Il est rare que je m’exprime ici sur un thème dit de société, mais l’affaire est trop grave pour ne pas la verser au débat et ne pas voir qu’elle est symptomatique de la situation politique que connaît aujourd’hui notre pays.
Ce sujet brûlant, c’est le mariage homosexuel, euphémisé en « mariage entre deux personnes de même sexe », et même en « mariage pour tous » (comme il y a le « sport pour tous », « la culture pour tous »,…. ) !

En effet, cette question, au-delà des aspects juridique ou sociologique, amène à s’interroger sur la gestion de décisions politiques (mêmes polémiques) par un pouvoir légitime qui semble davantage préoccuper de rendre des comptes à ceux qui le dénigrent plutôt qu’à ceux qui l’ont fait roi.

Mesure-phare du programme de François Hollande pour l’élection présidentielle, le mariage entre homosexuels fait grand bruit depuis quelque temps, vacarme dont se serait bien passer la « communauté Gay », tant nombreux sont celles & ceux qui ne peuvent vivre au grand jour leur « choix en matière d’orientation sexuelle »
Pourquoi ? Certes, il s’agit d’une vraie thématique faisant débat avec de multiples questions en suspens (filiation , héritage, adoption, procréation), essentiellement en matière de Droit Civil et relatives aux enfants.
Or, au lieu d’un débat serein avec confrontation des points de vue et d’ arguments, témoignage de personnes concernées, recueil d’avis d’ « experts » (juristes, sociologues et psychologues), l’on assiste à une querelle d’un autre âge, la religion s’en mêlant, voire jetant de l’huile sur le feu d’autant plus facilement que le Président fait savoir que les Maires pourront refuser de célébrer ces mariages s’ils ont un cas de conscience !
LA FRANCE, « SŒUR AÎNÉE de l’ÉGLISE », ……mais « SŒUR ÂNE » de l’EUROPE
En dehors de la Droite, c’est bien l’Eglise catholique qui porte le fer contre le projet gouvernemental, au nom de la sacro-sainte union charnelle entre un homme et une femme dont l’objectif reste de procréer pour reproduire la race humaine.
( Je ne ferais pas l’affront de rappeler aux catholiques qu’ils adorent un dieu issu d’une 'PRA' ou 'procréation religieusement assistée' et que leur propre dogme affirme que ce dieu est pardon et générosité ! )
En Europe, si les pays nordiques ont adopté le mariage homosexuel depuis peu, sauf les Pays-Bas, précurseurs en la matière (2001), en Espagne et au Portugal, pays catholiques s’il en est, ce mariage est légal, respectivement , depuis 2005 et 2010, décidé par les socialistes espagnols et portugais, malgré l’opposition de la Droite et de l’Eglise (au Portugal, l’union était reconnue depuis 2001)
COURAGE, FUYONS ?
Certes, depuis 40 ans, si de nombreux textes ont fait débat, portant souvent sur des questions touchant à la sexualité (contraception, IVG, Sida,…) ou à la justice (abolition de la peine de mort), ils ont su recueillir une majorité au Parlement, au-delà de la simple majorité soutenant le gouvernement, de Droite ou de Gauche.
Aujourd’hui ces sujets concernent la légalisation des « drogues douces », l’euthanasie, l’énergie nucléaire, les OGM,……
Seulement, par la violence , physique ou psychologique, remettre en cause des droits existants ou s’opposer à la légalisation d’une pratique ou d’un mode de vie, n’a pas les mêmes conséquences selon le problème : les victimes des défricheurs anti-OGM ne sont que des épis de maïs ! Dans le cas de l’homosexualité, avec ou sans mariage d’ailleurs, les victimes sont les homosexuels eux-mêmes, de la discrimination sur leur lieu de travail aux agressions, mortelles parfois !

Reculer sur ce dossier, comme vient de le faire François Hollande, quant à faire jouer une clause de conscience permettant aux maires de refuser de célébrer les mariages Gay, c’est donner du grain à moudre aux intégristes de tous poils, c’est faire le lit de l’homophobie qui, elle, est un délit
Sur le plan politique, c’est donner des armes avec leurs munitions, d’abord au FN, champion de toute les formes de racisme, mais aussi à la Droite
Donc, à partir d’un « thème sociétal », l'on voit bien que l'on en arrive à un problème de fond, qui est éminemment politique.
« CAS de CONSCIENCE, CAS de CONSCIENCE, Est-ce que J’ai une GUEULE de CAS de CONSCIENCE ? »
Il est vrai que beaucoup d’espoirs étaient placés dans l’élection de F.Hollande pour avancer des mesures audacieuses sur ce que l’on appelle les « sujets de société », les « 60 propositions » du candidat Hollande en égrainaient quelqu’unes (droit de vote des étrangers aux élections locales, abrogation du ‘délit de faciès’, droit de mourir dans la dignité … )
Pourtant, comment analyser ces déclarations présidentielles et ministérielles de ces dernières semaines, ces atermoiements, ces reculades, ces démentis ?
Le Gouvernement cède devant le moindre assaut, que dis-je, le moindre haussement de ton du patronat.
Après les « Pigeons », c’est au tour des associations de catholiques intégristes de monter au créneau du château socialiste, oui, mais un château de cartes.
La Droite retrouve de la voix, trop occupée qu’elle était jusque-là à choisir son leader et ne trouvant rien à redire aux choix de la nouvelle majorité (TSCG, pacte de compétitivité). Ne lui mettrait-on pas un peu trop facilement le pied à l’étrier pour qu’elle enfourche d’autant mieux son cheval de bataille sur des thèmes sociétaux qui feraient vaciller « les valeurs de l’Occident et de la chrétienté », chers à Sarkozy, Copé et autres Le Pen ?
Ce Gouvernement de Gauche, que ne cède-t-il pas plutôt aux appels à l’aide des salariés sur le point d’aller …..pointer à Pôle-Emploi (PSA, Sanofi, Pétroplus, Fralib,……) ou à la demande légitime des retraités de ne pas finir « dans la misère » (pour reprendre pour partie les slogans de leur dernière manif’ : « Les Jeunes dans la Galère, les Vieux dans la Misère ») ?!
En fin de compte, et sans vouloir me faire l’avocat du diable, cette gestion calamiteuse ne serait-elle pas l’arbre qui cache la forêt ?
Ce remue-ménage – en aucun cas un ‘remue-méninges’ que devrait susciter tout sujet de société – donne l’impression, par l’envahissement de l’espace médiatique, de masquer les véritables enjeux et les vrais débats qui n’avaient pas pu être mis sous le boisseau durant le printemps :
- Questions : comment sortir de la crise ? comment résorber les déficits publics ? comment relancer la croissance ? comment créer de l’emploi ? comment s’attaquer à la misère qui progresse dans notre pays ? comment partager les richesses ?
- Réponses en forme de propositions : relancer le pouvoir d’achat, notamment des plus pauvres (hausse des minima sociaux) ! combattre la spéculation, la fraude et l’évasion fiscales ! engager une profonde réforme fiscale et une nouvelle répartition de la valeur ajoutée créée par les entreprises ! engager une autre politique du crédit, passant par un autre rôle des banques et conditionnant l’aide aux entreprises selon des critères économiques, sociaux et environnementaux !
L’on me rétorquera, comme l’a dit lui-même le Chef de l’Etat, que si « l’alternance change le pouvoir, la réalité reste » . Certes, mais alors, pourquoi vouloir devenir un roi sans royaume ? Messieurs Ayrault, Moscovici et consorts, déplorant de n’être que des « homme sans bras » (Agrippa d’Aubigné) ?
Comme l’a dit mon camarade Ian Brossat, président du groupe Front de Gauche au Conseil de Paris : « Austérité, TVA, clause de conscience……Si çà continue, c’est avec mon vote de second tour que j’aurai un problème de conscience » !!
Dernière minute : la sémillante petite Nadjet, porte-parole du Gouvernement, a annoncé que, çà y est, F.Hollande a tranché : les maires n'auront pas le droit d'avoir de clause de conscience. Comme disent les anglais, "we shall see" !

