Intervention Maryvonne Barichard
Session du Conseil régional du 20 octobre 2011
"...Si le développement durable est de la responsabilité de tous, de l'individu à la communauté internationale, il ne faudrait pas au bout du compte que seul l'individu soit visé par la mise en œuvre des économies indispensables pour permettre à tous les êtres humains sur la planète de bénéficier des bienfaits de la modernité..."
"Les deux documents «mise en œuvre de l'agenda 21» et son annexe «tableau de bord des indicateurs de développement durable» sont des outils très techniques mais très intéressants par le balayage transversal des actions de la Région Centre.
Il faut saluer le travail de compilation des différentes études réalisé.
La question est de savoir de quoi avons-nous besoin ? Devons nous réduire ces besoins à : se nourrir, se loger, se chauffer ?
Sommes nous en mesure aujourd'hui de répondre à cette question tellement la disparité est grande entre les individus, en Région même, en France, en Europe, mais aussi sur la planète. Ce qui est valable pour les uns doit devenir valable pour les autres. Pour la coalition G8 G20, qui regroupe une trentaine d'organisations : «L’accès de tous aux droits humains fondamentaux et la protection de notre planète passent par un juste partage des richesses, d’autres modes de développement et une gestion démocratique des biens communs»
Quelques petites phrases ou affirmations m'ont fait réagir :
«Finalité : le bien-être des individus », chacun est d'accord avec cette affirmation, mais est-ce que tout le monde donne le même sens à ces mots ?
«L'emploi est également un facteur d'épanouissement de soi» encore faut-il avoir un emploi et quel emploi ?
Espérance de vie à la naissance :
Indicateur insuffisant car la notion d'espérance de vie est liée à la manière dont l'on vit et les conditions de travail qui sont imposées aux individus. Elle est liée aussi aux conditions d'accès à la santé et à la protection sociale.
- La retraite reculée à 62 ans, puis à 67 ans comme préconisé par la Commission européenne
- La souffrance au travail, plus de travail et moins de moyen humain, générant des situations de stress quelque fois tellement insurmontables que les salariés ne trouvent d'issue que dans le suicide
- Les maladies musculo-squelettiques générées par les mouvements répétés. Soumis à la rentabilité maximum, le salarié devient un robot dans la continuité de la machine à laquelle il est rivé.
Toutes ces nouvelles conditions de vie et de travail vont-elles permettre d'assurer la même espérance de vie dans quelques années ?
Répartition des émissions de gaz à effet de serre par secteur d'activité :
chiffres de 2008,
16,6 % seulement en ce qui concerne l'industrie : mais pouvons-nous oublier qu'un grand nombre de nos entreprises de production ont été délocalisées par les groupes financiers dans des pays moins exigeants en ce qui concerne les contraintes environnementales et sociales ? Le problème de l'émission des GES a été déplacé sur la planète mais il demeure le même.
«Ne pas culpabiliser le citoyen », mais que dire des spots publicitaires dans les médias l'incitant à réaliser son bilan carbone personnel ? Je trouve cela choquant.
Est-ce que le salarié est coupable lorsqu'il doit prendre sa voiture pour prendre son poste à 5h00 ou 6h00 du matin alors que les transports publics, lorsqu'ils existent, ne se mettent en route que deux à trois heures plus tard ?
Est-ce que le citoyen est coupable lorsqu'il doit prendre sa voiture pour se rendre au cinéma ou au théâtre dans la ville voisine alors que les transports en communs ne fonctionnent plus au-delà d'une certaine heure ?
Est-ce que le citoyen est coupable, lorsqu'il a la chance d'avoir un logement, de vouloir ne pas y avoir froid, d'y avoir l'eau froide et chaude courante, de pouvoir s'y éclairer ?
Est-ce que le citoyen est coupable d'avoir envie d'utiliser toutes les technologies mises à sa disposition (machine à laver le linge, machine à laver la vaisselle, tous les robots ménagers) lui permettant d'épargner sa santé et de lui donner la possibilité de consacrer du temps à une vie sociale ?
Est-ce que le citoyen est coupable de vouloir utiliser les outils de communications modernes (téléphone, téléviseur, lecteur de CD, lecteur MP3, ordinateur, iphone, internet..) ?
Est-ce lui qui a décidé de donner à toutes ces machines et robots, tous ces outils modernes, une durée de vie réduite, de les rendre irréparables, non démontables ?
Est-ce que le citoyen est coupable de produire tant de déchets ? Entre autre, cartons, papiers, plastiques, sous forme d' emballages et autres blisters que nous vendent les industriels de tout bord.
La production d'électricité :
Les recherches pour développer les énergies renouvelables sont à souligner et à encourager dans une politique de production d'électricité dans un service public mettant tous les citoyens à égalité.
La production de l'énergie nucléaire, après les incidents de Fukushima, a été remise en cause de manière quelque fois très virulente par certains. Elle a même été remise en cause de manière radicale comme en Allemagne qui a fermé quelques unes de ses propres centrales nucléaires, mais qui n'a aucun état d'âme à acheter de l'énergie d'origine nucléaire à la France.
Si le développement durable est de la responsabilité de tous, de l'individu à la communauté internationale, il ne faudrait pas au bout du compte que seul l'individu soit visé par la mise en œuvre des économies indispensables pour permettre à tous les êtres humains sur la planète de bénéficier des bienfaits de la modernité.
Dans sa course au pouvoir et à la domination, dans sa course à l'enrichissement personnel, l'Homme (avec un grand H) est le plus grand prédateur de l'espèce humaine.
Mettons l'Humain au cœur de nos préoccupations, mettons du service public pour la gestion des biens nécessaires à la vie de l'Homme et le raisonnement deviendra différent."