fenêtre d'une caravane, sur le parking, le message est on ne peut plus clair. Il synthétise un peu l'esprit des Glières, déjà retrouver les valeurs essentielles: "Liberté, égalité, fraternité! Après, nous verrons..." C'est aussi peut-être la limite du rassemblement.

 

Les citoyens résistants viennent souvent de loin. Ici, une chorale féministe en lutte, les Josettes rouges, débarquent du Havre (Seine-Maritime), en compagnie de Pierre Lebas, secrétaire de l'union locale CGT du Havre. Dans leurs bagages, ils ont pris quelques tracts pour l'anti-G8 de la semaine prochaine. Petite ironie de l'histoire, c'est lors de l'anti-G8 d'Evian en 2003 que quelques-uns des piliers hauts-savoyards du collectif Citoyens résistants d'hier et d'aujourd'hui (CRHA) avaient noué quelques liens solides...

 

Au programme, aujourd'hui, au-delà de l'appel de Thorens-Glières, une conférence sur Ambroise Croizat par Michel Etiévent, une discussion sur les "résistances dans l'entreprise" avec Gérard Mordillat, Xavier Mathieu et Charles Piaget, une autre sur la désobéissance pédagogique des instituteurs avec Alain Refalo... Des projections au cinéma avec Robert Mencherini, historien, spécialiste des réquisitions de Marseille.

  • à lire à propos de Robert Mencherini:

-->"Les grèves reconductibles ne sont pas une nouveauté sur le port de Marseille", entretien avec Robert Mencherini

-->1944: Et Aubrac lança les réquisitions à Marseille

 

Consigne impérative: "En cas de danger, appuyez sur le bouton rouge!"

 

 

 

 

 

 

 

 

A Thorens-Glières, dans l'entrée de la salle Tom Morel, du nom du chef du bataillon des Glières, un détail de l'exposition "Maquisarbres", montée avec des lycéens de Meymac (Corrèze). Sept jeunes ont fait le voyage, des maquis du Limousin à celui des Glière
 

Les propositions du PCF pour l'Ecole

Par Stéphane Bonnery, Benoît Hooge, Wilfried Lunel, Marine Roussillon

Dans plus d’une cinquantaine de débats sur le programme partagé, parmi lesquels figure notamment le forum national de Rennes, le réseau-école du PCF a fait part de ses analyses et propositions, et nous avons pris en compte des arguments formulés par les nombreux citoyens qui y ont participé.

Sans entrer dans les détails de nos multiples propositions, voici l’essentiel de ce que nous en retenons, qui a trouvé un large écho.

LE BESOIN DE PROJET

La droite casse le service public d’Éducation nationale. Dans le même temps, elle construit une autre école, au service des intérêts du capitalisme. Pour construire cette école inégalitaire, elle s’appuie sur l’insatisfaction provoquée par l’école de la République.

Celle-ci était fondée sur un compromis entre l’élévation générale du niveau des savoirs et la reproduction des inégalités sociales.

Aujourd’hui, la démocratisation est bloquée, l’école est ressentie comme productrice d’échec.

Télécharger la lettre du réseau école - Avril 2011

Nous ne pouvons donc pas nous contenter de nous opposer au projet de la droite : les exigences populaires, la crise, rendent indispensable un projet pour l’école et pour toute la société. Il ne suffit pas d’aligner des propositions « techniques » : il faut réorienter l’école et construire l’école de la réussite pour tous.

Voici quelques-unes de nos propositions qui se déclinent autour de quelques axes de projet.

UNE CULTURE SCOLAIRE COMMUNE POUR PRENDRE POUVOIR SUR LE MONDE

Les savoirs jouent un rôle croissant dans l’économie et dans la société. L’OCDE et l’Europe cherchent à accaparer ces savoirs au service du patronat et, en construisant des écoles inégalitaires, en renonçant à enseigner à tous ces savoirs de haut niveau : sélection précoce des élèves, différenciation et individualisation des parcours avec des objectifs inégaux selon les établissements.

Au contraire, nous voulons répondre aux défis de l’avenir en construisant une école qui permette l’élévation générale des acquisitions. La société en a besoin.Tous les élèves ont le droit de développer le pouvoir de penser par l’appropriation de savoirs ambitieux (contrairement au socle commun).

Les programmes doivent être repensés dans une progressivité entre les degrés, où les disciplines visent avant tout l’émancipation intellectuelle, la réflexivité sur le monde et les pratiques.

Le pouvoir du savoir pour chacun. L’école doit œuvrer à la maîtrise des choix individuels et collectifs, pour apprendre aux enfants à partager leurs différences et à construire du commun (contre les identités communautaires…).

Les mêmes programmes pour tous, c’est une condition de l’égalité. Cela nécessite un service public national, avec une nouvelle sectorisation scolaire (contrairement à la logique de transfert à l’autonomie-concurrentielle des établissements et à la marchandisation). Nous proposons des observatoires des inégalités territoriaux et paritaires. Formation commune = qualification égale. Non à l’individualisation des parcours et à l’isolement des futurs travailleurs.

UNE NOUVELLE PHASE DE DÉMOCRATISATION SCOLAIRE CONTRE LES INÉGALITÉS

Tous capable !

Tous les enfants sont capables d’apprendre ces savoirs et de progresser si l’on crée les conditions. L’échec scolaire n’est donc pas une fatalité, mais le résultat d’un choix politique. À nous de construire une école capable d’accueillir et de faire progresser tous les enfants :

• Un plan de lutte contre les inégalités sociales à l’école qui soutienne les pratiques démocratisantes (relance de la recherche en éducation et de la formation d’enseignants, développement de la formation continue, du temps donné aux enseignants pour réfléchir sur leurs pratiques). Les choix pédagogiques ne sont pas des choix techniques : si le politique n’a pas à dire comment il faut enseigner, il doit fixer des objectifs. Nous voulons en finir avec les pratiques de tri social à l’école.

• Du temps pour apprendre des savoirs plus complexes à plus d’enfants. Droit à la scolarité dès 2 ans) ; allongement du temps scolaire (au contraire des tentatives de réduction portées par les débat sur les rythmes scolaires) : scolarité obligatoire de 3 à 18 ans ; relance de la scolarité unique (élémentaire, collège) pour préparer tous les élèves à poursuivre au-delà.

• démocratisation du recrutement social des enseignants (pré-recrutements). Plan de recrutement de personnel enseignant et non-enseignant, sous statut de la fonction publique d’État, en recréant les postes supprimés et en les augmentant pour répondre aux besoins.

• Les filières professionnelles et technologiques sont à revaloriser, surtout à l’heure où elles sont menacées.Mais elles ne peuvent pas être la seule issue pour les enfants des familles populaires. La démocratisation implique qu’en amont de l’orientation, dès le plus jeune âge, il faut repenser toute l’école sur le modèle de l’élève qui n’a que l’école pour apprendre les savoirs scolaires. La grande majorité des enfants viennent de famille qui ne sont pas familières de la culture scolaire et des nouveaux savoirs de haut niveau.

Il faut cesser de renvoyer aux familles la responsabilité de la réussite scolaire : c’est pénaliser celles qui n’ont pas fait d’études et ne peuvent payer des cours privés. L’école à l’école. C’est cette transformation progressiste de l’école qui réduira le recours au privé, au périscolaire marchand et à la pression scolaire sur l’espace familial.

 

«L’insécurité est à la mode, c’est un fait».

Merci Daniel pour ce sujet


« Le père redoute ses enfants. Le fils s’estime l’égal de son père et n’a plus pour ses parents ni respect, ni crainte. Ce qu’il veut, c’est être libre. Les élèves couvrent leur professeur d’insultes. Les jeunes veulent tout de suite la place de leurs aînés; les aînés pour ne pas paraître retardataires ou despotiques, consentent à cette démission. »

Si ces propos sonnent à nos oreilles de manière familière, ils sont pourtant attribués à Platon, il y a plus de 2500 ans.



Sans remonter si loin, depuis le XIXème siècle, une partie de la classe politique et des médias ne rechigne pas à brandir à intervalle irrégulier et dans des contextes spécifiques, le "péril jeune". Les caractérisations dénigrantes et la hantise de la transgression imposent alors la figure de la délinquance juvénile, érigeant la jeunesse en menace.

La question s’inscrit donc dans une histoire longue qui tranche avec les perceptions de l’instant.

La « jeunesse coupable » est identifiée sous les monarchies censitaires et le second empire sous les traits des petits vagabonds des grandes villes (le gamin de Paris) et des nouvelles couches de migrants prolétarisés, entassés dans les faubourgs ou les quartiers pauvres ("les classes dangereuses"). Au début du XXè, la figure de l’ « apache » symbolise l’essor de la criminalité juvénile. La question disparaît avec la grande guerre pour ne ressurgir qu’aux lendemains de la suivante avec l’apparition du phénomène des « blousons noirs ». Depuis une trentaine d’années, elle se polarise sur la jeunesse immigrée de banlieue. Ces représentations alimentent une obsession sécuritaire, repérable d’un siècle à l’autre. En 1907 déjà, un reporter notait : «L’insécurité est à la mode, c’est un fait».

 

Personnage du tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple (1830) qui a inspiré à Victor Hugo le Gavroche des Misérables (1862).

  C'est avec le XIX° que la délinquance juvénile devient un objet de préoccupation spécifique. La notion d'adolescence est encore plutôt floue et l'on parle plus volontiers "d'enfants". Le regard porté sur la jeunesse s'avère très ambivalent, à l'image de la figure du gamin de Paris qui émerge et se développe alors. Héroïsé par Victor Hugo sous les traits de Gavroche, le « gamin » jouit sous sa plume d’une image très positive qui masque en fait le regard majoritairement hostile que portent les élites sur les enfants des rues. Il n'est que de lire le cruel portrait qu'en dressent les Goncourt en 1866 : « «Je n’ai jamais vu dans l’enfance une pareille fleur de fumier, une pareille coulée d’argot, une âme si flétrie, quelque chose produisant en vous une répulsion, qui va presque jusqu’à la peur – toutes les corruptions et toutes les canailleries de Paris dans un petit monstre de l’âge de la Première Communion, poussé au moral comme un sang où se seraient succédé trois générations de vérole ; un de ces enfants où tout le mal, tout le vice d’une capitale de deux millions d’hommes est en effrayante miniature.» Misérable et vagabond, le gamin doit être encadré et remis dans le droit chemin. Ce sera le rôle des maisons de corrections à la discipline stricte. Or à la fin du siècle, "le gosse des rues" supplante le gamin de Paris. Les lois scolaires adoptées par la République naissante contribuent à modifier le regard porté sur cette jeunesse qui doit être désormais prise en charge et intégrée. Les enfants des rues ne sont plus envisagés comme des voyous, mais des victimes d'un ordre social injuste. La scolarisation de masse contribue alors à faire disparaître les hordes de gamins des rues livrés à eux-mêmes. L'archétype du danger social est désormais incarné par l'adolescent, dont l'apache s"ompose comme la figure la plus menaçante à compter des années 1900.

 

 La presse populaire en plein essor impose le terme apache pour désigner les jeunes délinquants issus du milieu ouvrier, qui permet en outre de cristalliser l'anxiété d'une société industrielle en pleine mutation. Les journaux placent le fait divers à la une et donnent une large publicité aux méfaits des jeunes voyous qui opèrent en bandes, formant pour les observateurs une véritable micro- et contre-société. Né sur le pavé de Paris, l'Apache vit dans les quartiers excentrés de la capitale depuis la destruction du vieux Paris populaire par Haussmann (Belleville, la Chapelle, la Villette au Nord et à l'est, Javel, Grenelle et la Glacière au sud). Pour se faire comprendre facilement, sans éveiller les soupçons, les Apaches apprennent à jaspiner le jars, c'est-à-dire parler l’argot. Dans leurs bouches, les policiers se transforment en "roussins", les couteaux en "surins", les femmes en "gerces"... L'apache est dépeint comme un oisif qui vit des charmes de sa "gonzesse". Quand il n'est pas souteneur, il se fait voleur. Groupés en bandes, ils obéissent à un chef. La grande guerre clôt ce « moment apache » et l'angoisse sécuritaire qui l'accompagne. Il faut attendre la seconde guerre mondiale pour observer un phénomène comparable, dans un contexte néanmoins très différent.

 

 Dès son avènement, le régime de Vichy cherche en effet à encadrer « la jeunesse » en lui inculquant les principes moraux de la Révolution nationale. Ceux que l’on appelle les zazous ne se reconnaissent pas dans ce carcan strict. Citadins, et surtout parisiens, les zazous revendiquent leur liberté et se distinguent par un genre de vie susceptible de les distraire du contexte sociopolitique pesant. Agés de 18 à 25 ans, ils fréquentent les cafés du Quartier Latin et raffolent des dancings, écoutent du jazz, arborent des vestes longues et des pantalons larges (quand Vichy appelle à utiliser le tissu avec parcimonie), portent des cheveux longs. Sans remettre en cause frontalement les idées de Vichy, leur retrait assumé des affaires publiques et leur style de vie excentrique et anticonformiste les placent en porte-à-faux. Au moment où Pétain réclame un engagement de tous pour la patrie, les zazous font preuve de nonchalance et refusent de travailler, autant de pratiques sociales intolérables pour un pouvoir qui combat "l'esprit de jouissance". Initialement considérés comme des snobs ou des "fils à papas" inoffensifs, les zazous sont bientôt perçus par la presse collaborationniste comme une jeunesse dépravée à éradiquer. Une autre jeunesse, la Jeunesse populaire française, organise des expéditions punitives contre les zazous. Molestés, rasés, ils sont envoyés à la campagne pour constater sans doute que "la terre, elle, ne ment pas." Cette répression précipite le déclin du phénomène zazou.

 La paix revenue et la République restaurée, les jeunes déviants n’en continuent pas moins d’inquiéter. Dans la seconde moitié des années 1950, alors que les Trente Glorieuses assurent au pays une relative prospérité, les changements que connaît alors la société française font craindre "une crise de la jeunesse". Le 24 juillet 1959, deux groupes de jeunes provoquent des incidents dans le XVème arrondissement. Le lendemain, une bande de garçons sème la terreur dans un dancing de Bandol. Aussitôt la presse nationale fait sa Une sur les "Blousons noirs", nouveau synonyme de « mineurs délinquants ». Le phénomène inquiète et peut être relié à l'apparition d'une "culture jeune" dont les référents culturels se trouvent outre-Atlantique. Férus de rock'n'roll, ils admirent de jeunes acteurs tels le Marlon Brando de "l'équipée sauvage » ou le James Dean de "la Fureur de vivre". D’aucuns dénoncent l'influence nocive de la culture américaine sur une jeunesse en manque de repère. "... La lecture des "comics"... le goût du cinéma, de la télévision qui engendre la passivité, tout pousse le jeune vers le climat de la bande..." peut on lire dans un article du Figaro en août 1959. Armés de chaînes de vélos ou de cran d’arrêt, ces jeunes issus de la classe ouvrière, âgés de 15 à 20 ans, arborent blousons de cuir noir et jeans. Journaux et reportages télévisés se gargarisent des cas de viols collectifs, d’actes de vandalisme en marge des concerts des vedettes: (débordements après un concert de Vince Taylor à l'Olympia en 1961). Ce battage médiatique se poursuit de 1959 à 62, avant de disparaître aussi vite qu’il était apparu. Au fond, les BN forment une microsociété, refuge pour une jeunesse à la recherche de sensations, refusant le destin tout tracé de leurs parents qui triment à l’usine.

 

Les blousons noirs vivaient dans la capitale ou dans les cités qui sortent alors de terre en périphérie des grandes villes. Vingt ans plus tard, dans ces cités HLM de banlieue les troubles se multiplient, souvent à la suite de meurtres à caractère raciste ou de contrôles policiers qui dérapent. De véritables émeutes urbaines éclatent ainsi dans la banlieue lyonnaise_ aux Minguettes en 1981, à Vaulx-en-Velin en 1990_ dans l’ensemble des quartiers sensibles du territoire après la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois (93) en octobre 2005. Ces émeutes mettent en évidence les difficultés d’existence auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes, souvent issus de l’immigration. Les grands ensembles, largement dégradés depuis leur création, connaissent un processus de ghettoïsation caractérisé par la concentration des populations pauvres, majoritairement jeunes et issues de l’immigration, touchées par le chômage et la dissolution du lien social. Les difficultés économiques et d’intégration contribuent à alimenter une petite délinquance endémique fondée sur les vols avec violence, rackets, cambriolages, mais aussi l’essor du vandalisme qui revêt des formes très spectaculaires telles que les « rodéos », incendies volontaires de véhicules et de biens publics. Ce phénomène préoccupant est exploité par une idéologie sécuritaire souvent teintée de racisme.

 Le 25 octobre 2005, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy répond à la salutation d’une habitante d’Argenteuil : « Vous en avez assez de cette bande de racailles… On va vous en débarrasser. »

 

Paris Match "dialogue avec ses lecteurs", en janvier 1962.

 * Au-delà des différences et du contexte forcément spécifique dans lesquels s’inscrivent les épisodes précédemment évoqués, de nombreuses permanences et similitudes peuvent être relevées. Avec le développement de l'ère médiatique, ce thème stéréotypé devient omniprésent et s'appuie sur des forfaits réels, mais largement exagérés.

Dans tous les cas précédemment mentionnés, la jeunesse des auteurs d’actes délictueux est brocardée. Le Petit Journal peut écrire en 1907 : «L’opinion publique s’émeut du nombre sans cesse croissant des jeunes criminels.[…] En aucun temps, on ne vit dans le crime pareille précocité, et il est à craindre que ce fléau ne soit pas enrayé de sitôt, car la progression est constante des crimes et délits commis par des jeunes gens. » L’assertion selon laquelle « des jeunes de plus en plus jeunes commettent des actes de plus en plus graves », a valeur d’axiome, alors qu’elle est difficilement vérifiable.

 Le grégarisme de ces « jeunesses dangereuses » alimente un sentiment de peur. Le phénomène des bandes d’apaches, de blousons noirs ou de jeunes des cités, qui se rassemblent pour en découdre en certaines occasions, inquiète des pouvoirs publics prompts à dénoncer leur violence. La plupart des affrontements opposent les bandes entre elles ou avec les forces de l’ordre. En 1902, une jeune prostituée, Amélie Elie alias Casque d'Or, est l'objet d'une lutte sanglante entre deux chefs de bandes rivales, Manda de la Courtille et Leca de Charonne, en plein Paris. En janvier 2001, deux importants groupes de jeunes banlieusards se bagarrent à la Défense, à la grande stupeur des passants. Affrontements d’autant plus anxiogènes qu’ils se déroulent hors du « cadre naturel » des bandes, les fortifs pour les uns, les cités banlieusardes pour les autres.

L’intense territorialisation de ces phénomènes constitue un autre point commun. Les rixes entre bandes ont souvent pour motif le contrôle de territoires, identifiés comme des fiefs à défendre, à coups de surin, de chaînes de vélo ou aujourd’hui d’armes à feu. L’intrusion des forces de l’ordre dans ces quartiers suscite l’ire des jeunes et expliquent qu’ils servent de cibles privilégiées. 

 L’apparition des différentes figures de la délinquance juvénile procède largement d’une surexposition médiatique. Ainsi le gamin de Paris, les blousons noirs, les apaches sont des productions multi médiatiques mobilisant toutes les formes de productions culturelles disponibles. Presse, littérature, puis cinéma et télévision abordent à loisir les traits constitutifs de ces archétypes: leurs codes, rites, argot et costumes. Les médias d’information utilisent d’ailleurs les mêmes procédés tout au long de la période en érigeant des faits divers exceptionnels en événements symptomatiques de l’époque, afin de suggérer que les mœurs se détériorent. A cet égard, les phénomènes apaches et blousons noirs relèvent en grande partie d’une construction médiatique, non pas que les faits incriminés n’existent pas, mais parce que leur description exagère considérablement le phénomène. L’enflure médiatique contribue ainsi largement à alimenter la peur du jeune. Impossible de nier pour autant l’existence de périodes de fortes tensions sociales s’accompagnant d’une aggravation objective et réelle de la délinquance juvénile.

Les délits reprochés frappent aussi par leur permanence. Il s’agit avant tout de délits mineurs. Vols et petits trafics, sont autant de modalités de survie pour le gamin de paris ou l’apache, auxquelles se greffent les attraits propres à la consommation et aux frustrations qu’elle engendre dans nos sociétés d’abondance. Ces larcins ciblent les nouveaux biens de consommation – voitures et mobylettes chez les blousons noirs, téléphones portables aujourd'hui. Des délits plus graves sont aussi commis. Ainsi on reproche aux blousons noirs de viols collectifs qui ne sont pas sans évoquer les tournantes dans les cités.

   A toutes les époques, la société alentour n’a de cesse de comprendre les raisons de la délinquance juvénile. Les autorités pointent du doigt les nouveaux médias dont l’influence pernicieuse ne fait aucun doute : théâtre de boulevard sur le gamin de Paris, cinéma et radio chez les blousons noirs, internet pour les jeunes de banlieues. Les causes de la délinquance juvénile seraient aussi à rechercher du côté d’un encadrement familial défaillant, à l’absentéisme des pères, à une éducation laxiste ou encore à l’oisiveté, « mère de tous les vices »... Les apaches vivent en marge du monde de l’usine et des charmes de leurs gonzesses. Blousons noirs et jeunes de banlieues, désoeuvrés, « tiennent les murs » en contrebas des HLM, sans chercher à travailler. La marginalisation sociale, subie ou assumée, perturbe des sociétés structurées autour du travail salarié.

 Aujourd’hui, la misère accroît les problèmes familiaux (divorces, diminution de l'autorité parentale). La mort des grandes croyances collectives affecte nos sociétés consuméristes, de plus en plus individualistes. La disparition de structures d’encadrement des jeunes, liés au militantisme politique ou syndical, la raréfaction des éducateurs, les difficultés d'adaptation de la France à la massification de l’enseignement font que, dans les quartiers populaires, les parents restent désormais souvent les seuls pour encadrer les jeunes. Autant d’éléments qui permettent sans doute de comprendre le durcissement apparent de la délinquance ces dernières années.

 Par les débats qu’elle suscite la délinquance juvénile est devenue dans nos sociétés un sujet de préoccupation prioritaire. Les périodes de tensions alimentent une surenchère sécuritaire qui évite de se poser les raisons des déviances. Ainsi le phénomène apache impose un vaste débat sur la sécurité. La presse dénonce "l'armée du crime" composée de milliers de voleurs et d'assassins. D'aucuns parlent d'une "crise de la répression". L'inefficacité de la police et le laxisme supposé de la justice seraient à l'origine du récidivisme. En 1907, le Petit Journal déplore: "Jamais les criminels n'ont été aussi précoces qu'aujourd'hui. Et, comme par un défi au bon sens, c'est à l'heure ou le manque d'éducation a supprimé pour eux toute sanction morale qu'on s'applique à adoucir les sanctions pénales et à leur enlever la dernière crainte qui leur restait: celle du gendarme." Bien sûr la réalité s'avère beaucoup plus complexe, mais l'épouvantail apache, habilement utilisé par les contempteurs d'une République encore fragile, aboutit au maintien de la peine de mort après d'âpres débats parlementaires. Aujourd’hui, les « sauvageons » et autres « racailles » stigmatisés à l’envi nourrissent une idéologie sécuritaire aux forts accents xénophobes. Quand certains proposaient de fouetter les apaches, on suggère désormais d’identifier les délinquants potentiels (sic) dès 3 ans.

 Le facteurs explicatifs de la délinquance juvénile présentés avec une certaine hauteur de vue par Robert Badinter.

 Les réponses avancées face aux jeunes déviants oscillent entre prévention et répression. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les enfants, restent soumis aux mêmes peines que les adultes. Les monarchies constitutionnelles opèrent une distinction. Des lieux spécifiques apparaissent pour prendre en charge l’ « enfance coupable » comme la prison pour mineurs de la Petite Roquette, des maisons de corrections. L’action répressive y prend le pas sur l’éducatif. En 1905, le juriste Paul Cuche aspire à transformer les colonies pénitentiaires en « véritable bagne pour enfant.» L’ordonnance de 1945 promulguée par le gouvernement provisoire rompt avec cette logique en affirmant le primat de l’éducatif sur le répressif et place cette question sous l’angle de la protection de l’enfance.

 Ci-dessous une sélection de morceaux.

L'inévitable Aristide Bruant nous propose une virée chez les apaches. La rumeur et le 3ème Oeil se chargent de donner la parole à la jeunesse "des tiéquar". Brigitte Fontaine en duo avec M ressuscite la chanson d'Andrex sur les Zazous. Quant à Renaud, il est une bande de jeune à lui tout seul (enfin c'est lui qui le dit...).

 Sources:

- Dominique Kalifa : « Crime et culture au XIXème siècle », Perrin, 2005.

- Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (dir.) «Jeunesse oblige. Histoire des jeunes en France, XIXe-XXIe siècle» (avec Ivan Jablonka), PUF, 2009.

- L'émission "Concordance des temps" (France Culture) du 3 juillet 2010: "Les bandits imberbes: délinquance juvénile et angoisse sociale". Jean-Noël Jeanneney reçoit Jean-Jacques Yvorel.

- Jean-Jacques Yvorel: "Le plus grand danger social, c'est le danger imberbe" (La vie des idées.fr).

- Bruno Icher: "Zoot alors", Libération du 14 août 2010.

- Dossier "Chantons sous l'occupation" du Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon.

- Deux posts que nous avons consacré aux apaches sur l'histgeobox (via les chansons de Bruant).

 Liens:

- Jean-Pierre Trescol propose une étude de la chanson La chasse à l'enfant de Prévert et Kosma.

- Entretien avec Marwan Mohammed "De quelles bandes parle-t-on?" (Télérama.fr).

- "Enfants bagnards" (Historia).

http://mondomix.com/blogs/samarra.php/2011/04/17/le-peril-jeune
 

Philosophie: L'apocalypse capitaliste selon Slavoj Zizek

La crise finale du capitalisme sera-t-elle fatale à l'humanité?? interroge Slavoj Zizek en invitant à construire les réponses collectives capables de surmonter le traumatisme annoncé. Vivre la fin des temps, de Slavoj Zizek, Éditions Flammarion, 2011, 29 euros. 


Le capitalisme est parvenu à « un point zéro apocalyptique ». Hier encore, chez les marxistes, cela signifiait l'imminence de la révolution. Après le triomphe planétaire du capitalisme, cela sonne comme l'annonce de la fin des temps. D'ailleurs, l'affaire est encore plus grave que par le passé. À l'augmentation de la violence de classe s'ajoutent, cette fois, d'autres périls?: crise écologique, révolution biogénétique, guerres impérialistes pour les matières premières, etc.

Nous vivons donc une catastrophe, mais Zizek nous invite à y voir l'occasion d'un nouveau commencement.

Car la fin des temps, c'est aussi la possibilité du communisme. Zizek décèle l'aspiration au communisme dans le succès populaire de films comme X-Men et de séries comme Heroes. Leurs personnages sont des mutants dotés de pouvoirs spéciaux. Seuls, ils sont incapables de vivre parmi les hommes?; mais alliés et organisés, ils deviennent une force collective sans précédent, laquelle, loin de nier l'individualité, est la condition de son épanouissement.

Ce regard lucide qui décèle dans le présent ses potentialités émancipatrices n'a rien de spontané.

Il se conquiert en surmontant d'autres réactions possibles aux traumatismes du présent. Le livre de Zizek est une longue description des manières d'affronter les tragédies sociales que nous vivons. Évoquons deux de ces réactions, des plus caractéristiques. D'abord le déni, le refus d'accepter la réalité. L'utopie libérale multiculturaliste est le nom de cette réaction qui voit dans l'intolérance et les préjugés moraux des plus conservateurs les seules causes de nos maux. Nul péril réel par conséquent, seulement des manières archaïques d'appréhender la réalité nouvelle. Cependant, cette négation de la catastrophe présente participe elle-même de la catastrophe. La chasse à l'intolérance produit une société suspicieuse condamnée à voir le crime partout. N'importe quel discours peut être perçu comme du harcèlement dont on cherchera à se prémunir par le droit. Les sociétés libérales, loin de l'ambition originaire du libéralisme, croulent sous les règles légales et morales. Une autre réaction typique est la dépression, c'est-à-dire le renoncement et le repli sur soi. Si le « capitalisme du désastre » décrit par Naomi Klein peut considérer l'état de choc des populations comme des occasions de profits, c'est parce que les blessures traumatiques produisent des formes de subjectivités totalement désimpliquées du monde, incapables de s'y rapporter de manière active. Le sujet post-traumatique est le sujet à son niveau zéro, une sorte de maison vide, prête à subir, dans la passivité, la fin des temps.

Au déni et à la dépression, Zizek oppose ce mot de Mao?: «?Tout se trouve en grand désordre sous le ciel, la situation est excellente. »

A LIRE AUSSI :

Notre entretien avec Slavoj Zizek : « La logique du capitalisme conduit à la limitation des libertés »

Florian Gulli, philosophe

 

Sarkozy a un programme … !

Cela ne se sait pas. Mais M. Sarkozy et l’UMP ont déjà un programme pour les prochaines élections législatives et présidentielles. Son nom de code : « PNR 2011-2013 » (Programme national de réforme 2011- 2013). C’est ce document, toujours secret, que le gouvernement et l’Elysée sont en train de rédiger pour le déposer sur l’autel sacrificiel de la Commission de Bruxelles. Il est la cynique traduction des diktats qu’imposerait le « pacte pour l’Euro » dont M. Sarkozy lui-même et Mme Merkel sont les co-auteurs. Il s’agit d’une bombe à fragmentation contre tous les droits sociaux et humains, contre les travailleurs, avec autant de mines déposées sur le chemin de la jeunesse en quête d’avenir.


Cliquez sur cette image pour lire le texte auquel je fais référence dans mon éditorial

La casse du système des retraites est mise en exergue comme un modèle « juste, crédible et équilibré qui répond aux besoins de soutenabilité des dépenses publiques ». Aux jeunes, sont offertes comme seules perspectives les nasses de la précarité massive, alors que les entreprises qui les exploiteraient seraient encore plus exonérées de cotisations. Le cœur du projet se trouve dans l’obsession affirmée et écrite d’abaisser ce qu’ils appellent « le coût du travail ». Le pouvoir se vante auprès de la Commission de Bruxelles en ces termes : « Le gouvernement a décidé de ne pas octroyer un coup de pouce et de s’en tenir aux règles minimales de revalorisation pour la 5ème année consécutive»…« Le gouvernement a privilégié les dispositifs alternatifs (RSA, prime pour l’emploi)» ajoutant que « le renforcement des allégements généraux sur les bas salaires vise également à contenir le coût du travail ». En clair, il faut permettre au grand patronat de disposer d’une main d’œuvre de plus en plus sous-payée sur laquelle il sera toujours plus exonéré des prélèvements de solidarité que constituent les cotisations sociales.

Cette surexploitation du travail se doublera d’une peine supplémentaire : celle de l’augmentation des impôts et des taxes ; des cotisations sociales des travailleurs, des chômeurs, des retraités ; des réductions de droit à la santé et des services publics, au nom de la lutte des déficits publics que continueront de creuser les cadeaux aux plus fortunés. Et pour cadenasser la super austérité, M. Sarkozy et ses amis envisagent le dispositif quasi dictatorial d’une loi cadre, à valeur constitutionnelle, « d’équilibre des finances publiques ». Voilà bien un sujet de confrontation qui devrait normalement préoccuper les responsables politiques au moment où la crise économique et sociale en Europe prend des tours de plus en plus dramatiques, tandis que les vautours de la banque et de la finance regorgent de profits. Il n’en est rien ! Ils s’occupent à détourner les regards ailleurs.

Heureusement que partout en Europe et ici même les salariés commencent à réclamer leur dû. Ce programme antinational de contre-réformes a vocation à aller au-delà de l’élection présidentielle. Tout candidat, toute force politique prétendant améliorer la vie des gens doit dire si oui ou non il sortira notre pays de ce pacte diabolique et en appellera aux peuples européens pour élaborer enfin un pacte social de progrès humain, écologique, avec une transformation de la Banque centrale européenne, un autre Euro, un nouveau crédit, de nouveaux services publics ; la revalorisation de la rémunération du travail et des retraites et la sécurité de l’emploi.

Voilà un sujet fondamental de débat pour l’avenir. Aux citoyens d’imposer qu’il vienne sur le devant de la scène.

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Éditorial de l’Humanité – Vendredi 15 avril 2011

 

Voile intégral : quand la stigmatisation remplace la lutte contre les violences faites aux femmes (PCF)

Afin d'éviter tout risque de stigmatisation et d'éviter de nouvelles tensions et fractures au cœur de la République, Marie-George Buffet, Députée de Seine-Saint-Denis avait proposé au printemps dernier qu'un article pénalisant la dissimulation forcée du visage soit intégré dans la loi contre les violences faites aux femmes.

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L'exposé des motif à cet amendement précisait : « Sous couvert de protection des droits des femmes, le Gouvernement a déposé un projet de loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public. Le choix d'un tel véhicule législatif et non d'une article additionnel à la présente proposition de loi révèle la véritable intention du Gouvernement au travers de son texte : pointer du doigt une nouvelle fois une partie de la population de ce pays, déjà stigmatisée à l'occasion du débat sur l'identité nationale ».

Nous y sommes. Il était nécessaire, face à ce symbole d'aliénation, d'emprisonnement et de négation de la dignité des femmes, de faire prévaloir l'émancipation et non la condamnation de victimes qui feront le choix de vivre encore plus recluse. Dès ce matin, ce qui était prévisible, cette loi a donné une tribune à l'intégrisme religion qui se nourrit en l'occurrence de la dérive droitière du Gouvernement;

Olivier Dartigolles, Porte-parole du PCF

Paris, le 11 avril 2011.

 

Une torche en main... par Maurice Ulrich In l'Humanité!

Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, est comme ces incendiaires qui courent les rues une torche en main pour allumer des brasiers. Sa proximité avec Nicolas Sarkozy, dont il était, avant le remaniement, l’un des plus proches conseillers, interdit de penser que ce dernier ne lui a pas donné son aval.

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Ses propos de lundi sur le nombre de musulmans en France qui « pose problème » sont scandaleux, indignes d’un ministre, indignes de la République.

Ils jettent une lumière crue sur les buts réels du prétendu débat sur la laïcité de l’UMP, avec aujourd’hui une sorte de partage des rôles. Alors que le trouble et les doutes sur son bienfondé, que ce soit par conviction ou par opportunisme, sont réels au sein même de l’UMP et que Jean-François Copé se veut rassurant sans vraiment tromper son monde, Claude Guéant, en « croisade », manie les mots qui excluent, qui stigmatisent. Qui, à l’UMP, peut prétendre aujourd’hui qu’il ne s’agit pas de s’en prendre aux musulmans ? La provocation est devenue une stratégie d’État.

C’est un défi lancé à la démocratie. Il ne s’agit pas seulement de concourir avec le Front national sur le même terrain, mais de déporter toujours plus à droite les débats de la société française, de diviser, d’attiser les haines, avec la volonté de détourner l’attention de la politique menée. La cote du chef de l’État est au plus bas. La bataille sur les retraites de l’automne a laissé des traces durables dans l’opinion, les hausses du prix de l’énergie mettent à mal le pouvoir d’achat, aucun progrès n’est en vue en matière d’emploi, tandis que, dans la santé et dans l’éducation nationale, les personnels se mobilisent contre les suppressions de postes et les réductions budgétaires.

Alors Nicolas Sarkozy et ses fidèles recourent, de manière systématique depuis l’été dernier, à ce qui fut toujours dans l’histoire l’arme la plus abjecte des droites, la désignation de boucs émissaires. Y a-t-il le moindre rapport entre ce prétendu débat sur la laïcité et la situation générale des Français ? Ou bien, dit autrement, en quoi cette instrumentalisation des religions pourrait-elle constituer un progrès pour la société ? Instrumentalisation, oui, aussi bien des « racines chrétiennes de la France » que, précisément, de l’islam. Jean-François Copé a tenté de relativiser la réaction des responsables des six principales religions de France. Il s’est même donné le ridicule de publier une « lettre à un ami musulman ».

Mais tout le monde sait bien que les plus racistes d’entre les racistes ont un ami comme cela. Oh, Jean-François Copé jurera qu’il n’est pas raciste et c’est sans doute vrai, mais c’est pire. Il utilise le racisme à des fins politiques.

__ C’est du cynisme à l’état brut__. Évoquant un quelconque complot, Machiavel écrivait déjà en son temps : « Ainsi la religion employée à propos servit à merveille au succès de cette entreprise. » C’était là le dessein. Mais les incendiaires ont dû en rabattre. Ce qui devait être un grand débat devient une petite opération honteuse. Claude Guéant et d’autres peuvent en rajouter, apporter encore des voix au Front national dans la perspective d’une refondation complète de la droite, ils ne pourront escamoter les problèmes réels de la société française.

De ce point de vue, notre sondage sur l’éventualité d’une suppression de l’impôt sur la fortune est sans ambiguïté. Les Français ne sont pas dupes d’une mesure faite pour les riches et en premier lieu, parmi eux, les catégories populaires et les électeurs de gauche. Le cynisme du pouvoir peut être percé à jour, il en portera la tache.

Maurice Ulrich

 

LA LAICITE, UN ENJEU, par Anicet Le Pors (introdcution au débat PCF à Corbeil Essonne le 6 avril 2011)

La laïcité court aujourd’hui un grand risque de confusion, d’altération et, par là de régression.

Certains éprouvent le besoin de la qualifier de positive (Nicolas Sarkozy), ou d’ouverte (Marie George Buffet), ou encore raisonnée (Les verts) comme si elle n’était jusque-là que négative, fermée et déraisonnable.

D’autres tiennent à caractériser plusieurs laïcités en fonction des conjonctures géopolitiques : séparatiste, autoritaire, anticléricale, etc. La laïcité serait alors une notion ambivalente ( Laïcités sans frontières de Jean Baubero et Micheline Millet).

Le Front national, de son côté, en fait une argument, à contre-pied de ses fondements idéologiques, en réalité une arme contre « l’islamisation » de la société.

Après la campagne sur l’identité nationale définie cintre l’étranger, le recent colloque de l’UMP sur la laïcité poursuit le même onjectif de stignatisation d’autant plus aisément que la contre-ofensive laïque est insuffisante.

Il est donc nécessaire de faire le point sur ce concept qui émerge de notre histoire comme principe fondamental de notre société (I), qui aujourd’hui comme hier est à l’épreuve des problèmes de la société (II), mais qui dans cette épreuve également pose la question de son rôle dans la construction de la citoyenneté et l’hypothèse de son caractère universel (III)

I. L’affirmation historique du principe de laïcité

Il s’agit d’un mouvement général des sociétés qui s’inscrit, en France, dans des circonstances particulièrement significatives.

Le « désenchantemen »t du monde

L’affirmation de la laïcité comme principe s’inscrit dans l’histoire longue, pluriséculaire. Celle-ci peut être décrite comme une succession de modes de production. C’est le niveau des techniques qui prévaut dans cette analyse caractéristique de la pensée marxiste. Mais cette remarquable analyse ne nous renseigne pas sur la construction et l’évolution des droits individuels et de l’État.

Dans son ouvrage Le désenchantement du monde (qu’il faut comprendre comme la sortie de la société du monde des croyances ou des superstitions qui l’enchantaient) , Marcel Gauchet analyse le long effort des sociétés pour s’affranchir de toute vision transcendantale. Mouvement qu’il décrit comme celui de l’hétéronomie (une société sacralisée par le droit divin) vers l’autonomie (affirmation de droits de l’individus et de l’État). Son raisonnement est, en résumé, le suivant.

En premier lieu, après des siècles de dogmatisme religieux, à la fin du Moyen Âge, s’amorce la sortie de la religion, la disjonction d’avec le Ciel. La monarchie absolue tend à séculariser le pouvoir politique.

En deuxième lieu, se produit une dépossession de l’incarnation individuelle en la personne du monarque au profit de la collectivité dans le cadre du contrat social développé par Jean-Jacques Rousseau, contrat social qui conduit à une auto-construction de la personne publique remplaçant celle du monarque ; c’est l’affirmation progressive de la nation dont la souveraineté est une version de la souveraineté du peuple adossée à la continuité de la tradition.

En troisième lieu, on assiste ensuite à l’affirmation corrélative et conjointe des droits individuels et de l’État, instrument représentatif de l’entité politique qu’est la nation. Mais l’État n’est pas soluble dans les droits individuels et ces deux entités ne tardent pas à s’affronter : droits individuels contre volonté générale exprimée par la loi.

En quatrième lieu, sous l’effet de ce mouvement et du développement des forces productives, essentiellement au XIXe siècle, l’affirmation d’une historicité de la société développée pose la question de son avenir et de la façon de le construire. La dialectique de l’individuel et du collectif conduit à la dissociation de l’État et de la société et à l’intervention de catégories sociales, voire de classes ou et de masses. La prévalence recherchée de la raison nourrit l’idée d’un changement de société par la réforme ou la révolution.

En cinquième lieu, cette expérience débouche donc sur une crise de civilisation. Car l’action des masses ne s’est pas dépouillée du sacré, ce qui a conduit en leur nom à des démarches totalitaires dans l’expression de l’historicité, à la constitution de « religions séculières ». La chute des totalitarismes sape les bases de l’intérêt collectif au nom de la liberté.

L’affirmation du principe en France

Le « désenchantement » est donc une longue marche que l’on peut «baliser » dans notre histoire de France par quelques dates.

Philippe Le Bel installe en 1309 le pape Clément V en Avignon en réplique au prédécesseur de ce dernier, Boniface VIII qui prétendait affirmer la supériorité du pape sur les rois. Il s’agit là d’un acte fort de sécularisation du pouvoir politique et de séparation de l’État et de l’Église. Il institue également le Conseil d’État du roi contribuant à un clivage franc public-privé.

Pendant tout le Moyen Age l’asile était le monopole de l’Église qui pouvait l’accorder dans ses dépendances à qui elle voulait pour quelque raison que ce soit (Notre Dame de Paris de Victor Hugo) avec la possibilité d’excommunier le souverain qui portait attente à ce monopole. Mais progressivement les autorités religieuses elles-mêmes réduisirent leurs compétences en la matière et, en 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, François Ier abolit l’asile en matière civile.

Les guerres de religions vont créer de profonds bouleversements (la St Barthélemy en 1572) et poser la question des rapports de l’Église et de l’État marquées par l’Édit de Nantes en 1598 et son abrogation en 1685.

La Révolution française de 1789 constitue une étape marquante de la sécularisation du pouvoir politique avec la Constitution civile du clergé dès 1789, l’appropriation de ses biens, en dépit de la tentative de reconstitution religieuse sécularisée avec le culte de l’Etre suprême assimilé au culte de la Raison. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dispose que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Le XIXe siècle qui portera à son origine la marque du Concordat conclu avec la papauté par Napoléon et Pie VII en 1801, verra les aspirations républicaines et socialistes caractérisées par une volonté de rationalisation de la démarche émancipatrice dominée par le marxisme (Manifeste du parti communiste en 1848) tendant à dégager le mouvement social de l’imprégnation religieuse.

Et c’est ainsi que l’on parvient aux grandes lois sur la laïcité : loi du 18 mars 1880 sur la collation des grades à l’État, loi du 28 mars 1882 établissant la gratuité et l’obligation de l’enseignement sans évoquer pour autant la notion de laïcité. « La cause de l’école laïque » figurera dans la lettre de Jules Ferry aux instituteurs du 27 novembre 1883. La loi du 9 décembre1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État » posera les deux fondements de la laïcité : liberté de conscience et neutralité de l’État. Le mot c’est introduit dans la constitution qu’en 1946, Il figure dès l’art. 1er de la constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

II. La laïcité à l’épreuve des problèmes d’aujourd’hui

Il est utile, alors qu’aujourd’hui certains proposent de réformer la loi de 1905, de citer ses deux premiers articles :

« Article 1er – La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2 – La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (…) »

Une mise en oeuvre contradictoire

Jusqu’à la deuxième guerre mondiale prévaut la vigilance dans la défense des règles ainsi posées, la figure de l’enseignant de l’instruction publique, le « hussard noir » de la République, symbolisant cette posture républicaine marquée par de nombreux exemples (interdiction faite par Clemenceau aux membres du gouvernement d’être présents au Te Deum célébré à Notre Dame pour la victoire de la guerre 1914-1918).

Néanmoins les exceptions à la règle de neutralité sont nombreuses : situation concordataire de l’Alsace-Moselle, financement public des écoles privées (loi Debré du 31 décembre 1959 intégrant à l’Éducation nationale les établissements privés sous contrats d’association), jours fériés et chômes d’origine catholique, jusqu’au décret du 16 avril 2009 publiant l’accord conclu entre la République française et le Saint Siège sur la reconnaissance des grades et diplômes de l’enseignement supérieur nonobstant le monopole posé par la loi de 1880.

La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 (loi Jospin) propose- sans doute marquéee par l’esprit des événements de 1968 - une ouverture sur le monde du milieu scolaire que traduit cet alinéa de l’article 10 : « (…) Dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression. L’exercice de ces libertés ne peut porter atteinte aux activités d’enseignement. (…) »

La même année, un avis demandé au Conseil d’État par le ministre de l’Éducation nationale sur la question du port du voile islamique à l’école conduit le Conseil à préciser les conditions d’application du principe de laïcité : celui-ci est fondé à la fois sur la liberté de conscience et la neutralité de l’État. L’exercice de la liberté exclut le prosélytisme et le port de signes ostentatoiress. En cas de contradiction des principes, on a recours à la notion d’ordre public.

La laïcité et l’islam

La portée de cet avis était générale, mais en fait elle a concerné, dans l’opinion la question de l’application du principe de laïcité à la pratique le l’Islam, comme le principe avait eu à connaître antérieurement des conditions d’application vis-à-vis des autres religions. L’interdiction de signes ostentatoires ou d’actions de prosélytisme devait être mis en œuvre au cas par cas et ne pouvait faire l’objet d’une interdiction générale en vertu d’un autre principe prohibant toute interdiction de portée générale en matière de police administrative. Ainsi, il n’était pas possible d’inscrire une interdiction générale de signe ostentatoire dans un règlement intérieur d’un établissement scolaire sans trouble caractérisé au service public ou atteinte spécifiée à l’intégrité des élèves.

Cette orientation a connu de sérieuses difficultés d’application. Elle faisait en effet peser sur les chefs d’établissements la lourde responsabilité de caractériser les infractions ; ils n’ont d’ailleurs pas toujours été activement soutenus par leur administration. Les décisions des juridictions administratives ont pu apparaître contradictoires. Les efforts de la jurisprudence pour répondre aux difficultés, tout comme les dispositions coercitives de la circulaire Bayrou du 20 septembre 1994 sont apparues insuffisantes devant la revendication croissante d’une loi sur le sujet.

La commission Stasi, constituée en 2003 pour faire des propositions sur le sujet a plutôt accru la confusion. Le principe de neutralité y est abordé de manière défensive. Les exceptions au principe de laïcité sont minimisées. Il y est affirmé que le temps de la « laïcité de combat » est dépassé. Surtout le rapport ajoute aux principes de liberté de conscience et de neutralité de l’État un autre principe : la responsabilité qui lui incomberait à l’État d’assurer un traitement égal des options religieuses avec des conséquences (extension des contrats d’association, aumôneries, jours fériés pour les différentes confessions, création d’une école nationale d’études islamiques, etc. ) manifestement contraires à la loi de 1905 qui affirme que la République ne reconnaît aucun culte.

Un certain nombre d’objections pouvaient être opposées à la loi du 15 mars 2004 prohibant en milieu scolaire public le port de signes et de tenues conduisant à se faire connaître immédiatement par son appartenance religieuse (voile, kippa, grande croix …) : le risque de tirer de la référence à’un texte religieux pour fonder l’négalité femme-homme, l’aggravation de la condition sociale de jeunes filles, la multiplication des interdits. Mais une fois l’entrée en vigueur de la loi, il est plus difficile de la contester sans que cela apparaisse comme un recul de la laïcité.

La question pour autant n’a pas disparu de l’espace public. Elle s’est déplacée avec la question du « voile intégral », niqab ou burqa en dépit du caractère très minoritaire de ces manifestations. La loi du 10 octobre 2010 a interdit la dissimulation du visage de l’espace public. Le traitement par la loi de cette question est critiquable : on ne combat un obscurantisme que par la contestation idéologique et politique, la stigmatisation du monde musulman est inévitable et contrarie l’expression de la laïcité en son sein, il s’agit à l’évidence d’une manipulation politique pour brouiller le clivage droite-gauche par le moyen d’une excitation passionnelle.

Dans le même temps des solutions pacifiques sont généralement trouvées concernant : les carrés musulmans dans les cimetières, les abattages rituels, les lieux de culte, etc.

La laïcité en difficulté

Les problèmes rencontrés aujourd’hui par la laïcité ne sauraient se réduire à ses relations avec l’islam dont on peut penser qu’ils servent même à occulter une véritable offensive contre cette spécificité de l’identité nationale. La situation est aggravée par un certain désarroi des forces laïques affectées par la confusion précédemment relevée.

L’inspiration de l’offensive anti-laïque est clairement affichée par nombre de déclarations du président de la République et notamment celle de Latran du 20 décembre 2007 : « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, car il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

La représentativité officiellement reconnue à certaines organisations confessionnelles (CRUF, UOIF) est contraire à la loi de 1905 . L’instrumentalisation de la laïcité par le Front national, par le discrédit qu’elle risque de faire subir au concept, est de nature à faire le jeu des communautarismes ethniques et religieux anti-laïques ; elle vient objectivement à l’appui de la démarche sarkozyste. La campagne sur l’identité nationale ostensiblement dirigée contre l’étranger avait le même but.

Les atteintes à la laïcité sont aussi financières. Depuis longtemps l’enseignement privé sous contrat a reçu d’importants soutiens financiers. Dans la dernière période, on peut aussi citer : la loi Carle de 2009 qui a fait obligation aux maires de financer la scolarité d’enfants souhaitant s’inscrire dans des établissements scolaires privés hors de la commune ; la RGPP épargne les établissements privés sous contrat qui représentent 17 % des postes mais ne connaîtront que 10 % des réductions.

La laïcité est également en danger en raison de la faiblesse des réactions des forces qui lui sont traditionnellement attachées, expression d’un désarroi dans la situation actuelle de perte des repères. Les rapports Stasi et Machelon (appelant au soutien des cultes de l’Islam et de l’Église évangélique) ont été faiblement contestés. Un groupe de travail du Haut Conseil à l’intégration est actuellement à la recherche d’un consensus républicain « a minima ».

Mais c’est surtout du côté des collectivités territoriales que se produisent les « dérapages » les plus importants. Déjà un projet gouvernemental d’élargissement du financement des établissements religieux par les collectivités territoriales avait été avancé 1993, aussitôt mis en échec par une décision du Conseil constitutionnel et une manifestation de plus d’un million de personnes à Paris le 16 janvier 1994. Aujourd’hui, des financements publics multiples reposent sur deux confusions volontairement entretenues. D’une part l’assimilation du culturel au cultuel, notamment lorsqu’ils coexistent en un même lieu. D’autre part en interprétant la disposition de l’article 1er de la loi de 1905 : « L’a République … garantit le libre exercice des cultes … », comme une obligation de moyens de l’État, nonobstant l’article 2 qui écarte toute subvention à un culte. Ces pratiques sont illégales et ceux qui les approuvent et les soutiennent en votant les crédits correspondants justifient, par là, la proposition de ceux qui veulent modifier la loi de 1905 afin de légaliser de telles pratiques inadmissibles. Il y a donc nécessité de réaffirmer les bases du combat laïque.

III. La laïcité, du pacte républicain à la vocation universelle

Les questions qui se posent aujourd’hui sont, d’une part celle de la place de la laïcité dans la formation de la citoyenneté telle qu’elle s’est forgée en France au cours de notre histoire, d’autre part de savoir si cette conception peut prétendre à l’universalité

La laïcité composante majeure de la citoyenneté

Rien ne justifie aujourd’hui que l’on affaiblisse ou que l’on renonce aux deux piliers de la laïcité : liberté de conscience et neutralité de l’État.

Mais le principe de laïcité peut aussi être considéré comme une composante de la citoyenneté, mais on peut tout autant le regarder comme inspirant la totalité de la problématique de la citoyenneté. La laïcité a un caractère « transversal », tant en ce qui concerne les valeurs, les moyens et la dynamique de la citoyenneté.

Il n’y a pas de citoyenneté sans valeurs reconnues par la communauté des citoyens.

La laïcité est évidemment au cœur de notre conception de l’intérêt général déterminé par le débat démocratique, du service public théorisé en France dès la fin du XIXe siècle, de la fonction publique dont le statut s’est explicitement fondé sur des principes républicains.

Elle suppose l’égalité des citoyens. C’est la laïcité qui fonde l’extraction des citoyens de tous les particularismes communautaires établis notamment sur l’ethnie ou la religion, l’égalité homme-femme, le modèle d’intégration sur la base du droit du sol et non du sang. Il est juste que la France n’ait pas signé la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (avis du Conseil d’État du 6 juillet 1995) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (avis du Conseil constitutionnel du 15 juin 1999).

Elle est au cœur de l’éthique de responsabilité en affirmant que les règles de la morale sociale ne relèvent ni d’un ordre naturel ni d’une transcendance, mais de la seule volonté des citoyennes et des citoyens.

Il n’y a pas de citoyenneté sans exercice effectif doté des moyens nécessaires.

La laïcité a évidemment joué un grand rôle dans le passage du sujet au citoyen et la définition de son statut individuel avec ses droits et ses devoirs. Elle favorise la prise en compte des dimensions économiques et sociales dans ce statut et le recours à la justice sociale plutôt qu’à l’assistance.

L’exercice de la démocratie locale conduit nécessairement à faire référence à la loi Falloux, aujourd’hui formellement abrogée depuis 2000. Je veux néanmoins rappeler la décision du Conseil constitutionnel du 13 janvier 1994 considérant notamment « qu’un financement plus libre des établissements privés par les collectivités territoriales est contraire au principe d’égalité et qu’il risquerait de mettre, dans certaines communes, les établissements privés dans une situation plus favorable que les écoles publiques, ce qui serait contraire à la laïcité en France ». Ce qui n’a pas empêché la manifestation mémorable du 16 janvier de la même année réunissant un million de personnes à Paris.

La laïcité est évidemment partie prenante des institutions. J’ai rappelé à ce sujet l’article Ier de la constitution, mais aussi les exceptions nombreuses au principe de laïcité et le comportement des plus hautes autorités de l’État, notamment le discours de Latran du président de la République.

La laïcité joue un grand rôle dans la dynamique de la citoyenneté

Elle est inévitablement évoquée dans la crise en relation avec la relativisation de l’État-nation, la dénaturation de la notion de classe, les transformations spatiales, l’évolution des mœurs et l’affaiblissement des idéologies messianiques. La crise a néanmoins l’aspect positif de renvoyer la responsabilité d’une recomposition vers le citoyen. Car la laïcité c’est aussi l’apprentissage de la tolérance et l’exercice de l’esprit critique. D’àù l’idée de « génome de citoyenneté » que je développe dans mon, Que sais-je ? sur « La citoyenneté »

Cette dynamique s’inscrit aujourd’hui dans un contexte international et mondia comme en ont témoigné, il faut le dire à notre surprise heureuse, les soul§vements de Tunisie et d’Égypte.

La laïcité a-t-elle vocation à l’universalité ?

L’émergence de dimensions transnationales de la citoyenneté défie le principe de laïcité, la France étant le seul pays à le mentionner formellement dans sa loi suprême, même si des dispositions peuvent être regardées comme équivalentes dans certaines constitutions (Portugal, par exemple).

Le débat sur les racines chrétiennes de l’Union au moment de l’élaboration de la Charte des doits fondamentaux a traduit une inclination en faveur du maintien d’une imprégnation religieuse. L’un des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme indique que la liberté de religion représente « l’une des assises d’une société démocratique ».

Si la notion de laïcité est peu présente dans les textes et que les relations entre les États et les églises soient d’une extrême diversité (séparation, concordats, églises officielles) on assiste dans l’Union européenne à une convergence progressive des règles : non-intervention de l’État, liberté religieuse, pas d’interférence juridique.

La problématique des droits de l’homme incline davantage à la reconnaissance des libertés de la personne qu’à celle de la neutralité des instances publiques qui présentent aujourd’hui de fortes inégalités quant à leurs rapports avec les religions. Elle invite néanmoins à combattre les discriminations.

La charte des Nations Unies ne mentionne pas expressément le principe de laïcité, mais elle bannit toute discrimination fondée sur la race, le sexe, la langue ou la religion et fonde la coopération internationale en son article 55 sur « le respect universel et effectif des Droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous «

Il reste toutefois, qu’à l’évidence, la laïcité serait de nature à créer les condition de résolution s de nombreux conflits dans le monde (Balkans, Moyen-Orient, Afrique, etc.). C’est donc aussi un enjeu important de la mondialisation.

Corbeil-Essonne, PCF, 6 avril 2011

La laïcité, un enjeu !

La laïcité court aujourd’hui un grand risque de confusion, d’altération et, par là de régression.

Certains éprouvent le besoin de la qualifier de positive (Nicolas Sarkozy), ou d’ouverte (Marie George Buffet), ou encore raisonnée (Les verts) comme si elle n’était jusque-là que négative, fermée et déraisonnable.

D’autres tiennent à caractériser plusieurs laïcités en fonction des conjonctures géopolitiques : séparatiste, autoritaire, anticléricale, etc. La laïcité serait alors une notion ambivalente ( Laïcités sans frontières de Jean Baubero et Micheline Millet).

Le Front national, de son côté, en fait une argument, à contre-pied de ses fondements idéologiques, en réalité une arme contre « l’islamisation » de la société.

Après la campagne sur l’identité nationale définie cintre l’étranger, le recent colloque de l’UMP sur la laïcité poursuit le même onjectif de stignatisation d’autant plus aisément que la contre-ofensive laïque est insuffisante.

Ol est donc nécessaire de faire le point sur ce concept qui émerge de notre histoire comme principe fondamental de notre société (I), qui aujourd’hui comme hier est à l’épreuve des problèmes de la société (II), mais qui dans cette épreuve également pose la question de son rôle dans la construction de la citoyenneté et l’hypothèse de son caractère universel (III)

I. L’affirmation historique du principe de laïcité

Il s’agit d’un mouvement général des sociétés qui s’inscrit, en France, dans des circonstances particulièrement significatives.

Le « désenchantemen »t du monde

L’affirmation de la laïcité comme principe s’inscrit dans l’histoire longue, pluriséculaire. Celle-ci peut être décrite comme une succession de modes de production. C’est le niveau des techniques qui prévaut dans cette analyse caractéristique de la pensée marxiste. Mais cette remarquable analyse ne nous renseigne pas sur la construction et l’évolution des droits individuels et de l’État.

Dans son ouvrage Le désenchantement du monde (qu’il faut comprendre comme la sortie de la société du monde des croyances ou des superstitions qui l’enchantaient) , Marcel Gauchet analyse le long effort des sociétés pour s’affranchir de toute vision transcendantale. Mouvement qu’il décrit comme celui de l’hétéronomie (une société sacralisée par le droit divin) vers l’autonomie (affirmation de droits de l’individus et de l’État). Son raisonnement est, en résumé, le suivant.

En premier lieu, après des siècles de dogmatisme religieux, à la fin du Moyen Âge, s’amorce la sortie de la religion, la disjonction d’avec le Ciel. La monarchie absolue tend à séculariser le pouvoir politique.

En deuxième lieu, se produit une dépossession de l’incarnation individuelle en la personne du monarque au profit de la collectivité dans le cadre du contrat social développé par Jean-Jacques Rousseau, contrat social qui conduit à une auto-construction de la personne publique remplaçant celle du monarque ; c’est l’affirmation progressive de la nation dont la souveraineté est une version de la souveraineté du peuple adossée à la continuité de la tradition.

En troisième lieu, on assiste ensuite à l’affirmation corrélative et conjointe des droits individuels et de l’État, instrument représentatif de l’entité politique qu’est la nation. Mais l’État n’est pas soluble dans les droits individuels et ces deux entités ne tardent pas à s’affronter : droits individuels contre volonté générale exprimée par la loi.

En quatrième lieu, sous l’effet de ce mouvement et du développement des forces productives, essentiellement au XIXe siècle, l’affirmation d’une historicité de la société développée pose la question de son avenir et de la façon de le construire. La dialectique de l’individuel et du collectif conduit à la dissociation de l’État et de la société et à l’intervention de catégories sociales, voire de classes ou et de masses. La prévalence recherchée de la raison nourrit l’idée d’un changement de société par la réforme ou la révolution.

En cinquième lieu, cette expérience débouche donc sur une crise de civilisation. Car l’action des masses ne s’est pas dépouillée du sacré, ce qui a conduit en leur nom à des démarches totalitaires dans l’expression de l’historicité, à la constitution de « religions séculières ». La chute des totalitarismes sape les bases de l’intérêt collectif au nom de la liberté.

L’affirmation du principe en France

Le « désenchantement » est donc une longue marche que l’on peut «baliser » dans notre histoire de France par quelques dates.

Philippe Le Bel installe en 1309 le pape Clément V en Avignon en réplique au prédécesseur de ce dernier, Boniface VIII qui prétendait affirmer la supériorité du pape sur les rois. Il s’agit là d’un acte fort de sécularisation du pouvoir politique et de séparation de l’État et de l’Église. Il institue également le Conseil d’État du roi contribuant à un clivage franc public-privé.

Pendant tout le Moyen Age l’asile était le monopole de l’Église qui pouvait l’accorder dans ses dépendances à qui elle voulait pour quelque raison que ce soit (Notre Dame de Paris de Victor Hugo) avec la possibilité d’excommunier le souverain qui portait attente à ce monopole. Mais progressivement les autorités religieuses elles-mêmes réduisirent leurs compétences en la matière et, en 1539, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, François Ier abolit l’asile en matière civile.

Les guerres de religions vont créer de profonds bouleversements (la St Barthélemy en 1572) et poser la question des rapports de l’Église et de l’État marquées par l’Édit de Nantes en 1598 et son abrogation en 1685.

La Révolution française de 1789 constitue une étape marquante de la sécularisation du pouvoir politique avec la Constitution civile du clergé dès 1789, l’appropriation de ses biens, en dépit de la tentative de reconstitution religieuse sécularisée avec le culte de l’Etre suprême assimilé au culte de la Raison. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dispose que « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Le XIXe siècle qui portera à son origine la marque du Concordat conclu avec la papauté par Napoléon et Pie VII en 1801, verra les aspirations républicaines et socialistes caractérisées par une volonté de rationalisation de la démarche émancipatrice dominée par le marxisme (Manifeste du parti communiste en 1848) tendant à dégager le mouvement social de l’imprégnation religieuse.

Et c’est ainsi que l’on parvient aux grandes lois sur la laïcité : loi du 18 mars 1880 sur la collation des grades à l’État, loi du 28 mars 1882 établissant la gratuité et l’obligation de l’enseignement sans évoquer pour autant la notion de laïcité. « La cause de l’école laïque » figurera dans la lettre de Jules Ferry aux instituteurs du 27 novembre 1883. La loi du 9 décembre1905 « concernant la séparation des Églises et de l’État » posera les deux fondements de la laïcité : liberté de conscience et neutralité de l’État. Le mot c’est introduit dans la constitution qu’en 1946, Il figure dès l’art. 1er de la constitution de 1958 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».

II. La laïcité à l’épreuve des problèmes d’aujourd’hui

Il est utile, alors qu’aujourd’hui certains proposent de réformer la loi de 1905, de citer ses deux premiers articles :

« Article 1er – La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Article 2 – La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. (…) »

Une dénaturation du concept

Jusqu’à la deuxième guerre mondiale prévaut la vigilance dans la défense des règles ainsi posées, la figure de l’enseignant de l’instruction publique, le « hussard noir » de la République, symbolisant cette posture républicaine marquée par de nombreux exemples (interdiction faite par Clemenceau aux membres du gouvernement d’être présents au Te Deum célébré à Notre Dame pour la victoire de la guerre 1914-1918).

Néanmoins les exceptions à la règle de neutralité sont nombreuses : situation concordataire de l’Alsace-Moselle, financement public des écoles privées (loi Debré du 31 décembre 1959 intégrant à l’Éducation nationale les établissements privés sous contrats d’association), jours fériés et chômes d’origine catholique, jusqu’au décret du 16 avril 2009 publiant l’accord conclu entre la République française et le Saint Siège sur la reconnaissance des grades et diplômes de l’enseignement supérieur nonobstant le monopole posé par la loi de 1880.

La loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989 (loi Jospin) propose- sans doute marquéee par l’esprit des événements de 1968 - une ouverture sur le monde du milieu scolaire que traduit cet alinéa de l’article 10 : « (…) Dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression. L’exercice de ces libertés ne peut porter atteinte aux activités d’enseignement. (…) »

La même année, un avis demandé au Conseil d’État par le ministre de l’Éducation nationale sur la question du port du voile islamique à l’école conduit le Conseil à préciser les conditions d’application du principe de laïcité : celui-ci est fondé à la fois sur la liberté de conscience et la neutralité de l’État. L’exercice de la liberté exclut le prosélytisme et le port de signes ostentatoiress. En cas de contradiction des principes, on a recours à la notion d’ordre public.

La laïcité et l’islam

La portée de cet avis était générale, mais en fait elle a concerné, dans l’opinion la question de l’application du principe de laïcité à la pratique le l’Islam, comme le principe avait eu à connaître antérieurement des conditions d’application vis-à-vis des autres religions. L’interdiction de signes ostentatoires ou d’actions de prosélytisme devait être mis en œuvre au cas par cas et ne pouvait faire l’objet d’une interdiction générale en vertu d’un autre principe prohibant toute interdiction de portée générale en matière de police administrative. Ainsi, il n’était pas possible d’inscrire une interdiction générale de signe ostentatoire dans un règlement intérieur d’un établissement scolaire sans trouble caractérisé au service public ou atteinte spécifiée à l’intégrité des élèves.

Cette orientation a connu de sérieuses difficultés d’application. Elle faisait en effet peser sur les chefs d’établissements la lourde responsabilité de caractériser les infractions ; ils n’ont d’ailleurs pas toujours été activement soutenus par leur administration. Les décisions des juridictions administratives ont pu apparaître contradictoires. Les efforts de la jurisprudence pour répondre aux difficultés, tout comme les dispositions coercitives de la circulaire Bayrou du 20 septembre 1994 sont apparues insuffisantes devant la revendication croissante d’une loi sur le sujet.

La commission Stasi, constituée en 2003 pour faire des propositions sur le sujet a plutôt accru la confusion. Le principe de neutralité y est abordé de manière défensive. Les exceptions au principe de laïcité sont minimisées. Il y est affirmé que le temps de la « laïcité de combat » est dépassé. Surtout le rapport ajoute aux principes de liberté de conscience et de neutralité de l’État un autre principe : la responsabilité qui lui incomberait à l’État d’assurer un traitement égal des options religieuses avec des conséquences (extension des contrats d’association, aumôneries, jours fériés pour les différentes confessions, création d’une école nationale d’études islamiques, etc. ) manifestement contraires à la loi de 1905 qui affirme que la République ne reconnaît aucun culte.

Un certain nombre d’objections pouvaient être opposées à la loi du 15 mars 2004 prohibant en milieu scolaire public le port de signes et de tenues conduisant à se faire connaître immédiatement par son appartenance religieuse (voile, kippa, grande croix …) : le risque de tirer de la référence à’un texte religieux pour fonder l’négalité femme-homme, l’aggravation de la condition sociale de jeunes filles, la multiplication des interdits. Mais une fois l’entrée en vigueur de la loi, il est plus difficile de la contester sans que cela apparaisse comme un recul de la laïcité.

La question pour autant n’a pas disparu de l’espace public. Elle s’est déplacée avec la question du « voile intégral », niqab ou burqa en dépit du caractère très minoritaire de ces manifestations. La loi du 10 octobre 2010 a interdit la dissimulation du visage de l’espace public. Le traitement par la loi de cette question est critiquable : on ne combat un obscurantisme que par la contestation idéologique et politique, la stigmatisation du monde musulman est inévitable et contrarie l’expression de la laïcité en son sein, il s’agit à l’évidence d’une manipulation politique pour brouiller le clivage droite-gauche par le moyen d’une excitation passionnelle.

Dans le même temps des solutions pacifiques sont généralement trouvées concernant : les carrés musulmans dans les cimetières, les abattages rituels, les lieux de culte, etc.

La laïcité en difficulté

Les problèmes rencontrés aujourd’hui par la laïcité ne sauraient se réduire à ses relations avec l’islam dont on peut penser qu’ils servent même à occulter une véritable offensive contre cette spécificité de l’identité nationale. La situation est aggravée par un certain désarroi des forces laïques affectées par la confusion précédemment relevée.

L’inspiration de l’offensive anti-laïque est clairement affichée par nombre de déclarations du président de la République et notamment celle de Latran du 20 décembre 2007 : « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, car il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

La représentativité officiellement reconnue à certaines organisations confessionnelles (CRUF, UOIF) est contraire à la loi de 1905 . L’instrumentalisation de la laïcité par le Front national, par le discrédit qu’elle risque de faire subir au concept, est de nature à faire le jeu des communautarismes ethniques et religieux anti-laïques ; elle vient objectivement à l’appui de la démarche sarkozyste. La campagne sur l’identité nationale ostensiblement dirigée contre l’étranger avait le même but.

Les atteintes à la laïcité sont aussi financières. Depuis longtemps l’enseignement privé sous contrat a reçu d’importants soutiens financiers. Dans la dernière période, on peut aussi citer : la loi Carle de 2009 qui a fait obligation aux maires de financer la scolarité d’enfants souhaitant s’inscrire dans des établissements scolaires privés hors de la commune ; la RGPP épargne les établissements privés sous contrat qui représentent 17 % des postes mais ne connaîtront que 10 % des réductions.

La laïcité est également en danger en raison de la faiblesse des réactions des forces qui lui sont traditionnellement attachées, expression d’un désarroi dans la situation actuelle de perte des repères. Les rapports Stasi et Machelon (appelant au soutien des cultes de l’Islam et de l’Église évangélique) ont été faiblement contestés. Un groupe de travail du Haut Conseil à l’intégration est actuellement à la recherche d’un consensus républicain « a minima ».

Mais c’est surtout du côté des collectivités territoriales que se produisent les « dérapages » les plus importants. Déjà un projet gouvernemental d’élargissement du financement des établissements religieux par les collectivités territoriales avait été avancé 1993, aussitôt mis en échec par une décision du Conseil constitutionnel et une manifestation de plus d’un million de personnes à Paris le 16 janvier 1994. Aujourd’hui, des financements publics multiples reposent sur deux confusions volontairement entretenues. D’une part l’assimilation du culturel au cultuel, notamment lorsqu’ils coexistent en un même lieu. D’autre part en interprétant la disposition de l’article 1er de la loi de 1905 : « L’a République … garantit le libre exercice des cultes … », comme une obligation de moyens de l’État, nonobstant l’article 2 qui écarte toute subvention à un culte. Ces pratiques sont illégales et ceux qui les approuvent et les soutiennent en votant les crédits correspondants justifient, par là, la proposition de ceux qui veulent modifier la loi de 1905 afin de légaliser de telles pratiques inadmissibles. Il y a donc nécessité de réaffirmer les bases du combat laïque.

III. La laïcité, du pacte républicain à la vocation universelle

Les questions qui se posent aujourd’hui sont, d’une part celle de la place de la laïcité dans la formation de la citoyenneté telle qu’elle s’est forgée en France au cours de notre histoire, d’autre part de savoir si cette conception peut prétendre à l’universalité

La laïcité composante majeure de la citoyenneté

Rien ne justifie aujourd’hui que l’on affaiblisse ou que l’on renonce aux deux piliers de la laïcité : liberté de conscience et neutralité de l’État.

Mais le principe de laïcité peut aussi être considéré comme une composante de la citoyenneté, mais on peut tout autant le regarder comme inspirant la totalité de la problématique de la citoyenneté. La laïcité a un caractère « transversal », tant en ce qui concerne les valeurs, les moyens et la dynamique de la citoyenneté.

Il n’y a pas de citoyenneté sans valeurs reconnues par la communauté des citoyens.

La laïcité est évidemment au cœur de notre conception de l’intérêt général déterminé par le débat démocratique, du service public théorisé en France dès la fin du XIXe siècle, de la fonction publique dont le statut s’est explicitement fondé sur des principes républicains.

Elle suppose l’égalité des citoyens. C’est la laïcité qui fonde l’extraction des citoyens de tous les particularismes communautaires établis notamment sur l’ethnie ou la religion, l’égalité homme-femme, le modèle d’intégration sur la base du droit du sol et non du sang. Il est juste que la France n’ait pas signé la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (avis du Conseil d’État du 6 juillet 1995) et la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (avis du Conseil constitutionnel du 15 juin 1999).

Elle est au cœur de l’éthique de responsabilité en affirmant que les règles de la morale sociale ne relèvent ni d’un ordre naturel ni d’une transcendance, mais de la seule volonté des citoyennes et des citoyens.

Il n’y a pas de citoyenneté sans exercice effectif doté des moyens nécessaires.

La laïcité a évidemment joué un grand rôle dans le passage du sujet au citoyen et la définition de son statut individuel avec ses droits et ses devoirs. Elle favorise la prise en compte des dimensions économiques et sociales dans ce statut et le recours à la justice sociale plutôt qu’à l’assistance.

L’exercice de la démocratie locale conduit nécessairement à faire référence à la loi Falloux, aujourd’hui formellement abrogée depuis 2000. Je veux néanmoins rappeler la décision du Conseil constitutionnel du 13 janvier 1994 considérant notamment « qu’un financement plus libre des établissements privés par les collectivités territoriales est contraire au principe d’égalité et qu’il risquerait de mettre, dans certaines communes, les établissements privés dans une situation plus favorable que les écoles publiques, ce qui serait contraire à la laïcité en France ». Ce qui n’a pas empêché la manifestation mémorable du 16 janvier de la même année réunissant un million de personnes à Paris.

La laïcité est évidemment partie prenante des institutions. J’ai rappelé à ce sujet l’article Ier de la constitution, mais aussi les exceptions nombreuses au principe de laïcité et le comportement des plus hautes autorités de l’État, notamment le discours de Latran du président de la République.

La laïcité joue un grand rôle dans la dynamique de la citoyenneté

Elle est inévitablement évoquée dans la crise en relation avec la relativisation de l’État-nation, la dénaturation de la notion de classe, les transformations spatiales, l’évolution des mœurs et l’affaiblissement des idéologies messianiques. La crise a néanmoins l’aspect positif de renvoyer la responsabilité d’une recomposition vers le citoyen. Car la laïcité c’est aussi l’apprentissage de la tolérance et l’exercice de l’esprit critique. D’àù l’idée de « génome de citoyenneté » que je développe dans mon, Que sais-je ? sur « La citoyenneté »

Cette dynamique s’inscrit aujourd’hui dans un contexte international et mondia comme en ont témoigné, il faut le dire à notre surprise heureuse, les soul§vements de Tunisie et d’Égypte.

La laïcité a-t-elle vocation à l’universalité ?

L’émergence de dimensions transnationales de la citoyenneté défie le principe de laïcité, la France étant le seul pays à le mentionner formellement dans sa loi suprême, même si des dispositions peuvent être regardées comme équivalentes dans certaines constitutions (Portugal, par exemple).

Le débat sur les racines chrétiennes de l’Union au moment de l’élaboration de la Charte des doits fondamentaux a traduit une inclination en faveur du maintien d’une imprégnation religieuse. L’un des arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme indique que la liberté de religion représente « l’une des assises d’une société démocratique ».

Si la notion de laïcité est peu présente dans les textes et que les relations entre les États et les églises soient d’une extrême diversité (séparation, concordats, églises officielles) on assiste dans l’Union européenne à une convergence progressive des règles : non-intervention de l’État, liberté religieuse, pas d’interférence juridique.

La problématique des droits de l’homme incline davantage à la reconnaissance des libertés de la personne qu’à celle de la neutralité des instances publiques qui présentent aujourd’hui de fortes inégalités quant à leurs rapports avec les religions. Elle invite néanmoins à combattre les discriminations.

La charte des Nations Unies ne mentionne pas expressément le principe de laïcité, mais elle bannit toute discrimination fondée sur la race, le sexe, la langue ou la religion et fonde la coopération internationale en son article 55 sur « le respect universel et effectif des Droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous «

Il reste toutefois, qu’à l’évidence, la laïcité serait de nature à créer les condition de résolution s de nombreux conflits dans le monde (Balkans, Moyen-Orient, Afrique, etc.). C’est donc aussi un enjeu important de la mondialisation.

 

Villeroy : après la grève, hier, le blocage ce matin ? In La Dépêche du 6 avril...

On a appris hier en fin de journée que les trois-quarts des employés de l'usine valencienne Villeroy-et-Boch étaient en grève et qu'un possible blocage complet de l'activité du site était envisageable aujourd'hui.

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La raison de ce mouvement social aussi soudain qu'inattendu s'explique, en grande partie, par des négociations, sur les salaires et une prime de productivité-qualité, qui achopperaient entre les délégués du personnel et la direction de Villeroy-et-Boch.

Salaires : + 1,6 % obtenu au 1er avril, 2,3 % sur l'année ?

Ce que nous a confirmé hier en début de soirée le responsable syndical de la CGT Bernard Ferradou. « Nous avons entamé les négociations obligatoires pour les salaires en demandant une réévaluation de 5 %. Et ce pour deux raisons, les très faibles évolutions de salaires des années antérieures et la bonne santé du site qui se traduit par l'amélioration de la qualité. » Après avoir obtenu une fin de non-recevoir lundi de la part du directeur financier de la SAS France de VB, M. Merlet, présent à Valence-d'Agen, les négociations ont repris hier. Elles semblaient, bon an mal an, convenir aux syndicats qui avaient obtenu une augmentation de 1,6 % au 1er avril et de 0,4 % au 1er septembre, ce qui représente 2,3 % sur l'année. Mais un autre blocage, concernant la prime de qualité, est venu s'ajouter. « Sur cette dernière, on a constaté que de moins en moins de personnes la touchait dans les ateliers, vu que c'est la direction qui décide qui a droit à cette prime. On a obtenu que les instances représentatives du personnel aient un droit de regard sur cette prime, mais cela ne suffit pas, nous voulons un accord », arguait Bernard Ferradou. Cette prime sera, sans doute, le sujet principal de discussion de la réunion qui doit rassembler, ce matin à 10 h 30, tous les personnels grévistes de Villeroy. Un rendez-vous qui pourrait déboucher sur un blocage total de l'activité.

Un directeur intérimaire pas assez présent

Sous-jacent à cette crise, le départ récent de Thierry Léonard, l'ancien directeur du site qui a quitté Valence et Villeroy le 9 février dernier et qui avait affronté le plan social et la crise économique.
Son remplacement temporaire par l'Anglais Barry Crisp, le directeur technique du groupe VB qui assume ce poste en intérim, ne semble pas faire l'unanimité chez les salariés valenciens. « On ne le voit guère auprès des employés et il retourne souvent en Allemagne », entendait-on hier à la sortie de l'usine. Un commentaire corroboré par Bernard Ferradou : « Depuis le début des négociations on ne l'a pas vu. Imaginez que mardi, j'ai passé ma journée au téléphone avec la direction, ce n'est guère sérieux. » Cela donne toutefois un sentiment de force aux délégués du personnel dans la négociation actuelle, que d'aucuns espèrent qu'il ne soit pas momentané.
Affaire à suivre ce matin.

Baptiste Gay

 

Les vérités du camarade Guéant !

Un Pamphlet à retrouver parmi d'autres sur Le Blog de la Section Satirique et Humoristique du PCF

Il l’a dit tout haut, Claude Guéant : « Les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux ». On l’a critiqué un peu, le pauvre homme. Il s’en est attristé, et c’est bien dommage. Et tout ça parce qu’on ne l’a pas compris.

Les français vivaient peinards au début des années quatre-vingt. Attachés à leurs coutumes ancestrales, ils se disaient tous citoyens, égaux devant la loi et les services publics. L’Etat soutenait la mixité sociale, mais pas beaucoup. Et il y avait des ministres communistes, mais pas assez. Puis vinrent trois déferlantes migratoires. Et les citoyens français commencèrent à ne plus se sentir chez eux.

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La première vague d’immigration incontrôlée commença dès le milieu des années quatre-vingt, avec le débarquement massif de milliers de frontistes nationalistes sur notre sol. Ils avaient les cheveux rasés, et habitaient dans des paquebots chauffés aux flammes tricolores. Bref, impossibles à intégrer ! Aveuglés par d’obscures superstitions qu’ils voulaient imposer en France, les lepénistes s’accouplaient comme des forcenés dans de vastes bénitiers. Résultat : avec leur démographie de léporidés NDR : mammifères à grandes oreill..., ils constitueraient aujourd’hui au bas mot 15-20% de la population générale. Et ils continuent de forniquer.

La deuxième vague s’abattit au tournant des années 1999-2000. D’abord peu nombreux, les sarkozistes se propagèrent en France à coups de regroupements familiaux abusifs (par la technique des mariages en cascade) et d’entrées clandestines dans les corps de l’Etat.

Venus de toutes parts, et à force de reproductions accélérées, ils atteignirent le pic effrayant des 30% de la population française lors du grand recensement de mai 2007. Aujourd’hui, la communauté sarkozyque a tendance à décroître, mais elle reste encombrante, bruyante et remuante. Dans certaines banlieues, comme à Neuilly, elle a pratiquement supplanté la population française traditionnelle.

Et on n’est qu’au début de la troisième vague, qui s’annonce encore plus redoutable que les précédentes. Elle est le résultat d’une politique de croisements systématiques entre les descendants des deux vagues précédentes. Sarkozystes et lepénistes, en effet, copulent comme des diables à l’arrivée de chaque échéance électorale. La déferlante est telle que certaines populations écologistes, pourtant de tradition française, ne dédaignent pas leurs soutiens, surtout quand il s’agit de faire la peau aux communistes.

Et alors quoi ? Il a raison sur toute la ligne le camarade Guéant. On n’est plus chez nous en France. Et la seule solution, c’est de foutre dehors toute cette racaille réactionnaire qui nous a envahis. L’expulsion par les urnes, voilà qui est déjà mieux.

Glop le rouge
Secrétaire de section

 

Le 20 mars, le vote utile sera le vote Front de Gauche !

La campagne du premier tour se termine.

Avec 5 rencontres publiques organisées, des dizaines de gens rencontrés lors des portes à portes, sur le marché de Moissac mais aussi dans les réunions pour la défense de l’Hôpital, contre la suppression des postes dans les écoles, les candidats du Front de Gauche souhaitent que les électrices et électeurs confirment dans les urnes le soutien qu’ils leur ont exprimé chaque jour.

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Ainsi, nous porterons ensemble les valeurs de gauche, la solidarité, l’écologie et la citoyenneté au cœur du département.



Le 20 mars, ensemble nous commençons à changer ce monde injuste, nous redonnons de l’espoir à gauche, nous votons et faisons voter utile pour le Front de Gauche.

Maximilien Reynès-Dupleix, Véronique Malange-Auria
Front de Gauche Moissac (PCF, GU, PG et RS)

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La France sarkozyenne par François Taillandier: Le bruit des baskets!

Était-ce pour l’anniversaire de sa mort?? Dimanche, à la supérette G 20 de mon quartier, une radio rediffusait le Bruit des bottes, de Jean Ferrat, chanson écrite aux alentours de 1980. Ferrat alertait sur la possibilité d’un coup d’État fasciste, en cas, par exemple, d’arrivée de la gauche au pouvoir.

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Beaucoup, dont j’étais, partageaient cette crainte, que les faits semblaient justifier?: il y avait les précédents de la Grèce, du Chili et d’une bonne partie de l’Amérique latine, où les régimes à képis étaient soutenus à bout de bras par les mêmes états-Unis qui avaient martyrisé le Vietnam.

L’histoire a des cheminements imprévus?: trente ans plus tard, il reste à constater que nous étions menacés par tout, sauf par cela. Comme Pasolini l’avait pressenti, le capitalisme multinational a rompu les amarres avec les formes anciennes de domination. L’acceptation empressée des revendications strictement sociétales, la promotion d’un nouvel individualisme hédoniste, la concurrence mondiale du travail, l’endettement permanent et encouragé, s’ajoutant aux désillusions du communisme réel, lui ont fourni des masses atomisées, soumises, peu capables d’une contestation structurée du système. Je ne sais quel ploutocrate américain proclamait récemment?: «?La lutte des classes existe, et nous sommes en train de la gagner.?» Ces gens-là ont compris que la séduction est plus efficace que la violence pour asservir les peuples.

Il doit être désormais entendu que nos gouvernants nous aiment et ne veulent que nous protéger. Et quand ils se rendent invisibles, c’est pour ne pas être importuns. Les mouchards sont technologiques, le flicage confié au code-barres et à la puce, la traçabilité numérisée?; le collectivisme est celui des marques?; l’enrégimentement est festif. Les ennemis désignés du système sont les fumeurs persistants, les virus virtuels, les misogynes s’il en reste, les déchets non triés et les tapis-puzzles à base de formamide. La propagande organisée n’incite qu’à la consommation, le seul impératif social est de «?mangerbouger?». Le bruit des baskets a succédé à celui des bottes.

Tout le monde ou presque en redemande.

Certes, il subsiste quelques «?fachos?». Et aussi quelques révolutionnaires. Doctes et médias ont trouvé la parade en les regroupant sous l’appellation infamante de «?populistes?». On n’aura même pas besoin de leur faire du mal.

François Taillandier

 

Ne pas transiger avec la laïcité - Par Anicet Le Pors

La laïcité est aujourd’hui mise en difficulté de droite comme de gauche. Certains éprouvent le besoin de lala qualifier de « positve », d’ « ouverte », de « raisonnée », comme si elle n’avait été jusque là que négative, fermée et fantaisiste.

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D’autres suggèrent qu’il y aurait plusieurs laïcités possibles : autoritaire, séparatiste, anticléricale et que chacun pourrait retenir l’acception qui lui conviendrait.

Sous différents angles, c’est le principe de laïcité que l’on dénature par volonté délibérée ou renoncement idéologique. Comment s’étonner dans ces conditions que le Front national, jusque-là soutien inconditionnel de l’intégrisme catholique, fasse irruption sur un terrain aussi mal entretenu pour dénoncer, au nom de la laïcité, l’ « islamisation » de la France, stimulant du même coup les pulsions anti-laïques des divers communautarismes ?

Il convient, dans ces conditions, de rappeler tout d’abord que la laïcité n’est pas affaire de circonstances. Le principe à émergé en France d’une sécularisation progressive du pouvoir politique, d’un détachement d’avec le Ciel consacré par la Révolution française. Tout au long du XIXe siècle, les luttes pour une République démocratique et sociale, voire,pour le socialisme, ont souvent été conduites avec la volonté de dégager les perspectives de transformation politique de toute imprégnation religieuse malgré de farouches résistances de l’Église et des forces conservatrices. Dans le même temps où l’École française du service public théorise cette notion à la fin du siècle, surviennent les grandes lois sur l’enseignement public : monopole de l’État sur la collation des grades (1880), instruction obligatoire et gratuite (1882), suivies de la lettre de Jules Ferry aux instituteurs du 27 novembre 1883 évoquant pour la première fois « la cause de l’école laïque ». La loi du 9 décembre 1905 relative à « la séparation des Églises et de l’État » posera des principes qu’il convient toujours de rappeler en ce qu’ils ont d’essentiel et que les partisans de la réforme de la loi voudraient dénaturer : « Art. 1er : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. – Art. 2 : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (…) ».

Ces principes, parfaitement clairs, ont été fermement appliqués pendant la première moitié du XXe siècle, l’instituteur « hussard noir » de la République étant l’acteur symbolique de cette affirmation. De nombreuses dérogations existaient néanmoins qui n’ont cessé de s’étendre : concordat de l’Alsace-Moselle, jours fériés et chômés d’origine catholique, financement public des écoles privées par la loi Debré de 1959 intégrant à l’Éducation nationale les établissements privés sous contrats d’association. La loi d’orientation sur l’éducation du gouvernement Jospin du 10 juillet 1989, dans l’intention d’ouvrir l’école sur le monde, prévoit que « dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression. L’exercice de ces libertés ne peut porter atteinte aux activités d’enseignement ». Ces dispositions libérales seront bientôt confrontées au port du « voile islamique » au sujet duquel le gouvernement sera amené à demander un avis au Conseil d’État.. Celui-ci rappellera les deux principes fondamentaux de la loi de 1905 : liberté de conscience et neutralité de l’État, en précisant que l’exercice de la liberté excluait le port de signes ostentatoires et les actions de prosélytisme.

Dès lors, la question du traitement de l’islam en France au regard du principe de laïcité ne quittera pas l’actualité, occultant le fait que les difficultés rencontrées dans le passé avec les autres religions n’avaient pas été moindres. Il est bien vite apparu que l’avis du Conseil d’État ne suffirait pas, Les chefs d’établissements chargés de sanctionner les atteintes au service public de l’éducation et les risques encourus par les personnes n’étaient pas en mesure d’assumer cette responsabilité pour plusieurs raisons ; annulation de règlements intérieurs jugés excessivement rigoureux, décisions contradictoires des juridictions administratives, soutien insuffisant de la hiérarchie. Ces difficultés eurent pour effet de renforcer le courant des partisans du recours à une réglementation générale plus sévère.

Ce fut l’objet d’une circulaire Bayrou en 1994 qui resta sans effet, puis de la constitution de la commission Stasi en 2003 dont les conclusions accrurent la confusion et les risques de nouvelles atteintes à la laïcité. Les dérogations au principe de laïcité y étaient minimisées, il était affirmé que le temps de la « laïcité de combat » était dépassé, mais surtout le rapport avançait un nouveau principe : la responsabilité selon lequel il incomberait à l’État d’assurer un traitement égal des différentes religions , avec pour conséquences : l’extension des contrats d’association, de nouveaux jours fériés et des aumôniers pour les différentes confessions, la création d’une école nationale d’études islamiques. Le soi-disant principe d’égalité invoqué était, à l’évidence, contraire à la loi de 1905, puisque la République ne reconnaissant aucun culte ne peut avoir la responsabilité d’assurer l’égalité entre eux.

Tout cela préparait en fait le terrain de la loi du 15 mars 2004 prohibant en milieu scolaire public des tenues ostentatoires. Cette loi était la reconnaissance d’un échec des pouvoirs publics qui n’étaient pas parvenus à imposer une pratique conforme à la laïcité par la conviction avec l’aide de la jurisprudence. Elle concentrait sur de toute jeunes filles la contradiction entre l’État et la tradition familiale, elle courait le risque de voir le problème se déplacer dans l’espace public. C’est ce qui s’es passé avec l’affaire du « voile intégral » (burqa ou niqab). En dépit du très faible nombre de cas rencontrés, la loi du 10 octobre 2010 a interdit la dissimulation du visage dans l’espace public. Le même résultat aurait pu être obtenu par de strictes réglementations locales et une action d’éducation appropriées : on ne combat réellement un obscurantisme religieux que par des idées d’émancipation, ce qui n’exclut pas la fermeté dans l’application des règles.
La loi a été reçue comme une stigmatisation de tous les musulmans, contrariant de ce fait l’expression des progressistes en leur sein. Ces deux lois ont eu, en outre, un effet pervers : une fois promulguées, il est devenu délicat de demander leur abrogation sans que cela apparaisse comme un recul de la laïcité.

Les difficultés rencontrées par la laïcité face à l’Islam ne doivent pas être exagérées : des solutions pacifiques ont généralement été trouvées concernant les cimetières, les abattages rituels, voire les lieux de culte. Il est aussi permis de se demander si la stigmatisation médiatique de l’Islam ne sert pas également à faire diversion à des atteintes plus générales à la laïcité. On se souvient du discours de Latran de Nicolas Sarkozy en décembre 2007 : « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur … ». La reconnaissance ostentatoire des représentations confessionnelles catholique, juive,islamique est tout à fait abusive. Les aides financières à l’enseignement privé ont été étendues : la loi Carlee de 2009 a fait obligation aux maires de financer la scolarité d’enfants inscrits dans un établissement scolaire privé situé en dehors de sa commune ; alors que les postes de l’enseignement privé représentent 17 % du total des postes de l’éducation nationale, la révision générale des politiques publiques (RGPP) ne les frappe qu’à hauteur de 10 %. Enfin, un décret du 16 avril 2009 a publié l’accord intervenu entre la République française et le Saint Siège permettant à l’Eglise catholique de participer à la collation de grades et diplômes en infraction caractérisée avec le principe posé en 1880.

La laïcité est également en danger en raison de la faiblesse des réactions des forces qui lui sont traditionnellement attachées, expression d’un désarroi dans la situation actuelle de perte des repères. Les rapports Stasi et Machelon (appelant au soutien des cultes de l’Islam et de l’Église évangélique) ont été faiblement contestés. Un groupe de travail du Haut Conseil à l’intégration est actuellement à la recherche d’un consensus républicain « a minima ». Mais c’est surtout du côté des collectivités territoriales que se produisent les « dérapages » les plus importants. Déjà un projet gouvernemental d’élargissement du financement des établissements religieux par les collectivités territoriales avait été avancé 1993, aussitôt mis en échec par une décision du Conseil constitutionnel et une manifestation de plus d’un million de personnes à Paris le 16 janvier 1994. Aujourd’hui, des financements publics multiples reposent sur deux confusions volontairement entretenues. D’une part l’assimilation du culturel au cultuel, notamment lorsqu’ils coexistent en un même lieu. D’autre part en interprétant la disposition de l’article 1er de la loi de 1905 : « La République … garantit le libre exercice des cultes … », comme une obligation de moyens de l’État, nonobstant l’article 2 qui écarte toute subvention à un culte. Ces pratiques sont illégales et ceux qui les approuvent et les soutiennent en votant les crédits correspondants justifient, par là, la proposition de ceux qui veulent modifier la loi de 1905 afin de légaliser de telles pratiques inadmissibles. Il y a donc nécessité de réaffirmer les bases du combat laïque.

La laïcité est une dimension« transversale » de la citoyenneté, tant en ce qui concerne ses valeurs, son exercice que sa dynamique .

Elle est évidemment présente dans l’intérêt général et le service public, non seulement en raison de la place qu’y occupe l’éducation nationale, mais plus généralement parce qu’elle fonde les statuts des fonctionnaires et des autres agents sous statuts. Elle suppose l’égalité des citoyens hors des particularismes communautaires et est, avec le droit du sol, à la base du modèle français d’intégration. Elle est au cœur d’une éthique de la responsabilité qui exclut tout déterminisme de nature transcendantale.

Mais comme en ont témoigné les évènements survenus récemment dans les pays arabes, la revendication de laïcité dépasse le cadre national. Certes, d’une manière générale, l’accent est davantage mis sur la liberté de conscience que sur la neutralité de l’État dans la Charte des Nations Unies ou les différentes déclarations des droits de l’homme. Au sein de l’Union européenne, seule la France en a inscrit le principe dans sa constitution, même si des pays ont retenu des règles qui vont en ce sens.
Mais si la notion de laïcité est peu présente dans les textes et que les relations entre les États et les églises soient d’une extrême diversité (séparation, concordats, églises officielles) on assiste néanmoins dans l’Union à une convergence progressive des règles : non-intervention de l’État, liberté religieuse, pas d’interférence juridique.

Parce que le monde change, parce que le sens de ce changement doit être guidé par la raison, parce que la laïcité c’est la liberté et le respect condition de la paix, elle a vocation à l’universalité. La laïcité est et demaure un combat.

Le Blog d’Anicet Le Pors

 

Le FN fait douter le PS

Des responsables socialistes réclament une expression forte de leur parti pour contrer la progression de Marine Le Pen dans les sondages, mesurée également sur le terrain.

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Les appels désordonnés à un virage politique ou à l’union sacrée autour d’un seul candidat se multiplient à gauche, précisément du côté du Parti socialiste, particulièrement remué par la montée de Marine Le Pen dans les sondages.

Loin de rassurer, l’enquête publiée hier confirme la percée de la présidente du parti d’extrême droite, même si cette dernière ne figure pas au second tour de l’élection présidentielle (sauf au cas où le PS choisirait Ségolène Royal).

Selon l’Ifop, Marine Le Pen serait reléguée en troisième position, après le candidat socialiste et Nicolas Sarkozy, si le premier tour devait se dérouler dimanche prochain. Or, globalement, selon l’institut, «?la dynamique en sa faveur observée depuis trois mois se poursuit?». Par rapport à l’enquête du 18?février?2011, «?les intentions de vote progressent de deux points en sa faveur?», poursuit l’Ifop.

Montée des idées frontistes

Le Front national dépasse la barre des 20?% dans tous les cas de figure. Cette éclairante photographie de l’opinion s’accompagne d’une réalité vécue sur le terrain, selon plusieurs responsables socialistes. En campagne pour les cantonales, ils disent reconnaître «?l’incontestable?» montée des idées frontistes et plaident pour une expression du PS plus offensive sur les questions sociales. «?Il y a une libération de la parole raciste et l’expression d’une forme de désillusion vis-à-vis de l’action politique?», affirmait Benoît Hamon, le porte-parole socialiste. «?On sent une exaspération, de la peur, un sentiment de déclassement à des niveaux qui ne sont plus tolérables?», déclare pour sa part Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics. «?On voit bien qu’il y a du désarroi, une opinion très travaillée par l’incertitude sociale et la précarité?», ajoute Marisol Touraine, en campagne dans l’Indre-et-Loire. Guillaume Garot, député de Mayenne, évoque «?l’énorme demande de protection et le désespoir des Français?». Pour Pierre Moscovici, député du Doubs, «?les gens ont le sentiment d’être délaissés?».

Ainsi, tous les courants au sein du PS semblent d’accord pour reconnaître que le message socialiste est brouillé. Pierre Moscovici n’hésite pas à affirmer que «?l’offre socialiste ne convainc pas. Il faut clarifier rapidement (nos) positions sur le terrain économique et social?». De même, Marisol Touraine estime que le PS doit être «?offensif?» car, dit-elle, les Français souhaitent «?de vraies réponses sur les vrais sujets?: emploi, pouvoir d’achat, précarité?». Du côté de l’aile gauche du PS, on insiste davantage sur l’urgence de «?réconcilier le PS et les catégories populaires?», selon Razzy Hammadi.

L’aile libérale du PS contre les primaires

Ébranlés par la montée du FN, plusieurs responsables socialistes s’interrogent fortement sur la «?pertinence?» des primaires en vue du scrutin présidentiel, estimant «?grave?» la situation politique et jugeant que leur organisation ne pouvait offrir des divisions en spectacle. Pierre Moscovici note que si une dizaine de sondages confirment la progression de Marine Le Pen, «?il faudra qu’on se pose des questions. Ce n’est pas un sujet tabou?». «?Personne ne comprendrait les chicayas ou les batailles d’ego?», renchérit Jean-Marie Le Guen. Il faut dire que la demande d’annulation des primaires, programmées les 9 et 16?octobre prochains, émane essentiellement de dirigeants proches de Dominique Strauss-Kahn. Lequel, selon le sondage de l’Ifop, obtiendrait 29?% des intentions de vote et serait le candidat socialiste le mieux placé pour gagner la présidentielle.

À quatorze mois de l’échéance, des responsables du PS préfèrent plutôt mettre la pression sur les autres partis de gauche, pensant les gagner au désistement républicain dès le premier tour. À leur tête, François Hollande, l’ex-premier secrétaire socialiste?: «?Alors que nous avons tous (…) le souvenir du 21?avril 2002, est-ce que nous pouvons continuer à nous présenter aux élections avec sept, huit et parfois davantage de candidats de gauche???» Or, ce discours ne convainc ni les Verts ni le Front de gauche, ce dernier regrettant que le PS conforte sa politique sociale-démocrate.

Mina Kaci

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Europe: Alerte rouge Par Patrick Le Hyaric Directeur ?de l’Humanité*

Il se prépare, dans les cénacles européens, un violent coup de force antidémocratique et l’accélération de la destruction de nos acquis sociaux allant encore au-delà de ce que nous pouvions imaginer avec le traité de Lisbonne.

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Un document de travail daté du 25 février 2011, actuellement entre les mains des gouvernements, baptisé « Coordination améliorée des politiques économiques dans la zone euro. Principaux éléments et concepts » le révèle.

Il contient un nouvel arsenal d’une horrible offensive antisociale qui risque d’être livrée aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités, dans les mois à venir. Ce document, camouflé aux citoyens, est destiné à préparer le Conseil de l’Euro du 11?mars et le Conseil européen des 25 et 26 mars prochains.

Une intégration économique de l'Union européenne encore plus poussée

Il constitue la dernière mouture du pacte de compétitivité dont la presse économique a tenté de faire croire, les jours derniers, qu’il serait adouci. On y parle ni de création d’emplois, ni de développement industriel et agricole, ni des services publics, ni de l’amélioration du pouvoir d’achat. Il commence par ces lignes qui disent exactement leur choix politique?: «?Le pacte vise à approfondir le pilier économique de l’union monétaire en favorisant la convergence entre les économies de la zone euro.?» Donc, est projetée une intégration capitaliste encore plus poussée de l’Union européenne. En vérité, il s’agit d’un pacte franco-germanique pour gérer l’économie européenne, à partir des pays de la zone euro, avec les critères des dirigeants de la droite allemande et en réponse aux demandes du capital européen.

Je ne fais ici qu’énumérer un certain nombre de ces graves et lourdes décisions en préparation.

Il est demandé de mettre plus en concurrence les salaires, tout en mettant en place un mécanisme «?d’ajustement des salaires sur la productivité?». «?Les hausses de salaires étendues et prolongées peuvent signaler une érosion de la compétitivité?», est-il écrit noir sur blanc.

Au nom de la lutte contre les déficits publics («?la viabilité des finances publiques?»), il est demandé expressément de diminuer les salaires dans le secteur public («?modération salariale?», disent-ils), démanteler les systèmes de retraite publique et de sécurité sociale, reculer l’âge de départ à la retraite. Celui-ci est prévu à soixante-sept ans dans une première mouture. Face aux protestations, le texte appelle à «?indexer l’âge de la retraite sur l’espérance de vie, en réduisant les retraites anticipées et en utilisant des incitations pour rester plus longtemps au travail?».

Promouvoir le précariat comme norme de l’emploi.

De premières études sur le projet sarkozyste d’harmonisation de la fiscalité entre la France et l’Allemagne concluent à une augmentation de l’impôt sur le revenu en France. Voilà que ce document en rajoute en «?privilégiant une taxation de la consommation par le biais de la fiscalité indirecte?», la plus injuste comme chacun sait (version européenne de la TVA sociale). Par contre, sera recherchée «?une assiette commune de l’impôt sur les sociétés?», donc une baisse de ce dernier dans notre pays.

S’agissant du travail, il est demandé d’appliquer partout la «?flex-sécurité?», c’est-à-dire de promouvoir le précariat comme norme de l’emploi. Le Conseil européen veut même s’occuper de la manière dont doivent être menées «?les négociations sociales?», allant jusqu’à préconiser «?la révision des dispositifs de fixation des salaires?» pour «?augmenter la décentralisation dans le processus de négociation et le mécanisme d’indexation?».

Donc, plus de négociations globales collectives, mais des fragmentations par secteur, voire par territoire.

Le projet du Conseil européen demande de «?lever toute restriction d’ouverture dans la vente qui était fondée sur des critères horaires ou géographiques?». Autrement dit, les magasins seront obligatoirement ouverts le dimanche, et plus si nécessaire. Des secteurs et des professions qui jusque-là étaient protégés par des quotas, comme les pharmacies, les taxis, les notaires, les vétérinaires, les coiffeurs, les architectes, etc., seront ouverts et mis en concurrence. C’est d’ailleurs ce que proposait le fameux rapport Attali…

Et le texte caché invente le concept de «?frein de dettes?». Ceci sera obtenu par le contrôle a priori des budgets des États, des budgets sociaux par le Conseil ou la Commission contre les Parlements nationaux. Et, pour la première fois, est envisagé dans un texte d’origine européenne?la nécessité de modifier les constitutions nationales pour y insérer l’interdiction de faire des «?déficits?».

Pour bien démontrer sa volonté de fer, le tandem Sarkozy-Merkel, veut que «?chaque État membre de la zone euro s’entende pour définir au plus haut niveau (c’est-à-dire au niveau des chefs de gouvernement, mettant ainsi de côté la Commission et le Parlement) des objectifs concrets à atteindre dans les douze mois?».

Il faut stopper cet horrifiant projet de guerre antisociale et antidémocratique

Il y a donc urgence?! Il faut vite stopper cet horrifiant projet de guerre antisociale et antidémocratique. Alors que des peuples se libèrent en ce moment de dictatures, les institutions européennes, elles, souhaitent à jamais installer sur notre continent la dictature de la finance contre les droits sociaux et humains.

Mobilisons-nous comme nous l’avons fait contre la directive Bolkestein et le projet de Constitution européenne. Face à une telle attaque projetée, toutes les forces progressistes politiques et sociales ont le devoir de travailler à rassembler largement l’ensemble des couches sociales dans leur diversité. Toutes vont être touchées de manière nouvelle et aggravée par ce pacte pour les forces de l’argent. Le 20?mars, quelques jours avant la réunion du Conseil européen, le bulletin des candidats de rassemblement du Front de gauche aux élections cantonales permettra d’opposer un refus catégorique à de tels projets.



* Vice-président du groupe GUE/NGL ?au Parlement européen.

Patrick Le Hyaric

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